CHAPITRE PREMIER
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
Article \ .
Classification des styles architectoniques.
Le style latin, imitation presque servile de l’architecture romaine, fut adopté par tout l’empire d’Occident, et régna chez nous jusqu’à l’an 1000. L’influence de l’architecture orientale, comme nous l’avons dit, modifia à cette époque le style latin ; nous donnerons le nom de style romano -byzantin à ce mélange de l’art antique et de l’art néo-grec. Au xne siècle, l’ogive apparaît et se combine avec le plein cintre : le nom de style romano-ogival caractérise fort bien l’architecture mixte de cette époque de transition. Au xme siècle , le principe de la perpendicularité des lignes l’emporte sur les anciennes tendances horizontales; l’ogive équilatérale détrône définitivement le plein cintre : c’est le style ogival à lancettes. Au xive siècle, la pureté des lignes commence à s’altérer sous l’envahissement des profils; les rayons des rosaces se ramifient davantage : c’est le style ogival rayonnant. Au xve siècle, les lignes ondulées succèdent aux lignes droites, et font donner à ce style le nom de flamboyant. Dès la première moitié du xvie siècle, ce dernier style se mélange avec le style grec : c’est l’avènement de l’école de la Renaissance, qui
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
dura jusqu’au milieu du xviF siècle. L’art abandonna alors entièrement les traditions gothiques , en conservant toutefois des formes et des détails inconnus des Anciens.
Ces divisions chronologiques de l’art, on le comprend facilement, sont loin d’avoir une exactitude mathématique. Le style d’un siècle empiète souvent sur le suivant , et les révolutions architectoniques qui doivent caractériser une époque se manifestent ordinairement à la fin de la période antérieure. J1 faut également remarquer qu’elles ne se sont point produites simultanément sur tous les points de la France. L’influence du sol, du climat, des souvenirs et de diverses causes locales ont retardé dans plusieurs provinces le développement progressif de l’art. Les règles que nous donnerons pour fixer l’époque des monuments religieux s’appliqueront surtout au Nord, au Centre et à l’Ouest de la France. Mais pour mettre ces règles en harmonie avec la chronologie monumentale des provinces de l’Est et du Midi, nous consacrerons plus tard un article spécial au synchronisme des styles.
Nous pensons qu’il est utile de donner ici la synonymie des termes que nous avons adoptés pour la désignation des styles.
Style latin (du v° au xe siècle). — Style roman primitif (deM. de Caumont). — Style gallo-romain. — Architecture carlovingienne. — Teutonique.
Style romano-byzantin (xie siècle). — - Style roman secondaire (de M. de Caumont). — Style roman fleuri. — Style à cintre. — Style roman (de M. Batissier).
Style romano-ogival (xne siècle). — Style roman tertiaire (de M. de Caumont). — Commencement du style mystique (de M. Woillez). — Phase progressive de l’école romane (de M. J. Bard). — Style ogivo-roman. — Style de transition.
Style ogival a lancettes (xme siècle). — Style ogival primitif (de M. do Caumont) . — Style pointu (des Anglais).
ARCHITCETURE RELIGIEUSE.
— Style mystique pur (de M. Voiliez). — Style ogivique.
— Gothique pur. — Gothique complet.
Style ogival rayonnant (xive siècle). — Style ogival secondaire (de M. de Caumont). — Gathique orné (des Anglais).
Style ogival flamboyant (1400-1550). — Style ogival tertiaire et quartaire (de M. de Caumont). — Gothique flamboyant (de M. le Prévost). — Style perpendiculaire (des Anglais). — Style bâtard. — Style fleuri. — Style prismatique.
L’architecture à plein cintre qui régna chez nous jusqu’au xme siècle, a reçu les noms de saxonne , anglo-saxonne , byzantine , lombarde , normande , gothique ancienne, etc. Ces divers termes impliquent une idée fausse, puisqu’ils semblent attribuer exclusivement cette architecture soit aux Saxons, soit aux Lombards, etc. Aussi la désignation d’architecture romane , proposée par M. de Gerville, a-t-elle prévalu de nos jours. Elle a le mérite d’exprimer l’idée de la dégénérescence de l’art romain, comme le mot roman , dans la linguistique, désigne la langue latine abâtardie et dénaturée par sa fusion avec d’autres éléments.
L’architecture dont l’ogive est le principe a été nommée gothique, sarrazine , orientale , anglaise , polygonique , xiloïdique , etc. Les mêmes raisons que nous venons d’indiquer ont fait remplacer ces qualifications impropres par celle de style ogival, qu’a proposée M. de Caumont. Néanmoins on n’a pas entièrement rejeté le nom de gothique. On sait bien que les Goths, qui dominèrent au ve siècle, n’ont pu exercer aucune influence sur les formes architecturales du xme siècle : mais ce terme est consacré par un long usage, et Ton peut invoquer en sa faveur les bénéfices de la prescription.
Pour soulager le travail de la mémoire et conserver la forme toute classique que nous avons adoptée, nous suivrons toujours la même méthode dans l’examen de chaque période monumentale, et nous étudierons successivement
1° les caractères généraux ; 2° le plan ; 3° l’appareil; 4° les contreforts; 5° les corniches et modillons; 6° les porches et les portes ; 7° les fenêtres et les roses ; 8° les tours ou clochers; 9° les piliers et les colonnes; 10° les arcades et les travées; 11° les voûtes ; 12° l’ornementation architecturale. Nous terminerons eu décrivant une église de chaque période, et en sigualant les principaux monuments de la même époque. Nous ferons précéder chaque article de l’indication de quelques dates historiques de l’architecture.
Article 2.
Style latin.
(DU IVe AU XIe SIÈCLE .
Dates historiques de l’art. — ve siècle. L’évêque Perpétue fait élever une grande basilique sur le tombeau de saint Martin, à Tours. Les provinces méridionales se couvrent d’églises. Destruction d’un grand nombre de monuments religieux par les Francs. — vie siècle. Clovis, Childebert II, Clotaire, Chilperic I, Childebert 111 et Gontrand, protègent les arts et fondent beaucoup d’églises et de monastères. — vne siècle. Saint Eloi exerce l’architecture et l’orféverie sous les règnes de Dagobert 1 et de Clovis II. Erection de l’église Saint-Denis , en 638. — viue siècle. Pépin le Bref rebâtit plusieurs monastères. L’art de fondre les cloches fait des progrès. Charlemagne encourage et fait fleurir les arts: Notre-Dame d’Aix-la-Chapelle date de son règne. — ixe siècle. L’invasion des Normands, qui pillent et dévastent les églises, amène la décadence de l’art. Quelques-uns des monuments incendiés par les Barbares sont restaurés par les soins de Charles le Chauve, qui appelle en France des artistes grecs. — xe siècle. La décadence de l’art est activée par la croyance générale où l’on était que l’an 1000 devait amener la fin du monde. Quel-
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
ques prélats protestent contre cette crainte chimérique en érigeant des églises et des abbayes. On voit , d’après ces quelques dates, que l’art ne fut point stationnaire pendant cet espace de sept siècles , et qu’à une époque de progrès succéda Une époque de décadence : mais il nous reste trop ; peu de monuments de ces temps reculés pour que l’on puisse déterminer les caractères spéciaux propres à chaque siècle; et tout en admettant l’existence de ces variations , nous sommes obligés de classer ces divers monuments
dans une seule période. Nous suivons l’exemple du comité historique des arts et monuments en la désignant sous le nom de style latin , parce que tous les monuments de cet âge rappellent plus ou moins la forme et l’ornementation des basiliques latines.
Caractères généraux — Les constructions religieuses de cette période se ressentent de l’ignorance presque générale du temps. C’est une imitation plus ou moins heureuse de l’architecture romaine ; l’innovation la plus saillante est l’importance qu’on donne à l’arcade. On fait un emploi fréquent de la brique. Les taçades sont sévères, peu ornementées. Dans le Nord, les édifices latins sont lourds et rampants; ils sont moins rudimentaires dans le Midi, où les architectes avaient sous les yeux les chefs-d’œuvre architectoniques des Romains. La rareté des voûtes , l’absence des balustrades, ctes arcs-boutants, des roses, des meneaux et des décorations végétales, qui n’apparurent que plus tard, sont les principaux caractères négatifs de cette phase primordiale de l’art
Plan. — Les petites églises ont la forme d’un simple rectangle terminé par une abside circulaire, voûtée en cul de four (1). Les plus grands monuments sont divisés en
(1) On cile quelques exemples d’absides terminées carrément I \ Collonges, la JMagdelaine et Tintrv, dans le département de Saône- 1 j a -Loire).
trois nefs, par deux rangs de colonnes. Les collatéraux sont
terminés par des absides qui sont parfois plus grandes que celles du centre. En général, le chœur est plus bas que la nef, et les collatéraux sont plus étroits que la maîtresse nef. On ne compte encore que trois chapelles. Toutes les églises n'ont pas de transsept , c’est-à-dire, de nef transversale, perpendiculaire à l’axe de l’édifice et lui donnant la forme d’une croix (1); il arrive parfois que, sans se produire au dehors, ils se dessinent à l’intérieur par la disposition des piliers. A partir du ve siècle, la façade regarda le couchant, et le chevet fut tourné vers le levant. Cette orientation resta pour les autres siècles une règle liturgique presque invariable.
Cryptes. — Dans les petites églises latines, les cryptes n’étaient que des cavités étroites, où un autel s’élevait sur le tombeau d’un martyr ; dans les églises plus vastes, elles s’étendaient sous le chœur et quelquefois sous la nef. On trouve, dans quelques-unes de ces églises souterraines, de précieux débris de sculpture romaine. Nous citerons parmi
(1) C’est pour celte raison qu’on donne aussi le nom de croisée aux transsepts.
Chapelle de Saint-Quesniu, à Vaison (Vaucluse), \ic siècle.
Saint-Martin, d'Angers (ixe siècle).
ARCHITECTURE KELLGIELSE.
les cryptes de cette époque, celles de Jouare (Seine-et- Marne), d’Apt, Lyon, Agen, Soissons, Saint-Quentin, Saint-Omer, de Saint-Gervais, à Rouen, etc.
Appareil. — Les murs sont construits en petit appareil, c’est-à-dire en pierres cubiques de huit centimètres de côté, assises dans un bain de mortier, et coupées par des bandes horizontales de briques. Les briques jouent un grand rôle dans l’ornementation. Elles sont alternées dans les cintres avec des claveaux de pierre, et par leurs dessins symétriques forment une agréable décoration qui se détache sur le ton grisâtre de la pierre. Elles simulent même des corniches et des moulures. Nous indiquerons comme des cas exceptionnels, qui se produisent surtout dans le Midi, des murs de moyen et de grand appareil, des murailles entièrement en briques, ou dont le parement se compose de marbre et de silex, quelques exemples de l’appareil en arêtes de poisson, etc. Quelques églises de campagne étaient entièrement construites en bois.
Contre-forts. — Quand des contre-forts soutiennent les murailles, ce sont des pilastres en forme de parallélogrammes, très-larges, peu saillants, sans sculptures ni moulures, et terminés par une retraite en larmier. Ils sont appliqués aux façades principales et aux angles des églises, et ne s’élèvent pas toujours jusqu’au haut de la toiture. On voit quelques contre-forts de forme ronde, terminés en cône, et d’autres qui sont carrés dans le bas et cylindriques dans la moitié supérieure. Les arcs-boutants n’étaient pas encore connus à cette époque.
Corniche et modillons. — L'entablement qui occupait une place si importante dans l’architecture romaine est supprimée dans les monuments du Moyen âge. La corniche seule n’a point disparu : elle se profile sous la forme de larges bandeaux découpés en arcatures semi- circulaires, ou chargés de moulures rectilignes ou ondulées. Dans l’antiquité, les ordres dorique, corinthien et composite, ad-
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
mettaient des modillons ou mutules, qui étaient censés représenter l’extrémité de la charpente du comble : telle est l’origine des modillons ou corbeaux du Moyen âge, qui soutiennent la corniche. Au commencement de la période
Marmoutiers (Bas-Rhin), %e siècle.
latine, ce sont des cubes plus ou moins saillants taillés en biseau ou en tête de clou. Plus tard on y cisela des têtes grimaçantes, des masques difformes, des animaux fantastiques, et quelques autres ornements barbares. Ces modillons, soit lisses, soit sculptés, sont quelquefois espacés, par des arcades semi-circulaires.
