‹ Manuel du visiteur du pauvre [microforme]Chapitre 7 sur 28 · FE À · texte numérisé non relu

FE À

pour faire entrer un enfant à l’école, pour obtenir une place, pour réelamer un droit, pour se défendre d’une inculpation calomnieuse, pour chercher des paniers sans lesquels il ne peut Kgitimer son union, etc., tout est recommandé à notre .èle avec une confiance qui nous oblige. Lors même aue par amour de Dieu et du prochain nous ne serions pas très exacts, la délicatesse nous forcerait à le devenir. Il est si indigne de frustrer la confiance dont on nous honore !

Si quelque jour il nous arrivait de ne pas bien remplir les commissions d’un de 108 Pauvres, excusons-nous le mieux possible, mais sans prononcer le mot d’oubli ; il serait si dur à entendre ! Oublier ce qui le préoccupe sars cesse ! oublier ce qui ferait le bonheur de son enfant ! ce qui guérirait son chagrin ! Excusons-nous, je le répète, et réparons notre faute; l’avouer au pauvre serait lui causer une peine pro- Monde, lui donner un cruel désappointenent; ce serait frapper un grand coup contre le prestige qui nous environne, puis- Auu'il est fondé tout entier sur la gratitude

et l'amour.

Peut-être dirons-nous : Le pauvre abuse, xise trop de nous, il a des caprices d’enlant gâté. Que Dieu bénisse du haut du iel, et que les hommes respectent et imient sur la terre, le visiteur dont les pau-

vres ont de telles exigences et de tels ©

prices, car ces caprices disent à leur mi nièrs : Il est si bon, que ke malheur cer

titue pour lui un droit sans limites (1)

Bienheureux est le fort, dont le faibl souffrant abuse !

Circonspection. Le visiteur du pauv ne doit pas seulement être bon, il doit pa raître parfait. Devant les pauvres, con me devant les enfants, nous devons mesu rer nos paroles et même nos gestes, êt véritabiement en scène comme si uous ren plissions un rôle important, dans 'leq rien n’est indifférent. Jamais nous 1 devons dire notre opinion sur rien, jusqu ce que nous ayons parfaitement connu cel de notre pauvre; ïl ne faut pas non pl donner de grands éloges à sa vertu, peut être est-elle feinte; ni nous scandaliser tou haut des vices dont il se vante. Les acte voilà nos puissants arguments pour cot vaincre. Eh bien ! qu’ils soient aussi n arguments pour être convaincus et q la circonspection soit notre puissant aux liaire, car le pauvre n’est pas discret; ma cette circonspection doit être adoucie p la charité, pour ne point paraître sot

1. Saint Vincent ne montra ni impatience, étonnement, quand au milieu de ses nombreu occupations il reçut d'un garçon tailleur qu’il a à peine connu, une. lettre le priait de lui ac = cent d'aiguilles, et il fit avec plaisir la cc mission.

Sonneuse; Car en ce dernier cas, celui que nous voulons connaître se ruettrait en garde et nous tromperait. La circonspection n’est ni le sérieux, ni le silence; mesurons done nos paroles et faisons qu’il n’y en ait pas une qui soit imprudente et, s’il est possible, pas une vaine.

Quand nous traitons avec des personnes de ‘sexe différent, soyons prévoyants jusqu’au scrupule ; car ce serait une pitoyable arrogance que de croire superflues les précautions que les plus grands saints jugèrent nécessaires, et, d’ailleurs, il est important que les apparences même nous soient favorables. Les apparences constituent l'édification ou le scandale; elles importent à tous, mais plus particulièrement aux personmes qui font partie d’une société charitable. La faute d’une personne du monde ne préjudicie qu’à elle seul; la faute de celle qui appartient à un corps collectif retombe sur la Société «entière, et Dieu seul sait le mal qu’elle --ut faire, tant pour les coupables qu’elle empêche de corriger, que pour -les gens vertueux qu’elle éloigne. De plus, le monde, si tolérant pour les siens, est sévère à l'extrême pour ceux qui veulenit le corriger ou même le consoler, Toutes ses franchises, tous ses privilèges portent cette condition : Tu ne seras ni meilleur ni plus grand que moi. Celui qui ne la remplit pas, peut se préparer, quand viendra

“et ne respecte le bien, qu- lorsqu'ils dépassent certaines limites.

