GUIDES
On trouve au Freyenhof de très-bons guides qui connaissent toutes les routes et toutes les curiosités. Au retour de chaque voyage , ils sont obligés de faire voir les certificats qu'on leur a donnés.
Stury , Haldelmann , Tschautz. Jaggi , Rodolphe , Wursten. Elles. Amstutz , Rodolphe Furrer fils, et Tschag gelar.
Ce dernier ne parle qu'allemand.
Ou leur paie 6 francs de France par jour pour gages et entretien; le même prix leur est accordé pour les journées de retour, depuis l'endroit où on les quitte.
Panorama du Rigi, et magasin d'objets d'arts des frères Schmid, à Thun. Ce joli panorama, peint par Huber de Kulm, offre aux amateurs une des vues les plus intéressantes de la Suisse : les voyageurs , que le mauvais temps aura contra» riés , et qui n'auront pu le contempler sur les lieux mêmes, pourront ici se faire une idée parfaite de la réalité , tons les détails étant exécutés avec beaucoup de soins.
L'entrée est del fr. 50 c. par personne.
On trouve dans leur magasin des costumes, et vues de la Suisse, des figures sculptées, des cartes géographiques ? des minéraux , des insectes , des papillons et des plantes alpines > etc.
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§. 3. Lac de Thuïï.
Lac de Wkun, — En remontant l'Aar , on jouit de quelques jolis points de vue ; mais rien n'égale le moment où dépassant laSchadau , on découvre tout à coup le superbe bassin de Thun. Il se montre presque aussitôt dans sa plus grande largeur, jusqu'à la belle campagne de Bellerive , dont on aperçoit bientôt les peupliers élancés , et une petite île tout près du rivage qui en dépend.
Les regards s'attachent d'abord à la pyramide du Kiesen ; puis plus particulièrement aux grandes masses dominantes au centre du tableau , depuis la Blùmlis-Alpe jusqu'au pied de PAbendberg , qui ceint la baie par laquelle le lac se termine à son extrémité supérieure.
L'œil vient se reposer sur des objets plus rapprochés et mnins élevés : d'un côté l'église d'Hilterfingen et des plages plantureuses encadrent le miroir du lac , tandis que de l'autre de vastes forêts , l'antique tour de Straettligen et le canal de la Kander , attirent l'attention. On aperçoit d'abord que cette coupure dans le rideau des collines qui bordent le lac , est l'ouvrage des hommes.
Strœttligen et Einigen. — En contemplant l'embouchure de la Kander , en voyant un pont couvert d'une seule arche , sans pilier, comme suspendu dans les airs à une grande hauteur sur le précipice , l'imagination se transporte dans les sièclespassés , et les interroge sur ce qui existait jadis dans ces lieux. A quelque distance au-dessus du nouveau canal se voit une antique tour qui rappelle les lemps de la chevalerie.* c'est Straettligen. Suivant la tradition , la fertilité de la contrée environnante lui avait fait donner le nom de Goldenen-Lust { séjour d'or et de plaisir). La petite église au bord du lac, qu'on aperçoit à peine , consacrée à Michel l'archange , se nommait le Paradis. Plus haut , sur les rives du lac , le château de Spies portait le nom de Golden-Hof, cou» dorée.
En continuant la navigation, sur la droite du lac, on aperçoit l'issue étroite du Siebenthal , entre le Xiesen et la Simmenfluh, dont le château de Wimmis , placé entre deux montagnes , paraît garder l'entrée.
Au sud-ouest, à l'extrémité méridionale de la vallée de Frutingen, le Balmhorn, l'Altels et le Fânderhorn étalent à chaque pas de nouvelles beautés. Au-dessus des collines qui bordent le lac à l'ouest, domine le clocher d'Aeschi.
On double rapidement une langue de terre après l'autre»
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Après avoir dépassé le hameau d'Echetibûhl , on arrive près d'Hilterfingen., beau village paroissial, dont l'église , fondée parle roi Rodolphe de Straettligen , date, dit-on, de l'an 933.
Oertli et Herzigenacker , au pied de la Blum , offrent des sites champêtres et romantiques, mais dangereux. On aperçoit déjà derrière Oberhofen, où la pente du coteau est moins rapide, les traces d'un éboulement qui eut lieu il y a 15 ans. Il paraît qu'une nouvelle avalanche se prépare droit au-dessus de ce village , et menace d'entraîner un jour dans le lac tous ces beaux rivages.
Gunten , ou Gonten , est bâti , ainsi que plusieurs autres hameaux des bords du lac, sur )e gravier charrié par un ruisseau qui prend sa source au-dessus de Sigriswyl.
Sigriswyl lui-même est une communauté considérable sur la montagne, dont leshabitans, dispersés dans plusieurs petits hameaux, sont occupés, une partie de l'année sur les coteaux, à la culture de la vigne, et l'autre sur les monts, avec leurs bestiaux.
Entre Gonten et Ralligen, on voit des cascades formées par le Pfannenbach et le Stambach ou Standbach. Un peu plus loin , on découvre un grand bâtiment en forme de tour, qui porte le nom de château de Ralligen.
En approchant de Ralligen, on aperçoit enfin à droite , sur le rivage opposé, et sur une langue de terre au fond d'une baie masquée par un promontoire de rochers élevés, le château et le bourg de Spiez.
Merlingen est un joli village. Les habitans ont depuis des siècles une réputation de bélise que les contes de bateliers ne servent pas peu à entretenir. C'est un sujet de risées et d'amusemens pour les voyageurs que tous les contes débités sur Merlingen.
Les superbes masses de la Wandfluh, jusqu'au promontoire de la Nase, remplissent le centre du tableau. L'Abendberg et il Breitlauenen terminent le paysage à l'extrémité supérieure du lac.
C'est à Ralligen qu'on a fait la moitié du trajet sur le lac. Nous allons y débarquer pour faire à pied une partie intéressante de la route.
La caverne de St-Béat. — Si l'on ne craint pas de gravir un sentier étroit et montagneux, on aura du plaisir à faire un pèlerinage à la grotte de Su Lut- Béat. On ne perd pas beaucoup en quittant le lac, seulement un point de vue sur le village de Sigriswyl , dont les maisons paraissent bâties en gradins sur le penchant de la montagne.
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Le sentier qui conduit à la grotte de Saint-Béat est le même que suivent les piétons pour remonter le long du lac sur la rive septentrionale. Il est coupé par de nombreux ravins et des enfoncemens qui prolongent infiniment la route.
Quelques petits torrens qui descendent des montagnes supérieures forment dans leurs cours de jolies cascades; mais celui de la grotte de Saint-Béat s'annonce déjà de loin par le bruit de sa chute.
Deux cavernes très-rapprochées se présentent à la curiosité des voyageurs. De larges sillons sur le sol prouvent que les flots du lac s'élevèrent une fois jusqu'à cette hauteur , et ce sont eux qui peut-être creusèrent ces grottes. Les voûtes naturelles qui leur servent de portiques sont percées dans un rocher de pierre calcaire très-haut et très-escarpé, l'une tournée un peu plus vers l'extrémité inférieure du lac, l'autre du côté du midi.
La grotte du ruisseau est digne d'exciter l'attention : l'obscurité qui y règne invite à pénétrer dans ses abîmes profonds.
§. 4- Unterseen. — Interlackex. — Le Boedelein.
Nous rejoignons notre bateau sur la plage au-dessous de Leerau. et nous avons encore une lieue de traversée jusqu'à Aeuhaus.
Le chemin par terre, en passant par Sund ou Sung-Lauenen, est assez long, en raison du golfe que forme le lac ; il pourrait même être dangereux à ceux qui n'en ont pas l'habitude, parce que dans une partie il est tout-à-fait taillé dans le roc et fort rapide ; dans un autre , il traverse un lit de cailloux roulans qui est souvent recouvert par de nouveaux éboulemens et très-pénible. Mais en revanche , il offre des tableaux charmans, particulièrement celui des chaumières, des granges et des noyers de Sung-Lauenen sur le rivage, où de légères nacelles amarrées se balancent doucement sur l'onde. On peut y recueillir de charmantes études de paysages. A gauche, sur la hauteur, se voit l'église de Béatenberg, où l'on ne peut atteindre qu'en montant pendant une lieue par un sentier escarpé.
A l'extrémité dulac, la contrée qui s'offre aux regards n'est point d'un aspect agréable. On a devant soi ÏVeuhaus , maison isolée , située sur un sol marécageux , où ne végètent que quelques buissons d'aunes très-bas , et qui se prolongent sans aucun charme entre les coteaux des montagnes rap-
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prochées, couvertes de sombres forêts de sapins ou hérisse'es de rochers.
De Neuhaus nous allons suivre la route jusqu'à Interlacken. Le chemin , toujours en plaine , praticable aux voitures , et bordé en partie d'une allée de peupliers, se dirige en ligne droite sur la petite ville d'Unterséen , situe'e au pied de l'âpre et rocailleuse montagne du Harder. A gauche s'élèvent des coteaux escarpés et couverts de bois , sur lesquels se trouvent les hameaux d'Oberholhen et d'Unterholhen , et d'où la Waldeck forme un beau point de vue. A droite , on voit l'Abendberg se terminer dans la plaine par la colline du grand Rugen.