Porche. — On connaît très-peu de porches de style latin. Leur charpente, appuyée sur le mur de la façade, était soutenue par deux rangées de colonnes. Ils étaient ornés de deux fontaines destinées aux ablutions des fidèles qui entraient dans le temple. Le fond était décoré de peintures et de mosaïques, comme dans les basiliques italiennes.
Portes. — Deux pieds droits ou deux colonnes appliquées sur le nu du mur supportent un arc en plein cintre, avec ou sans moulures. Les baies toujours carrées sont surmontées d’un linteau. Le tympan est quelquefois ciselé en damier. Le cintre est ordinairement alterné de claveaux de pierre et de briques, et entouré d’un cordon en briques, ou d’une saillie en pierre. Dans quelques provinces, on alternait des pierres de différentes couleurs. Cet usage a longtemps subsisté en Auvergne; on trouve, dans cette province, des portes carrées, terminées par un tympan aigu.
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
Fenêtres. — Les fenêtres sont cintrées, étroites, évasées à l’intérieur de l’église, et d’une hauteur double de leur largeur. Le cintre repose ordinairement sur des pilastres. Les fenêtres primitives ont rarement des moulures ; elles sont toujours dépourvues de colonnes et de meneaux. La façade principale est quelquefois percée d’une ouverture ronde (oculus), destinée à éclairer les combles : ce fut l’origine des rosaces des âges suivants.
Tours ou clochers. — On ne connaît point de tour antérieure au vme siècle. Les cloches dont on se servait antérieurement n’étaient point d’assez grande dimension pour nécessiter l’usage des clochers. Nous sommes disposés à croire que, dans le Nord, les tours furent d’abord quadrangulaires, puis rondes, tandis que, dans le Midi, la forme circulaire précéda la forme carrée. Elles sont peu élevées, et percées d’un ou plusieurs rangs de fenêtres sans ornements, et quelquefois géminées, c’est-à-dire réunies deux à deux. Leur toit, à deux égouts, est formé de deux pentes, réunies sous un angle quelconque par un faîtage continu, qui va d’un pignon à un autre. Le couronnement le plus ordinaire des tours est un toit pyramidal à quatre pans, recouvert en tuiles ou en pierres. La tour fut d’abord un monument entièrement isolé de l’église; plus tard on la plaça sur le point central du transsept, puis sur le portail occidental.
Base latine (iv* siècle). Saint-Jean, de Poitiers. Base latine (vie siècle' .
Piliers et colonnes. — Des fûts massifs, courts et trapus, s’élèvent sur des piédestaux étroits et carrés, et se couron-
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
nent de chapiteaux cubiques ou cylindriques, décorés de moulures grossières. Quelques-uns sont de lourdes imitations de l’ionique et du corinthien. Le chapiteau est
parfois remplacé par un simple ressaut ou par un bourrelet; c est sur ces chapiteaux que reposent immédiaterr n u:
fer à cheval, c’est-à-dire prolongés au-dessous du diamètre par la continuation de la circonférence. L’arcade
Bases romanes (u« siècle).
qui se trouve au milieu des transsepts, et qu’on nomme arc triomphal , est quelquefois décorée d’incrustations, de moulures, de peintures ou de mosaïques.
ARCHITECTURE RELIGIEUSE. 151J
Voûtes. — Les premiers architectes chrétiens n’ont point pu surmonter la difficulté de construire de grandes voûtes en plein cintre. Ils laissaient à nu la charpente de la grande nef, ou bien en cachaient la vue par un plafond en bois; ils ne voûtèrent que les cryptes, les absides et les petites nefs latérales. Ces dernières sont en berceau , c’està-dire qu’elles sont simplement formées parla prolongation non interrompue de la surface intérieure ou intrados de l’arc. Quelquefois elles sont d’ arêtes, c’est-à-dire qu’elles offrent ou simulent par le croisement des boudins la rencontre de deux berceaux. Ces nervures cylindriques reposent immédiatement sur le sommet des colonnes ou des piliers engagés dans les angles des murs. Ces voûtes sont faites en moellons noyés dans un mortier de chaux.
Ornementation. — Les principaux ornements usités à cette époque sont : des arceaux simulés sur le nu du mur, des marqueteries de granit, des incrustations en pierres de couleur ou en terre cuite, des mosaïques en émail ou en verres de couleur, des croix grecques, des bâtons croisés, des rubans, des dents de scie, des hachures, des chevrons,
Frettes.
vwvWv
Dents de scie.
billettes.
des billettes, des frettes, etc. Cette dernière décoration, empruntée à l’antiquité, se compose de cordons qui décrivent, par des angles tantôt droits, tantôt aigus, des espèces de créneaux contrariés.
Eglise de Tournus. — Un des types les plus remarquables du style latin est l’église de Saint-Philibert de Fournus (Saône-et-Loire), dont les nefs, le pronaos, et diverses autres parties, datent de la fin du xe siècle. « Ce temple vénérable est certainement un des monuments
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ecclésiastiques nationaux qui rappelle le mieux aux générations présentes les dispositions hiératiques des premières basiliques, et continue la plus fidèle image de la basilique latine, avec son entourage et ses dépendances. Les deux tours circulaires, placées en regard de la façade, semblent indiquer les limites naturelles de l’atrium, dont l’emplacement forme aujourd’hui le parvis du temple. Les deux clochers primitifs, bâtis sans aucun choix de matériaux, sans plan régulier, sans pensée d’art, étaient à pignons et à toiture à deux égouts. Les pignons constituaient les faces latérales de ces édifices, et n’étaient accidentés que par trois baies à plein cintre, et trois ouvertures aveugles ou simulées, cintrées par trois petits arcs. Absence totale de motifs artistiques, grossièreté des matériaux, rudesse £ de la structure, appareil de simples pierres mureuses ou de briques; tout concourt à produire ici un misérable I aspect, à réaliser un ensemble qui se prête mal à l’analyse | et qui annonce d’une manière certaine la place du ixe au * xe siècle. La partie inférieure des flancs de la basilique $ n’est accidentée que 1° par des écaillures ou trilobés réunis ; ? par cinq, sous lesquels s’ouvre une petite croisée à plein cintre, et séparés par des plates-bandes, 2° par des corbeaux grossiers ; 3° par deux espèces de frises superposées, faites de briques. Tout rappelle ici l’extérieur des basiliques élevées à Ravenne au vie siècle, et ces temps d’épreuves où le Christianisme n’osait pas encore attirer sur ses monuments, les regards jaloux de ses ennemis et réservait ses majestés et ses pompes pour le sanctuaire et les fidèles à genoux devant lui II y a dans cette construction je ne sais quelle vigueur, quelle énergie et quelle solidité tout * égyptiennes, qui contrastent singulièrement avec les soudures qui furent faites à la basilique en des âges plus rap- 1 prochés du nôtre. Le pronaos , ou partie intérieure de 1 l’église, est à trois nefs séparées par six arcs d’entre-colon- I nements, et l’on y accède par trois portes. Les six piliers de 1
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
soutènement sont cylindriques, faits de briques coupées en quarts de cercle, superposées à la manière romaine. Au lieu de chapiteaux, ils ont un simple rebord saillant , qui annonce assez ou l’impuissance, ou l’absence absolue des idées artistiques. Plusieurs portes latérales, bouchées, donnaient jadis entrée dans cet antitemple, éclairé par six fenêtres étroites et ébrasées. Au-dessus du pronaos, règne une seconde basilique consacrée à l’archange • saint Michel, à laquelle on accédait autrefois, de l’intérieur de la grande basilique , par deux escaliers. Cette basiliqpe supérieure est de même style, de même âge, de même fabrique que la région inférieure. Elle est également à trois nefs, séparées par six piliers circulaires construits en briques. La voûte est à pierres jetées : le temple est éclairé au couchant par une croix en meurtrière. La nef majeure de la grande basilique, malgré Pap'pareil tout rudimentaire de sa structure et la stérilité de sa profilation, se développe avec une remarquable unité de style et une heureuse régularité de proportions. Cette grande arche est accusée par dix arcs d’entre-colonnements égaux, à plein cintre, soutenus par dix piliers cylindriques, à base peu élevée. Leurs chapiteaux ne sont indiqués que par un rudiment de corniche, en ressaut peu saillant, recevant sur leurs côtés les retombées des arcs, et au milieu du bord de leur tailloir, une demi-colonne à chapiteaux ébauchés. Le pronaos, l’église supérieure de Saint-Michel, les trois nefs de la basilique, sont à peu près contemporaines et d’un faire exactement identique : ce sont les régions primordiales de l’édifice; elles représentent exclusivement la phase architecturale comprise entre le vme et le xie siècle (1). » Les transsepts datent du xie siècle, le chœur du xme; la porte de la façade est une adjonction du xvme siècle.
(IJ Monographie de la basilique de Saint-Philibert de Tournus, , par M. le chevalier J. Bard.
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
Autres exemples. — Chapelle de Saint-Quesnin , à Vaison (Vaucluse); la basse-œuvre, à Beauvais; le baptistère de Saint-Jean, à Poitiers; l’église abbatiale de Saint- Guillem-du-Désert ; Saint-Martin, à Angers; Saint-Eu-
Saint-Guillem-du-Désert.
sèbe, à Gennes (Maine-et-Loire). Quelques parties des églises de Savenières (Maine-et-Loire); Bagé-le-Chatel (Ain) ; Saint-Pierre, du Mans ; Saint- Honorât, d’Arles, etc.
Article 3.
Style romano-byzantin.
(XIe SIÈCLE.)
Dates historiques de l’art. — L’an 1000 s’étant écoulé sans amener la fin du monde, les peuples s’empressèrent de manifester à Dieu leur reconnaissance en lui élevant de nombreuses basiliques. « L’univers, dit Rodulphe Glaber, dépouilla ses antiques vêlements pour se couvrir d’églises neuves comme d’une blanche robe. » «On renversait même les vieilles églises pour en construire de nouvelles, » ajoute Mézeray. — Robert le Pieux (996-1030) encourage l’ar* chitecture par ses munificences. — L’étude des mathématiques et de la métaphysique, puissamment encouragée par
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
le pape Sylvestre 11 (Gerbert), rend l'architecture plus hardie et plus symbolique. — Plusieurs évêques annoncent des indulgences en faveur de ceux qui contribueraient à l’édification des monuments religieux. — La première croisade est prêchée par Pierre l’Hermite, en 1096
Caractères généraux. — L’architecture romano-byzantine, tout en cherchant à s’affranchir des formes antiques, reste néanmoins sévère, lourde et massive. Nous indiquerons comme traits caractéristiques de cette époque la maigreur des entablements, la pesanteur des colonnes et la profusion de certains ornements géométriques. On ne fait point encore usage de meneaux, de grandes roses ni de balustrades. L’ogive n’apparaît qu’accidentellement sur quelques points de la France, et n’y est employée que dans les voûtes et les arcades. D’après M. Prosper Mérimée (1), on peut résumer ainsi les éléments qui concoururent à la formation de l’école romano-byzantine : 1° imitation de l’architecture romaine; 2° imitation des architectures néo-grecque et orientale ; 3° idées mystiques et convenances de certaines corporations religieuses; 4° besoins du climat; 5° goût et mœurs nationales.
Plan. — Les églises s’agrandissent, tout en conservant la forme de croix latine. On connaît quelques églises de cette époque en forme de croix grecque, c’esHi-dire que la nef et les transsepts, se coupant par le milieu, produisent quatre bras d’égale étendue. On remarque, dans certains monuments, une inclinaison de l’axe très-marquée, par rapport à la vraie position de l’Orient : cela lient, sans doute, à ce que le commencement des travaux, n ayant pas eu lieu au moment du lever du soleil, l’habileté de l’architecte se sera trouvée en défaut. Les grands édifices sont partagés en trois nefs ; quelques-uns n’en ont que deux.
(1) Essai sur V Architecture religieuse du Moyen âge , in-18.