Deuxièmement. Le monde finit par respecter ce qu’il jure respectable, mais il marchande tant qu’il peut ce respect et cela parce que notre amour-propre, à fous, se rend le plus tard possible à accorder cette espèce d'hommage qui signifie : “Tu vaux mieux que moi.” |

Troïsièmement. Ceux qui se séparent du monde pour lui faire du bien, valent mieux que lui. Dieu a fortifié leur volon-:

té, illuminé leur entendement avec une

force et une lumière qu’il ne donne pas à tous : ce sont des élus. A chacun il demandera compte de ce qu’il lui donna.

Pourquoi s'étonner que le monde demande beaucoup à ceux qu’il devine instinctivement avoir reçu t: 1coup ?

Que ceux donc que le monde veut impeccable, tolèrent en lui cette faïblesse, car ses exigences exagérées sont excusables, vu la misère de la nature humaine et, de plus, annuyées «en partie sur la raison. Au lieu de s’iriter, qu’ils tâchent d'arriver au but si élevé qu’on leur propose : cette offense n'est-elle pas un véritable hommage ? Peut-on exiger beaucoup de quelqu'un sans avouer tacitement qu’on en a une srande estime ?

Zèle, On n’aperçoit d’abord dans le zèle rien d’obligatoire; il a parfois toute Papparence d'un luxe de compassion, et cependant, disons-le, il est indispensable au visiteur du pauvre : placé parfois entre l’iniertie du nécessiteux et l'indifférence du riche, il se verra forcé à importuner celui-ci, à demander à celui-là, à réprimander autre part; il lui faudra lutter contre les erreurs, les passions, l’égoïsme; oublier des désappointements, imposer silence à son amourpropre; il devra être, selon les circonstances, doux, sévère, insinuant, flexible, pathétique, enjoué ou grave; il lui faudra inventer mille ingénieux moyens pour arri-

ver à la sainte fin qu'il se propose, Pour-.

ra-t-il faire tout cela sans cet enthousiasme du bien, cette imagination de la vertu, ce fanatisme de la charité que l’on nomme le £èle ? Non, bien certainement. Si ce zèle nous manque, nous fonetionnerons dans l'exercice de da charité avec une exactitude mécanique, c’est possible; si nous appartenons à une association charitable, nous en suivrons très bien la règle, c’est vrai, et personne n’aura à nous reprendre si Ce n’est Dieu, si ce n’est Ja conscience.

Toute loi est ielllemeni négative, surtout en matière de charité- nous trouverons dans ses articles ce q : ne faut pas faire, mais ce que nous d , : pratiquer, faut le chercher dans 0 » coeur. Si nous nous bomons à rempli . devoir, sans donner lieu à la moindre plainte contre nous, le pauvre qui nous est confié se trouvera sans efficace appui et sans consolation. Ceux qui appartiennent à une société charitable doivent éviter, sans doute, tout ce que prohibe le règlement, maïs ils doïvent faine bien des choses que ce règlement n’ordonne pas, car un règlement quel- Conque ne peut jamais êtie que le squelette de la charité : en vain la vertu sans zèle voudrait-elle emprunter ce nom ; elle ne sera jamais qu’un ruisseau sans courant, une fleur sans parfum, une machine sans moteu

Persédérance. La persévérance est une vertu aussi nécessaine que difficile; nous portons dans tout l’inconstance de notre nature, et la plus grande preuve de notre misère, c’est le pouvoir que le temps a sur nous. Nos douleurs, nos joïos, nos passions, n tre compassion, tout s’use ; l’homme d’un esprit élevé, le plus grand philosophe est-il sous le poïds d’un malheur, on lui fait les plus puissants arguments, les plus logiques raïsonnements ; tout est inutile; il souffre cruellement. Qu’une année passe, et le voilà consolé de sa peine; peutêtre même l’a-t-il oubliée. Pauvre raison que celle de l’homme, puisque dans sa pl-s haute élévation elle ne peut atteindre à l’mfluence de troïs cent soixante-cinq nuits de sommeil !

Le ‘temps dont la main se pose si douce sur le front de celui qui souffre, et si inexoralble sur le coeur qui jouit, ce temps, il éteint ou amortit, non le divin feu de la charité, mais les feux follets que si souvent prennent son nom. Il y a une grande différence entre s’impressionner ou

affliger des maux de ses semblables.

