‹ Manuel du voyageur en SuisseChapitre 80 sur 185 · AUTOUR BU LAC DE GENEVE · texte numérisé non relu

AUTOUR BU LAC DE GENEVE

(Extrait do. Guide de M. Manget.)

Rive gauche du Lac, — De Genève au Boveret.

DISTANCES

Cologny

Pont de la Dranse

Corsier

Amphion

Vezenaz

Evian (8 1. de Ge-

Hermance

nève )

( 2 L de Génère }

Maxily

Domaines

La Tour-Ronde

ftlassongier

Meillerie

Sciez

Bret

Jussy en Chablais

St.-Gingolph

Marclaz

Boveret ( 12 1. 1/4 de

Thouon ( 6 1. 1/8 de

Genève )

3/ft

Genève )

Deux routes , à peu près également belles et également commodes, conduisent le long des deux rives du lac de Genève et du Rhône supérieur , depnis Genève jusqu'à la petite ville de Saint-Maurice, dans le Valais , où elles se réunissent. Celle qui se présente à droite , lorsqu'on prend Genève pourpoint de départ, suit avec quelque déviation la rive orientale et méridionale du lac au travers du Chablais , entre dans le canton du Valais à peu de distance des bouches du Rhône , et côtoie de là , en remontant la rive valaisane de ce fleuve. La route qui se présente à gauche , plus longue de trois à quatre lieues , parce qu'elle parcourt , le long du lac, l'arc d'un segment de cercle dont la précédente serait à peu près la corde , entre à deux lieues de Genève dans le canton de Vaud , qu'elle ne quitte que pour aller rejoindre la première au pont de Saint-Maurice, où elles se confondent pour former de ce côté des Alpes l'avenue du passage du Simplon, La première portion de notre route , crai comprend

a56 GEN (lac de)

un espace de six grandes lieues à peu près en ligne droite de Genève à Thonon , traverse un pays d'un aspect agréable, mais médiocrement varié. De la colline de Coligny , dont le point culminant est à une certaine distance au-delà du village de ce nom . la vue s'étend sans obstacle , d'un côté , sur le Mont-Blanc et la première ligne des Alpes ; de l'autre , sur le Mont- Jura et cette lisière de jolies habitations qui borde sans interruption , sur un espace de plus de deux lieues , la rive droite du lac. Mais à peine est-on arrivé au sommet de cette colline . qu'on voit la route se perdre au travers d'une plaine aride et monotone qui sépare l'ancien territoire de Genève de la grande vallée du Chablais. Aune lieue, on arrive au village de Douvaines, premier poste des douanes sardes.

Douvaines , séparé du lac par une plaine de trois quarts de lieue couverte d'arbres , adossé de l'autre côté au coteau de Boisy , ne jouit d'aucune vue. La route continue pendant quelque temps encore à longer le coteau de Boisy , sans offrir ni mouvement bien sensible de terrain, ni aucune variété intéressante dans le paysage jusqu'au village de Massongier , où on arrive par une courte montée. Parvenu au haut de cette éminence, le voyageur repose agréablement sa vue sur la belle et large vallée qui se déploie aux regards.

Massongier , situé à une demi-lieue de celui de Douvaines, est coupé par la grande route en deux parties très-inégales.

Sciez est sur la droite, à quelques pas de distance de la route. On longe ce village par un chemin de descente assez raide , mais large et bien soigné , bordé à gauche d'un ravin profond où coule un torrent qui met en jeu quelques usines. A quelques minutes au-delà de Sciez , on trouve le hameau de Bonatraix , qui appartient à la même commune. La campagne n'offre plus jusqu'à Thonon , pendant l'espace de trois quarts de lieue , qu'une plaine continue d'un aspect riant , animée par une population nombreuse et le tableau d'une culture variée. On arrive à Thonon par une longue avenue rectiligne , ombragée de beaux arbres.

Thonon, ville ancienne et irrégulièrement bâtie sur le bord oriental du golfe de ce nom , se divise en haute et basse ville. Celle-ci est baignée par le lac et forme le port La haute ville, beaucoup plus considérable, a quelques édifices qui méritent d'être remarqués, parmi lesquels nous nous bornerons à citer la principale église, le collège et le nouvel hôtel-de-

GEN (lac de). t.5 j

viJle. Outre la grande route, deux autres chemins moins directs conduisent de Genève à Thonon. L'un côtoie le lac de fort près ; il s'écarte de la grande route à gauche , au village de Corsier , pour venir la rejoindre à une lieue et demie endeçà de Thonon.