164 MOYEN AGE ET RENAISSANCE
Cette exception se produit surtout dans les églises conventuelles des ordres mendiants. Les églises de campagne n’ont qu’une nef; elles sont souvent même dépourvues d’abside et de transsept. Une des principales innovations de cette époque est la prolongation des bas côtés autour du chœur. En Normandie, les collatéraux se prolongent au delà du transsept, mais ne tournent pas autour de l’hémicycle du chœur. — Les murs des nefs secondaires sont parfois tapissés, à l’intérieur, d’arcatures en plein cintre, et maintenus, à l’extérieur, par un soubassement en pierre ou en grès, haut d’un mètre environ. Des galeries régnent audessus des collatéraux. Celles qui sont placées au-dessus des arcades du sanctuaire prennent le nom de triphorium. Les transsepts, en s’éloignant de l’abside, laissent prendre au chœur un plus grand accroissement. Des chapelles, au nombre de trois, quatre ou -cinq , rayonnent autour du
Notre-Dame-du-Port, à Clermont. Église de Loupiac (Gironde).
sanctuaire, et forment autour de la croix tigurée parle plan, une espèce d auréole symbolique. L importation des nom-
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
breuses reliques recueillies en Orient ou dans les catacombes romaines nécessitait d’ailleurs la multiplication des chapelles ; on en plaça aussi aux extrémités des transsepts. Ordinairement le chœur est plus bas que la nef : mais son aire est plus élevée, pour permettre aux assistants de suivre du regard les cérémonies de l’autel. Nous citerons, comme cas accidentels, des chœurs carrés (cathédrale de Laon), ou terminés par trois absides circulaires (église de Chelles, dans l’Oise).
Cryptes. — Les cryptes reproduisent ordinairement la forme de l’abside supérieure ; quelques-unes, plus considérables, se prolongent sous la nef. On en connaît quelquesunes en forme de croix grecque (église de Pierrefonds, 1060). Les cryptes ne sont éclairées que par un faible jour, et n’ont presque point d’ornementation. Nous citerons, au nombre des cryptes les plus curieuses, celles des cathédrales de Chartres et de Bayeux ; de Saint-Florent-le-Vieil, à Saumur; de Saint-Eutrope, à Saintes; des églises de Ham et de Nesles (Somme).
Appareil. — Le moyen appareil remplace presque généralement le petit. C’est surtout dans le Centre et le Midi de la France qu’on trouve des exemples de grand appareil. Les matériaux varient suivant les localités. Outre la pierre de taille, on employa le grès, le silex, la brique, les laves, le granit, des moellons, des pierres de diverses couleurs, etc. Dans les appareils d’ornement, qu’on remarque surtout aux façades occidentales, la disposition des pierres figure des losanges, des feuilles de fougère, des écailles imbriquées, etc. Dans l’Ouest, Yopus spicatum fut très en faveur. Dans les régions centrales, on préféra des marqueteries formées de pierres polychromes et de ciment colorié.
Contre-forts. — Les murs sont solidifiés, à l’extérieur, par des contre-forts plus nombreux et plus forts qu’auparavant. Ce sont ou bien des pilastres en saillie sur le nu du mur, et s’élevant jusqu’à la corniche du toit (Bourgogne
et bords du Rhin), ou bien des pieds droits offrant des ressauts à diverses hauteurs, et se terminant par une retraite en larmier, ou une espèce de pignon. Dans le Midi, des colonnes plus ou moins engagées, pourvues de base et de chapiteau, font l’office de contre-forts cylindriques. Dans le Nord, deux colonnes accompagnent quelquefois les pilastres. Les arcs-boutants, très-rares à cette époque, ont la forme d’une arcade semi-circulaire, assez massive.
Contre-fort de Morienval (Oise). Corbeaux.
Corniches. — Les corniches sont formées d’un larmier et d’un chanfrein. En Provence, l’ancien entablement romain subsiste presque entier, et la corniche est soutenue par des consoles semblables à celles de l’ordre corinthien. / I Dans les autres provinces, les modillons carrés ou rectangulaires sont ornés de figures bizarres, de feuillages byzantins, de fruits, de têtes de diamant, et de divers ornements que nous signalerons plus loin. On y voit souvent figurer des arcatures simulées ; elles suivent quelquefois les ram- ; pants des pignons et la ligne des toits (Est et Midi de la France).
Portes. — Au commencement du xie siècle, l’ornementation des portes est extrêmement simple. L'archivolte, presque toujours unie, est soutenue de chaque côté par une ou deux colonnes, ou même par de simples pieds droits.
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
Au milieu de ce siècle, l’archivolte se pare de dentelures, d’étoiles, de zigzags, de frettes crénelées. Elle multiplie ses voussures concentriques à retrait, et par conséquent ses colonnes de support. Le tympan se garnit de rosaces, de damiers, de compartiments disposés diagonalement et de
Porche de Notre-Dame -des-Doms Tripliorium de Notre-Dame-du-Port
(à Avignon). (à Clermont).
bas reliefs. La porte la plus ornée est celle qui est pratiquée au milieu du grand portail.
Fenêtres. — Elles sont de moyenne grandeur. Leur archivolte, tantôt lisse et tantôt décorée de moulures, a pour supports deux colonnes ou deux simples pieds droits. Quelques fenêtres géminées sont surmontées d’un œil-de-bœuf ou oculus , plus grand qu’aux époques antérieures, et
couronnées par un grand arc. On voit même aux étages supérieurs des fenêtres trigéminées. La fenêtre centrale est toujours plus haute. Les fenêtres latérales ne sont ordinairement que simulées.
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
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Tours. — Elles s’élèvent ordinairement au nombre de trois, l’une sur le centre des transsepts, et les deux autres sur chaque aile du portail principal. Elles sont rondes ou carrées, à un ou plusieurs étapes, percées d’arcades cintrées, et entourées d’une ou plusieurs corniches. Elles se terminent par un toit en batière ou par une pyramide à cinq, six ou huit pans. Ces dernières sont les plus remar-
Saint-Front, de Périgueux.
quables sous le rapport de l’ornementation. De petites py- 5 ramides couvertes d’imbrications s’élèvent aux angles de ces tours. Dans quelques églises, la tour est remplacée par une espèce de prolongement de la façade, percé de baies, pour recevoir les cloches.
Colonnes. — Les piliers courts et massifs du siècle précédent continuent de se produire ; mais, dans le cours du xie siècle, des colonnes cylindriques, disposées en faisceau, se groupent autour des piliers pour en dissimuler l’épais- '
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
seur. Les bases des colonnes sont peu élevées, et reposent
sur un socle polygone ou carré, entouré d’une plinthe. En général, les piédestaux affectent un plan cruciforme. Les angles du socle sont quelquefois ornés de pattes ou de feuilles enroulées. Les fûts des colonnes s'allongent extrêmement, et s’élancent parfoisjusqu’aux combles, pour soutenir les nervures des voûtes. Les fûts sont ordinairement simples et lisses ; mais on rencontre à cette époque, comme au siècle suivant, des fûts croisés, entrelacés, brisés, noués, annelés, en spirale, losangés, gaufrés, chevronnés, imbriqués. Les dessins ci-joints expliqueront suffisamment ces différents termes.
Fût simple. croisé. entrelacé. brisé. noué. aunele. >
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
Chapiteaux — Ils sont cylindriques ou cubiques, avec ou sans tailloir. La forme du chapiteau corinthien domine dans le milieu du xie siècle. Les plus anciens chapiteaux du style romano-byzantin sont d une exécution barbare; ils représentent des démons, des griffons, des serpents, des épisodes de l’histoire sacrée ou des légendes populaires. Les plantes et les animaux qui figurent dans ces chapiteaux historiés ont souvent une signification symbolique. Nous aurons occasion d’en parler dans notre chapitre sur T /co-
teaux à bas-reliefs, fort répandus dès le xie siècle, y sont encore en usage au xine; tandis que, dans le Nord de la
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
France, ils disparaissent à peu près vers la fin du xie siècle, pour faire place aux fleurs, aux fruits et aux feuilles du style byzantin. «Quelques archéologues ont cru pouvoir assigner à cette adoption d’une décoration toute végétale une origine mystique, fondée sur la décision de plusieurs conciles romains, qui, dès le xe siècle, avaient proscrit la représentation des monstres et des images grotesques à l’intérieur des temples. Quoi qu’il en soit, il est probable que ce langage figuré des dogmes religieux, devenant inutile du moment que les esprits s’éclairaient, que la barbarie s’effaçait, que les prédications, les enseignements se répandaient journellement parmi les peuples, il est probable, disons-nous, qu’on aura cru utile d’abolir ces tristes vestiges des temps primitifs du Moyen âge. Il convient donc de voir dans ces reproductions de formes monstrueusement fantastiques autre chose que l’état de l’art, mais la personnification des vices , exécutée avec la naïveté de l’époque; l’art était l’auxiliaire et non le but (1). »
Arcades. — Six espèces d’arcades furent employées pendant cette période : 1° l’arc en plein cintre; 2° l’arc surhaussé; 3° l’arc surbaissé; 4° l’arc en fer à cheval ; 5° l’arc en mitre; 6° l’arc ogival. L’arc surhaussé est celui dont les retombées sont prolongées par deux verticales. L’arc surbaissé est un demi-cercle tronqué plus ou moins au-dessus de son centre. 11 a été employé rarement, ainsi que l’arc en fer à cheval. Dans le Bourbonnais et l’Auvergne, on rencontre des arcades en mitre, c’est-à-dire qui affectent la forme d’un fronton aigu. En Picardie, on rencontre plusieurs monuments du xie siècle, où apparaît déjà l’arcade ogivale. Nous citerons, comme exemple de cette précocité remarquable, l’église de Saint-Germer (Oise), qui date de
('!) Mém. delà Soc. des Ant. de JPicardie, I. IV, Mém. de M. E. Woillez
J 72 MOYEN AGE ET RENAISSANCE
l’an 1036. L’arcade cintrée domine dans les hauteurs de l’édifice, mais l’arc ogival prend sa revanche au rez déchaussée (1).
L’arcade géminée est composée de deux petites arcades,
Arcade en plein cintre. Archivolte à moulures.
qui s’appuient sur une colonne centrale commune, et qui sont comprises sous une plus grande arcade. Dans le Centre de la France, l’archivolte des arcades est presque toujours lisse. Dansl’Ouest et le Nord, elles sont souvent décorées de moulures, ou même découpées en lobes, en chevrons, en dents de scie, etc.
Voûtes. — Les grandes voûtes sont encore rares à celte époque; les architectes parvinrent pourtant à en construire quelques-unes en berceau. Les voûtes des bas-côtés sont ordinairement en arêtes , c’est-à-dire qu’elles sont renforcées par des arcs doubleaux, et coupées par quatre arêtes qui se croisent par le milieu ; les bas-côtés de beaucoup d’églises romanes du Centre de la France n’ont que des voûtes en demi-berceau ; les arcs doubleaux ne décrivent par conséquent qu’un quart de cercle qui se prolonge inférieurement : c’est là l’origine des arcs-boutants, dont nous parlerons plus tard. Les voûtes en berceau de la nef centrale sont maintenues par les demi voûtes des galeries supérieures. On a quelquefois adopté la courbure en fer à
(J) Voir la Description historique de l'église de Saint-Germer, par l’abbé J. Corbiet. Amiens, 1842; in-8.
ARCHITECTURE RELIGIEUSE. 173
B cheval pour diminuer la poussée des voûtes. Dans les provinces de l’Est et du Midi, une coupole s’élève au- I dessus des transsepts. Les • demi-coupoles qui couronnent les absides sont ordinairement construites avec des matériaux légers. Les grandes voûtes sont en grandes pierres plates ou en moellons noyés dans le mortier. L'arête ou couronnement supérieur du toit était autrefois composé de cercles entrelacés; des antéfixes, en forme de croix rayonnante, embellissaient le couronnement des tourelles absidales.
Ornements. — Nous nous bornerons à citer parmi les principaux ornements usités à cette époque : les zig-zags doubles, simples ou triples, dont les angles sont quelquefois opposés; les pointes de diamant formées d’une suite de petits cubes pyramidaux ; les étoiles à quatre branches ; les
Losanges.
damiers composés de petits carrés, alternativement en re-
Damier.
liefeten creux ; les frettes crénelées ; les chaînes en losange ;
E5EEÜ tfûtfî
Labyrinthe. Nébules.
les labyrinthes , les torsades , les câbles , les hachures losangèes, les nébules , les billettes , les demi-cercles imbriqués, etc. L’ornementation architecturale varie suivant les
Zig-zags.
provinces. En Normandie, les moulures sont grosses et saillantes. Dans la Saintonge, le Périgord, le Poitou, la Touraine, elles figurent des broderies, des entrelacs, des
Torsade. Câble.
rinceaux, des feuillages, des arborescences, etc. L’archi-
Eritielacs.
Rinceaux.
tecture décorative de l’Ile-de-France el de la Picardie est plus sobre de détails. Dans les provinces méridionales, où l’on construisait avec du granit, des incrustations de mastic . rouge ou de laves colorées remplaçaient les sculptures variées qui étaient en faveur dans les pays à roches tendres. C’est surtout dans le Dauphiné et le Languedoc qu’on voit beaucoup de sculptures en ronde bosse, représentant des hommes et des animaux au milieu des rinceaux et des feuillages.