Interlacken. — Probablement Interlacken [ïnter lacus) fut le nom primitif de tout le vallon , qui fut donné ensuite plus particulièrement à un village au pied du Harder , près duquel Walther d'Eschenbach bâtit , en 1241 , la petite ville d'Interlacken , aujourd'hui Unterséen.
A droite , en entrant dans la îille d'Unterséen , on trouve l'habitation des anciens avoyers ou baillis que Berne y a constitués depuis l'an 1400 jusqu'en 1798. Ce bailliage était petit , et ne contenait que quatre paroisses. Il s'étendait à droite sur le bord du lac de Thun jusque vers le promontoire de la 3Vase,où, suivant un ancien document, l'arbrisseau d'Autriche en marquait les confins. Cet arbrisseau ne flétrit jamais; mais il ne devient pas plus grand. Ljs bateliers ne manquent pas de le montrer aux passagers, et l'on est surpris de voir un petit saule qui, pendant des siècles, a reverdi chaque année , depuis le temps où la seigneurie d'Unterséen appartenait à l'Autriche ( de l'an 1298 à 1393).
On sort de la petite ville d'Unterséen par une sombre porte cochère en bois, et l'on arrive dans les faubourgs, plus considérables que le bourg même. Le premier, nommé Spielmats, est situé en entier sur une île de l'Aar , et Aarmùhle ; le second est en partie sur une autre île. On voit encore deux autres îlots à droite , qui sont cultivés , et dont l'un contient les jardins du château ; au pied du Harder r hérissé de bois et de rochers, se présentent les maisons delà Goldey , le cours paisible de l'Aar jusq^à la rotonde du Hohbulh , et plus près des. batardeaux sur lesquels la rivière se précipite en écumant , et qui , s'ils ont l'utilité de faire tourner quelques rouages , interrompent d'un autre côté la navigation entre les deux lacs. En avançant , on voit la colline du petit Rngen couverte d'un sombre feuillage, au-dessus de laquelle se montre la Jungfrau.
Une rue garnie de nombreuses boutiques de marchandises à l'usage des campagnards, conduit, en passant deux ponts qui traversent deux différens bras de l'Aar., sur la rive gauche. Dans une de ces échoppes se trouve un dépôt de cornes de chamois, adaptées, en guise de pommeau, à de jolies petites cannes de houx. Enfin, l'on arrive sur la belle chaussée du Hœheweg. tirée au cordeau et bordée de plusieurs habitations tapissées de treilles. Cette route est reconnue pour la plus belle de la contrée. L'art et la nature se sont plu à la rendre agréable.
La colline de Hohbulh est une saillie peu élevée du Harder, qui s'avance contre l'Aar, et d'où l'œil peut suivie librement son cours. Il ne faut qu'un quart- d'heure pour s'y rendre depuis Interlacken.
A son sommet, on a construit une rotonde : c'est un dôme qui repose sur douze colonnes de simple bois, sous lequel sont placés des bancs dans tous les sens pour se reposer en jouissant des différens points de vue.
Cependant, à 100 ou 200 pas plus haut que la rotonde, près de Lntere-Bleicki , le paysage est encore plus vaste et plus beau. On le voit complètement dégagé, sans que les objets se perdent ou se confondent dans le lointain. Piien n'offusque ni ne coupe l'ensemble de ce «superbe tableau. Mais il faut aussi savoir choisir le jour sous lequel il doit être vu. Le soleil du matin et celui du midi lui sont les plus favorables. Les rayons de cet astre éclairent alors sans éblouir les parties les plus gracieuses; la lumière tombe, du côté du lac de Brienz ou de la Jungfrau, sur Interlacken, Unterséen et le cours inférieur de l'Aar, et c'est aussi sur ces objets que l'œil se dirige de préférence. Il faut avoir le soleil derrière soi : il faut que les regards soient pour ainsi dire portés par ses rayons dans le paysage que l'on contemple , pour en jouir et en distinguer tous les détails.
Interlacken a depuis quelques années changé de physionomie et d'aspect; ce n'est plus un village suisse, mais un village à la manière anglaise; les maisons de bois avec de longues devises tirées des psaumes, les toits en pente, les fenêtres ovales ont été remplacés par des habitations comfortables. Les anciens habitans ont été relégués à Unterséen; Interlacken n'est plus habité que par des familles anglaises. M. Frédéric Seiler est propriétaire d'un étégant cottage où il tient pension : salon de société, billard, cabinet littéraire , journaux , bonne table , tout se trouve réuni dans son établissement.
Il y a des bains à Interlacken.
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§, 5. UWSPUNNEN. WlLDERSWYL. GSTF.IG.
Si l'on part d'Unterséen ou d'Interlacken avec un bon guide, il faut toujours tâcher d'arriver à Lauterbrunnen entre dix heures et midi , parce que c'est dans ce moment de la journée que le Staubbach est éclairé par les rayons du soleil, ét qu'il se présente le mieux. Le premier moment de l'aspect de cette cascade décide irrévocablement de l'impression qu'elle fait sur le spectateur, et la grave dans £0n souvenir, ou la lui fait trouver insignifiante.
Pour arriver à Lauterbrunnen à neuf heures du matin ^ il suffît de partir à six heures d'Interlacken dans le gros de l'été , si l'on est en char, liais si l'on voyage à pied, et que l'on veuille , chemin faisant , faire quelques petites haltes ou quelques détours pourvoir des sites agréables, il faut partir de meilleure heure. Si l'on veut monter deZweyliitschinen sur les hauteurs d'Eisenfluh , pour se rendre depuis 1k à Miirren, il faut se mettre en route, soit à pied, soit en voiture, à trois heures, et, sans faire le moindre circuit, arriver le plus tôt possible, à l'entrée du sentier qui conduit sur la. montagne près de Zweylùtscîrinen. La manière la plus agréable est de partir d'Interlacken à pied entre cinq et six heures du matin , en se faisant devancer par un char jusqu'à Wilderswyl, et d'aller ensuite en voiture de là jusqu'au rocher de Hunnenfluh. Ici on met pied à terre ; on envoie le char en avant pour commander le dîner à l'auberge , et Ton va voir le Staubbach , quelques autres cascades, des rochers, des bosquets et tous les autres objets intéressans qu'elle renferme dans l'espace d'une petitelieue; on revient ensuite prendre le repas vers midi ou une heure. On peut employer l'après-midi à visiter la chute supérieure du Staubbach, ou monter à la YVengen-Alp, à laquelle cependant la matinée est plus favorable.
Depuis Àarmïihle on se rend par un sentier directement au Rugenhùbelein , terrasse avancée du petit Rugen.
Bientôt la route se divise, et un sentier sinueux nouvellement tracé conduit à gauche par une montée assez escarpée, mais sans aucun danger, jusqu'au haut de la colline. L'on y trouve un reposoir où l'on est récompensé par une jolie vue de la peine qu'on a eue à gravir jusque-là.
Suivons à pied le sentier qui passe tout près des masures 4'Unspunnen. Les ruines de ce donjon sont tellement couvertes par les broussailles qui croissent tout à l'entour, et
OBE 461 sur les débris des murs , que bientôt on ue pourra plus les voir. Le bâtiment principal se compose d'une grande tour carrée, dont l'un des angles s'ouvre dans une petite tour ronde qiû est attenante. Il n'y a point de porte pour y entrer ; il faut s'introduire en grimpant par une petite meurtrière , dans l'intérieur presque tout rempli de décombres- La tour ronde a cependant encore assez de profondeur pour soupçonner que les cachots du château y étaient situés.
Si l'intérêt que prend le voyageur à ces masures est excité par les réflexions et les souvenirs qu'elles font naître , le village voisin de Wilderswyl tire de lui-même celui qu'il inspire. Le sentier qui y conduit depuis Unspunnen passe près d'une fontaine abondante, entre les maisons rapprochées des habitans , sous de beaux arbres fruitiers , et va rejoindre la route ordinaire venant de Matten. On apercevra avec peine dans ce riant hameau des symptômes de cette triste infirmité, dont le spectacle afflige si fréquemment en parcourant les plus belles vallées des Alpes. En un mot, on voit des goitres à Wilderswyl, et ici comme ailleurs, on n'a pas encore pu démêler les causes qui les produisent.
ÎVous quittons là Wilderswyl pour entrer dans le défilé de la vallée de Lùtschinen, en traversant Muhlinen et le torrent impétueux de la Saxeten , et en passant à côté des maisons de Grenchen. Le joli hameau champêtre de Gsteigwyler ou Wyler est situé sur l'autre côté de la Lùtschinen, et masqué par les bords élevés de cette rivière. Un petit pont de bois d'un effet pittoresque, comme on en voit tant sur les torrens de ces montagnes, indique le sentier qui conduit à ce petit village , caché sous l'ombrage de ses fertiles vergers.