DISTANCES

Corsier Anière Chevrans Hermance , Château de Beauregard , Messery

Yvoire 1/2

Excénevex 1/4

Filly 1/2

Coudré 1/3 Thonon (7 1. 5/8 de

Genève ) 1 1/2

L'autre . plus intéressant par la grande variété de ses points de vue , et entièrement distinct de la route directe, laisse celle-ci à gauche à la sortie de Genève, traverse les villages genevois de Chêne et de Jussy, s'engage dans les forêts du pied des Voirons , suit la vallée qui sépare cette montagne du coteau de Boisy, et longeant de là le pied de la montagne des Alinges jusqu'au village de ce nom, se contourne insensiblement vers le lac jusqu'à Thonon , où il vient aboutir.

DISTANCES

Chêne-Thonex

Aligny

Puplinge

Château de la Ro-

Jussy

chette

Monia

Gérigny

Machilly

Alinge 1

Langin

Collonge

Bons

Thonon (7 L 1/2 de

Vignier

Genève)

Avully

Le premier de ces chemins n'est guère praticable qu'à pied ou à cheval. Le second est parfaitement bon dans toute son étendue. Au sortir de Thonon, on entrevoit sur la gauche, et à une certaine distance de la route, la ci-devant Chartreuse de Ripaille. A une grande demi-lieue au-delà de Thonon , on traverse le torrent de la Dr anse sur un pont long de quatre à cinq cents pas, soutenu par vingt-quatre arches. En quittant les bords arides de la Dranse, au pied des ruines du château de Publier, destiné jadis à la garde de ce passage, on

a58 GEN (lac de).

s'élève doucement sur le penchant d'une colline ombragée d'arbres arrondis en berceaux au-dessus du chemin. Ici commencent ces snperbes châtaigniers du Chablais , les plus beaux peut-être qui existent de ce côté des Alpes. A une faible demi-lieue au-delà du pont de la Dran.se , la route passe à Amphion, joli village connu par ses eaux ferrugineuses et toniques, dont la source sort déterre au bord du lac , sous un hangar qui sert d'abri contre la pluie et le soleil. Une terrasse sablée et plantée d'arbres, un bâtiment assez élégant et entouré d'un portique , ajoutent à l'agrément du lieu et facilitent l'usage des eaux. D' Amphion , en suivant la pente légèrement inclinée de la rive du lac , on arrive en trois quarts d'heure de marche à la petite ville d'Evian , la seconde du Chablais , peuplée de 1,500 à 1,600 habitans , fréquentée dans la belle saison par des étrangers qu'attire la beauté de sa situation.

Evicvn est peut-être le point le mieux placé de toute la rive gauche pour contempler la rive opposée. La côte de Suisse s'y développe aux regards sur une étendue de douze lieues. D'Evian on suit sans interruption de très-près la rive du lac , pour ne la plus quitter que vers l'embouchure du Rhône. Une route bordée d'arbres se prolonge presque à fleur d'eau, pendant l'espace d'une grande lieue , au pied d'un plateau de plus en plus rétréci et incliné, qui lie les bords du lac aux hautes montagnes du Chablais. A une lieue d'Evian est le village de la Tour-Ronde. On ne tarde pas à arriver aux premiers rochers de Meillerie.

Meillerie , jadis composée d'une vingtaine de misérables cabanes entassées au pied d'une pente rapide, à une lieue de la Tour-Ronde , est devenue , depuis qu'une grande route la traverse, un endroit assez agréable. Au-delà de Meillerie, le paysage devient chaque moment plus imposant et plus agreste. Toutes les proportions grandissent. On ne tarde pas à arriver au pied des fameux rochers que la poudre à canon à mutilés,, sans leur ôter leur âpreté primitive. Quand la vue, attristée par l'aspect sauvage de ces rochers , se reporte sur le bassin du lac et sur ses rives , on découvre à peu de distance devant soi le joli promontoire où est situé St-Gingolph, avec ses vergers qui s'abaissent en pente douce Jusque vers la Grève, et les embarcations dont le vent agite les banderoiles dans ce petit port. Avant d'y arriver , on passe par un hameau appelé Bret , sur l'emplacement que paraît avoir occupé l'antique Taurtunum , bourg florissant au temps des

GEN (lac de). *5g

Romains ^anéanti, l'an 663 de notre ère , par la chute d'une partie de la montagne voisine.