Pour s’impressionner, l'imagination suffit; pour s’affliger, il faut du coeur. Etudions-

ous bien, et s’il n’y a en nous que l’impressionnabilité, demandons à Dieu une

aie vocation, car c’est une vocation et me vocation sublime que celle que deman-

la prailque Die - aumône à ceux

Pour être persé-

Pousser dans le coeur

sondonsile, ce coeur,

utrer dans une société charitable,

car la personne qui en sort pour n'avoir

pas rempli les devoirs qu’elle impose, ne

laisse pas seulement une place vide, mais

une brèche ouverte à la critique, à la calomnie, au discrédit.

Si Dieu nous a élus pour instruments de sa miséricorde infinie, correspondons di- #nement à une ‘telle faveur: rendons-nous dignes d’un dépôt si sacré, honorons notre vocation par notre persévérance ; sans cette vertu nous ne pouvons rien, nous ne sommes rien pour consoler (le pauvre et le corriger; notre travail sera celui d’un ouvrier qui commence tout et n’achève rien. Soyons circonspects pour offrir notre protection au malheureux; consultons nos moyens et surtout notre coeur, si petit, hélas ! avant de nous charger d’un grand nombre de Pauvres ; si nous en visitons bien un, &i nous le consolons, si nous le corrigeons, si mous nous identifions avec lui, si nous persévérons malgré tous les obstacles que le monde nous oppose et les épreuves que Dieu nous envoie, nous n’aurons Pas fait en vain le ! Voyage de la vie. Le mérite ne consiste

vérer, à nous rendre utiles à quelques-unes.

Nous nous décourageons quelquefois par “le peu de proportion qui paraît entre les moyens employés et les résultats obtenus, comme si Dieu, dans sa divine balance, devait considérer nos bons succès et non notre bonne volonté. Sommes-nous, d’ailleurs, justes appréciateurs ‘du mal que nous évitons, du bien que nous faisons ?

Le bien et le mal parcourent le monde comme ces fragments de rocher détachés de la montagne neigeuse et qui, roulant de hauteur en hauteur, se convertissent en d'énormes ‘avalanches. Qui est capable de calculer le mal qui s’évite en évitant une faute, ou le bien qui se fait en contribuant à une bonne action ? Est-ce que le bien et le mal ne laissent pas en nous comme un ferment qui soulève ou nos instincts pervers, ou nos plus nobles facultés ? Quand avons Commis quelque mal, n’avons- “ik DAS éprouvé une espèce de fascination qui nous poussait à quelque chose de pire ? Quand nous avons fait le bien, me ous SOMMeS-nous pas sentis meilleurs et mieux disposés à la vertu ? Et puis, qui nous à dit le prix d’une larme essuyée !

Ah ! si nous avons souffert, nous saurons l’apprécier ! é

Humilité. ‘humilité avec les pauvres

pas à flatter notre amour-propre en protégeant beaucoup de familles, mais à persé-

ES 50 se

est une vertu qui nous fut enseignée par

le divin Maître lui-même : sans elle nous

ne les corrigerons pas. Cette humilité n’est

que l'extérieur de la charité, l'expression

, d’un amour sans bornes, qu'aucune injus-

ice n’éteint, qu'aucune haïne, qu'aucune!

injure we sauraît altérer. Ayons cet:

amour, nous serons humbles. Rien n’est sublime comme l’humilité véritable qui, par amour pour Dieu, s'incline devant l’homme, compaltit à celui qui le maltnaïte, console celui qui l’injurie et lui pardonne à deux genoux (1).

L’humilité est toute-puissante quand elle se trouve chez des personnes en qui elle ne peut paraître bassesse, et dès lors elle impressionne fortement les pauvres quand ils l’observent dans ceux qui leur font du bien.

L’orgueil chez le faible est absurde, chez le

: fort il est bien vil. L’orgueil humilie sans corriger, l'humilité corrige sans humilier:

l’orgueil réveille l’amour-propre de celui qu'il humilie et le dispose à défendre ses fautes; l'humilité lui parle au coeur et le dispose à les avouer. Plus la fortune aura mis de distance entre le pauvre et nous, plus noire humilité à son $gard lim.

pressionne. Il y en a peu qui soient asser insensibles ou dépravés pour ne pas éprouver cette espèce de réaction qui les porte à

1. ‘‘L’humilité, dit saint Vincent de Paul, ex ls chemin qui conduit à la plus haute perfection’.