On contemplera avec plaisir le paysage dans le genre de Salvator Rosa , qui se présente ici aux regards , d'autant plus que jusqu'alors on n'en a point rencontré d'aussi sauvage.
Avant d'atteindre le pont de Wyler, on passe au pied d'un rocher nommé Rothenfluh (roche rouge ) , sur lequel on remarque , à une certaine hauteur , des raies semblables à des rubans de couleur de rouille. Elles proviennent probablement de couches de mines de fer peu enfoncées, ou de pierres ferrugineuses, que les eaux de pluie dissolvent jusqu'à un certain point , et qui teignent, en s'écoulant, la surface du roc. Ce roc est remarquable parce qu'il était jadis couronné par un ancien château nommé la Balme de Rothenfluh.
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Balme signifie , dans l'idiome de l'Obcrland , une grotte formée par un roc qui surplombe en voûte.
De l'autre côté du petit pont de Wyler , dont nous avons parlé plus haut , se voit un gros quartier de roc à droite du chemin , que les paysans des environs nomment le Beesestein (mauvais rocher, ou Brùderstein, rocher des frères). On a placé tout auprès un banc , et un amateur de l'histoire suisse a fait graver sur la pierre ces mots conformes à la tradition : « ïci le baron de Rotnenfluh fut occis par son » frère. Oblige' de fuir sa pairie, le meurtrier termina sa vie » dans l'exil et le désespoir , et fut le dernier de sa race, ja« » dis si riche et si puissante. »
Au milieu d'une nature aussi sauvage , un pareil monument émeut et ajoute encore à l'aspect sinistre de ces lieux. A droite , une noire forêt de sapins s'étend sur la pente de la montagne et sur des monceaux de débris; le long de rochers nus et menaçans , à gauche, la Lùtschinen mugit en ecumant dans son lit rocailleux. A quelques pas du Bœsestein, on voit un bloc semblable, en forme de cube et d'une grande dimension , qui se détacha du haut de la montagne il y a peu d'années, et roula dans la plaine.
C'est à Zweylûtschinen que se réunissent les deux rivières qui portent également le nom de Lùtschinen. L'une , surnommée la Noire , vient du Grindelwald, et l'autre, dite la Blanche , descend de Lauterbrunnen. Elles sont formées principalement par l'écoulement des glaciers; mais des particules d'ardoises que la Lùtschinen noire délaie et entraîne en coulant au pied du Wetterhora , donnent à ses ondes , une teinte noirâtre que n'ont pas celles de la Lùtschinen blanche.
Zweylûtschinen est un petit hameau qui ne consiste qu'en maisons de paysans et en un cabaret où l'on peut être logé tolérablement. Cet endroit fait partie de la commune voisine de Gïnidîischwaud et de la paroisse de Gsteig. Il faut passer un pont praticable aux chars , pour se rendre à ce village , depuis la route de Lauterbrunnen , et sur ce pont on revoit les cimes élevées du Beatenberg et de La Gemmen-iVlp , qu'on avait perdues de vue depuis long-temps , et qu'on n'apercevra plus qu'après un long intervalle.
Ici commence un spectacle plus grand et plus majestueux, et nous pouvons nous écrier avec Virgile : Paulà majora canamasî
§. 6. Grindelwald. — Lauterbrunnen.
De Zweylûtschinen on peut se rendre en char à Grindelwald,
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sur une route tolérable, en 3 heures, et en 1 à Lauterbrunnen. Les voyageurs qui n'ont pas assez de force ou de courage pour aller de Lauterbrunnen à Grindelwald, par la Scheideck de la Wengen-Alpe , sont oblige's de revenir sur leurs pas de Lauterbrunnen à Zweylûtschinen , et de prendre la route de la vallée de Lûtschinen pour gagner Grindelwald. Il paraît donc convenable , avant de décrire le détour par Eisenfluh , de dire quelques mots sur ces deux routes que j'ai suivies plusieurs fois.
Près de Zweylûtschinen on traverse sur un pont la Lûtschinen Noire , et l'on se rapproche du village de Gimdlischw and. On perd bientôt de vue les montagnes situées à l'entour d'Unterséen , que l'on voyait encore derrière soi; et le Wetterhorn , qui se présentait en face , est aussi masqué par des parois de rochers qui avancent dans le vallon. Gûiidîischwand , petit hameau, est à gauche de la route , à quelque distance , tandis que la rivière , qu'on ne repasse plus, coule en mugissant à droite dans son lit rocailleux. Les rochers qui s'élèvent sur sa rive opposée présentent les formes les plus singulières dans leur bizarre stratification.
De terribles dents de rochers se dirigent en ligne ascendante au-dessus de Zweylûtschinen et Gûndlischwand vers Ja belle cime de l'Iselten-Alpe , d'où l'on a une vue qui domine toutes les sommités de glaces voisines. Elle se joint par des pâturages fertiles et par des arêtes de montagnes au Faulliorn et à la Scheicleck deHasli, et paraît être le marchepied du Wetterhorn.
La vallée de Lûtschinen proprement dite et la paroisse de Gsteig s'étendent jusque près des habitations de Burglauenen. On rencontre souvent de petits groupes de maisons entourées de beaux arbres fruitiers ; on voit encore de superbes noyers. Le Stalden est une montée raide , au-dessus de laquelle on arrive au village de Burglauenen, et qu'on fait ordinairement à pied. On atteint une nouvelle terrasse du vailon , d'où l'on redescend bientôt dans une plaine , qui fut probablement jadis le bassin d'un lac. Au-delà , on voit une suite de maisons isolées qui font partie du Grindelwald, et qu'on nomme Im Tsehingelberg. Ici le soleil , caché par Parète de la montagne, ne paraît plus depuis le 28 octobre jusqu'au 8 mars. Au-dessus du Stalden , un fossé , nommé ?»Iarchgraben ou Wartenberggraben , trace la limite entre la paroisse de Gsteig et le Grindelwald.
Au-delà de Burglauenen, le climat du vallon devient remarquablement plus froid. Il ne croH plus d'arbres fruitiers,
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excepté des cerisiers qui y prospèrent encore et même plus loin , au-delà de l'Enge , gorge étroite , et la véritable entrée du Grindelwald.
Derrière l'Enge et le Balm escarpé , d'où se précipite quelquefois une cascade abondante, la vallée s'élargit de nouveau assez considérablement ) et bientôt on aperçoit de jolies maisons champêtres, de riches pâturages et tout ce qu'un paysage pastoral peut offrir d'agréable, dominé parle dôme majestueux de l'Eiger , qui s'élève, dans sa blancheur éclatante et sa forme arrondie , à la hauteur de 9,100 pieds. On ne le perd plus de vue dans le trajet d'une lieue qu'il reste à faire pour atteindre l'auberge du Grindelw ald , et dans lequel on traverse d'abord un torrent destructeur , mais poissonneux, nommé Schw endenbach ; ensuite des amas de débris provenant de l'ancienne chute d'une partie de la sommité du Roihorn.
On passe près d'une colline; puis au travers des hameaux de Schwendi , Bach et Holzmatt ; enfin , à coté d'un hôpital. Après une courte montée , on arrive à l'auberge où l'on peut se reposer après celte longue course , en jouissant de l'aspect entier des deux glaciers et de la sublime chaîne des montagnes de glaces qui forment autour de la vallée un vaste amphithéâtre. Cette route est longue , et ce qu'elle a de remarquable est très-dispersé.
Celle qui conduit de Zweylûtschinen à Lauterbrunnen est beaucoup plus courte et moins fatigante ; les objets dignes d'être vus y sont plus rapprochés. Au commencement, elle n'en promet pas beaucoup. Le vallon, déjà étroit, est rendu sombre par la quantité d'arbres , principalement de sapins, qui l'ombragent. On chemine sur la rive gauche de la Lûtschinen blanche, et l'on voit sur l'autre bord les ruines d'une fonderie qu'on avait établie au commencement du siècle passé , pour y travailler la mine de fer, mais qui fut abandonnée dans la suite. Bientôt après on se trouve au pied de la Hunnenfluh, cette singulière masse de rochers qui s'élève perpendiculairement comme une immense tour ronde. Presque vis-à-vis de la Hunnenfluh le ruisseau de Sausbach descend en écumant avec fracas du beau pâturage de la Saus-Aip. C'est un de ces torrens dangereux qui se précipitent des montagnes et qui sont si nuisibles aux pâturages et aux vallées qu'ils traversent. Au-delà de la Hunnenfluh. on est émerveillé à l'aspect subit de la majestueuse Jungfrau, cette reine de la vallée. C'est surtout près des maisons de la
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Steinhalden . auxquelles conduit un pont étroit sur la Lûtschinen, que la vue est incomparable.
Lalterbri\:\e\ , considéré comme un district ou une contrée particulière, a pour limites : au midi , la Scheideck de\Veugen-Alp et l'arête de montagnes qui la prolonge et dont les son.mités principales sont le Laubhorn, le Thunnertschuggen et leMœnlichen. Cette chaîne porte aussi quelquefois le nom de Wergisthalgrat ou d'Itramengrat , d'après les communes des Wergisthal et d'ïtramen, ressortissantes du Grindelwald , qui en sont limitrophes.