St.-Gingolpli, situé à trois lieues et demie d'Evian , et à onze et demie de Genève par la route du Chaulais , est partagé par un profond ravin en deux portions , dont la plus grande appartient à la Savoie, et la plus petite au canton du Valais. On compte trois quarts de lieue de St.-Gingolph. au Boveret , hameau peu considérable , situé à quelques minutes de distance en ligne droite de l'entrée du Rhône dans le lac. Le Boveret est bâti en partie au bord du lac , auprès d'une espèce de rade formée par un dernier contour de la rive.

Bassin du Rhône. — Du BoTeret à Villeneuve , par Saint-Maurice.

DISTANCES

Du Boveret à Port-

Boveret, 17 L 1/2

Valais

de Genève)

Les Iveites

Bex

La Porte de Sex

Aigle

Vauvrier

Yvorne

Vionnaz

Roche

Mûraz

Rennaz

Petit Colombey

Villeneuve (41. de

Monthey

Si-Maurice, 9 1.

Massongy

du Boveret]

St-Maurice (5 1. du

Du Boveret au Port-Valais , on perd tout-à-fait de vue le lac. La route est, de temps à autre, encaissée entre des rochers verticaux taillés régulièrement, et formant comme des murailles de chaque côté du chemin. La végétation change de nature et de nuances. On arrive, au bout d'environ 3/4 d'heure de marche , au défilé de la Porte de Sex , renfermé entre le Rhône et une saillie de rochers qui s'avance comme une citadelle au bord de la route. Ce passage est gardé par un vieux chàteau-fort. Les personnes qui n'ont pas le temps de faire le tour par St. -Maurice, peuvent abréger leur course de près de six lieues, en traversant le Rhône à la Porte de Sex pour aller regagner les rives du lac à Villeneuve.

GE?sT (lac de).

DISTANCES

Du Boveret à la

Villeneuve (3 1. 1/8

porte de Sex Chessel Roche

du Boveret ) 11/2 1.

On peut abréger, mais en courant risque de s'engager dans des fondrières.

Ce défile1 passé , la vallée s'élargit. Une vallée latérale s'ouvre sur la droite ; elle aboutit , par une pente assez rapide , derrière la cime de la Cornette , la plus orientale du groupe des Dents d'Oche. Au bas de cette vallée est le village deVauvrier ou de Youvry, situé sur la route, à un quart de lieue de la Porte de Sex. Ce village , rebâti presque en entier, depuis un incendie qui le consuma en 1805 , est aujourd'hui dans un état florissant. On voit près de Vauvrier l'embouchure d'un canal indiqué sur les cartes sous le nom de Stocka]per, du nom d'un riche propriétaire du Valais , qui le fit creuser il y a un siècle.

Vionnaz, village situé à une grande demi-lieue au-delà de Vauvrier, et à plus d'une lieue du Rhône , a un relais de poste intermédiaire entre ceux de SL-Gingolph et de St.- Maurice.

Muvaz , qu'on traverse trois quarts de lieue plus loin , n'offre rien de remarquable. A une demi-lieue au-delà de Muraz , la route passe par le village du Petit-Colombey ou Haut-Colombey , où l'on remarque une fort belle église et un couvent de Bernadines rétabli depuis quelques années, La tête du canal de Stockalper est près de ce village. De Colombey on compte un peu plus d'une demi-lieue jusqu'à

Monthey , le premier endroit un peu considérable du Valais , que son haut clocher en obélisque annonce de loin , au milieu des bois de châtaigniers qui ombragent le paysage. Ce bourg , assez bien bâti , et qui présente l'aspect d'une petite ville , est agréablement situé au débouché du Val d'Illiers ou de Lie. Monthey est à 16 lieues de Genève par la grande route du Chablais, et à 17 par le chemin duTol- d'Abondance.

GEN (lac de).

DISTANCES

Pont de Dranse

Chapelle d'Abondance.