Eglise de Preuilly. — L’église de Preuilly (Indre-et- 4 Loire) est un des types les plus remarquables du style romano-byzantin. Elle fut fondée en 1001, et achevée en 1009. Son style est fortement empreint de réminiscences . orientales. « Le plan est celui de la croix latine , avec collatéraux et déambulatoires autour de l’abside. C’est peutêtre le premier exemple de cette curieuse disposition qui exerça une si profonde influence sur les modifications postérieures du plan des édifices religieux, et qui, plus tard, fut constamment adoptée dans les églises de grande dimen- ■
une chapelle, ouverte en partie dans le mur oriental. Le
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
déambulatoire donne accès à trois chapelles absidales, une
au centre, deux sur les flancs La perspective générale
de l’intérieur n’a rien de trop austère ni de (rop pompeux. C’est une composition d’un caractère imposant, oh la ri-
chesseest tempérée par la sobriété Chaque pilier, carré
dans la masse, est cantonné de quatre colonnettes arrondies, dont deux supportent l’arcade de communication, et les deux autres les arcs doubleaux des voûtes. L’élancement considérable de ces dernières produit un bon effet, en établissant de grandes lignes architecturales qui coupent la monotonie des surfaces : la perspective y gagne beaucoup en pittoresque. Les chapiteaux sont très- variés et généralement bien composés : on y remarque des feuillages , des bandelettes, des figures fantastiques et des représentations humaines. La voûte est à plein berceau dans la nef, sans nervures et sans aucune interruption que celle des arcs doubleaux, en forme de plate-bande La voûte des nefs collatérales est en arc-boutant. Du reste, les nefs mineures sont fort étroites, et l’on pourrait presque les considérer comme faisant office de contre-forts continus pour soutenir la masse de la nef majeure. La muraille qui clôt le transsept à ses deux extrémités est ornée d’une série de petites arcades aveugles supportées sur des colonnettes d’un heureux effet; nous retrouvons au triforium de l’abside une disposition absolument identique. Les constructeurs du Moyen âge étaient habiles dans l’art d’appareiller les pierres; ls comprenaient sans doute leur infériorité dans la sculpjure et surtout dans la statuaire : aussi voyons nous qu’ils C herchent constamment à déployer la science de l’appareil, li t qu’ils négligent l’ornementation sculpturale. Preuilly mous offre un des plus curieux exemples de ce dernier parti, ft La façade occidentale n’est belle que par la disposition des 5 ignés et la taille des pierres. Le second étage est formé ’une magnifique série de petits arcs plein cintre qui s’é- ■end dans toute la largeur de la façade. La haute muraille
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
extérieure de l’abside est également décorée d’une galerie aveugle au niveau de la galerie intérieure du triforium. C’est comme une riche ceinture qui entoure le corps de la basilique. Cette disposition formeun des traits les plus saillants de la physionomie architectonique de l’église de Preuilly : c’est un des premiers exemples d’un mode de décoration qui a été fréquemment reproduit plus tard (1). » Autres exemples. — Cathédrales d’Avignon, Besançon et Angoulêrne. — Notre-Dame-de-Cunault (Maine-et-Loire). — Sainte- Magdelaine, à Vézelay (Yonne). — Saint-Trophime, à Arles. — Saint-Étienne et la Trinité, à Caen. — Notre -Dame-du-Port, à Clermont. — Sainte-Croix, à Bordeaux. — Sainte-Eutrope, à Saintes.— Saint-Hilaire, à Poitiers. — Eglises de Saint-Nectaire et d’Issoire (Puy-de- Dôme), de Tulle, Valence, le Puy, Grenjoble, etc. Plusieurs monuments, actuellement détruits, auxquels une tradition erronée prête une origine romaine, étaient des constructions du xie siècle (2).
Article 4.
Origine du système ogival.
Le système ogival ne fut complètement adopté qu’au xme siècle. Mais, comme l’ogive se marie au plein cintre dans le cours du xue siècle, et que nous l’avons déjà vu apparaître pendant la période romano-byzantine sur quelques points du Nord de la France, nous croyons devoir pla-
(1) Notice archéologique sur V église de Preuilly, par l’abbé Bourassé, à la suite de Y Histoire de Preuilly, par MM. Audigé et Constant Moisand; in-8. Tours, 1846.
(2) Voyez Notice sur le prétendu temple romain de Saint- Georges-lès-Roye (Somme), par l’abbé J. Corblet; 1842, in-8.
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
cer ici quelques réflexions sur l’origine du système ogival. Plusieurs archéologues se sont engagés dans une fausse route en voulant prouver que Yinvenlion de la forme ogivale remonte à tel ou tel siècle du Moyen âge, et appartient exclusivement à telle ou telle nation. L’ogive, considérée même dans son application à l’architecture, a existé dans les temps les plus reculés. On l’a rencontrée sur les bords du Gange et de l’indus, dans l’Asie-Mineure, le Mexique, et même dans les constructions cyclopéennes des Pélasges : mais l’ogive, en ces diverses contrées, n’était qu’un ornement accessoire, une figure accidentelle, et non pas le principe générateur d’un système architectonique. Le problème ne consiste donc pas à savoir quand fut inventée cette forme curviligne qui résulte de deux arcs de cercle, mais à rechercher les causes qui motivèrent l’admission générale de cette forme dans un nouveau système architectural. Les opinions les plus contradictoires ont été émises à ce sujet : nous allons reproduire les principales.
Milizia, en retrouvant dans nos cathédrales la grandiose végétation des forêts, s’imagine de placer le berceau de l’architecture gothique dans ces sombres forêts qui servaient de temples aux Germains (1). L’art se serait modelé sur cette sauvage et forte nature ; la cathédrale du xme siècle serait la forêt qui s’est faite pierre. Mais n’y a-t-il point neuf siècles qui séparent le Franc de Germanie du Français du Moyen âge? Et d’ailleurs le développement rapide de la civilisation chrétienne n’avait-il point élevé d’infranchissables barrières entre les idées d’alors et les souvenirs confus du culte primitif des Germains? Le système de Milizia n’est pas plus soutenable que celui de Chàleaubriand, qui voit le patron de l’ogive dans la feuille de palmier; saisir un ingénieux rapport n’est point déterminer une origine.
Amaury-Duval avance que cette architecture, qu’il bap-
(1) Vies des Architectes.
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
tise du nom de xiloïdique (SuXoç, bois), est due à l’imitation des églises primitives construites en bois (1). Celle hypothèse n’a pas même pour elle un vernis de vraisemblance. Il suffit de parcourir les descriptions, tout incomplètes qu'elles soient, que quelques chroniqueurs nous ont laissées des basiliques en bois, pour se convaincre de la différence radicale qui existe entre ces deux genres de construction. Qu’y a-t-il de commun entre un monument du xme siècle et ces primitives églises sans voûtes, au plein cintre romain, où les chapiteaux et les piliers étaient souvent d’origine romaine? Comment le caractère ogival se serait-il déjà manifesté dans ces monuments primitifs, alors que nous n’en retrouvons pas la moindre trace dans les édifices en pierre des ixe et xe siècles?
Warburton, Wilson, et la plupart des écrivains antérieurs au XIXe siècle, ont attribué l’importation de cette architecture aux Goths, les moins barbares d’entre les hordes du Nord qui envahirent l’Europe au Moyen âge. Celte opinion a été solidement réfutée depuis longtemps, bien que l’on ait conservé cette dénomination impropre de gothique, que le temps semble avoir consacrée. 11 est démontré que les Goths n’avaient nullement le génie artistique; mais on a peut-être été trop loin en les considérant comme dominés par un instinct destructif des beaux-arts. Ils ont, il est vrai, laissé bien des ruines sur leur sanglant passage : mais quel est, au Moyen âge, le peuple vainqueur qui n’ait point fait subir aux nations domptées ces tristes conséquences de la défaite? Quand les Goths eurent affermi leur domination improvisée, ils employèrent les bras des vaincus à l’érection de divers monuments. Théodoric, roi des Ostrogoths, fit élever des aqueducs, des thermes et des palais par des artistes italiens. Ne doit-on pas même reconnaîtra qu’il avait une certaine compréhension de l’art, lorsqu’il écri-
(1) France littéraire , t. XVI.
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
vait à son architecte des conseils que Louis XIV n’a pas su donner aux Perrault et aux Mansard : « Censemus ut et antiqua in nitorem pristinum contineas et nova simili antiquilate producas, quia sicut décorum corpus un o convenit colore vestiri , ita nilor palalii similis debet per universa membra diffundi. » Ne croirait-on pas entendre parler quelque membre du Comité des arts et monuments , ou de la Société française pour la conservation des monuments?
César Cérasiani, C. Wren,R. Willis, donnent une origine sarrasine à l’arc à ogive. Mais le style mauresque ne renferme aucun des éléments du style ogival. Quel air de famille peut -on constater entre l’arc en fer à cheval et l’arc tiers point, entre la coupole «à minarets et la flèche gothique? Le palais de l’Alhambra, il est vrai, nous offre des ogives : mais on sait que ce monument ne remonte qu’à l’an 1273.
M. Ed. Boid voit dans l’ogive une invention des Arabes, suggérée par les formes compliquées des ouvrages orientaux en treillage (1). 11 cite à l’appui de son hypothèse les ogives des monuments de Caboul et d’ispahan : mais il n’en parle que d’après les descriptions toutes poétiques des auteurs arabes, qui n’ont été confirmées par aucun voyageur. M. Ch. Lenqrmand suppose que les Arabes faisaient d’abord usage du mode byzantin, mais que, au viue siècle, quand ils eurent conquis le second empire des Perses, ils empruntèrent l’architecture des Sassanides , qui était à ogives ; que, de là, ils l’introduisirent au Caire, puis en Sicile, au xe siècle, et que ce nouveau système, par une sorte d’intiltration, se serait répandu dans tout l’Occident. On peut répondre au savant antiquaire normand : l°qu’il n’est nullement prouvé que l’architecture des Sassanides
(t) Histoire et analyse des principaux styles d’architecture, '1855.
MOYEN AGE ET BENAISSANCE
fût ogivale ; les raines de ces antiques monuments semblent, au contraire, démontrer qu’ils ont été construits par les artistes grecs et romains que l’empereur Valérien fit venir en Perse pendant sa captivité (259-269) ; 2° qu’il serait étonnant, dans cette hypothèse, que les Arabes n’eussent point, pendant leur séjour en Espagne, introduit l’élément ogival dans les mosquées mauresques; 3° qu’il cite à l’appui de ses conjectures des dates qui sont tout au moins contestables. Ainsi, par exemple, le palais de la Ziza, en Sicile, d’après les recherches de Milner, ne daterait que de l’an 1273. Quand bien même on démontrerait évidemment que ce monument est du xe siècle, on pourrait toujours présumer que ses ogives ont été ajoutées à une époque postérieure, probablement au xie siècle, où les Normands conquirent la Sicile. 4° Ajoutons, avecM. le comte de Laborde (1), qu’on se trompe en attribuant aux Arabes un génie inventif, et qu’ils étaient plus habiles à perfectionner qu’ingénieux à concevoir.
Whittington, lord Aberdeen, Hallam, M. Hittorf, etc., donnent également une origine orientale à l’ogive, dont ils citent des exemples dans l’Arabie, la Perse et l’Asie-Mineure. C’est de l’Orient qu’elle aurait été rapportée dans nos contrées par les pèlerins et les croisés. Mais, comme l’a observé Milner (2), la date des édifices qu’on allègue comme une preuve concluante est fort suspecte; les monuments à ogives de la Perse ne sont pas antérieurs à Tamerlan, et l’on n’en trouveaucun dans la Terre-Sainte. Les partisans de cette opinion sont tout au moins obligés de convenir que l’ogive orientale diffère beaucoupde celle d’Occideut, qu’elle n’est point accompagnée de ces gracieux ornements qui embellissent la nôtre, et qu’enfin l’usage en était fort rare avant le xnie siècle.
(1) Voyage pittoresque en Espagne.
(2) Treatise onthe ecclesiastical Architecture of England.
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D’après J. Barry, Payne, Knight, Seroux d’Agincourt et M. Quatremère de Quincy, les exemples de voûtes d’arêtes, qui seraient l’origine de l’ogive, se rencontrent dans l’architecture gréco- romaine des temps de décadence, et le style ogival chrétien ne serait qu’une application plus complète de cet ancien système.
F. Rehm, J. Carter, Ed. King, elc., attribuent à l’Angleterre le développement primitif de l’architecture à ogive. Mais l’étude comparative des monuments prouve que nos cathédrales gothiques sont plus anciennes que celles de l’Angleterre.