Les glaciers ne descendent nulle part jusqu'au terre-plein de la vallée : seulement dans ses parties les plus reculées, à Ammerten et à Sevinen , les masses de glaces menacent d'atteindre la plaine: ce qui n'empêche pas que les plus belles plantes alpestres, les meilleurs herbages, ne couvrent le sol de tous côtés.
C'est dans les œuvres de la nature qu'il faut rechercher les objets remarquables que contient lavallée deLauterbrunnen. L'église et la cure sont très-modestes. Cependant, dans celuici , les jambages des portes et des fenêtres sont d'un marbre gris trouvé dans les environs du torrent de la Saus. Dans la petite église antique et un peu décrépite . mais que je ne voudrais pas plus ornée qu'elle ne l'est, j'ai cru découvrir à la fin d'une inscription tracée en caractères gothiques sur les lambris, la date de 1492. On y voit quelques vitraux peints dont les couleurs vives et bien conservées indiquent qu'ils appartiennent à la meilleure époque de cet art maintenant oublié. Une de ces peintures représente la légende concernant Piodolphe de Strcettligen. Saint-Michel, cuirassé de pied en cap, son épée dans la main droite, tient de la gauche la balance. Satan s'accroche à l'un des bassins, dans lequel ou voit l'âme du défunt monarque implorer la miséricorde divine et attendre en tremblant l'issue du conflit. Un moine en oraison est placé devant l'ange.
On peut aller voir la cascade du Mettellbach, en faisant dans l'après-midi une promenade agréable d'environ 2 lieues à la Steinhalde, près de la Hunnenfluh. Après avoir passé la rivière sur un petit pont , on peut retournera l'auberge en côtoyant le pieddu YVengenberg. La vue superbe sur la Jungfrau , dont on jouit à la Steinhalde , dédommagerait seule de la fatigue de cette course. Mais le retour , par un joli sentier qui traverse les prairies émaillées, sur un coteau légèrement incliné, présente tout ce que la nature des Alpes peut offrir de plus imposant et de plus gracieux : les habitations les plu£
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champêtres à l'ombre des plus beaux érables; la rue de l'église de Lauterbrunnen et des maisons qui l'environnent ; les cascades des ruisseaux du Greifenbach , du Fluhbach, du Lauibach, du Herrenbcechlein , du Kupferbœchlein , du Staubbach, du Buchibach et du Spissbach, qui se dessinent sur le vaste rideau des immenses rochers à droite , éclairés par les derniers rayons du soleil à son déclin.
Le Staubbacli. — Le véritable nom du Staubbach ou Stau- !)ach est proprement le Pletschbach , et il paraît le tirer du pâturage de Pletschen , sur lequel il prend son origine . par la réunion de sept sources qui jaillissent les unes près des autres.
A deux lieues de là , il coule dans un ravin profond encombré de pierres , au travers d'une forêt de sapins , jusqu'à une paroi de rochers avancée, un peu voûtée en dessous et dont la cime surplombe, qu'on nomme la Staubbach-Balm (grotte du Staubbach ). C'est de là que le torrent subit sa première chute, connue sous le nom de chute supérieure du Staubbach. On ne la voit pas du fond de la vallée ; mais on l'aperçoit bientôt, lorsqu'on commence à monter du côté opposé, sur la route de Wengen. A cinquante pas plus loin , l'eau se précipite de nouveau d'un immense rocher de 900 pieds de haut , et forme une seconde cascade ou chute inférieure , dont la renommée a tellement effacé celle de la première, qu'à peine on honore celle-ci d'une mention passagère dans les désertions de Lauter- Jbrunnen.
Il faut tout au plus une heure pour y monter. On suit d'abord le chemin de Lauterbrunnen à Mùrren, en côtoyant sur une pente revêtue de prairies touffues le ruisseau du Greifenbach, dans un large interstice du rideau des rochers d'où le Staubbach se jette dans la vallée. On traverse enfin le Greifenbach , puis le Fluhbœchlein , le Lauibach et le Herrenbcechlein , et l'on entre dans la forêt du Pfrundwald.
Pour jouir pleinement du spectacle de la grande chute du Staubbach, il faut absolument qu'elle soit éclairée par les rayons du soleil ( dans les plus grands jours d'été, depuis sept heures du matin jusqu'à midi et demi), avant que la montagne, sur les gradins de laquelle l'eau se précipite, projette son ombre ; car elle empêcherait de voir l'iris qui se forme sur le bassin , et les flocons d'eau qui voltigent dans Pair ne produiraient aucun effet. C'est l'éclat de la lumière qui fait distinguer toutes les petites bulles et pa-
OBE 467 raître le colonne de vapeur beaucoup plus grande. L'onibre mobile que jette la niasse d'eau sur le rocher ressemble alors à un second torrent noir, qui rivalise d'impétuosité et de vitesse avec le véritable. Ordinairement , on se rend de l'auberge ou de la cure à l'endroit où les flots tombent a terre en pluie, comme si l'on voulait ressentir leur effet avant de les contempler.
Le point le plus favorable pour observer la cascade est à la Fur en . près de la chute de Lauibach , à 9 ou 10 heures du matin. De là on voit la paroi de rochers du Pletschberg clans toute sa hauteur, de 900 pieds depuis son premier gradin, mais en raccourci; et la corniche d'où le Staubbach se verse masque tout-a-fait les rochers situés plus en arrière , et détache sa chute d'un fond de tableau trop rapproché qui nuirait à son effet.
Le bassin que les spectateurs vont visiter est à un petit quart de lieue de l'Auberge. On suit sous l'ombrage des aunes la rive gauche du ruisseau, en laissant à droite la route qui conduit plus arant dans la vallée.
§. 7. Promenade au Schmadribach ,
i°. Par Stecheîberg, 4 h. 5o m.
Staubbach 10 m. Trachsellauenen, ham. 15 m.
Pont de la Lùtschine
Hauri
Trûmmelbach, ham.
Hauteur
Im Grun^l,
Prairies
Stecheîberg,
Steinberg
Schwendi ,
Lac d'Oberhorn
Reuti ,
Steinberg
Sichellauenen
Schmadribach
In der Matten ,
On côtoie la rive droite de la Steinberg-Lûtschinen, et l'on voit sur le bord opposé quelques maisons, nommées Schwendi, comme collées sur la pente de la montagne ; au-dessus d'elles s'élève la Busen-Alp, surmontée par les pics menaçans de l'Ellstab et du Spitzhorn. Le vallon se rétrécit; il est toujours plus parsemé de débris. On y voit plus fréquemment de grands blocs de granit épars. A Sichellauenen, où un pont traverse le torrent, on commencera à voir percer au jour le gneiss.
Trois ou quatre maisons et quelques granges , qui composent le hameau de Sichellauenen , interrompent la solitude
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de ces lieux. Au-delà du pout qui s'y trouve, on voit les ruines de quelques grands bâtimens, jadis à l'usage d'une mine de plomb, maintenant abandonnés.
En quittant Stechelberg. Siehellauenen peut être envisage comme la première marche du palais de glace éternelle que forme le glacier de Tschingel : Tracbsellauenen serait la seconde ; Nadel, banc de rocher qui touche à cette dernière, passerait pour la troisième, et Steinberg pour la quatrième. Derrière Siehellauenen, on a taillé dans le roc de gneiss qui se montre à découvert, des espèces, d'escaliers pour pouvoir marcher de pied ferme sur la route. Lorsque les eaux de la Lùtschinen sont abondantes, elles couvrent le sentier étroit et lavent la surface glissante de cette roche primitive.
En avançant, on aperçoit à gauche un coteau dont le gazon est abondamment parsemé de pierres écroulées, sur lequel descend la Stufensteinlauine (lavange de Stufenstein]. Ce sont les restes d une grande lavange qui tombe régulièrement tous les printemps, et qui ne fond presque jamais en entier pendant l'été. Elle charrie de beaux fragmens de glace bleue, qu'elle amène apparemment des régions glacées du Rothenthal.
A un demi-quart de lieue du chétif hameau de Trachsellauenen. on atteint le pied du Hauri et de la Xadel . deux prolongations avancées du Steinberg.
«On s'arrête dans ces lieux sauvages, mais majestueux, que Lory a si bien dessinés, dit M. V\ yss. pour gagner le Schmadribach. en faisant un détour par l'Alpe du Steinberg.
» Après avoir traversé le Thalbach, nous nous frayâmes un sentier entre des débris affreux de rochers écroulés et de forêts renversées, confusément entassés, et nous nous trouvâmes bientôt au bord d'un autre torrent ; puis enfin, bout de notre excursion, à la chute du Schmadribach, dont l'aspect devait payer toutes nos fatigues.
» Elle offre un des spectacles les plus magnifiques des Hautes-Alpes. Des deux côtés de la chute, il s'est formé des amas d'éboulis. au milieu desquels les eaux se sont ouvert un libre passage. Elles m'ont paru aussi considérables que celles du Reinchenbach. D'autres petits ruisseaux, tombant des deux côtés de la chute, viennent encore se joindre à ce grand réservoir. Cet aspect est incomparable, surtout à quelque distance un peu plus bas, et particulièrement d'un plateau découvert au milieu des forets, près du chalet de BohnenmOQs.