Marin

La Pantia

Larringe

La Voraz

Vinzier

Châtel

Chevenox

Onney

v*nez ijaiianci

Col-d' Abondance ,

Taverolle

frontière de Sa-

Va pîipvpççp

La Baume

Thonon )

Fertles

Morgin

Notre-Dame-d'A-

Monthey (10 1. 7/8

bondance

de Thonon, 17

Péseguet

de Genève )

De Monthey , la route se dirige vers les bords du Rhône. En sortant du bourg par le pont de la Viège , la vue se porte sur un massif de hautes montagnes qui se présentent en face sur la rive droite , et qui croissent en élévation et en âpreté à mesure qu'elles s'approchent de l'extrémité de la vallée que leurs bases vont bientôt fermer. Après avoir parcouru pendant l'espace de près de trois quarts de lieue une jolie plaine ouverte , entre la Viège et les dernières collines du Val de Lie , et laissé à notre droite le hameau de Choéx , élevé sur la pente d'un coteau, au milieu d'un bois épais de châtaigniers , nous arrivons à Massongy , village situé au près du Rhône , à une demi-lieue en- deçà de St. -Maurice. Il y alàun bateau stationné pour le passage de la rivière. De Massongy à St.-Maurice , la grande vallée se rétrécit chaque moment davantage: on suit de près le lit du Rhône encaissé de plus en plus entre les corniches de rochers qui forment les derniers gradins des Dents de Morcle et du Midi , et qui ne laissent bientôt sur la rive gauche qu'un passage étroit battu par l'onde écumante du fleuve,

Saint-Maurice est une ville de près de 1,300 habitans, cheflieu d'un Dizain qui porte le même nom. La rue principale , parallèle au Rhône, est régulièrement alignée, et a quelques maisons assez bien bâties. On y remarque l'abbaye et son église , reconstruite après un grand incendie arrivé en 1693 ; l'église paroissiale, surmontée, ainsi que la précédente, d'un clocher en pyramide , couvert de pierres plates ; l'hôtel- de ville: enfin, le pont du Rhône, en pierre et d'une seule arche,

a6a GEN (lac he).

Mti eu 1482. A peine sorti de St. -Maurice par la route de Martigny , nous trouvons à notre droite l'ermitage de Notre- Dame -du -Sex , bâti sur une étroite corniche , à une hauteur considérable , au milieu des assises de rochers qui forment la base de la Dent du Midi. Cette singulière retraite mérite d'être visitée pour sa situation extraordinaire et pour les aspects qu'on a de cette esplanade élevée de six cents pieds audessus du Rhône. En redescendant de l'ermitage , nous al» Ions rejoindre la grande route un peu plus loin , en nous dirigeant vers la chapelle de Yéroliez , élevée en mémoire du massacre de la légion thébaine. La chapelle et ses mauvaises peintures à la fresque nous arrêteront peu de momens ; nous sommes pressés d'aller von , à une lieue et trois quarts de là , une des cascades les pjus admirées de la Suisse.

Le Pisse- Vache. Un ruisseau qui , dans certains temps , devient une petite rivière, s'échappe d'un profond ravin creusé entre deux rochers couronnés d'arbres, et taillés absolument à pic du côté de la vallée du Rhône. Il tombe presque perpendiculairement de la hauteur de 280 pieds sur un tertre adossé à la montagne, où il a excavé un bassin profond. Quand ses eaux sont peu abondantes, elles se développent en nappes brillantes sur la surface polie des rochers: mais lorsqu'elles sont grossies à la suite des fortes pluies , elles se précipitent avec un mugissement effrayant, et sont revomies du fond du gouffre en tourbillons de poussière. Le moment le plus favorable pour voir la chute est dans les premières heures delà matinée. A moitié chemin de St. -Maurice au lieu d'où nous venons , on passe au village d'Evionnaz.. remarquable , non par sa position assez mélancolique au milieu d'une plaine à peu près inculte et dévastée par les torrens , mais pour être bâti , à ce qu'il paraît , sur l'emplacement de l'ancienne ville d'Epauna ou d'Epaunum. jVous sortons enfin de St. -Maurice ; nous quittons la rive gauche du Rhôue , et nous entrons dans le canton de Yaud , à quelques pas audelà du pont; carie pont appartient tout entier au Valais.

Une large avenue ombragée d'arbres , et bordée presque partout de petits murs de clôture qui ne dérobent rien de la vue de la campagne , nous conduit à

Bex , grand et beau village du canton de Vaud , sur la grande route de Pontarlier au Simplon, à 1,328 pieds au-dessus de la mer , à 10 lieues de Lausanne , 6 de Vevey et 10 de Sion. 3,000 habitans , 9 hameaux, 3 Auberges , parmi lesquelles l'Union, à laquelle on a joint une pension et des bains. Tous les jours diligences pourVevey , Lausanne et le Valais.

