VIA
l'on passe en trois endroits (1). Pour construire les trois ponts il a fallu , du haut des parois du défilé , descendre avec des cordes , des sapins hauts comme des mâts de vaisseau, dont on fixait l'un des bouts d'un des côtés de la rivière, avant d'établir l'autre sur la rive opposée. Le chemin est bien entretenu, et assezprémuni contre toute espèce d'accidens : en été on n'y a aucun danger à craindre , ce n'est qu'en hiver et au printemps, lorsqu'il y a beaucoup de neige, qu'on y est exposé aux lavanges. Aussi n'est-ce plus à juste titre qu'on lui donne le nom de Via-Mal a. Au sortir de Tusis , on passe la IVolla , et après une demi-heure de montée , on arrive à la ferme de Rongella ( en rhëtien Ronkejda ). Dans ce trajet on voit à droite les débris du château d'Obertagstein situés sur le bord d'un rocher , et plus haut les Mayens de Saiss , au-dessus desquels s'élève la Jomser-Alpe ; à gauche s'étend le Grabsleig . dont le sommet est couronné de forets de sapins. Du côté du nord on jouit de l'aspect délicieux du Heinzenberg et d'une partie de la vallée de Domleschg. Un peu .^n avant de Rongella , on aperçoit au-delà du Rhin , qui est caché au fond de la vallée , quelques-unes des maisons du village d'Obermatten , bâti sur une hauteur. En quittant Rongella, on commence la descente qui aboutit au Via-Mala. Bientôt après on franchit le Rhin sur un pont de pierre d'une construction hardie ; après quoi le chemin passe au travers d'une roche percée; à quelques centaines de pas plus loin , un second pont, non moins hardi que le premier, reconduit les voyageurs sur la rive gauche. Ce pont, formé d'une seule arche, a ÛO pieds de long, et s'élève au-dessus d'un abîme de il 80 pieds de profondeur , au fond duquel les eaux impétueuses du Rhin se déchaînent avec fureur, quoiqu'on ait de la peine à en entendre le fracas du haut du pont. A quelque distance de là , le Rhin forme une chute où l'on voit une fort bel iris lorsque le soleil donne dans la gorge. Au bout d'une demi-lieue le chemin repasse , au moyen d'un troisième pont, sur la rive droite , et bientôt après on atteint l'église de St.-Ambroise , et l'on quitte la gorge pour entrer dans la riante et gracieuse vallée de Schams. Le premier village qu'on y rencontreest celui deZilis (V. Zilis). Le lieu qui dans tout ce trajet , offre les tableaux les plus romantiques , les plus remplis d'horreurs, c'est l'espace qui sépare les deux premiers ponts.
(i) On aperce artificiellement le roc dans uue .longueur de 20O pas : c'est le Trou perdu.