LAIT
entourée d'une nuée de neige extrêmement subtile, se précipiter du haut des rochers; la masse augmente de gradins en gradins; elle marche avec un bruit qui ressemble à celui du tonnerre, et se prolonge à la faveur des échos au milieu du silence sublime des Alpes. C'est ordinairement quand le ciel est serein , et que les vents d'ouest régnent , que ces sortes de lav anges ont lieu. Il est fort rare que les voyageurs qui vont de Grindelwald à Meyringen par le Scheideck n'aient pas le plaisir de voir le spectacle qu'offrent ces lavanges n'été. Ces lavanges tombent sur les dix heures du matin le plus ordinairement. On les appelle en allemand Staub-Lauînen ou Sommer -Lauinen.
Les lavanges s'annoncent toujours par un bruit sourd et effrayant, semblable à celui du tonnerre, de sorte que le voyageur a souvent le temps de chercher son salut dans la fuite.
Tourmentes. —C'est ainsi qu'on nomme, en Savoie, ces ouragans mêlés d'une abondante poussière de neige dont les effets sont aussi fort redoutables pour les voyageurs. Dans les montagnes de la Suisse allemande , ces tourmentes sont connues sous le nom de Bouxen ou Gouxen. Des tourbillons impétueux font élever les neiges nouvellement tombées dans les hautes vallées de passages de montagnes, les transportent en masses semblables à des nuages, obstruent en peu d'instans les gorges et les enfoncemens , couvrent les chemins et ensevelissent dans la neige jusqu'aux perches qui indiquent la direction des routes. Les voyageurs qui ont le malheur d'être surpris par ces tourmentes sont exposés aux plus affreux dangers; car les tourbillons de neige dont les flocons trèssubtils font rougir et enfler la peau, en causant de vives douleurs, ne lui permettent pas de tenir les yeux ouverts et de voir son chemin ; ce qui est cause qu'il s'égare et court risque de tomber dans des précipices.
Liuenen (la vallée de), haute région des Alpes, située dans le pays de Sànen ou Gessenai, au canton de Berne, et parcourue par le ruisseau de même nom. Elle a k ou 5 lieues de longueur, et s'étend, dans la direction du 3V.-Q. au S.-E., dans Pintérieur des hautes montagnes.
Scènes sublimes , pittoresques et romantiques. — Le village paroissial de Lauenen est à 2 lieues de Gessenai. L'auberge est très-mauvaise, n'étant point fréquentée par les étrangers. Cette région si peu connue mériterait d'être visitée plus souvent par les amis des beautés sublimes et romantiques de la nature. — Le lac de Lauenen est situé à 1 lieue au-dessus
tiu village. On trouve, 10 minutes avant d'arriver au bord de ce lac , une maison de paysan auprès de laquelle le chemin est fermé par une porte à claire-voie. Tout à côté de cette maison on voit une petite colline sur laquelle il faut monter pour jouir du beau spectacle dont on est entouré. On choisira pour cette promenade une belle matinée; car c'est pendant cetie paitie du jour que la surface du lac réfléchit avec une netteté admirable l'amphithéâtre des montagnes et tous les objets qui sont sur ses rives. Cette petite vallée, ses montagnes bizarres, son lac, ses glaciers, ses cascades forment une des scènes les plus pittoresques qu'il y ait dans les iVlpes. Le premier pic que l'on voit au sud, sur la droite, se nomme le Wallisrispill. Viennent ensuite à l'est le Hffutthorn, le Geltenhorn , et le glacier du Gelten, d'où se précipite le torrent de même nom : puis le Vollhorn, le Hanneschritthorn , le Wildhorn, le Tungel et son glacier, d'où sort avec le bruit du tonnerre le ruisseau du Tungel, le Selteschonhorn et le Stiertungel. La base de cette enceinte de hautes montagnes est couverte de prairies qui, pendant deux mois, demeurent privés des rayons du soleil.
Cascades magnifiques. — Après avoir quitté cette belle station, on atteint, au bout de quatre heures de montée par un sentier assez pénible , le pied du superbe glacier du Gelten. En chemin, on passe à côté des cascades remarquables qui forment les torrens du Gelten et du Tungel. Au bas du glacier on voit un pâturage entouré de toutes parts de rochers escarpés, du haut desquels se précipitent une multitude de ruisseaux. Le petit lac, qu'on nomme Dûrrsée, est encaissé au milieu de ces parois de rochers. Ce lac s'écoule quelquefois avec un mugissement épouvantable.