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2°. Par Wintereck , 7 h. i5 m.
Hauteur du Staubbach 50m. Pont de la Lûts chine 30
Wintereck 35 Reuti, ham. 5
Mûrren , vill. 40 Jusqu'au Schmadri-
Gummelwald, » 40 bach 3 h. 20
Pont de Séfinen 35 Voyez la 1" route.
§. 8. Voyage par la Wengen- Alp. — La Juxgfrau» — Le Grindelvvàld.
Il y a deux chemins très-différens qui conduisent de Lauterbrunnen à Grindelwald : l'un . praticable pour les chars . par Zweylùtschinnen et par la vallée de Lutschinen. dont nous axons parlé plus haut; l'autre, par la Scheideck de Wengen ou Wengern-Alp , mais qu'on ne peut faire qu'à pied ou à cheval. Les voyageurs ne devraient jamais négliger de le suivre. Il n'expose à aucun danger: il n'a pas plus de 81. de long. C'est le plus élevé de tous les passages de l'Oberland. et l'on y jouit mieux que nulle autre part de l'aspect sublime des superbes montagnes couvertes de neige. Il commence par une montée très-raide qui coudait dans une heure de temps aux maisons éparses du village de Wengen. La route devient ensuite moins pénible . et traverse un large plateau moins incliné au-dessus de la vallée de Lauterbrunnen, en. longeant celle de Trïunleten, qui débouche par un angle presque droit dans la première, en descendant de la Jungfrau. Mais le chemin se détourne brusquement à l'orient pour gagner le point le plus élevé de la Scheideck , et court pendant une heure au milieu d'un pâturage parsemé de nombreux chalets hospitaliers.
Pendant tout ce trajet , on ne perd pas de vue la Jungfrau et les deux Eiger. De l'autre côté de l'arête , la route descend en serpentant dans la vallée de Grindelwald, que l'on a sans cesse devant les yeux , et qui est limitée en face par la grande Scheideck de Hasli.
On a bientôt laissé en arrière le riant hameau de Wengen;. maison voit encore çà et là, sur l'immense prairie, quelques granges éparses au milieu d'enclos fertiles dont on récolte le foin.
Au milieu de la région supérieure des forêts , sur le Wengberg , le sentier se divise et conduit , dans deux directions différentes, aux chalets du pâturage de Wengen. L'une, plus courte , mais plus escarpée, monte entre le Schlafbùhl,
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qu'on laisse à gauche, et le Gûrmschbûhl qui reste à droite ; l'autre côtoie assez long-temps le bassin de la Tallée de Lauterbrunnen , et aboutit par la Mettlen, où se trouve de' j à une station de ces chalets, au même lieu , mais par un grand circuit.
La vallée de Grindelwald , jointe aux nombreuses chaînes de montagnes qui en dépendent, peut être considérée comme un district particulier. Son étendue , dans ses limites naturelles , depuis le hameau de Zweylùtschinen jusqu'au pied des hautes montagnes du canton de Berne qui séparent celui du Valais, est estimée approximativement à U lieues de longueur, depuis ce hameau jusqu'à la dernière habitation d'hiver au-dessous de la Scheideck de Hasli. Sa largeur varie beaucoup, et ne comporte qu'une demi-lieue à l'endroit où elle est le plus considérable, savoir, près de la cure de Grindelwald. Au passage de l'Engi , les parois de rochers se rapprochent tellement , qu'elles laissent à peine un espace de cent pas au lit du torrent, et à la route qui l'occupe uniquement. Le bassin de la vallée commence au sud-est , au pied de la Scheideck de Hasli , située presque tout-à-fait à l'orient , et va déboucher , en descendant au nord-ouest , près de Zweylùtschinen , dans l'extrémité de celui de Lauterbrunnen.
Glaciers et montagnes du Grindelwald, — Trois monts , ou plutôt leurs bases, occupent au swd le fond du vallon du Grindelwald. A droite, l'on voit l'Eiger, que l'on appelle souvent l'Eiger extérieur , pareil à une immense pierre à fusil, dont l'extrémité tranchante s'élève dans les airs. Puis vient une étroite vallée, dont l'enfoncement est entièrement comblé par le glacier inférieur ou le petit glacier. Le Mettenberg, dont le nom indique déjà qu'il est placé au milieu , est à gauche de ce glacier. Cette montagne à large base est le piédestal des Schreckhœmer (pics de terreur). On ne désigne proprement par ce nom que la plus haute de ces aiguilles qui se trouve au milieu des autres , lorsqu'on parle de cet amas de cimes glacées. Elles sont situées derrière la sommité du Mettenberg , Sur la partie de sa crête qui se prolonge au sud , et trop reculées pour qu'on puisse les voir depuis le terre-plein du Grindelwald. Enfin , tout-à-fait au sud-est , le Wetterhorn , dont la sommité est plus souvent voilée par des nuages que celles de ses voisins , termine majestueusement cet incomparable tableau. Les Viescherhœrner , ces sommités couvertes d'une neige éblouissante , qui dominent et entourent le glacier inférieur , forment les limites entre les hautes montagnes du canton de Berne et
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celles du Valais. De leur flauc méridional , du côté du Valais, descend le grand glacier de Viesch, dont l'écoulement'fornae un ruisseau qui traverse en bouillonnant le bourg Valaisan de Viesch , d'où Visch a tiré son nom. La vallée qui sépare le Wetterhorn des Schreckhœrner est celui qui doit nous occuper plus particulièrement , puisque c'est dans son enfoncement que s'étale dans toute sa raideur , le glacier supérieur de Grindelwald. Il occupe un vaste espace en partant des racines de ces monts de glaces, et court entre le Mettenberg à l'occident , l'Oberberg à l'orient , puis au travers de fertiles prairies jusqu'aux coteaux de la Scheideck. Quoique le Mettenberg ne soit qu'une branche beaucoup plus basse du Schreckhorn , sa cime dépasse déjà les limites de la neige éternelle. On ne peut y monter qu'avec de grandes difficultés. Le glacier inférieur dont l'abord est facile , est de tous les glaciers de l'Oberland celui qui a été le plus souvent visité , dessiné , décrit et observé. Comme plusieurs autres, tantôt il s'accroît et tantôt il diminue.
§. g. Voyage à Hasli ï$i Ghund , par la grande Scheideck.
On croirait pouvoir franchir en très-peu de temps la grande Scheideck, qui ne paraît pas très-élevée entre les hautes montagnes qui l'entourent. Il faut cependant trois heures de marche pour atteindre le haut de l'arête. Près de la haute élévation de l'arête , on passe auprès d'un petit étang, dont la couleur est d'un rouge de sang très-vif. La vue sur le Grindehvalcl , depuis le haut du passage , est encore très-jolie , quoique les objets soient déjà un peu trop éloignés; mais celle que Pon a devant soi, du côté du Hasli, est une des plus insignifiantes que l'on puisse trouver dans un pays aussi pittoresque. Le glacier du Schwarzwald, celui d'Alpigeln et le petit glacier de Hengstern à droite sur les prolongations rocailleuses du Wetterhorn, ne sont ni assez rapprochées , ni assez remarquables pour dédommager de l'absence de tout autre objet attrayant. La situation la plus élevée des pâtres de la Scheideck , sur son revers oriental , est située à peu près à dix minutes de la route , et les voyageurs ne la visitent jamais. On se hâte plutôt d'arriver à l'aufcerge du Schwarzwald. Mais le site de l'auberge a quelque £hose d'alpestre, et indique que cet établissement n'est guère qu'une édition un peu corrigée d'un chalet hospitalier
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habité pendant tout l'été , où l'on est en mesure pour offrir aux passans du pain, du vin, quelquefois du café , et que les voyageurs rencontrent dans ces lieux avec tant de plaisir qu'ils n'en perdent jamais le souvenir. Assis devant cette maison de Lois , on a devant soi le puissant Welhorn , que les habitans de Hasli nomment très-improprement YVeiterhorn , ce qui le fait confondre quelquefois avec son voisin beaucoup plus élevé. Une suite de verts pâturages ressortissant du Hasli , s'étend à l'orient de l'arête de la Scheideck jusqu'à la dernière pente de ce passage de montagne , du côté de Meyringen. La route se partage dans deux directions différentes. A droite, elle conduit au ravin de Reichenbach, dans une solitude boisée, où l'on aperçoit, dans un site bizarrement sauvage, les bains de Roseulaui. On peut consacrer un circuit d'un quart d'heure à aller les visiter. On y trouve deux bâtimens de bois , dont l'un est arrangé pour une auberge , et l'autre pour les bains. Sur la route la plus courte et la plus droite du Schwarzwald à Meyringen, on voit à peine les bains et le glacier de Rosenlaui.
