‹ Manuel du visiteur du pauvre [microforme]Chapitre 3 sur 28 · SD · texte numérisé non relu

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: uns l'excès de l'indifférence, -

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tres l'excès de La compassion, dans tout celui de la distance ne permet pas de se former une idée exacte de la misère:

. - Nous ne savons ce que c’est que la misè-

re ; nous ignorons comment elle fait sounffrir et sentir; comment elle modifie moralement le mulheureuüx qu’elle immole:; et pourtant nous voulons lui dicter des lois ! Et

malheur au pauvre, s’il ne des gardé ! Que

dirions-nous du législateur qui formulerait un code, sans connaître l’histoire, les contumes, 1 s lois antérieures, la religion, l’état Social, ni même le pays du peuple qu’il veut régir ? Eh bien ! ce législateur, c’est nous. Nous ignorons ce que c’est que la misère, mais nous disons au misérable : Suis telle et telle doi, ou tu encourras l’anathème de mon mépris et de mon abandon.

Le désordre du pauvre, sa nonchalanche,

. Sa malpropreté nous paraissent bien cou-

pables et parfois diminuent notre compassion. Pour telle et telle chose, disons-

nous, il ne faut point d'argent, un peu de

soin suffit. Le pauvre ‘doit être propre Parce que nous le sommes et garder avec se” haïllons le même soin que nous dans nos toilettes. Cette logique n’est pas forte ; cependant nous n’en employons pas d’autre, tous les arguments que nous avons contre

le pauvre sont sortis de nous-mêmes, de ce

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pour- 3} Et ! Que lerait coul’état veut nous.

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qui nous plaît, nous convient si les inclinations et les devoirs peuvent être les mémes quand les circonstances sont si différentes: ‘

La propreté-est une chose artificielle, et par elle on mesure exactement la civilisation d'un peuple. Tous les enfants sont uaturéllement sales, et il n’en est pas un peut-être qui ne s’impatiente quand on le lave et ne tâche d’arrêter la main qui Pap-

-proprié : mais il est faible, il succombe

dans la lutte, l'habitude triomphe de l’inclination et il devient propre. Chez le pauvre cette lutte n’existe pas et par suite pas de triomphe. Parmi tant d’autres héritages, il reçoit ceux de la saleté et du désordre, se plaisant dans la crasse, qui nous donne des nausées, et respirant sans dégoût une atmosphère infecte qui nous paraît irrespirablé; le bien-être qui résulte de l’ordre et de la propreté, comment le comprendrait-? il ne l’a jamais goûté. Et puis quel prodige d’ordre ne faudrait-il pas pour être propre à celui qui n’a qu’un haiïllon pour chemise, et qui, faute de mieux, doit dormir vêtu? quel prodige d’ordre ne fa lrait-il pas pour être propre, à cette pauvre mère qui manque de linge pour ses enfants et qui n’a ni Savon, ni temps pour le laver? Insensiblement le pauvre se laisse aller à l'apathie; car ce qui est difficile chaque jour, devient impossible, à la longue.

! Qne se passe-t-il en nous malgré nos -*. bonnes habitudes, lorsque nous nous trouvons accablés d’affliétion?: La. femme -la plus recherchée, l’homme le plus élégant * ! n'oublient-ils pas alors. le soin de leur personne? Ne des voyons-nous pas, les -cheveux, les vêtements en désordre? Quand pensent-ils à leur toilette ? Quand ils se consolent ou pour le moins se tranquillisent. Ah ! ceci peut nous faire comprendre par analogie, que la misère avec ses privations auxquelles on ne saurait s’accoutumer, avec -son cortège de douleurs toujours renouve- — lées, prédispose à ce désordre que nous lui reprochons, et pour dequel parfois nous nous croyons autorisés à d'abandonner.

Soyons raisonnables, soyons justes; et au lieu de dire avec aigreur : Le pauvre est désordonné, disons seulement : Il est bien difficile que la misère n’entraîne pas le désordre et la saleté !

2° Le pauvre est imprévoyant.

Si nous faisons la liste des maux que le pauvre peut prévoir, et que nous notions en même temps ceux qu’il peut éviter ou du

- moins atténuer après les avoir prévus, nous tomberons certainement dans ce doute :

L’imprévoyance est-elle une fante grave ou une compagne providentielle, qui, voilant au

- Pauvre les maux à venir, le daisse jouir du peu de bien présent?

Le pauvre ne peut faire des économies.

S’il nourrit et élève sa famille, s’il met quelque petite somme à la caisse d'épargne pour ses maladies futures ou pour lé-temps de chômage, il fait beaucoup : il fait plus ‘probablement que nous ne ferions à sa nlace, nous qui l’accusons avec tant de légèreté.

S’il considère de loin sa vieillesse, elle doit lui apparaître comme un spectre hideux, dont le regard lugubre empoisonne toutes ses joies. Pourra-il éviter que ses enfants forment-d’autres familles, l’abandonn sit un jour, qr’ayant à peine le nécessaire ils .

obéisseut à cet instinct naturel qui nous porte à soutenir plutôt ceux qui nous doivent l’être, que ceux à qui nous le devons?

Pourra-t-il éviter que ses forces physiques s’affaiblissent et qu’un jour vienne où personne ne lui confiera du travail. Pourrat-il éviter l’espèce de dédain qui tombe sur l’homme devenu inutile ? Evitera-t-il que les infirmités, compagnes de la vieillesse et de la misère, jettent l’amertume sur ses derniers jours et avancent sa mort ? S’il pensait à l'avenir, pourrait-il jouir du présent et goûter une seule heure de bonheur ? Et si tout cela est certain, devonsnous reprocher au pauvre son imprévoyance, ou bénir le Dieu bon qui la lui envoya ?

Cet oubli de l'avenir est incompréhensible pour nous, et il y a dans l’homme une forte propension à condamner ce qu’il ne Comprend pas; mais une analogie peut

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