CHAPITRE V
Des qualités que doit avoir le visiteur . du pauvre.
Les qualités nécessaires pour visiter vec fruit le pauvre se résument toutes ans cette suave parole: la charité; mais
charité telle que la définit saint Paul, ui n’est point superbe ni ambitieuse, qui e porte point envie, ne recherche point es intérêts, ne s irrite pas, ne pense point è mal, ne se réjouit point dans l’iniquité hais dans la vérité; la charité qui est paiente et bénigne, qui supporte tout, qui roit tout, qui espère tout, qui souffre tout; n un mot, la charité qui ne finit jamais.
Oh ! c’est bien là le divin idéal de la harité telle que l’ont pratiquée les grands aints ! C’est là le modèle de perfection ue nous devons toujours étudier, pour ous en rapprocher autant que possible.
Il est des pauvres de qui nous pouvons eaucoup apprendre, car ils nous donnent es exemples de sublimes vertus (1); il en st qui ont besoin de nos leçons, de: notre
1. ‘‘Après votre visite (dit saint Vincent de v-ul). entré chez vous, réfléchissez sur les vertus que ous avez reconnues dans ces pauvres gens et con-
ondez-vous à la vue de vos imperfections.
aide, pour ne pas sortir de la bonne voix d’autres attendent notre secours pour ] rentrer. Voyons les moyens à employe pour gagner leur coeur.
| Douceur. Le visiteur dn pauvre à be. fes soin d’une inépuisable douceur; sa mis.
ee sion est toute de paix et d’amour:; Ia violence ne le conduira jemais à d’avantageux résultats; il pourra intimider ceux qu’i veut convertir, les obliger à avoir les apparences de la vertu, par des vues d'intérêt:
lüuis un vrai changement de vie ne s’obtient que par la persuasion (2): pour que le pauvre nous croie, il faut qu’il soit persuadé que nous l’aimons, il faut qu’il uous aime; plus que personne il fait plus d’attention à celui qui lui parle, qu’à la chose dont on lui parle (3). Notre grand argument, celui qui doit servir de base à toutes
nos exhortations, c’est la conviction intime inspirée préalablement au pauvre, que nous ne voulons que son bien spirituel et temporel. Tout est perdu s’il aperçoit notre amour-propre ou quelque autre passion
2. N'oublions pas que saint Vincent t : ‘‘Quoique la fermeté soit néces à la fin que nous nous proposons dans nos bonnes oeuvres, il faut cependant user de douceur dans les moyens'’. ” 8. ‘‘Les galériens même (avec lesquels j'ai vécu) ne 8e gagnent Pas autrement. Quand je leur .
lais sév t je gâtais tout, (Autre part il te) : Ayez toute la condescenaance vous voudres pourvu que vous n’offensies pas le bon Dieu.’’
de Paul saire pou
CR ne
se glisser parmi les paroles de notre faible charité. Quoiqu'il faille, quand la justice l'exige, être sévère avec le pauvre, ce qu il. peut y avoir de dur dans le fond de notre résolution ne doit pas percer jusqu’à la forme; il faut, av-c les affligés, se montrer simplement exécuteur d’un ordre sévère imposé par la nécessité, et ne point oublier que le châtiment perd toute son efficacité, s’il peut être suspect d’être affligé par la passion. Le pauvre à qui sa persistance nous foree de supprimer nos secours ou ceux de la Société dont nous faisons partie, est toujours notre frère, enfant du Dieu qui mourut pour lui comme il est mort pour nous; il ne faut donc pas désespérer de le corriger. Disons-lui que si nous ne pouvons lui donner le secours matériel, nous lui conservons toujours notre affection, notre désir de le voir heureux et vertueux.