Depuis là , la vallée dans laquelle on descend se rétrécit de plus en plus. Le Reichenbach, obligé de lutter sans cesse contre les rocs qui encombrent son lit, et de faire des chutes continuelles, paraît exercer ses forces pour l'élan gigantesque avec lequel il se précipite des derniers gradins des rochers dans la délicieuse vallée de Meyringen. Ou partage son impatience; et quoique le sentier devienne toujours plus rapide et plus raboteux, on se hâte de sortir de ce défilé pour jouir plus tôt de la vue du paysage enchanteur qui va se dérouler. Cependant , près d'un moulin à scie et de quelques autres habitations presqu'en face de la haute cascade de Seilibach, qui se balance dans les airs, la route traverse un affreux chaos de débris, restes de la chute de la montague du Lauihorn , qui s'écroula presque en entier en 1792 , fit de terribles ravages, et tua une femme et trois enfans.
§. io. Voyage au Grimsel. — Cascade de 3a Handeck.
Il faut environ 7 à 8 heures de temps pour se rendre à pied de Grund à Fhôpital du Grimsel. Si l'on veut faire cette route à cheval , il faut se procurer une monture à Meyringen. On la fait alors en moins de temps , mais aussi moins
OEE 4?3 agréablement. On peut la comparer à celle du St-Gothard depuis Amsteg: cependant elle est en grande partie plus étroite, et peut-être moins bien entretenue. Avant d'entrer dans un joli bois d'aunes, on passe près d'un rocher bizarrement isolé au milieu du vallon nommé Ochi-Stein , situé sur les bords de l'Aar , où un petit pont de bois élevé et léger la traverse . et conduit sur la rive opposée , aux vingt habitations du hameau d'Unterstock. La vue sur ce joli tableau et sur les montagne* qu'on laisse en arrière, est très-agréable. Sur le pâturage de FUrwéid antérieur sont quelques granges et un chalet, qui forment, avec les arbres dont ces bâtimens sont entourés et les montagnes à l'horizon, un charmant sujet d'étude pour les paysagistes. On passe ensuite l'Aar pour la première fois, depuis Grund, sur un pont de bois; bientôt on arrive à la Benzenfluh , où jadis le chemin était très-rapproché du lit de la rivière: maintenant il est taillé dans le roc , et monte à la Schlafplatte. Peu de temps après, on arrive au hameau d'Im- Boden; à dix minutes plus loin est située sur la route, avec deux ou trois autres habitations, l'ancienne maison de péage d'Aegerstein , appuyée contre une paroi de rochers. A quelque distance , on aperçoit en avant le village paroissial et assez considérable de Guttanen , siège des dernières habitations d'hiver sur la route du Grimsel. A peine le modeste clocher sûrpasse-t-il en hauteur les toits nombreux des nouvelles maisons qu'on a reconstruites peu à peu sur les deux rives de l'Aar, jointes par un pont de vingt-quatre pas de long.
Une route pénible conduit dans les déserts de la Handeck, au pied de l'Aerlenhorn, d'où se verse à droite un ruisseau, l'Aerlenbach , auquel cette montagne a donné son nom. On aperçoit enfin la célèbre cataracte de la Handeck , qui surpasse toutes celles de la Suisse en force , et qui ne le cède qu'à la chute du Rhin à Lauffen, pour l'abondance de ses eaux. On peut se rendre en peu de temps et sans peine depuis le chalet au bord de la rivière, et l'on voit ce magnifique spectacle d'en haut et de très-près. Le matin, de 9 à 10 heures, au plus tard à 11 heures, est le moment le plus favorable pour en jouir. On est placé sur une saillie du rocher et l'on voit à droite l'Aar précipiter ses ondes sous la forme d'écume confusément moutonnée. Il est impossible de décrire, de peindre même l'agitation, le fracas des ondes, les ténèbres de l'abîme, profond de 200 pieds, dans lequel elles se jettent 9 l'horreur du désert où l'on est placé, les sauvages alentours
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de cette scène. On pourrait appeler ce tableau un enfer d'eau. En effet, elle se verse dans un gouffre d'une profondeur presque inabordable, que le soleil n'a jamais éclairé. Cependant l'homme , qui sait pénétrer partout , a tenté d'y arriver. Le peintre Wolf s'y fit descendre avec des cordes, et trouva ainsi un point de vue favorable pour le dessin qu'il a fait de cette magnifique cascade. Il y a placé un loup (Wolf) qui indique en même temps le nom de l'artiste et l'àpreté de la contrée. Cette planche est devenue très-rare. L'aspect du chalet de la Handeck repose agréablement le voyageur de l'émotion que lui a causée le tumulte des eaux.
De Handeck à l'Hôpital , 2 lieues. Cette partie du chemin est la plus raide et la plus horrible : trois fois on est obligé de traverser des ponts véritablement effrayans . quoique trèssolides. A une demi-lieue au-dessus de Handeck on passe sur de grandes surfaces arrondies de granit dans lesquelles l'on a été obligé de tailler des pas pour les chevaux et les gens à pied. La première se nomme Hœllen platte, ou Pierre d'enfer, et l'autre Stockstœge , ou bien die bœse und letzte Seite. Une demi-heure plus haut on traverse un pâturage alpestre nommé le Roderischboden , d'où, il reste encore une lieue de montée très-rapide jusqu'à l'Hôpital: l'Aar fait encore une chute remarquable.
L'hôpital du Grimsel. — Il est situé dans une contrée entourée d'épouvantables rochers, à une demi-lieue au-dessous du point le plus élevé du passage , et à 5,622 pieds au-dessus de la mer. A côté de l'habitation est situé un petit lac, nommé le Kleinsée . dont la profondeur va de 32 à 62 pieds ; il y a au fond beaucoup de morceaux de granit en forme de cubes et de prismes : ce lac nourrit aussi quelques brochets. Le Sassbach forme une jolie cascade avant de tomber dans ce lac.
Les glaciers de l'Aar. — Des glaciers et des vallées de glace d'une grande étendue, sont situés sur toutes les montagnes voisines. Les longues vallées de glace de Gelme sont situées au jV.-E., et les énormes glaciers de l'Aar au S.-O. Si le temps se trouve favorable , les voyageurs feront bien de consacrer une journée entière à visiter ces derniers. On trouve de bons guides à l'Hôpital, et l'on peut sans aucun danger pénétrer jusqu'au milieu de ces rochers et de ces glaces éternelles , où tout semble porter l'empreinte d'une création nouvelle et inconnue. De l'Hôpital au Zinkenstock, une lieue. C'est jusque-là que s'étend l'extrémité du glacier de Vorderaar ou Lauteraar , qui se termine par une paroi de glace. Pendant
OBE 4?5 toute une lieue, on trouve la surface du glacier couverte de débris : la montée en est pénible , mais elle ne dure pas plus d'un quart d'heure. La glace est unie et n'a point de fentes, et le glacier a 6 lieues de longueur sur une demi-lieue de large. On y voit en divers endroits des enfoncemens, du milieu desquels s'élèvent des colonnes déglaces surmontées d'un quartier de rocher, et des pyramides de glaces transparentes de 18 pieds de hauteur.
Hauteur du passage du Grimsel. — De l'Hôpital au point le plus élevé de ce passage, 1/2 lieue à 3/4 de lieue. Ce col a 6,570 pieds au-dessus delà mer, et le Seidelhorn , qui forme la plus haute sommité de cette montagne, en a 8,580. On descend à Obergesteln en 1 ou 2 heures.
Chemin du Mayenvvatid. — Pour descendre du Grimsel au glacier du Rhône par le Mayenwand , on prend à gauche du côté de Bauseck , d'où Ton gagne le Mayenwand, l/ô de lieue. De là au glacier du Rhône , 1 lieue 1/2. Ce trajet est dangereux : on prend un guide à l'Hôpital. Ceux qui du Grimsel veulent aller en droiture dans la vallée d'Ursern , gagnent près de 3 lieues en passant par le Mayenwand.
Furea. — Le glacier du Rhône ou du mont Furca descend jusque dans la vallée de Gérenthal , à côté du mont Furca, qui a 7,795 pieds de hauteur , et du Galenstock , qui s'élève à 10,972 pieds au-dessus de la mer. C'est un des plus beaux glaciers qu'il y ait dans toute la chaîne des Alpes. Non loin de ce glacier pn montre au pied de la montagne de Sass trois petites fontaines qu'on prétend être les véritables sources du Fihône. — On peut gravir le second pic de la Fourche *, on y découvre une vue magnifique sur les innombrables sommités des Alpes jusqu'au bas du Valais.
Chemins. — Au bas du glacier on trouve un passage qui mène , par le Furca à Piéalp , dans la vallée d'Urseren , 5 1. 1/2. On a 2 lieues de montée pour atteindre le point le plus élevé du passage de la Fourche.
Obergesteln ou Oberghestelen avant-dernier village du Haut-Valais , situé près du pied du mont Grimsel , et à la même hauteur que la vallée d'Urseren , A, 100 pieds au-dessus de la mer. Les maisons d'Obergesteln et de tous les autres villages situés dans la partie la plus élevée du Valais , sont tout-à-fait noires : cette couleur provient de faction du soleil sur la résine que contient le bois de mélèze dont elles sont bâties. Les débordemens du Rhône y causent de fréquentes inondations pendant l'été.