Vasari, Palladio, G. Moller, L. Stieglitz, D. Fiorillo, etc. , font honneur à l’Allemagne de l’invention de celte architecture, qu’ils appellent germanique. Mais il paraît constaté que l’ogive n’apparaît en Allemagne que vers le milieu du xue siècle.
J. Dallaway et R. Smirke font venir d’Italie le style à ogives, vers l’an 1100. Tout le monde convient que l’Italie, fidèle à ses traditions artistiques, ne fut pour rien dans l’invention et le progrès de cet admirable type. Il n’y a à Rome qu’une seule église, la Minerve , ou l’ogive se montre accidentellement. Les rares monuments ogivals de l’Italie ont été construits par des architectes allemands.
L’invention de l’ogive a été attribuée aux Egyptiens par E. Ledwich (1) ; aux Hébreux par R. Lascelles (2); aux Lombards par H. Watton (3) ; aux Normands par Godwin (4) ; aux francs maçons par J. Hall, elc. (5).
Bentham, Milner, M. A. Lenoir, etc., pensent que l’ogive s’est formée par l’intersection des arceaux. On remar-
(1) Antiquités de /’ Irlande.
(2 \ Origine héraldique de l’ Architecture gothique.
(3) Éléments d’ Architecture, 1824.
(4) Vie de Chaucer, 1804.
(5) Essai sur i Architecture gothique , 1815
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
que dans un grand nombre de monuments du xi* siècle, et surtout aux supports des corniches, des arcs circulaires,
qui, en se croisant, produisent naturellement des ogives. N’est-il point bien présumable que nos ancêtres, frappés de la beauté de cette nouvelle forme, l’aient employée d’abord comme ornement, et qu’ensuite, considérant qu’elle réunissait la solidité à la grâce, ils l’aient introduite comme l’élément générateur de leur architecture? Avec ce système, on s’explique facilement la présence simultanée du cintre et de l’ogive pendant une longue période , et le triomphe définitif de cette dernière forme dans presque toute l’Europe, mais à des époques différentes.
M. Boisserée de Stuttgard croit que l’élévation que prirent les édifices, vers le xie siècle, produisit un resserrement dans les arcades qui fit jaillir l’ogive du plein cintre.
MM. Young et P. Mérimée voient la principale cause de l’emploi de l’ogive dans ses propriétés de résistance et dans la solidité qu’elle donne aux monuments à toit élevé.
M. 1 abbé Bourassé, tout au contraire, rejette ces causes matérielles pour attribuer la forme élancée de l’ogive à la noble exaltation de la foi catholique.
M. A. de Caumont, après avoir admis que l’inclinaison ogivale a pu avoir été adoptée pour faciliter l’écoulement des eaux pluviales, et donner par là plus de solidité aux édifices, termine le remarquable chapitre qu’il a écrit sur ce sujet en disant que l’architecture ogivale s’est développée sous la triple influence des conceptions de nos arfistes indigènes, des souvenirs romains et du goût oriental. Par là même, il concilie ensemble les opinions diverses de Se-
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
roux d’Agincourt, de Benlham et de M. Ch. Lenormand.
M. le docteur Woillez établit que l’apparition de l’ogive résulte en général de l’adoption des voûtes à nervures croisées, et que c’est d’abord en Picardie que ce germe de l’arc ogival fut fécondé par l’expérience.
M. le docteur Batissier fait remarquer que le système ogival n’est point sorti d’un seul jet du cerveau de quelque artiste ; que l’ogive fut admise d’abord comme élément nouveau et exceptionnel dans l’architecture ; que son emploi n’a été cause d’aucune révolution, et que son avènement n’a fait que coïncider avec d’autres innovations importantes, dont le concours simultané était nécessaire pour développer un nouveau système d’architecture .
D’après M. L. Vitet, l’architecture ogivale est née des mêmes circonstances, et s’est développée d’après les mêmes lois que les langues et les institutions, à cette même époque. Son principe est dans l’émancipation, dans la liberté, dans l’esprit d’association et de commune, enfin dans des sentiments tout indigènes et tout nationaux.
Ce n’est point un motif de goût, selon M. D. Ramée, qui a fait triompher l’ogive. Ce résultat serait dû à la puissance de l’art séculier, qui, au xme siècle, détrôna l’art sacerdotal. Ce serait donc l’influence des artistes laïques, et surtout des francs-maçons, qui aurait fait fleurir le nom veau style dans la chrétienté.
S’il nous était permis, après ces graves autorités, d’exprimer à notre tour notre opinion personnelle, nous la résumerions ainsi : 1° l’architecture gothique ne nous est point venue de l’Orient. Les plus anciens monuments ogivals qu’on y rencontre ont été bâtis par les croisés. Les exemples de date antérieure qu’on a cités sont dénués d’authenticité. 2° Le système ogival est uu produit autochthone de l’Occident. Il a eu tout à la fois des causes morales dans le besoin d’innovations et dans les ardentes inspirations de la foi, et des causes purement matérielles , dans l’utilité de
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
l’arc brisé, pour la solidité des édifices, dans l’intersection des cintres, dans l’élévation des voûtes à nervures croisées, etc. 3° L’art ogival, se produisant chez nous plus tôt qu’en Angleterre, en Allemagne, en Italie, etc., doit être considéré comme une innovation française. 4° Les premières manifestations de l’ogive apparaissent en Picardie et dans les provinces avoisinantes. Nous serions donc en droit de réclamer pour la Picardie l’invention du système ogival ; mais nous n’insisterons pas sur ce sujet, dans la crainte de nous faire accuser d’un patriotisme trop exclusif en plaçant dans notre province natale le berceau de l’architecture gothique, comme nous y avons déjà placé, dans un autre ouvrage, le berceau de la langue française (1).
Article 5.
Style romano-ogival .
(Xllc SIÈCLE.)
Dates historiques de l’art. — C’est au xnc siècle qu’eut lieu le véritable début de la sculpture , de la peinture, de la littérature, de la langue et de la civilisation française. Quelques architectes laïques commencèrent alors à diriger les constructions, en même temps que les religieux, chez qui se perpétuait la tradition de l’art. — 1107. Reconstruction d’une partie de l’abbaye de Fécamps. — 1108. Louis le Gros, par sa protection, encourage les progrès de l’architecture. — 1112. Premiers actes de l’affranchissement des communes. — 1113. Fondation
{[) Glossaire étymologique et comparatif du patois picard , précédé de Recherches historiques et littéraires sur le dialecte romano-picard. Ouvrage couronné en 1849 par la Société des Antiquaires de Picardie. 1 gros volume in-8, chez Dumoulin, quai des Auguslins, 15.
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
de l’abbaye Saint-Victor, à Paris. — 1125. Foulques, cinquième comte d’Anjou , fait commencer l’église de Fontevrault, près de Chinon. — 1131. Consécration de l’église de Cluny ; cette colossale église, détruite en 1789, avait cinq nefs et deux transsepts; elle avait plus de 133 mètres de longueur (1). — 1136. Erection de l’abbaye de Chalis, près de Senlis. — 1147. Seconde croisade prêchée par saint Bernard. — 1180. L’avénement Me Philippe- Auguste coïncide avec le développement progressif d’un nouveau système d’architecture.
Caractères généraux. — Les églises du xue siècle sont moins lourdes et moins sévères qu’au siècle précédent. Les lignes perpendiculaires commencent à dominer; les façades offrent moins de massifs de maçonnerie. L’ornementation architecturale devient de plus en plus riche. Mais le caractère le plus distinctif de cette époque est le travail d’élaboration qui devait amener le triomphe du style ogival. C’est avec raison qu’on a désigné ce style sous le nom de transition • car on y trouve réunis les éléments de la période précédente, et ceux qui doivent inspirer l’art ogival du xme siècle. On peut citer quelques monuments qui sont tout en pleins cintres, d’autres dont les ouvertures sont tout en ogives ; mais la plupart offrent le mélange des deux systèmes d’arcades. Il y a des églises qui sont cintrées à l’extérieur et ogivales à l’intérieur, et dont les clochers romans sont supportés par des arcades en tiers-point : mais le plus souvent les ogives et les cintres s’alternent dans les mêmes parties de l’édifice.
On qualifie de romane l’ogive de cette époque, parce qu’elle n’a point encore le caractère élancé qu’elle doit prendre au xme siècle, et que ses moulures appartiennent à l’école romane. La présence de l’ogive romane dans un
(1) Essai historique sur V Abbaye de Cluny, par P. Lorain. Dijon, 1839, in-S.
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
monument ne suffirait point pour constater qu’il appartient au xiie siècle. Nous avons déjà fait remarquer que ce
caractère se produit, en Picardie, dès le xie siècle, et nous verrons plus tard que cette phase transitionnelle a eu lieu beaucoup plus tard dans le Midi, et que, même au xme siècle, les églises de la province ecclésiastique de Lyon n’ont été ogivales qu’accidentellement.
Plan. — Les petites églises rurales conservent la forme des anciennes basiliques. Dans les édifices plus importants, les bas côtés ne s’arrêtent plus à la courbure de l’abside ; ils se prolongent ordinairement autour du chœur qui s’entoure de chapelles. En général , le chœur est plus bas que la nef, tandis qu’au xme siècle il est plus élevé. Quelques transsepts se terminent en demi-cercle. Les grands murs des façades sont étagés par des retraits çt des corniches; leur couronnement se termine par un fronton triangulaire.
Quelques églises de cette époque sont circulaires. Telles sont celles de Charroux (Vienne) et de Rieux-Mérinville (Aude) : elles oni probablement été érigées en souvenir de l’église du Saint-Sépulcre , à Jérusalem. C’est également à l’influence des modèles orientaux qu’il faut attribuer les coupoles de Saint-Front de Périgueux, de Saint-Etienne deCahors, de Notre-Dame du-Puy (Haute-Loire), etc. Une autre forme exceptionnelle est celle qu’on remarque à l’église d’Aigueperse, en Auvergne, où le chœur droit, dans
ARCHITECTURE RELIGIEUSE. 187
la première partie, se termine par la moitié d’un décagone. On commence à voir, dans quelques églises, une dispo- > silion de plan qui a été reproduite dans les âges suivants, et que l’on attribue à une idée symbolique. Nous voulons parler de la déviation de l'axe principal par laquelle on voulait figurer la position du Christ sur la croix. Le chœur s’incline à gauche pour traduire iconographiquement Yinclinato * capite de l’Evangile (1).
Cryptes. — Les cryptes disparaissent avec l’époque
romane. On ne peut en citer que de rares exemples sous le règne du système ogival.
Appareil. — Le grand appareil est beaucoup plus usité que le moyen. Les appareils réticulés, en arêtes de poisson, etc., que nous avons signalés dans les siècles précédents, continuent à être en usage; mais les décorations en briques deviennent de plus en plus rares.
Contre-forts. — Ils deviennent plus saillants : mais leurs assises, disposées en retraits, en dissimulent la lourdeur. Souvent ils sont surmontés de clochetons quadrangulaires, et l’amortissement de la face principale se couvre d’imbrications. Les arcs-boutants sont moins rares et moins
( I ) Voyez, à ce sujet, un article de M. Du Chergé, dans les Séance s de la Société française, à Poitiers.
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
massifs qu’à la fin de la précédente période. Ils n’ont encore d’autre but que de soutenir les murs et de neutraliser la poussée des voûtes. Ce n’est qu’au xme siècle qu’on en tira un admirable parti, pour donner à l’édifice une physionomie plus légère et plus hardie.
Corniches. — Elles offrent des dispositions si variées, qu’elles échappent à l’énumération. Les corniches inférieures, destinées à séparer les étages, se composent uniquement, en Normandie, de tores et de cavets. Les figures grimaçantes, les têtes en consoles surmontées d’arcades trilobées ou circulaires sont parfois remplacées par de simples dents de scie.
Chapelle Saint-Michel, au Puy.
Portes. — Les portes, ogivales ou cintrées, sont pourvues | de colonnes à chapiteaux variés et d’archivoltes chargées j de feuillages, d’enroulements, de coquilles, de zigzags, etc. Les pieds droits ornés de figures en demi-relief forment quelquefois un tout continu avec les arcs qui les surmontent. On voit, pour la première fois, apparaître des statues aux voussures et aux parois latérales des portes. Nous en apprécierons le caractère au chapitre sculpture.