GEN (lac de). 263

et service régulier d'une bonne voiture ( Dame du Lac ) , qui correspond avec le départ et l'arrivée du bateau à vapeur k Villeneuve, pour la commodité des voyageurs qui partent ou qui arrivent parce bateau.

Objets remarquables des environs, A une lieue, travaux et souterrains ou mine d'eau et de roche salée; galerie du Bouillet de 6,700 pieds de longueur ; puits de 800 pieds de profondeur; escalier taillé dans le roc, de 725 marches; nombre d'excavations de pins de 200,000 pieds de vide , provenant de l'exploitation de la Roche salée ; grands réservoirs et salles de dessalement ; plus de 25 mille pieds de galeries ? puits et escaliers poussés dans le rocher en différentes directions , roue de 36 pieds de diamètre, à 400 pieds sous terre.

A une demi-lieue, saline du Bex vieux, et celle des Devens , chacune avec un bâtiment de graduation et une maison de cuite. On y fabrique annuellement de 25 à 28 quintaux de sel.

Au Devens, Le jardin de plantes rares de la Suisse et du Piémont , de AI. Emile Thomas , qui vend à de justes prix des minéraux, et des plantes de la Suisse, du Piémont et de laSardaigne.

A une lieue et quart de Bex et 1/2 lieue du village de Lavange , construction hardie de l'encaissement d'une source thermale, découverte depuis 3 ans dans le lit même du Rhône , à 26 pieds de profondeur , et lorsque le Rhône est à ses hautes eaux , à 42 pieds au-dessous de la surface de la rivière. Température de 46 degrés centigrades ; volume de 1/2 pied par minute. Principes : sulfate de soude, chlorure de sodium (très-peu desulfateet carbonate de chaux) gaz hydrosulfurique , acide carbonique et beaucoup d'azote ; c'est à ce dernier gaz qu'on attribue en grande partie l'effet merveilleux de ces eaux dans nombre de maladies ; établissemens provisoires de bains; logemens et pensions à Bex, à Savay et à St. -Maurice ; facilité de conduire en char, les baigneurs à des heures fixes , aux eaux.

JPromenades en ckar , aux salines, à St.-Maurice , à la tour et aux carrières de marbre de St.-Triphon; courses à cheval dans la vallée pittoresque de Prégnière et des Plans , aux montagnes de Javernaz, Bavonaz et Enzeindaz , toutes fort riches en plantes rares des Alpes, et offrant de beaux points de vue ; chars , chevaux et -guides à L'auberge de l'Union.

DISTANCES

Du Bouillet à Villy 3/4 1. Du Bouillet à Bex 1 1/4 L Aigle ( 1 1. 3/4 ) 1 Aigle (2 1, 3/4 ) 1 1/2

a64 GEN (lac de),

A une lieue de Bex , nous laissons à notre droite le village d'Ollon , situé sur un plateau élevé, en face d'une vaste prairie nue et marécageuse qui s'étend sans interruption du bord de la route jusqu'au Rhône. A quelque distance la vallée s'élargit de nouveau , et l'on ne tarde pas à arriver à Aigle , grand et beau bourg situé à une demi-lieue du Rhône. Après avoir quitté Aigle , nous arrivons , au bout de vingt minutes de marche , au pied du coteau où est le village d'Yvorne. 11 est formé des éboulis d'une montagne voisine , dont la cime s'écroula en 1584, à la suite d'un tremblement de terre , et ensevelit, en un instant sous ses décombres, Yvorneet tout ce qui se trouva sur le passage de ce tleuve de rochers. Laissant ce village sur la hauteur, et continuant à suivre de près les montagnes de la rive droite , nous passons , une demilieue plus loin , à côté d'une belle carrière de marbre , où les voyageurs ont ordinairement la curiosité de s'arrêter. A un demi-quart de lieue au-delà , la route traverse le village de Roche , moins remarquable encore par sa position pittoresque au pied de la pente escarpée d'une montagne , par ses allées de marroniers et par ses jardins, arrangés dans le goût qui régnait en France au 17* siècle , que pour avoir été pendant six ans la résidence du savant et respectable Haller, alors directeur des salines de Bex. Roche est à peu près en face de la porte de Sex. En poursuivant notre route, nous voyons insensiblement l'horizon s'agrandir; les deux chaînes de montagnes qui renfermaient la vallée du Rhône s'écartent à droite et à gauche, et laissent entre elles un bassin toujours plus ouvert , à l'extrémité duquel nous ne tardons pas à découvrir le lac et ses rives. L'effet de cette belle vue est un peu diminué par l'aspect monotone de la plaine qu'il nous reste à traverser pour sortir de la vallée. C'est dans cette plaine marécageuse que Divicon, chef d'une armée helvétienne, défit , l'an de Rome 645 , une armée romaine commandée par le consul Lucius -Cassius , qui perdit la vie dans cette journée. Le joli village de Rennaz , situé sur la route à moitié chemin de Roche à Villeneuve , dans un emplacement assez aéré , marque en quelque sorte la limite de la vallée du Rhône et du Léman. Villeneuve portait anciennement le nom latin de Penilucus. On y a trouvé des monnaies et des restes d'inscriptions romaines , des fragmens de mosaïques , et d'autres monumens qui attestent son antiquité.