Chemins. — D'Obergesteln , par le Gries, à Pommât, 6-7 1. ;
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à Airolo , en suivant le revers méridional du St.-Gothard , après avoir passe' le Nufenen, 8 à 9 lieues, [dont 5 ou 6 de montée.
Gries. Cascades d'Egine et de la Tosa. — D'Obergelstelen à Formazza , au pied méridional du Gries , 7 lieues 3/4. A l'exception de la chute du Rhin , il n'y a pas de cascade en Suisse dont la masse d'eau soit aussi considérable que celle de la Tosa. Elle forme une espèce de pyramide dont la base est extrêmement large , et dont le sommet a tout au plus k à 5 pieds.
§. ii. Retour à Meyringen. — La Gorge obscure. — Le Reichenbach.
Beaucoup de voyageurs ne vont qu'à l'Hôpital , et ils redescendent aussitôt à Meyringen. La première partie de la descente du Grimsel n'est point pénible. On désirerait en vain trouver sur une route différente de nouveaux objets à contempler. Il n'en existe point d'autre que celle que l'Aar a frayée. On marche de pied ferme sur les larges dalles de granit que la nature a posées, et l'on sent à chaque pas que la température devient plus douce, le sol plus docile, la contrée plus habitable.
A chaque pas on voit disparaître quelques-uns des enfans de la Flore des Alpes. Le silène acaulis, queSaussure a trouvé à une élévation de 10,668 pieds, se trouve encore à celle de û,600 pieds,avec une tige sur laquelle sa corolle se balance au-dessus du gazon. Plus bas, les fleurs pourprées du myrtil et du rododendron s'entrelacent avec le pin de la montagne, dont les rameaux rampent sur la terre ; sous leurs ombrages se cache le mulot des Alpes et la timide lagopède au plumage argenté. On se rafraîchit avec un nouveau plaisir à l'auberge de Gutannen, et l'on se hâte d'atteindre le joli vallon d'Im- Grund. On y parvient en 5 ou 6 heures depuis l'hospice, et l'on franchit avec impatience le Kirchhet, cette dernière cloison qui sépare encore du beau village de Meyringen. Le mont Kirchhet est particulièrement intéressant pour les géologues. Bientôt après avoir commencé à monter le Kirchhet en quittant ce vallon , on se détourne à droite vers un enfoncement à quelques centaines de pas , et l'on voit encore à droite, au milieu des rochers entr* ouverts comme des tombeaux, un sombre groupe de broussailles dans un fond res serré, auquel nul sentier ne conduit. On s'en approche avec
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assez de peine, et l'on se trouve sur le bord d'une fosse obscure et escarpée , qui paraît n'a\oir aucune issue. On se hasarde à descendre dans ce gouffre , en écartant avec précaution les orties et buissons épineux qui entourent son orifice, et en foulant un terrain mobile. Les poètes ne pourraient être taxés d'exagération en comparant ces lieux à l'entrée des enfers. Bientôt le chemin devient plus pierreux, la cavité plus sombre. Quelques arbres que l'on avait vus jusqu'alors étendre leur feuillage gracieux au-dessus de soi , disparaissent; les parois des rochers se rapprochent et s'enchâssent tellement l'une sur l'autre, que pendant quelques instans la voûte des cieux même est masquée. Des troncs d'arbres pourris, apparemment tombés d'en haut, jonchent le sol. On n'aperçoit aucune trace de vie. Le bruit des gouttes d'eau qui distillent duplafond, et un murmure sourd qui parait sortir des entrailles de la terre , celui de l'Aar , interrompent seuls le silence effrayant qui règne dans ce souterrain. On marche entre deux murs de rochers massifs , hauts de 2 ou 300 pieds, et pleins d'excavations arrondies en forme de coquilles, que les eaux y ont façonnées. Après avoir fait à peu près 200 pas dans la nuit de cette fosse, on se trouve en quelque façon en plein air, dans une petite place d'environ 20 pieds de circonférence , entre les rochers écartés. A vos pieds , l'Aar roule ses flots verdâtres.
On marche sous un dôme de tilleuls et de chênes, on foule un épais gazon. Le passage subit d'un désert dans un paysage riant, des ténèbres à la clarté, d'un séjour mélancolique à des images attrayantes et animées, dilate le cœur du voyageur* Bientôt les grands arbres restent en arrière ; le sol commence à devenir plus rocailleux et à s'incliner. Des broussailles touffues offusquent encore la vue ; mais enfin, au pied d'un rocher qui surplombe en grotte, sous lequel est replacé un reposoir simple et champêtre, l'horizon s'ouvre, et un tableau enchanteur se développe aux regards satisfaits. On se hâte de descendre dans ce paradis, et on voit avec peine, sur les bords du chemin, les traces d'anciens écroulemens, d'anciens lits de torrens qui ont pu menacer jadis ce Jardin délicieux. On atteint bientôt un pont couvert sur l'Aar, au-delà duquel on s'approche du beau village de Meyringen sur un terrain uni, en longeant des prairies, des plantages et des maisons isolées. Au-delà de son cours, on entre dans la principale rue du village, où se trouve l'auberge.
Le Reiclienbach. —Au sud-ouest de la vallée, le Reichenbach fait le premier et le plus hardi de ses sauts vers la
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plaine , d'un rocher élevé et lavé par les eaux, au milieu d'un coteau gazonné. On voit cette chute haute, dégagée de presque tous les points de la vallée , et , pendant quelques matinées du mois de juin , elle présente , depuis le pont couvert, un spectacle magnifique, étant alors revêtue du haut en bas des brillantes couleurs de l'iris. Son bruit sourd, semblable au tonnerre, augmenté par celui des cascades inférieures que l'on ne peut voir d'aucun point éloigné , parce qu'elles sont masquées par des arbres et des broussailles, retentit au loin dans la contrée. La dernière et la plus pittoresque de ces chutes se montre aussi à découvert. Un rocher noirâtre , qui traverse sur une ligne assez longue le flanc de la montagne , forme une niche , devant un profond bassin creusé dans des débris de schistes , se vidant , par une large fente , dans le lit de la rivière. Le rocher avance des deux côtés de cette niche , haute de 2 à 300 pieds ; sur sa marge supérieure , il présente des traces de décomposition et de crénelures nombreuses. Les ondes du Reichenbach , resserrées dans un canal étroit , s'élancent, avec une violence inexprimable, de la plus profonde de ces entailles, de la gauche à la droite du spectateur. On estime le diamètre de cet énorme rayon d'eau de 20 à 30 pieds, et jusqu'à 40 pieds après de longues pluies. ïl tombe presque eu entier sur une assiette du rocher , et contourne au milieu de sa chute pour achever, dans toute sa longueur, son trajet vers le sombre abime. On se penche avec précaution, mais en tremblant, pour regarder au fond de ce gouffre. Des broussailles mobiles, qui se balancent au sommet des rochers paraissent aussi trembler devant cette effrayante profondeur. Aucun grand arbre n'étend ses rameaux sur cette horrible gorge. L'avant dernière cascade du Reichenbach est plus gracieuse. On passe sur sa rive gauche , et on descend à quelque distance du courant. Bientôt on voit ses ondes , tantôt blanches , tantôt azurées, se presser en bouillonnant entre des blocs de rochers saillans et adhérens au rivage surmonté d'arbres à tiges élancées.
Meyringen et la vallée de HaslL — S'il existe en Suisse un délicieux coin de pays, c'est certainement celui de la vallée de Hasli autour de Meyringen. La contrée ou le district de Hasli se divise en trois paroisses : celles deMeyringen , de Gadmen et de Guttannen, sous l'administration d'un préfet commun qui , depuis des siècles , a été nommé par le gouvernement de Berne, et choisi parmi les habitans de la vallée. La
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population de la paroisse de Meyringen est la plus nombreuse. Elle a été portée , par des calculs faits en 1816 , au nombre de 4.657 habitans, répandus dans plusieurs communautés plus ou moins grandes, et situées, soit sur les coteaux des deux côlés de la vallée , soit dans son terreplein , en deçà et au-delà du mont Kirchhet. Cette vallée offre au paysagiste . particulièrement dans le circuit d'une lieue carrée . autour du bourg principal , un trésor inépuisable de belles études de la nature. Le vallon de Grand, au-delà de Kirchhet. présente encore quelques scènes douces et agréables; mais elles sont déjà trop rapprochées des hautes montagnes et de leur aspect sauvage et monotone tandis qu'autour de Meyringen il existe une variété sans égale de tableaux gracieux et rians , qui forment un contraste admirable avec lés rocs hérissés et les sombres forêts dont ils sont entrecoupés. Plus bas , vers le lac de Brienz , les nombreuses habitations , les riches vergers disparaissent ; les parois de rochers sont plus escarpées et d'un aspect plus sévère. Des prairies marécageuses , où fermentent les dépôts de l'Aar, y produisent moins d'herbes, et ne sont revêtues ni de beaux arbres , ni de l'émail des fleurs. Bonne auberge, le Sauvage : guides, voitures, bons chevaux.