Le linteau et le tympan se parent de trèfles, de diverses
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
moulures et de bas-reliefs. Des portes bâties aux xe et xie siècles, et qui étaient restées lisses, furent sculptées à celte époque, qui déploya dans les portails une grande richesse de décorations. La baie du portail principal est quelquefois divisée en deux parties par un trumeau vertical qui supporte une grande statue ; mais cette interposition d’un pilier central ne fut généralement admise qu’au xme et surtout au xive siècle. Les portes latérales s’ouvrent sur la nef et le chœur, tandis qu’au xme siècle elles donnent presque toujours entrée par les transsepts.
L’une des plus belles façades romano-ogivales , celle de Notre-Dame de Poitiers, a subi plusieurs métamorphoses, que M. Thiollet a expliquées d’une manière très-ingénieuse.
j «Cette façade, dit-il, a du être formée par un porche de
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
trois arcades plein cintre, avec une galerie au-dessus, com- U posée de treize arcades. Pendant son exécution, l’artiste, homme de goût et de sentiment religieux, a formé un | grand bas-relief dans l’intervalle des murs latéraux jus- | qu’aux deux tourelles au niveau de la terrasse. Une cause que nous ne connaissons pas a fait couvrir- la terrasse qui | communiquait avec les deux tourelles; à cet effet, on a I ramené le pignon sur le mur de face.
L’artiste l’a terminé avec un caractère analogue, mais qui s’accorde mal avec les clochetons de 1 architecture primitive. En rapprochant le mur du pignon, il eût été tout naturel de refaire Yoculus, comme on le voit, figure B; les
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
lignes se trouvaient conservées ; mais il paraît que l’auteur a préféré une fenêtre romane, comme on le voit figure D (sauf les parties gothiques qui s’y trouvent).
Les apôtres qui s’y trouvaient an milieu dans la première )artie sont montés à la seconde, et on y a ajouté deux saints m vénération dans le pays. Les figures ont été faites de- )out, et les colonnes accouplées, à l’effet de donner de la îauteur et de garnir l’espace. La figure du Christ a été renontée dans le médaillon du fronton, et on y a ajouté les ttributs des quatre évangélistes. Au xve siècle, on ajouta u milieu de la façade l’annexe gothique , qu’on voit g. C. La niche du milieu a été enlevée en 1806, de sorte
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
que la façade est actuellement dans l’état de la fig. D (1).»
Porches. — Parmi les porches qui sont annexés aux monuments romano-ogivals, il en est qui sont postérieurs à l’érection des églises. On ne les élevait point seulement dans un but de décoration, mais aussi dans un but d’utilité, pour défendre l’entrée de l’église contre les injures de l’air. Quelques-uns, couronnés de mâchicoulis et de créneaux, offraient une véritable défense militaire.
(1) Leçons d’ Architecture théorique et pratique , 1847, in-4- Nous devons ces quaire dessins à l’obligeance de M. Thiollet. Sa restitution de la façade de Poitiers (fig. B) a été reproduite dans plusieurs ouvrages, où l’on a négligé de faire remarquer que c’était ! unereslitulionarchéologique,et non pasledessindelafaçadeactuelle. !
Fenêtres. — Les fenêtres, isolées, géminées ou ternées, sont tantôt rectangulaires, à arcade pointue (mitrées), et tantôt en plein cintre. Dans leNord de la France, les fenêtres cintrées disparaissent presque entièrement dès la seconde moitié du xue siècle. Elles sont plus grandes, plus allorr-
Areade mitrée. Fenêtre romano-ogivale.
gées et plus ornées que dans la période précédente. La fenêtre centrale de la façade prend de plus grandes proportions, et, vers l’approche de l’ère ogivale, elle offre un luxe remarquable de moulures à cubes pyramidaux et même de figures en relief.
Roses. — L’œil de-bœuf agrandi se divise en rayons qui partent du centre de la baie circulaire pour aboutir au grand cercle de circonférence, orné parfois de moulures et de figures en relief (Saint-Etienne de Beauvais); ces rayons
ou colonnes sont rarement réunis par des trilobés. Cette disposition des roses romanes leur a fait donner le nom de roues ou roues de sainte Catherine. Elles sont situées aux extrémités des transsepts ou au-dessus du grand
194 MOYEN ÂGE ET RENAISSANCE
portail ; on en voit quelquefois au centre de l’abside.
Tours. — Au commencement du xue siècle, les tours
étaient quadrangulaires, surmontées de pyramides à quatre pans, flanquées aux angles de contre-forts à nombreux larmiers, et étagées par des corniches qui figuraient des losanges, des feuilles entablées , etc. Plus tard elles se couronnent de flèches octogones , revêtues d’imbrications, et dont les angles sont garnis de clochetons en encorbellement.
On voit se multiplier les clochers jumeaux, ordinairement d’inégale hauteur, pour symboliser, dit on, dans la tour moins élevée le pouvoir temporel, et dans la tour plus élevée, le pouvoir spirituel.
On trouve des tours romano- ogivales annexées à des églises des styles postérieurs: cela tient à ce que, lorsqu’on reconstruisait une église, on laissait souvent subsister l’ancien clocher, par motif d’économie.
Colonnes. — Les piliers ne sont plus quadrangulaires, comme au xie siècle. Ils sont cantonnés d’un grand nombre de fûts qui se détachent presque entièrement du massif, où ils sont plutôt appuyés qu’engagés. Comme à l’époque précédente, ils sont quelquefois chargés de divers ornements. Quelques-uns sont entourés, de distance en distance, de moulures rondes qui leur font donner le nom de colonnes annelées. Dans quelques provinces, la réunion des colonnettes en faisceau ne se produisit que vers le milieu du
Cathédrale de Noyon.
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
xue siècle, et les angles saillants qui séparent les fûts accolés furent gracieusement ornementés. Les angles de la plinthe offrent aussi une petite décoration qu’on nomme patte ou griffe (de H 50 à 1250).
Base. Chapiteau.
Chapiteaux. — On trouve encore, à cette époque, surtout dans les contrées méridionales, des chapiteaux historiés, mais d’une composition un peu moins raide qu’au xie siècle. Dans le Nord, les figures des chapiteaux n'ont plus d’autre but que de remplacer les volutes aux angles des tailloirs. Dans la plupart des monuments de transition, la corbeille, qui rappelle le galbe corinthien, se tapisse de feuillages profondément fouillés, qui n’ont pas toujours leur type dans la Flore indigène : les uns sont imités de l’antique, les autres de l’art byzantin. On en voit qui sont bordés de perles : c’est le commencement de l imitation de la nature végétale, qui doit grandement influer sur l’art du xuie siècle.
Arcades. — Elles acquièrent un surhaussement considérable. L’ogive, employée souvent à cette époque dans les arcades, ne constitue pas, à proprement parler, un nouveau système architectonique ; elle reste décorée de moulures romanes, et se combine avec des pleins cintres. La plus ancienne forme de l’ogive n’est même qu’un plein cintre brisé, c’est-à-dire qui présente à son sommet un angle à peine sensible, tandis que l’ogive à lancettes, qui régna au xnie siècle, et qui apparut même dès le milieu du xue en certaines contrées (Picardie), est formée par deux arcs qui ont leur centre chacun en dehors du contour de l’arc qui lui est opposé.
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
Des arcades cintrées, surhaussées ou ogivales, sont simulées sur le nu du mur, à l’intérieur des églises. Dans le Midi, où le cintre domine presque exclusivement, on voit des arcades semi-circulaires, reposant sur des consoles qui rappellent tout h fait l’ornementation romaine. Celte reproduction des formes antiques n’est qu’exceptionnelle dans le Nord de la France (les Minimes, cà Compïègne).
Voûtes. — Les voûtes ogivales en arête sont employées presque partout. Elles sont renforcées d’arcs diagonaux juxtaposés à la voûte, et prenant leur point d’appui, comme les arcs doubleaux, sur le tailloir des chapiteaux et parfois sur des culs-de-lampe en saillie sur le nu du mur. Les arcs doubleaux, au lieu d’être rectangulaires, se profilent souvent sous la forme d’un gros boudin. Les clefs de voûte commencent à être ciselées avec soin ; elles figurent des rosaces, des animaux, des personnages, des feuillages, etc. Nous devons faire remarquer que, à cette époque, on voûta beaucoup d’églises des siècles précédents.
Ornements. — Les principaux ornements de l’architec-
Bandelettes.
Perles.
Violettes. Pointes de diamant.
ture romano-ogivale sont les zigzags , les frettes , les dents de scie , les bandelettes , les étoiles , les violettes , les pointes de diamant , les moulures nattées , les rinceaux , \es arabes-
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
ques , les enroulements , les perles, les festons, les dentelles , les trèfles , les quatre feuilles, les plantes exotiques, les ar-
cades simulées, les clochetons , les les consoles , etc. Nous parlerons, au chapitre sculpture, des slalues et des bas-reliefs de celte époque.
Notre-Dame-de-Noyon. — « Le plus beau monument d’architecture de l’époque de transition, dit avec raison M. D, Ramée, le plus grand et le plus complet, c’est l’ancienne cathédrale de Noyon (Oise). Elle se compose de trois nefs, de deux transsepts, dont les faces septentrionale et méridionale sont circulaires, d’un chœur circulaire autour duquel rayonnent cinq chapelles également circulaires. Sur chacune des faces orientales des transsepts, il existe un porche. A l’ouest, on entre dans l’église de Notre-Dame par trois portes, précédées d’un porche qui a été ajouté au xive siècle. Le portail est flanqué de deux tours énormes, d’apparence imposante et massive. Quatre escaliers commodes, clairs et spacieux, conduisent au magnifique triforium ou tribunes du premier étage, dont les ouvertures sur la nef se composent d’une grande arcade à ogive, divisée par une colonne, qui supporte un 'côté des deux autres ogi-
Console (Cath. de Bourges)., Dais Cath. de Bourges).
Nattes.
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
ves. La nef est formée de piliers carrés, flanqués de fines colonnetles, et de colonnes isolées supportant des arcs à ogive. Les colonneltes du chœur, qui s’élèvent au nombre de trois au-dessus des chapiteaux de chaque colonne du rezde-chaussée, et qui s’élancent jusqu’à la naissance de la voûte, ont sept annelures... Le chevet penche à droite... L’ornementation est rare dans celte église : elle ne se montre qu’aux chapiteaux et à quelques consoles du chœur. Tous les chapiteaux de la partie qui date du xue siècle sont composés de feuillages* formés de plantes grasses, de feuil- 1 les exotiques. Notre-Dame de Noyon est peut-être le mo- ' nu ment religieux où l’ogive se trouve mêlée au plein cintre de la manière la plus prononcée, la plus extraordinaire, la plus énigmatique (f). »
Autres exemples. — Cathédrales de Laon, Tulle, Châlons-sur-Marne, Soissons,Langres,Autun, Angers, Vienne, Vaison; Saint-Germain-des-Prés, à Paris; Notre-Dame de Poitiers; SaintE-loi, àTracy-le-Val (Oise) ; Notre-Dama d’Étampes; Saint-Nazaire de Carcassonne; Saint-Sauveur, à Nevers; Saint-Martin d’A vallon; Saint-Ours, à Loches;
Royat.
Sainte-Trinité, à Laval; Sainte-Croix, à la Gha‘rité-sur-
(.1) Histoire générale de V Architecture, I. Il, p. 178. — Cf. sur la cathédrale de Noyon la Monographie de JVI. Danlier , celle de M. h. Vilet, et l’ouvrage déjà cité de M E. Woillez.
architecture religieuse.
Loire; églises de Saint-Loup et de Champeaux (Seine-et- Marne), de Sainte-Croix près d’Arles, de Civray (Vienne), de Nantua (Ain), de Fécamp (Seine-Intérieure), etc. Quelques églises romanes .étaient fortifiées pour resler à l’abri d’un coup de main : nous citerons, entre autres, celles de Maguelonne (Hérault) et de Royat (Puy-de-Dôme).
Article (5.
Style ogival à lancettes.
(XIIIe SIÈCLE.)
Dates historiques de l’art. — Au xiue siècle, les architectes laïques prirent une grande part à l’érection des monuments. — En 1277, l’évêque Conrad de Lichtenberg faisait appel à tons les fidèles pour travailler à la grande tour de la cathédrale de Strasbourg; c’est dans cette ville que fut fondée la grande loge maçonnique, d’où dépendaient vingtdeux autres loges de France et d’Allemagne. En 1278, le pape Nicolas III accorda une bulle d’absolution à cette loge célèbre, où se perpétuaient les grandes traditions de l’art. — Les architectes les plus renommés de cette époque furent Pierre de Montereau, Eudes de Montreuil, Erwin de Steinbach, Robert de Coucy, Robert de Luzarches, Jean de Chelles, etc.