Les fromages de chèvre du Tungel sont fort estimés. La vallée de Lauenen est à une telle hauteur, qu'au mois de mai on y voit ordinairement 6 pieds de neige. La haute pointe de rochers qui domine le village se nomme le Lauenhorn.
Chemins.— De Lauenen on va dans la vallée de Gsteig en 2 heures ( voy. cet article); à An der Lenk , dans le Simmenthal, 5 lieues (v. Reulissen). On peut aller à cheval par-dessus le Geîtenhorn, enlO-12 h. de marche , à Sion et à Ayent, premier village du Valais, 8 lieues. Au Gessenai, 3 lieues. Dans ce trajet on laisse à droite le Maderberg; le Turbach sort de la vallée de même nom , qui débouche sur la droite, non loin de Gstade.
Laufea , château du canton de Zurich, situé à une demi-lieue de Schafïhouse. C'est au-dessus de ce château qu'on
LAV
voit la fameuse cataracte du Rhin; les habitans désignent cette chute d'eau sous le nom de Laufen; de là celui du château. (V. Sckafflwuse). Le village et ses annexes comptent 1,400 habitans.
Lacfex. jolie petite ville sur la Birse. aux bailliages du Jura , canton de Berne. Pop. 1000 h.
Laufexburg, petite ville du Frickthal, au canton d'Argovie ; elle est sur le Rhin, qui la divise en deux parties inégales. — Auberge : la Poste. — Le pont repose sur trois piliers de pierre d'une hauteur considérable; il est bâti précïse'ment à l'endroit où le fleuve, resserré dans un lit très-étroit, commence à se précipiter par-dessus des écueils. Cette chute, qui porte le nom de Petit-Laufen , et à laquelle la ville de Laufenburg doit son nom, comme le château de Laufen doit le sien à la grande cataracte, n'est, à la vérité, à beaucoup près, pas aussi haute que cette dernière. Toutefois , elle offre un fort beau spectacle. On décharge les bateaux qui descendent la rivière, et on leur fait traverser la chute en les retenant avec des cordes. Pop. 800 hab.
Histoire des derniers temps. — Le 16 décembre 1795, la princesse Alarie-Thérèse-Charlotte, fille de Louis XVI, aujourd'hui Madame la Dauphine , arriva dans cette ville, après avoir été échangée à Bàle contre des prisonniers d'état français. Elle y prit quelques jours de repos, avant de poursuivre son voyage pour Vienne.
Laves o [Labienum], petite ville du royaume d'Italie, située dans le Milanais, sur la rive orientale du lac Majeur, et au débouché de la Val-Cuvio. On y jouit d'une vue magnifique jsur le vaste bassin du lac, au milieu duquel s'élèvent les îles Borromées; du coté deBelgirate, on distingue les monts Vergante, Fariolo et Orfano , les villes d'Intra , de Palanza, etc.; l'Orsero a 2,255 pieds au-dessus du lac, le Sasso del-Ferro en a 2,687, et Beuscer, 3,206. Ce dernier est très-riche en eaux; on y remarque un torrent qui se précipite du milieu de sa hauteur, et qui, comme le Fiunie di Latte, sur les bords du lac de Corne , ne coule que pendant les mois d'été.
Chemins. — De Laveno à l'Isola-Bella, 2 lieues 1/2 ( 5 milles d'Italie ). A Varèse, 12 milles, ou 2 postes : on trouve toujours des chevaux de poste à Laveno. Le chemin est en divers endroits montueux et étroit: mais les coteaux fertiles qu'il parcourt sont richement pourvus de toutes les beautés propres à l'Italie, et abondent en points de vue magnifiques. On suit les bords du Boésio, et l'on sort de la Val- Cuvio en passant par Citiglio, Gemonio, Trevisago, Coquio,
LAU 33g St. -Andréa, Gavirate, Comero ( quand le temps est serein, on découvre entre ces deux derniers villages une vue de la plus grande magnificence sur les Alpes , où l'on distingue le Simplon, le Mont-Rose et toutes les montagnes voisines ; le voyageur voit à ses pieds le lac de Varèse, l'île de Barbella et ses bosquets), Barasso , Luinate, Colciago, Masnago et Varèse. (V. Varèse). — De Laveno par la Val-Cuvio, en passant par Brenta, Cuvio, Cassano, et par la Val-Travaglia à Luino, où la Trésa tombe dans le lac [V.Travaglia et Luino.) On remarque à Cuvio le superbe palais Litta, et à Suigno, lieu situé sur la droite, entre Brenta et Cuvio, le palais délia Porta.
Lavey (canton de Vaud ). —Les bains de Lavey ont été ouverts en 1832 : ils commencent à être fréquentés.