GEN (lac de >.

Hive droite du Lac. — De Villeneuve à Genève.

DISTANCES

Chillon

Bursinel

Mont iv ux

Dulit

Cl m ens

Praugins 1

lîâ

La Tour-de-Peylz

Xyon

Yevey

Céligny

St.-Saphorin

Copet

Cully

Frontière du canton

Lutry

de Genève ( 9 1. 1/8 )

Pully

de Lausanne ;

Lausanne (5 L 1;2 de

Yersoix-la-Yille

Villeneuve )

Pont-de-Versoix

Vidy

G eut ho d

Préverenges

La Pierrière

M orges

Sécheron

St.-Prex

Genève (111. de

Ail aman

Lausanne, 161.

Perroi

1/2 de Villeneu-

Rolle ( 5 1. de Lau-

ve, 20 1. 1/2 de

sanne)

Ij4

St. -AI a u ri ce)

1/fi

En sortant de Villeneuve . nous suivons de près le bord du lac , que nous ne devons presque plus quitter jusqu'à Genève. Aux paysages mélancoliques de la vallée du Rhône succède un vaste et brillant tableau. Le lac ne se présente , il est vrai, qu'en profil ; mais sa largeur est considérable , et sa longueur visible en ligne droite est de plus de douze lieues. A un quart de lieue de Villeneuve , on passe auprès du château de Chillon, assis sur un rocher isolé , à gauche du chemin, au pied d'un coteau qui commence à quelque distance de là ,et continue à suivre les contours du lac entre les montagnes et la rive. C'est dans un caveau obscur de ce château que François Bonnivard , l'héroïque défenseur de la liberté de Genève, languit pendant six ans , enchaîné à un pilier. On montre encore aujourd'hui l'anneau de fer auquel il était attaché , et le pilier est empreint du frottement de sa chaîne. Le château renferme d'autres cachots plus profonds encore et plus ténébreux , où les prisonniers étaient enseveli s vivaps , sans autre communication avec leurs gardiens que par une ouverture percée dans la voûte. Aucun escalier n'y descend ; mais on conduit les curieux au haut d'un couloir

$66 GEN (lac de)

étroit , d'où l'œil plonge , non sans quelque difficulté, jusqu'au fond de cetÉrèbe. L'édifice forme dans son ensemble une masse de bâtimens assez irréguliere que domine un grand donjon carré, placé au centre. En quittant Chillon, nous entrons dans la belle paroisse de Montreux , composée de plusieurs villages épars sur le penchant d'un coteau d'environ une lieue d'étendue. Ce quartier jouit d'une des expositions les plus heureuses du canton de Vaud, et pour la beauté des aspects et pour la température.

Montreux, ou, pour parler plus exactement, la baie de Montreux 9 qui traverse le chemin au-dessous du village des Planches , est à 7/8 de lieue de Villeneuve , et à une lieue et 1/8 de Vevey. De Montreux la route conduit à Vernex, si heureusement situé que le laurier et le grenadier y portent des fruits en pleine terre , et de Vernex à Clarens , dont le nom s'associe au souvenir de Rousseau et aux scènes passionnées de la Nouvelle Héloïse. Le plus beau point de vue des environs est sur la hauteur où est le château de Châtelard, édifice du XVe siècle , placé à l'entrée de la vallée qui aboutit au col de Jaman. A quelques pas du village de Clarens, en continuant à cheminer le long du lac, nous avons à traverser la rivière ou baie de Clarens. Le château de Blonay, qui couronne une colline éloignée d'une demi-lieue des bords du lac , attire de loin les regards par sa masse imposante. De Clarens à Vevey, il y a environ trois quarts de lieue. La Tour de Peilz, qu'on traverse un demi-quart d'heure avant d'arriver à Vevey, est une petite ville située comme cette dernière au bord du lac, qui a des restes de fossés et de murs d'enceinte, un ci-devant château bâti par un comte de Savoie en 1239, et tout ce qui constitue une cité du moyen-âge. Une promenade plantée (f arbres occupe le reste du chemin de la Tour à Vevey.