Caractères généraux. — Les fenêtres de cette époque rappellent, par leur forme, un fer de lance : c’est ce qui leur a fait donner le nom de lancettes par les Anglais. A l’exemple de plusieurs antiquaires, nous avons adopté cette dénomination pour caractériser le style architectonique du xuie siècle. Nous arrivons à l’apogée de l’art chrétien : le goût s’unit à la hardiesse ; les souvenirs païens disparaissent ; l’ornementation s’inspire de la Flore indigène ou de la géométrie ; les effets d’ombre et de lumière sont harmo-
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
nieusement combinés. La sculpture prête à l’architecture un concours sage et modéré. Le plein cintre n’apparaît plus : c’est le règne absolu de l’ogive.
Plan. — L’introductiondeslaïquesetdes ordres religieux dans le chœur (1) en nécessita l’agrandissement. Les petites églises rurales restent sans abside et sans collatéraux : mais les monuments de quelque importance ont constam-
ment des bas-côtés tournants, et des chapelles qui ravon-
(1) Les terminaisons du chœur offrent la moitié du pentagone, de l'hexagone, de l'heptagone ou de l’octogone. Le nombre de côtés indique l’unité fondamentale du monument. Dans le premier cas, le nombre cinq domine dans les chapelles, les piliers, les meneaux, etc. ; dans le second cas, le nombre six domine dans les mômes parties de l’édifice. Le chœur d’Amiens est à sept pans : aussi sept chapelles rayonnent autour du chœur, et il y a sept travées dans la nef. (1). Ramée, Histoire de ï Architecture.)
nent en nombre impair autour du sanctuaire. La chapelle du rond-point, ordinairement consacrée à la Vierge, commence à prendre un plus grand accroissement. Les bascôtés de la nef ne sont pas encore pourvus de chapelles ; celles qu’on rencontre dans les monuments du style ogival à lancettes sont des adjonctions postérieures. Le portail se termine par une galerie à jour et un fronton triangulaire. On remarque, à cette époque, quelques transsepts accompagnés de bas-côtés (Notre-Dame, à Saint-Omer), et quelques absides à pans coupés, carrés, ou triangulaires.
Appareil. —Les grands édifices sont en grand appareil peu régulier. Les églises secondaires sont construites en moellons bruts, recouverts d’un enduit de mortier. La maçonnerie en feuilles de fougère, en échiquier, etc. , fut abandonnée. On voit aux porches et aux portes de certaines cathédrales une espèce d’appareil, sculpté et en bossage, qui présente des compartiments réticulés.
Contre-forts. — On voit encore, surtout aux églises secondaires, des contre-forts carrés divisés en plusieurs retraits ornés de corniches, et restant accolés aux murs. En général, ils diminuent de grosseur en s’élevant et se terminent soit par un clocheton carré ou octogone, soit par
Gargouille.
un édicule destiné à abriter une statue. Ces pyramides sont quelquefois garnies de pinacles hérissés de crochets et af-
Contre-fort.
MOYEN AGE ET KENA1SSANCE
fectant la même forme. La multiplication des arcs -boutants autour des nefs et des absides fut nécessitée par le développement que prirent les édifices dans le sens vertical. Trois arcs aériens se projettent quelquefois l’un au-dessus de l’autre. Ils servent en même temps de conduits pour l’écoulement des eaux pluviales, qui sont vomies par des gargouilles. On appelle ainsi une gouttière de pierre ou de métal qui se projette, en saillie perpendiculaire à la face d’un édifice, sous la figure d’un animal fantastique ou symbolique, d’un démon, d’un homme, et même d’un ange, pour rejeter les eaux loin du pied des murailles.
Corniche. — Les corniches figurent le plus ordinairement des feuilles entablées, et sont surmontées de rampes en pierre, supportées par desarcades en ogives simples ou trilobées, ou bien par des trèfles, des quatre-feuilles, etc. Ces balustrades se prolongent autour du grand comble,
des chapelles, et même des collatéraux, en sorte qu’elles permettent quelquefois de faire le tour de l’édifice. A l’intérieur, des balustrades du même genre couronnent l’amortissement des murs de la nef. DansleNord de laFrance, on peut signaler leur apparition dès lexne siècle.
Portail. — Dans les grands édifices, le portail occidental offre trois entrées, surmontées de frontons et séparées par des contre-fort? en pyramide. Des Anges, des Patriarches, des Prophètes, des Saints s’abritent sous les voussures des portes, dont les parois latérales sont garnies de plus grandes statues qui figurent parfois les évêques, les abbés, les princes, qui ont contribué à la fondation de l’église. Des bas-reliefs d’une composition saisissante représentent, dans le tympan, le jugement dernier, le triomphe des justes, ou
ARCHITECTURE RELIGIEUSE. 205
quelque autre grande scène du dogme catholique. Les niches, les dais, les statues, les pinacles, les guirlandes, les
bas-reliefs, les ornements si variés et si nombreux qui décorent les portails de nos cathédrales du xme siècle sont un inépuisable sujet d’étude pour l’artiste et l’antiquaire. Les portails des transsepts furent également richement ornementés : mais ils n’ont qu’une seule entrée, qui, ordinairement, n’est point partagée en deux baies par un trumeau, comme la porte centrale de la grande façade. Dans les églises secondaires, les statues sont remplacées par diverses moulures géométriques, et les bas-reliefs par des rosaces, des trèfles, et d’autres décorations végétales.
Porches. — On peut distinguer quatre espèces de porches : 1° le porche péristyle, imitation des péristyles antiques; 2° le porche auvent, destiné à abriter contre lèvent, et qu’on voit fréquemment dans les églises rurales; 3° le porche accidentel, formé par l’espace que laissent entre elles les tours latérales d’un même portail ; 4° le porche de décoration, qui est simulé par les voussures en retraite plus ou moins profonde, et qu’on voit dans presque toutes les cathédrales. C’est sous les porches construits en charpente que jadis on inhumait les grands personnages, que les pau-
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
vres demandaient l’aumône, que les marchands d’objets de dévotion tenaient boutique, et que parfois même on rendait la justice. C’est là que les fidèles se lavaient les mains dans une fontaine avant d’entrer dans le temple, et que les enfants présentés au baptême attendaient que la prière de l’exorcisme leur ouvrît l’entrée de l’église. Le droit d’asile était attaché aux porches comme aux églises (1).
Fenêtres. — Dès la première moitié du xme siècle, les fenêtres présentent deux ogives accouplées, au-dessus desquelles s’épanouit une rose simple ou découpée intérieurement de trois, quatre, ou six pétales; l’intrados delà grande ogive se décore d’une petite arcature tréflée qui simule une dentelle pendante. Pendant la deuxième moitié de la même période, les fenêtres offrent une combinaison plus compliquée de courbes ogivales ou de cercles plus ou moins ramifiés. Les divisions verticales de la baie se multiplient par des meneaux munis d’un chapiteau et d’unso-
Lancette.
cle prismatique. Deux grandes ogives accouplées, surmontées d’une rose à six contrelobes, renferment chacune deux autres ogives géminées, au-dessus desquelles s’ouvre également une rose à quatre ou six lobes; chaque tore de Par-
ti) V. J. -B. Thiers, Dissertation sur les porches des églises.
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
chivolte s’appuie sur une colonne particulière. Le bandeau qui enveloppe l’archivolte est fréquemment décoré de feuillages.Les fenêtres sont généralementcouronnéesd’un galbe hérissé de crochets, percé au centre d’un trèfle ou d’un quatre-feuilles, et terminé, à son sommet, par un acrotère à fleuron. Dans les petites églises rurales, de simples baies ogivales remplacent les lancettes géminées, bigéminées, et trigéminées de grands édifices.
Roses. — Le champ de la rose s’est tellement agrandi que les meneaux ont besoin d’être soutenus, à leur milieu, par une seconde arcature. Les rayons se terminent souvent par des trèfles, et quelquefois par des cintres intersectés. Vers le milieu du xme siècle, les divisions se multiplient de plus en plus; les meneaux et lestores s’amincissent, et les compartiments de la rose figurent des ogives, des trèfles, des quatre-feuilles, et d’autres ornements géométriques.
Tours. — Les tours, plus hautes et plus hardies que dans le siècle précédent, s’élèvent à droite et à gauche du portail occidental et au centre des transsepts; on en voit quelquefois aussi à l’extrémité destranssepts, et même sur le chœur, comme à Chartres. Elles sont percées de fenêtres à lancettes, surmontées de flèches à huit pans, et flanquées de clochetons aux quatre angles. Les flèches sont découpées à jour ou couvertes d’imbrications. Quand les tours n’ont point été terminées, la flèche est remplacée par une plateforme ou par un toit en charpente. Quelquefois une simple aiguille de bois, couverte de plomb, s’élève au point central de la croix latine. Dans certaines églises de second ordre, on ne voit que des clochetons qui sont de véritables miniatures de tours, et, comme elles, sont percées de lancettes géminées et se terminent par une flèche octogone. La hauteur des tours de Notre-Dame de Paris est de soixantehuit mètres : celle du sud, dont nous donnons le dessein, renferme la cloche connue sous le nom de bourdon de Notre- Dame. Cette cloche, du poids de trente-deux milliers, fondue
20 ti
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
pour la seconde fois en 1685, liit solennellement baptisée
Tour de Notre-Dame de Paris. Flèche de Saint-Denis
la même année, et eut pour parrain et marraine Louis XIV et la reine Marie-Thérèse.
Colonnes. — Les colonnes soit isolées, soit cantonnées autour des piliers, ont un caractère de légèreté qu’on ne trouve point dans le siècle précédent. Elles varient de hauteur et de diamètre en raison de l’élévation des édifices. Tantôt elles s’élancent d’un seul jet jusqu’à la voûte, tantôt elles sont divisées en plusieurs ordres. Le premier se compose de grosses colonnes cylindriques dont les chapiteaux supportent des colonnettes groupées. Ces colonnettes supportent à leur tour des colonnettes supérieures sur lesquelles viennent se reposer les arceaux des voûtes. En Picardie, les fûts sont toujours lisses. Dans le Midi et l’Est, on en voit qui sont annelées, d’autres qui sont octo-
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
gones (église d’Anse, dans le Rhône). Les entre-colonnements sont toujours plus étroits autour de l’abside du sanctuaire : cette disposition est inspirée tout à la fois par un motif de solidité et par les lois de la perspective.
Bases. — Les bases pentagones ou octogones sont formées d’une plinthe fort élevée, surmontée de deux tores .séparés par une profonde scotie, par une gorge étroite, ou par un listel. Le tore inférieur est ordinairement plus développé et, aminci en dessous par une scotie. On voit rarement des plinthes renflées par le bas : ce caractère ne devint général qu’à la fin du xive siècle Le piédestal octogone reste massif : ce n’est que par exception qu’il est décoré de moulures, comme à la cathédrale de Chartres.
Chapiteaux. — Le chapiteau du xme siècle affecte la
Base.
forme d’une corbeille évasée ; on abandonne presque entièrement les formes cubique, conique et cylindrique. Le tailloir, d’abord carré, devient octogone à la fin du xiue siècle; le chapiteau typique de ce style se tapisse d’une espèce de feuille d’eau qui se termine par des volutes qu’on a nommées crosses ou crochets ; il a quelque ressemblance avec le chapiteau corinthien. Sa décoration toute végétale est toujours empruntée à la botanique indigène : ce sont des feuilles de trèfle, de pavots, de bouton d’or, de vigne vierge, de rose, d’iris, de roseau, dechêne, de nénuphar, de renoncule, de fraisier; des raisins, des pommes de pin , des glands. Quelquefois ces feuilles figurent
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
des couronnes superposées, séparées ou non par un lore, et se combinent avec des têtes d’animaux. On peignait ordinairement en vert les feuilles des chapiteaux.
Arcades. — La courbure des arcades a une forme élancée et resserrée. Elles forment parfois un triangle parfait ; de leur sommet à leur imposte, elles n’ont pour tout ornement que des tores, des scoties et des filets. Les arcatures simulées continuent à être en usage dans l’intérieur des églises. Elles sont en ogive et souvent surmontées d’un cordon de trèfles, de rosaces ou de fleurons- Galeries. — Des galeries, ordinairement obscures, s’ouvrent à l’intérieur des édifices, entre les arcades des nefs et l’étage supérieur que les Anglais appellent clerestory. Ces galeries, qui offrent un passage étroit, pour circuler dans le pourtour de l’édifice, ne diffèrent des tribunes des col-
latéraux que par leur peu de profondeur. Elles offrent également une suite d’arcades en lancettes simples, géminées, ternées, bigéminées ou trigéminées. On voit, a l’extérieur, et surtout aux grandes façades, des galeries du même genre. Elles sont quelquefois à plein cintre dans l’Est et le Midi de la France.