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s’intliner devant celui qui jamais ne les humilie,

Mais le plus difficile n’est pas d’ître humble avec Îles pauvres ; leur malheur, leur infériorité protége notre amour-propre ; nous les voyons si bas que nous ne croyons pas pouvoir être atteints par leurs offenses, et notre humilité devient simplement une forme de la compassion. Nos égaux, ceux qui possèdent une plus belle position, ou si nous appartenons à une société charitable, nos confrères et mos supérieurs, voilà pour notre humilité des écueils plus terribles que l’orgueil du pauvre. La susceptibilité de notre amour-propre nous fera remarquer, ici, la froïdeur d’un salut, là, un air quelque peu dédaigneux, plus loin, un défaut de confiance : il nous semblera que nos recommandations sont peu écoutées, tandis que celles des autres le sont avec intérêt; que nos pauvres sont les moins favorisés, quoique les plus nécessiteux. Nous croürons voir que notre talent, notre mérite, notre bonne volonté passent inaperçus, tandis que des personnes moins capables remplissent des emploïs ont nous devrions être chargés: nous arriverons peut-être à croire qu’on nous méprise et qu'on nous humilie de propos délibéré.

L’ar our-propre qui revêt tous les déguisements, prendra même le saint vêtement de la charité, accusant au nom du Seigneur

nr rene nn er essenem qua angmmnne

rite ? Combien y point aveuglées su E

° devons le supporter humblement pour Dieu, qui recevra le sacrifice de notre propre comme

Si l’homme est

dirigée par des anges? Faïisons-nous cette question : Y a-t-il dans la Société plus de bien que de mal ? Si la réponse est affir-

D ue

mative, les injustices que nous alléguons, pour n’y pas entrer ou pour là quitter, ne sont que des prétextes de l'égoïsme, de l’'amour-propre, de la faiblesse, de l’orgueïl, origine de tant de maux.

Pour améliorer le sort de nos pauvres, nous sommes obligés parfois à recourir à

pas- des personnes dont la position sociale est nnes supérieure à la nôtre, et nous nous irritons fil de la difficulté qu’il y a pour parvenir jusmé- nu’à elles, de l'ennui d'attendre dans une

antichambre, de l’insolence du laquais, de la fierté du maître. Si nous sommes profondément chrétiens, il nous en coûtea peu pour offrir à Dieu ces petites contrariétés; maïs, même en supposant que notre vertu soit tiède et notre foi bien faible, il suffit d'en appeler à la raison pour supporter avec calme ces contre-temps qui sont dans la nature même des choses. N’affrontons-nous pas par amour du pau- -vre la saleté le son habitation, sa mauvaise odeur, sa chaleur insupportable ou

est son froid excessif? Eh ! pourquoi n’affron- Tres terions-nous pas également et le laquaïs du t-il riche et son antichambre, et sa vanité | été Pourquoi donnerions-nous à tout cela une

sât ‘tre importance que celle qui se donne et à une chose désagréable qu’il faut Supportte ter, ou à un obstacle qu’il faut vaincre ? | de Si, en voyant les défauts du pauvre, nous

disons pour l’excuser : “Il est si pauvre !”

pourquoi en voyant ceux du riche ne di rions-nous pas : “Il est si riche!” N'y a-t-i pas des écueils bien difficiles à éviter pour ceux qui sont en haut de l'échelle sociale, comme il y en a pour ceux qui sont en bas!

Au lieu de nour irriter contre les puissants, rendons grâces à Dieu qui ne nous a mis, ni assez bas pour que notre coeur en soit accablé, ni assez haut pour que no-

tre tête en éprouve des vertiges; rendons- ” lui grâces de nous avoir placés dans une position où l’esprit est plus libre et la vertu plus facile.

Il pourra arriver que la pauvre famille confiée à nos soins n’avancera pas dans la vertu; au lieu de la déclarer imcorrigible, persons plutôt qu’il n’y a pas en nous ce qu'il faut poru la corriger, que nous ne savons pas lui inspirer cette sympathie qui, née du coeur, est le moyen le plus facile pour arriver au coeur; alors demandons qu’un autre essaye ce q:: nous n’a- .

vons pu faire. Cet acte d’hu. .'té, loin de nous abaiïsser, nous élève; j” :uais l’homme ! ne paraît plus grand que lorsqu'il confesse sa petitesse, et n’a jamais besoin de plus :

de force que lorsqu'il doit se faire humble. 7

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