§. 12. Voyage de Meyri>~gen à Brienz.
Le chemin qui conduit à Brienz , par le Hasliberg et les hauteurs du Brûnig , est le plus agréable. On côtoie le bruyant Alpnach , et l'on voit de près , à droite, les ruines du château de Resti , simple manoir d'une famille noble et respectée , qui a donné à la vallée plusieurs magistrats , et qui ne l'a jamais tyrannisée. Après avoir suivi pendant quelque temps le chemin du Hasliberg à l'église, on peut prendre à gauche un sentier qui conduit près de la chute par laquelle F Alpnach s'engouffre dans une sombre gorge avec le bruit du tonnerre. Le rayon de cette cascade tombe avec une impétuosité effrayante sur le roc nu, où il se brise et répand un nuage de vapeurs qui s'élève dans les airs . semblable à une colonne mouvante , et humecte tout à l'entdur le penchant delà montagne. Les hameaux de W illigen et Schwendi: la terrasse de Zvvirgi . au-dessus de laquelle on voit par une trouée les gigantesques sommités du We lhorn et du Wetterhorn , qui semblent contempler de leur froide solitude le séjour tempéré des mo rtels : tous ces objets fon*
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un effet ravissant dans ce beau paysage . encadré par le cordon des rochers de Falcheren , du Kaltbrunnenhorn , du Garsen , du YYandelhorn et de rOlschenberg , dans leur imposante grandeur. En remontant encore depuis la cascade sur la pente nue de la montagne . cette vue magnifique se développe toujours davantage ; on est surpris de la grande étendue du glacier de Rosenlani , que Ton voit maintenant en entier depuis son origine jusqu'à son extrémité; mais bientôt cette perspective est masquée par une forêt de tilleuls que l'on traverse , et qui se rapproche déjà des villages du Hasliberg. Goldern , le plus bas des villages du H a si ib erg , est environ à 1 lieue deMeyriugen, et les autres ne sont guère plus élevés. Habités par un peuple joyeux, robuste et aisé, remplis de vastes habitations , d'abondantes fontaines , ils Offrent les images les plus gracieuses.
En quittant Hohfluh, on traverse dans la direction duBrùnig quelques pâturages , un petit bôsquet clair, et enfin une forêt de hauts sapins. Les cris des geais et des pics-verts interrompent seuls le silence de la solitude dans laquelle on marche pendant une demi-heure; puis le chemin descend dans un enfoncement , et remonte bientôt après entre les monts du Giebel à droite, du YVylerhorn à gauche , au travers de prairies marécageuses , couvertes d'une herbe touffue , jusqu'à la marge la plus élevée de cet étroit vallon , d'où l'on descend de nouveau sur une pente très-escarpée . ressemblant plutôt à une rampe d'escalier qu'à une route , vers Lungern , dans le canton d'Unterwalden ob dem Wald. Une petite chapelle est située au point où la vue sur ce village qui est assez considérable , et sur son lac brillant , se développe le mieux. Elle se prolonge dans le pays d'Unterwald , et ses riches pâturages , jusqu'au mont Pilate , entre les montagnes placées des deux côtés comme les coulisses d'un théâtre. On s'éloigne pour regagner le territoire bernois, où l'on se propose de passer la nuit à Brienz ou à Tracht , si l'on ne veut pas dépasser les bornes de l'Oberland. Pendant quelque temps , on suit le chemin par lequel on est venu ; puis on se détourne à droite, et l'on arrive au péage bernois , non loin delà frontière du côté du Hasli. On y jouit aussi d'un point de vue fort étendu sur cette vallée, et sur de magnifiques montagnes opposées , entre lesquelles se distinguent le Wildgerst et le YVaddelhorn. En approchant de Tracht, on rejoint la route deMeyringen , et bientôt on atteint , enmarchant entre le rivage et des coteaux rapides, l'auberge placée devant une rade ouverte et large , sur laquelle on peut se promener , et
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où Ton s'embarque lorsqu'on yeut aller visiter le Giessbach. Cependant beaucoup de voyageurs se rendent, en traversant le ruisseau de Tracht , dans le grand village paroissial de Brienz , qui est très-voisin , et qui possède une très-bonne auberge villageoise.
§. i3. Brienz et le Gje-sbach.
Brienz, ou Bricntz , est agréable par sa situation entre le lac du même nom, au midi, et le Brienzergrat , au nord, qui lui procurent une cbaleur et une douceur de température remarquables. Cependant il est un peu trop resserré entre la. montagne et le rivage, et celui-ci n'offre pas, à beaucoup, près, autant de variété , d'agrémens et de commodités, ni ces découpures de montagnes si belles , si imposantes , si multiformes , que l'on admire sur la partie inférieure du lac de Thun.
Le lac de Brienz est un bassin étroit , large à peu près de trois quarts de lieue , et long de 3 à 3 lieues et demie, ouvert à l'orient et à l'occident, mais encaissé, au nord et au midi» par deux cordons uniformes de montagnes de moyenne hauteur et sans lacunes.
Malgré la quantité de cascades que l'on a vues dans l'Oberland , celles du Giessbach sont encore dignes d'être visitées ; même celle du Mûhlibach , nommée aussi le Planalpbach > près de Brienz, mérite plus d'attention qu'on ne lui en a accordé jusqu'ici. Lorsqu'on s'embarque à Tracht ou à Brienz, l'œil repose encore avec ravissement sur ces deux ^ illages qui se touchent, et dont les nombreuses croisées ouvertes sur le lac saluent le voyageur. On entend dé, à à Brienz le bruissement du Giessbach , et mieux encore de son embouchure , où il se précipite en écumant dans le lac d'un gradin de rocher de la hauteur d'une vingtaine de pieds. Mais le rivage élevé empêche de voir ses chutes les plus remarquables, avant que l'on ait débarqué à peu de distance, et que l'on ait monté pendant quelques minutes un sentier escarpé. On voit alors, en sortant d'une feuillée, ces puissantes cascades devant soi. Le torrent forme ici, avant d'entrer dans le dernier bois, une suite déchûtes en gradins, comme le Reichenbach. De cette station on en compte six ou sept, dont les plus élevées brillent à peine entre les sommets des sapins, ou ne se font remarquer que par les nuages de vapeurs qui en émanent. Il est à regretter qu'un chemin frayé ne conduise pas du bas en haut, comme au Pieichenbach, auprès de
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chaque gradin que franchit le ruisseau. Ces deux cascades peuvent d'ailleurs rivaliser entre elles de richesse et de beauté'. On pourrait même, à quelques égards, décerner la préférence au Giessbach : et quelques personnes ont cru y observer un plus grand volume d'eau, une végétation plus riche dans ses alentours . et plus de variété dans la forme et le mouvement des nombreuses gerbes. En descendant le lac, il est plus agréable de côtoyer sa rive droite , pour gagner le plus riant des villages de l'Oberland , celui d'Iseltwald, situé à une petite demi-lieue de Giessbach. Xonloin de r embouchure de celui-ci est une terrasse avancée sur la pente de la montagne . couverte d'un épais gazon, et nommée le Tanzplatz (la place de danse). La tradition rapporte que, dans line fête très - animée par le tourbillon d'une waïse, deux amans tombèrent dans le précipice, et se noyèrent dans le lac. On crut qu'ils l'avaient fait de leur plein gré. pour mourir ensemble en se tenant embrassés. Le site d'Iseltwald, au fond d'une baie au milieu de laquelle une petite ile couronnée de plantes et d'arbrisseaux s'élève au-dessus du miroir des ondes, est infiniment agréable et tranquille. On nomme cet îlot l'île de Bàmigen, parce que le premier qui la défricha était un habitant de ce dernier village ; mais son nom primitif, un peu moins poétique, était l'île des Limaçons. Le reste du trajet d'Iseltwald à Bœnigen peut se faire à pied, comme une très-agréable promenade . par un sentier étroit et assez rude . mais sans aucun danger. On laisse de côté à gauche une petite cascade du Mutschbach derrière Iseltwaid : on passe à côté d'un groupe de maisons nommées Sengs, puis par des prés, des vergers et des broussailles , tantôt en montant les pentes des projections de la montagne , tantôt en les redescendant . et Ton franchit quelques petits torrens qui charrient beaucoup d'éboulis. Cependant le chemin par eau est plus court et plus commode. On traverse le lac en droite ligne, dans la direction de Ringgenberg et de la sortie de PAar. On remarque de loin, sur la rive droite, près d'Oberried, un monticule alongé que la chute d'une partie de la montagne derrière ce village a poussé dans le lac. En une heure et demie , on atteint, en pariant d'Iseltwald. la sortie de FAar, et de là. en un quart d'heure. Interlacken. Tout voyageur que le temps a favorisé, se voyant si près du terme de son voyage, se rappellera avec une douce mélancolie les nombreuses jouissances qu'il a goûtées en parcourant les belles contrées de l'Oberland.