Lavix (la vallée de) est située dans la Basse-Engadine, entre Suss et Ardetz; elle débouche près de Lavin. Cette vallée est parcourue par le ruisseau de Laviauozi. { V, Suss. )
Layizzara (la vallée de), au canton de Tessin. V. Magia [Val).
Lalpey , petite ville du canton de Berne , située au confluent de la Singine [Sensé), et de la Sarine [Saane), entre les grandes routes qui vont de Berne à Fribourg et de Berne à. Gumminen. 500 hab.
Laisasne, capitale du canton de Vaud.
Hôtels. — Le Lion-d'Or. Vue du lac des Alpes, terrasse, jardin, ayant issue sur la promenade du Cassino ; bains dans rhôtel , seuls dans la ville , table d'hôte. — Le Faucon , remis à neuf avec belle vue sur le lac et les Alpes.
Position. — Lausanne , chef-lieu du cercle et du district de ce nom et capitale du canton de Vaud , est situé sur le revers méridional du Jorat, à ZpO pieds au-dessus du Léman sur le 4ô9 31' 5" de latitude boréale, et le 24° 27' 4" de longitude. Pop. 13,000 h.
La position élevée de cette ville à vingt minutes du Léman, lui donne , depuis ce lac et ses environs , l'aspect le plus pittoresque. L'élévation imposante de sa cathédrale , lariche végétation et la variété de ses campagnes , dominées au nord par le bois de Sauvabelin et le sommet du Jorat, frappent surtout dans ce magnifique tableau.
Le premier établissement connu qui ait existé dans le lieu qu'occupe maintenant Lausanne, fut un ermitage fondé par St-Prothais au commencement du 6e siècle, à peu de .Gis-
34o LA.U
tance d'une ancienne ville appelée Lousonium qui était située dans les plaines de Vidy.
Division. — On compte dans la ville de Lausanne au moins soixante rues , ruelles et places publiques qui comprennent environ un millier de maisons particulières. Elle est divisée en six quartiers qu'on va parcourir successivement en indiquant les objets dignes d'attention qu'on y remarque. Ces quartiers sont ceux de la Cité , de Bourg, de St. -François . <tu Pont j de la Palud et de St. -Laurent.
Château. — En choisissant , pour faire ses premières observations , l'endroit le plus élevé de la ville qui est le Château , on voit cet antique et vaste bâtiment fondé vers le milieu du 13e siècle, par l'évêque Jean de Cossonay, et achevé par un de ses successeurs, Guillaume de Challand, au commencement du 15e siècle. Il présente une très-grande masse carrée , construite en pierres de taille , flanquée à ses quatre angles de tourelles en briques , ainsi que la galerie percée de mâchicoulis qui règne tout à l'entour du bâtiment.
Une partie de la cour du château forme une petite terrasse ombragée d'acacias , d'où l'on a un très-beau point de vue qui embrasse une grande partie de la ville , du Jura et du Léman.
En face de l'entrée principale du château est l'un des plus anciens bàtimens de la ville. C'était autrefois une église consacrée à S t. -Maire, et qui , après avoir servi long-temps de grenier depuis la réformation , est actuellement la caserne de l'école cantonale.
Depuis la petite place qui est devant la caserne , deux rues à peu près parallèles, la Cité devant et la Cité derrière , conduisent au collège et à la cathédrale.
Collège. — Le premier de ces édifices , qui est assez vaste , a été construit en 1587 : il est précédé d'une grande cour plantée d'arbres. Le rez-de-chaussée est occupé par les classes du collège académique. Les deux étages supérieurs sont occupés par le conseil académique , par l'académie , ses auditoires , la bibliothèque cantonale , celle des étudians et le musée cantonal.
Bibliothèque. — L'académie dispose de deux cabinets de physique et de chimie qui servent à la démonstration de ces sciences , et , de plus . de la bibliothèque cantonale qu'elle fonda en 1549. Cette bibliothèque très-considérable renferme beaucoup de livres précieux et de manuscrits rares : elle s'est accrue , surtout en 1758 , par l'héritage qu'elle fit des livres d'un savant espagnol nommé Hyacinthe Bernai de
Quiros , qui était professeur d'histoire ecclésiastique à l'académie de Lausanue.
Musée. — Le musée cantonal, auquel sont destinées trois grandes salles du bâtiment du collège , renferme beaucoup de richesses naturelles et autres.
A peu de distance du collège est un petit bâtiment construit récemment pour l'école publique de dessin.
