‹ Manuel élémentaire d'archéologie nationaleChapitre 3 sur 73 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Les Galls, que l’on croit originaires d’Asie, furent les premiers habitants des Gaules. Plusieurs migrations de peuples, venus de la Germanie et de l’ibérie, modifièrent, à diverses époques, l’élément primitif de la population gallique. Lorsque César envahit les Gaules, ce pays était habité par quatre peuples principaux qui différaient entre eux de culte, de mœurs et de langage. La Narbonnaise, soumise depuis soixante ans à l’empire romain, était limitée par les Alpes, le Rhône, les Cévennes et la Garonne. Les Yolces, les Ségobriges, les Allobroges, les Caturiges, étaient les principales tribus de cette province romaine. L’Aquitaine s’étendait entre la Garonne, les Pyrénées et l’Océan. La Belgique était bornée par le Rhin, l’Océan britannique, la Moselle, la Seine et la Marne. La Celtique comprenait le reste du territoire, entre l’Aquitaine, la Narbonnaise, la Belgique et l’Océan. C’est à cette dernière contrée qu’appartenaient les Helvétiens, les Éduens, les Arvernes, les Biiuriges et les Venètes.

Deux religions bien distinctes régnaient dans les Gaules. L’une, enseignée par les druides, n’était connue que d’un petit nombre d’initiés. Elle admettait un Dieu unique, gouvernant le monde par l’entremise de génies élémen-

taires, l’immortalité de l’âme, la punition des crimes dans une autre vie, etc. D’après M. Am. Thierry, ces doctrines spiritualistes auraient été apportées en Gaule parles Kimris , qui avaient longtemps séjourné en Asie.

Le polythéisme celtique, qui a quelque analogie avec le culte phénicien, avait été la seule religion des premiers habitants des Gaules. Les principales divinités de nos ancêtres étaient Teut ou Teutatès , qui protégeait le commerce et les arts; Tuiston , roi du sombre empire; Ogliam ou Ogmios , dieu de l’éloquence et delà poésie; Heu ou Hèsus , dieu de la guerre ; Belen, dieu du soleil ; Kirk, dieu des vents; Tarann , dieu du tonnerre et des tempêtes, etc. Chaque province avait en outre ses dieux indigètes et ses dieux tutélaires.

Les Gaulois n’érigeaient point de temples à leurs divinités; ils pensaient, comme les Germains, que ç’aurait été outrager la majesté divine que de la renfermer entre des murailles. Ils accomplissaient leurs rites sacrés au milieu des forêts et sur la cime des montagnes. C’est là surtout que nous rencontrons ces monuments grossiers que nos ancêtres élevèrent dans un but religieux. Ce sont des pierres brutes, isolées ou groupées dans un ordre plus ou moins régulier, et dont l’aspect seul suffit pour accuser une civilisation encore à son berceau. Aussi n’est-ce pas au point de vue de l’art, mais seulement sous le rapport historique, qu’il est intéressant d’étudier ces bizarres monuments, seuls vestiges qui nous soient restés de l’héritage de nos pères.

Ces monuments, dont on ne saurait préciser la date, et dont on ne peut parfois deviner la destination que par des conjectures plus ou moins ingénieuses, se rencontrent fréquemment dans le Maine, l’Anjou, le Poitou, la Saintonge, la Touraine, et surtout dans la Bretagne, c’est-àdire dans les provinces où l’élément celtique a eu le plus de persistance. Plusieurs de ces pierres monumentales

avaient une destination funéraire; d’autres étaient consacrées à des usages purement civils; d’autres enfin étaient un objet d’adoration. Ce n’est pas seulement dans les Gaules que les hommes abaissèrent leur intelligence jusqu’au culte de la pierre, ce honteux fétichisme a régné jadis dans la Grande-Bretagne, l’Hibernie, Ja Germanie, la Sarmatie, la Thrace et la Grèce. On sait que les Phéniciens adoraient des bétyles ou pierres vivantes, que les Arcadiens vénéraient une pierre conique, et que Jupiter lapis avait un temple à Rome.

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