Vevey , la plus jolie ville du canton de Vaud, et la plus considérable après Lausanne , est située à 6 lieues de St-Maurice et à 3 1/2 de Lausanne, à peu près en face de St-Gingolph. Elle occupe le fond d'une vallée très-pittoresque qui conduit de Vevey à Bulle et dans le pays de Gruyère, et sépare les Alpes vaudoises de la montagne du Jorat. Ici commence le district de La Vaux , et le vignoble de ce nom , chef-d'œuvre d'industrie agricole, qui occupe un espace de plus de trois lieues le long du lac, et se termine aux portes de Lausanne.

Saint-Saphorin, que nous traversons à trois quarts del eue au-delà de Vevey, est un ancien bourg peu considérable, situé à une certaine hauteur au-dessus du lac. On y arrive 9

GEN (lac de). 267

tant du côté de Vevey que de celui de Lausanne, par une montée assez raide. Le vin rouge que Ton récolte dans les environs passe pour le meilleur du canton de Vaud. A peu de distance au-delà de St-Saphorin, la route passe sous les murs tapissés de lierre de l'antique château de Glérolles, bâti au bord du lac sur une esplanade de rochers avancée en promontoire. Un peu plus loin est une cascade dont l'effet est très-agréable dans la saison des pluies. Elle est formée par le torrent du Forestay , qui sert d'écoulement à un petit lac , nommé le lac de Bret , situé dans un vallon élevé du Jorat , à une petite lieue au-dessus de la cascade. Les voyageurs qui ne craignent pas la fatigue feront bien de monter sur ce plateau , d'où l'œil embrasse sans obstacle un horizon fort étendu. Il est couronné par les ruines de la tour de Gourze , débris d'une forteresse du Xe siècle , qui forme une saillie visible de très-loin sur la crête nue du Jorat. Cette excursion peut se faire de différentes manières. La plus simple, lorsqu'on vient de Vevey, est de quitter la grande route avant St-Saphorin, pour prendre un chemin qui se présente à droite, et conduit, par le village de Chexbres, au bord du lac de Bret, d'où il ne reste qu'un quart-d'heure de marche pour arriver au pied de la tour de Gourze.

Cully, bourg assez ancien , à une lieue et un quart de St- Saphorin , et à la moitié du chemin de Vevey à Lausanne, est bâti au bord du lac , au fond d'un petit golfe. C'est à peu près le centre du vignoble de La Vaux. Les clos les plus renommés sont dans son voisinage. Cully a des restes de murailles. Une inscription romaine qu'on lit sur le piédestal d'une statue de métal trouvée en cet endroit, constate l'antiquité de ce bourg, dont il paraît que les habitant se livraient déjà dans des temps fort reculés à la culture de la vigne. De Cully il y a 5/8 de lieue par la grande route jusqu'à Lutry, petite ville située au bord du lac, qui se compose d'une rue fort longue et étroite. Le district de La Vaux cesse un peu au-delà de Lutry. Pully, village qu'on traverse à demi-lieue de là, appartient déjà au district de Lausanne. Pully est tout proche du lac. Quand les eaux ne sont pas très-hautes , on peut continuer à suivre le rivage 9 et, se dirigeant vers le village d'Ouchy, aller rejoindre la grande route de Genève à trois quarts de lieue au-delà de Lausanne. Ce chemin n'est praticable qu'à pied ou à cheval. La première lieue qu'on fait en sortant de Lausanne n'est guère qu'une suite de descentes, à partir de la belle promenade du Montbenon , que la route de Genève traverse dans

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sa plus grande longueur , jusqu'à la plaine de Vidy , au bord du lac , où finit la colline , et où nous quittons le district de Lausanne pour entrer dans celui de Morges. Le nom de Vidy ne désigne aucun village, ni même aucun hameau. C'est celui d'une vaste plaine inhabitée, baignée et quelquefois submergée par le lac , où l'on a cru reconnaître l'emplacement de l'ancien Lausonium. A une demi-lieue de Vidy. laissant à droite du chemin le village de St.-Sulpice, bâti sur un des saillans de cette rive, on traverse la rivière de la Venoge. l'un des afïluens les plus considérables que le Léman reçoive du côté du canton de Vaud. La route passe de là à Préverenges, village distant de deux lieues de Lausanne, et d'où il ne reste plus qu'un grand quart de lieue à faire pour arriver à Morges. Une allée de peupliers sert d'avenue à cette jolie ville.