Cathédrale. — La cathédrale de Lausanne, qui passe pour une des plus belles églises gothiques de l'Europe, a été fondée vers l'an 1000 par l'évêque Henri, et consacrée en 1275 par le pape Grégoire X. Cette grande et superbe église, située sur une hauteur qui domine la ville , est aperçue de fort loin, et présente un aspect imposant. Son plan qui forme une croix latine occupe une surface de 454 toises , mesure vaudoise. Elle est surmontée de deux grandes tours , dont l'une sert de clocher , et l'autre , construite au-dessus du chœur , présente une flèche élégante et très-déliée qui s'élève à plus de 230 pieds au-dessus du sol.
On entre dans l'église par deux superbes portiques ornés d'un grand nombre de statues et de sculptures , et par trois petites portes. La longueur de l'église dans œuvre est de 316 pieds ; sa largeur dans le chœur est de 120 pieds et sous la grande nef et ses bas côtés de 67. Cette nef est haute de 62 et 67 pieds, et la coupole du chœur de 102. L'intérieur de l'église est orné de deux étages de galeries , et renferme plus de mille colonnes, entre lesquelles on en distingue un grand nombre à cause de leur extrême délicatesse. Le chœur, séparé de l'église par un jubé en marbre noir , présente une fenêtre ronde appelée la rose, de 30 pieds de diamètre et garnie de vitraux de diverses couleurs . qui représentent des sujets de l'histoire sacrée. Parmi plusieurs tombeaux,, quelques-uns se font remarquer par leur belle exécution. On y voit entre autres celui du pape Félix V qui , en 1Ui9 , abdiqua la thiare dans cette même église, ceux de plusieurs évêques, du chevalier Othon de Grandson , d'une princesse russe de la famille Orlow , d'une duchesse Caroline de Courlande , d'une comtesse de Wallmoden Cimbron , et , le plus récent, celui de dame Henriette Canning. épouse de Stratford Canning , ambassadeur d'Angleterre en Suisse. Ce monument , qui porte la date de 1817 , est un très-bel ouvrage du fameux Canova.
Évêché. — Du haut du clocher de la cathédrale , et depuis la terrasse voisine qui est ombragée de deux rangées de marroniers , on jouit d'une des plus belles vues de la Suisse.
Tout auprès de cette terrasse sont plusieurs rampes d'escaliers en bois , et recouverts qui établissent unmoyen de communication assez prompt , mais fort pénible , entre le quartier delà Cité et celui de la Palud. Un bâtiment très-ancien, appelé l'Evêché , et qui a son entrée sur la terrasse , renferme les prisons du tribunal du district de Lausanne ; mainienant on a converti une partie de ce bâtiment en une école d'enseignement mutuel.
Hospice cantonal.— Une rue fort rapide, appelée St.-Étienne, conduit à la Cité-dessous , où l'on voit l'hospice cantonal et une chapelle construite récemment au-dessus de la me de la Mercerie, dans l'emplacement qu'occupait autrefois l'arsenal de la ville. Cette chapelle sert , à des heures différentes, pour le culte réformé allemand , le culte catholique et le culte anglican.
On voyait encore , il y a une vingtaine d'années , au-dessus de la Mercerie , une grande porte qui fermait cette rue , et séparait la ville du quartier de la Cité , où les évèques exerçaient leur autorité temporelle. Chaque évèque était tenu, en passant sous cette porte pour prendre possession de son siège, de prêter serment sur l'hostie qu'il respecterait les droits et les franchises des bourgeois de Lausanne. A leur installation, les baillis bernois y prêtaient le même serment, avec une grande pompe , en présence du conseil et du bourgmestre.
L'hospice cantonal est un très-beau bâtiment construit en .1766, pour remplacer celui qui avait été fondé en 1282. Il est tout en pierres de taille, et décoré à l'extérieur, dans son pourtour , de grands pilastres toscans.
La rue qui passe devant l'hospice cantonal est la Cité-dessous dont une des extrémités aboutit à la porte de Couvalou, ©ù l'on voit encore d'anciens murs à créneaux, construits par les évêques.
Le quartier de la Cité est séparé de celui de Bourg par une vallée très-profonde s mais peu large , qui forme la rue du Pré , où coule un ruisseau appelé le Flon : aussi , pour communiquer le plus directement de l'un de ces quartiers à .l'autre, il faut descendre l'une des deux rampes d'escaliers très-longues et fort raides , appelées les escaliers de la grande et de la petite Roche , qui aboutissent aux deux extrémités de la rue du Pré. Depuis cette rue on peut se rendre à celle de Bourg , en gravissant la montée de St. -François ou le Cheneau de Bourg.