Qui sait si le mélancolique souvenir de cet ami désinbéressé qui le quitte à regret, parce que lui-même l’y force, ne restera pas dans son âme comme une semence précieuse que quelque favorable circonstance un | jour fera germer ? Qui sait si le dernier jour où il nous voit ne sera pas le premier où il nus comprendra, et si le vide de noire absence ne lui fera pas apprécier notre amour ? Qui sait si cet adieu jusqu'à l’éternité ne le fera pas trembler en pensant à ce qu’elle a de terrible ? Mais, quoi-
Re ÉTÉ
que nous laïssions ce pauvre, il ne faut pas l’abandonner: sans paraître le. chercher, tâchons de le rencontrer quelquefois, et s’il est frappé de quelque malheur, qu’il nous retrouve près de lui L’homme si sublime dans ses inspirations, si méprisable par - ses instincts, est tel que jamais on ne.doit ni compter complètement sur lui, ni-en désespérer absolument.
ermieté.—La douceur envers le pauvre doit être accompagnée d’une raisonnable sévérité, si nous voulons conserver le prestige qui nous entoure à ses yeux et sans lequel nous ne pourrions le corriger. La faiblesse de caractère inspire le méoris et est un sujet de dérision pour ceux même ‘ qui l’exploitent. Quels sont les enfants malhonnêtes et peu caressants ? Les enfants gâtés. Quand donc c’est nécessaire, il faut plier, rompre même la volonté du pauvre, non vas en lui imposant la nôtre, mais celle de Dieu que nous ferons nrévaloir avec une fermeté chrétienne. Nous ne sommes pas propriétaires, mais administrateurs des biens de toute sorte que nous dispensons aux pauvres, et nous devons les porter de vréférence, là où il y a plus de besoin et plus de mérite. Ce qui se donne mal à propos à l’un est de moins pour un autre qui le méritait mieux. L’arbitraire dans la distribution des anmônes est un terrible argument contre les associations
e charité, et une des raisons qui empéhent d’en faire partie bien des personnes ertueuses dont l’auxiliaire serait puisant. Cet arbitraire sert aussi de prétexte
l'égoïsme, gardons-nous bien de lui doner des armes.
Exactitude. Oh! que l'exactitude à orter les secours est u e chose nécessaie ! C’est un devoir si :cile à remplir et u’il est si horrible d'oublier ! A peine conoit-on . qu il soit utile d’en parler à des bersonnes engagées volontairement à visier le r ‘re. Voilà une famille plongée lans la ,..sére; la mère n’a que des larmes donner à de frêles enfants qui demandent lu pain; elle ne peut répondre à leurs cris jue par les battements de son coeur. Oh !
omme elle compte les heures de cette mainée qui doit vous amener près d'elle ! que Ble fois elle ouvre la fenêtre, écoute, épie e moindre bruit, croit entendre des pas jui ne résonnent point ! La nuit arrive, la borte se ferme, plus d’espoir ! Celui qui levait consoler cette triste famille a été à es affaires, à ses vlaisirs, et ce secours esté dans son portefeuille ne dit rien à jon coeur ni à sa conscience ! Ces bons ont le pain du pauvre, sa légitime probropriété. Nous trompons la confiance de lui qui nous donne la sainte mission de onsoler les affligés ; chaque heure, chaque ninute de retard est une fraude qui tient
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un peu du sacrilège. Qui sera respqn
ble du désespoir de cette famille espé:
en vain tout un jour Ÿ Qui sera respon sable du blasphème que formulent ces là.
vres, du crime que médite ce coeur et que peut-être il exécute ? Les tribunaux hu.
mains ne nous <ondamneront pas; mai nous comparaîtrons devant celui de Dieu |
Le visiteur du pauvre ne remplirait pas sa mission en envoyant les bons ou les secours, en les laissant à une Voisine, ou en les glissant sous la porte de son pauvre ; ces secours ne constituent pas le bien principal que nous apportons au pauvre ; ils sont, au contraire, le moindre entre ceux que nous pouvons lui faire.
L'exactitude à porter les secours n’est Ds la seule qui nous oblige: il en est une autre qui, sans importer moins, court risque d’être plus facilement oubliée et l’est, à en effet, bien souvent. Si nous sommes à peu près ce que rous devons être, bien promptement nous sommes tout pour pauvre; il nous confie ses secrets, nous ex Pose ses doutes, nous demande appui dans ses peines, conseil dans ses perplexités. Je | n’ai que Dieu et vous dans ce monde, nous dira-t-il, vous êtes mon père et ma mère et il fait de nous l’agent de toutes ses affaires; une pétition pour obtenir des bains pour un enfant malade, une au pour demander un secours, une démarck