Morges n'a guère plus de deux mille cinq cents habitans. Morges a l'élégance et presque le mouvement d'un faubourg de grande ville. Ses rues sont larges , régulières et bien pavées ; ses maisons . dont un grand nombre sont élégamment bâties j se ressemblent toutes par un air général de propreté. Son église, bâtiment moderne élevé au milieu d'une jolie place à l'extrémité orientale de la ville , en décore agréablement l'entrée. Bon hôtel: la Couronne.

Une immense ceinture de montagnes enferme l'horizon et s'arrondit autour de la rive opposée. Le Mont-Blanc élève majestueusement son triple sommet couvert de neige audessus des Alpes du Chablais. Un long glacis de la plus belle verdure s'abaisse du pied des montagnes jusqu'aux bords du lac. Un antique monument couronne le plateau au pied duquel est assise la ^ille de Morges. C'est le château de Vuflens, contemporain de toutes les époques de l'histoire de l'Helvétie, et sur lequel l'aimable auteur des Châteaux suisses a su répandre tant d'intérêt. De Morges à Rolle, la route est excellente. Elle longe la rive du lac. A une petite lieue de Morges , nous laissons sur la gauche, et à quelque distance au-dessous de nous, le \illage de St.-Prex, placé à l'extrémité d'un promontoire qui termine à l'occident la baie de Morges. Ce village paraît occuper l'emplacement d'une ancienne ville, nommée tantôt Lisus , tantôt Basugii, qui fut submergée et anéantie l'an 563 de notre ère , à la suite de la chute de la montagne deTauretunum. A trois quarts de lieue de St.-Prex , on traverse la petite rivière de l'Aubonne, au fond d'un large ravin couronné au couchant par un bois de haute futaie, dont on suit la lisière jusqu'au village d'Allaman.

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Aune demi-lieue au-delà d'Allaman, la route, se rapprochant de nouveau du lac , laisse sur la gauche le beau village de Perroi, situé à mi-côte au centre de la région du vignoble. Une descente presque continue, mais peu rapide , nous conduit de là en un quart-d'heure de marche à la ville de

Rolle, distante de deux lieues et cinq huitièmes de Morges, et de cinq lieues de Lausanne, est une petite ville d'un aspect agréable, bâtie au bord du lac, vers le milieu d'une baie qui fait face au golfe de Thonon. Elle a été fondée vers le milieu du 13e siècle; sa population n'est que de 1,400 habitans. Elle se compose d'une seule rue fort large et fort propre. On y voit une belle promenade publique sur l'emplacement occupé autrefois par le parc du château. De Rolle à Nyon, on compte deux lieues et un quart. Une route large, unie et presqu'en ligne droite joint ces deux villes. Elle présente peu d'objets intéressans. Xous nous bornerons à remarquer à une demi-lieue de Nyon la forêt de Prangins , qui couvre la plus grande partie de la presqu'île de Promenthoux , entre le grand chemin et le lac. Elle appartient depuis 1815 , ainsi que le château et la terre de Prangins, à Joseph Napoléon, qui en a fait un parc magnifique.

Nyon , ville de deux mille deux cents habitans, à sept lieues et un quart de Lausanne, et trois et trois quarts de Genève , est bâtie en partie au bord du lac , en partie sur un plateau relevé en terrasse au-dessus de la rive. Son origine remonte à l'époque delà conquête de l'Helvétie par les Romains. De Morges à Nyon , on a le choix entre la route ordinaire qui passe par Rolle , et un autre chemin moins fréquenté, quoique parfaitement bon , qui traverse la partie supérieure du vignoble de la Côte, et d'où l'œil se porte alternativement sur le lac et les premières vallées du Jura. Cette route, plus longue que la précédente de cinq à six quarts de lieue, parce qu'elle l'enveloppe d'un bout à l'autre, est connue dans le pays sous le nom de chemin de l'Etraz. Un de ses embranchemens aboutit à la sortie de Morges du côté de Genève , conduit de là à la petite ville d'Aubonne, où l'on trouve la route principale, qui se dirige sur Nyon avec quelques sinuosités.

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