Voûtes. — Les voûtes de cette époque sont le triomphe de l’architecture; elles sont laites de petites pierres noyées dans un^épais mortier, et n’ont souvent que quinze à dixhuit centimètres d’épaisseur. Elles sont soutenues par des arcs doubleaux et par des arceaux croisés qui viennent
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s’appuyer sur les massifs qui séparent les fenêtres. Dans le Poitou et l’Anjou, la retombée des voûtes descend jusqu’à l’archivolte des grandes arcades. Les arceaux, tantôt plats , tantôt semi-anguleux, tantôt formés de deux tores parallèles, étaient quelquefois coloriés, ainsi que les voûtes. Gomme au siècle précédent, on en voit qui n’ont que des consoles pour soutien. Les clefs de voûte formées par l’intersection des arceaux offrent une grande variété de dessins. Les voûtes des chapelles sont paraboliques ; au rondpoint elles sont en calotte, et leur décoration est disposée en éventail.
Les charpentes de cette époque, d’une très-belle exécution, sont construites en bois de chêne blanc, et non pas en châtaignier, comme on l’a cru longtemps (1). Les plombs qui recouvraient ces charpentes étaient quelquefois décorés de figures en relief et le tout était pourvu d’une crête de métal découpé en fleurons, en trèfles, etc. Les grands combles déversent leurs eaux pluviales par des chéneaux ou gargouilles.
Ornements. — Ce n’est qu’ exceptionnellement qu’on
Feuilles enlablées.
rencontre encore à cette époque des zigzags, des frettes crénelées, des étoiles, des losanges et antres ornements romans; on ne voit plus, à l’intérieur des églises, de représentations d’animaux Les plantes exotiques font place aux feuilles indigènes.. Les ornements les plus répandus sont les trèfles arrondis ou lancéolés, en creux ou en relief, les quatre-feuilles ronds ou en lancettes, les violettes,
(1) V. le Bulletin du comité des arts et monuments , n° 4.
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
les fleurons, les rosaces, les crochets ou crosses, les feuilles entablées, les arcades simulées, les pinacles, etc. ; les dais,
Trèfle. v Fleurou. Quatre-feuilles. Rosace.
plus fréquents à l’extérieur des églises qu’à l’intérieur, servent de couronnement aux niches qui abritent les statues.
Chapelle de Saint -Germer de Flay (Oise). — Cette église, dont nous avons publié la description en 1842 (1), fut consacrée en 1259, et entièrement achevée en 1272. Elle a tant de ressemblance avec la Sainte-Chapelle de Paris, qu’il est probable que l’un des deux monuments a dû servir de modèle à l’autre. Cette magnifique chapelle communique avec une église romano-ogivale par un élégant atrium de style rayonnant, large de cinq mètres, et percé derrière le rond point de l’église. La chapelle figure un parallélogramme terminé par une abside semi-circulaire. Sa longueur, dans œuvre , est de trente-quatre mètres ; sa largeur, de neuf mètres. Elle est construite en pierres de grand appareil. Les voûtes ont vingt-six centimètres d’épaisseur. Les colonnes de l’atrium s’élancent du sol, sveltes et gracieuses, presque détachées de leurs piliers, et se couronnent la tête d’un double rang de branches de chêne. Ces colonnettes, dont quelques-unes ont à peine six centimètres de diamètre, sont séparées par des filets prismatiques qui, du sol jusqu’aux voûtes, suivent inflexiblement la même ligne. Toutes ont une destination d’utilité : celles-ci soutiennent la retombée des arcs qui servent d’avant-corps aux fenêtres ; celles-là épaulent les arcs transversaux; d’autres, les arceaux parallèles. La tour du nord
(1) Dans le tome V des Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie.
ARCHITECTURE RELIGIEUSE. 211
conduit à une belle galerie par un escalier à vis. Au-dessus d’une corniche saillante, règne une balustrade composée de quatre feuilles, que surmonte une assez large tablette. C’est derrière cette rampe que s’ouvre une des plus belles roses dont puisse s’enorgueillir la France monumentale. D’un meneau circulaire qui sert d’encadrement à quelques vitraux coloriés, s’élancent seize grands rayons de deux mètres vingt-deux centimètres, qui se terminent en chapiteaux à feuilles de chêne, et dont les tailloirs reçoivent la retombée de légères ogives. Chacune des ogives, dont l’extrémité touche à la circonférence de la rose, en comprend deux autres dont le meneau intermédiaire s’arrête à un mètre vingt centimètres du cercle central et se partage en deux arceaux qui vont rejoindre les grands rayons. Un grand fleuron surmonte les petites ogives; l’espace que laissent entre elles les grandes est rempli par un trèfle encadré. Tous les ornements de ce vaste réseau présentent des moulures anguleuses. Le diamètre de cette rose est de sept mètres vingt deux centimètres. — Un stylobate relie entre eux les entre-colonnements des parois latérales de la chapelle. Quatre arcades simulées se dessinent sur chaque paroi. L’intervalle qui sépare les ogives de ces panneaux est tapissé de trèfles et de demi-trèfles. Audessus règne un large bandeau semé de feuilles élégamment découpées. Les fenêtres sont bigéminées; leur tympan reproduit le même tracery que ceux de l’atrium. Les arcades simulées de l’abside, sous lesquelles on a ménagé une crédence, sont surmontées de frontons aigus géminés, garnis de feuilles ou de bourgeons. La plume s’arrête impuissante quand elle veut exprimer la vie qui circule à larges flots dans ces pierres. Un savant et poétique crayon pourrait seul traduire ce lyrisme monumental. . . . et encore, comment pourrait-il rendre cette harmonie d’ensemble, le luxe et la variété de cette efflorescente végétation, qui pourtant n’enfreint point les règles d’une sage unité, et qui
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
fait qu’on ne sait quoi le plus admirer ou de la poésie, de celte géométrie ou de la géométrie de cette poésie?
Autres exemples. — Cathédrales de Beauvais, Amiens, Reims, Chartres, Rouen, Meaux, Coulances, Paris, Si rasbourg, Seez, Nevers, Dijon, Sens, Albi ; Notre-Dame de Mantes, Saint-Julien de Tours, la Sainte-Chapelle de Paris, l'église abbatiale de Saint-Denis, etc. Il est superflu de faire remarquer que diverses parties de la plupart de ces monuments sont d’un style ou plus ancien ou plus nouveau que celui que nous venons de décrire : mais ils appartiennent, par leurs principales parties, à la première phase de l’architecture gothique.
Article 7.
Style ogival rayonnant.
(XIVe SIÈCLE.)
Caractères généraux. — A cette époque, les roses et l’arcade des fenêtres sont remplies par des trèfles, des fleurons, des quatre-feuilles et par d’autres formes rayonnantes. C’est cette disposition qui a fait donner le nom de rayonnant au style du xive siècle. ,11 ne diffère point essentiellement du précédent; il est plus riche en décorations, plus compliqué; mais il est moins sévère et moins pur. La correction des lignes commence à s’altérer: les moulures deviennent maigres, et l’on voit apparaître les symptômes de décadence qui se manifesteront complètement du xve au xvie siècle. Le style rayonnant est une époque de transition entre le style ogival pur et le style flamboyant. Dans quelques provinces du Nord, il apparaît dès la fin du xme siècle; ainsi on reconnaît plusieurs de ses caractères à la chapelle de Saint-Germer, dont nous avons parlé dans l’article précédent.
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
Plan. — L’agrandissement de la chapelle terminale consacrée à la Vierge devient un fait constant. Des chapelles se rangent le long des bas-côtés ; on en adjoignit souvent, à cette époque, à des monuments du xme siècle.
Contre-forts. — Les arcs-boutants se multiplient. Les clochetons des contre-forts , rehaussés d’arcades ogivales, ont leur sommet occupé par un fleuron ou une statuette ; ils sont quelquefois remplacés par des aiguilles garnies de crosses végétales, et dont les bases sont octogones ou carrées.
Contre-fort d’Amiens.
Balustrades. — Les arcades deviennent plus rares, et les découpures rayonnantes plus fréquentes. Ce sont d’ordinaire des quatre-feuilles qui se dessinent dans les ouvertures d’un treillis réticulaire.
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
Portes. — Le principal tore des archivoltes se cisèle parfois en guirlandes de feuillage. Les frontons sont plus aigus qu’au xuie siècle, toujours hérissés de nombreux crochets, et souvent découpés en moulures à jour. Vers la fin du xive siècle, on voit apparaître, dans le fronton des portails, des compartiments flamboyants, mais pas encore aussi contournés qu’au xve siècle (portail occidental de Meaux).
Cathédrale de Heinis.
Fenêtre rayonnante.
Fenêtres. — C’est là le véritable triomphe du style rayonnant. L’arc en tiers-point élargit la baie de la fenêtre, qui occupe alors tout l’espace compris entre les piliers. Les fenêtres gagnent en largeur et en magnificence ce qu’elles perdent en élancement. Les ogives cessent de se géminer. Trois, quatre, cinq ou six meneaux divisent la fenêtre, dans sa longueur, jusqu’au champ de la grande ogive, qui se meuble de ramifications conservant toujours lecercle pour courbe génératrice. A l’extérieur, elles se couronnent de frontons aigus, dont les rampants sont hérissés de crosses végétales. Dans quelquesprovinces, dit M. Shmit, se manifeste alors le style anglais, dit perpendiculaire , qui dessine ses longs meneaux verticaux et ses réseaux rectilignes dans la baie delà fenêtre, ou trapéziforme, ou singulièrement allongée, et divisée alors horizontalement en
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
deux ou trois parties par autant d’arcalures superposées(l).
Roses. — Elles se ramifient de plus en plus, et présentent les mêmes dessins qu’on voit aux fenêtres. Quelquefois
Cathédrale de Strasbourg.
les rayons se dédoublent en chemin pour s’épanouir en courbes entrelacées. Certaines roses se trouvent inscrites dans une immense fenêtre (cathédrale de Metz).
Tours. — Elles sont plus ornementées , munies de ba-
Cathédrale de Reims.
lustrades et surmontées d’une flèche découpée à jour, en
(1) Manuel de V Architecte des monuments religieux .
MOYEN AGE ET KENAISSANCE
ornements rayonnants, et dont les angles sont décorés de crosses végétales. On voit plus fréquemment des flèches en charpente revêtues d’ardoises ou de feuilles de plomb, et dont’jadis les arêtes et les fleurons étaient quelquefois dorés. Les contre-forts des quatre angles se prolongent en pyramides ou en clochetons arrondis. En Picardie, les colonnes disparaissent, dès le xive siècle, des baies ogivales, et sont remplacées par des larmiers ou abat-son qui les divisent horizontalement. Les tours étaient quelquefois munies de créneaux et de mâchicoulis, surtout dans les villages, en sorte que, au premier signal d’alarme, les habitants se réfugiaient dans l’église, où ils trouvaient un poste de défense.
Colonnes — Les colonnettes groupées s’amincissent. Les principaux fûts commencent à prendre une espèce d’arête sur leur face , qui présage le règne des filets prismatiques. Les socles, en même nombre que les colonnettes groupées, sont très-élevés et décorés de moulures vigoureuses. Les plinthes se renflent par le bas, et le tore supérieur de la base commence à s’éloigner du gros tore. Les
Bases. Chapiteaux.
chapiteaux infundibuliformes des colonnettes ne se dessinent plus d’une manière aussi nette; ils s’engagent souvent avec celui du pilier central ; d’autres fois , au lieu de se ranger, comme au xuie siècle, sur la même ligne horizontale, ils se placent à des hauteurs inégales. Les crochets disparaissent et font place aux feuilles de vigne, de figuier, aux rameaux de chêne, de lierre, etc. On voit sou-
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
vent deux rangées de bouquets ou de feuilles frisées qui sont superposés.
Arcades et galeries. — La courbure des arcades est moins aiguë. L’arc en tiers-points, qui caractérise le xive siècle, est celui dont les centres sont pris au tiers opposé de la corde. Les galeries, qui généralement étaient obscures pendant le xme siècle (exceptions aux cathédrales d’Amiens et Beauvais), furent éclairées par des fenêtres.
Voûtes. — Les voûtes se parent de plus nombreuses ciselures. Les nervures deviennent plus légères et moins arrondies.
Ornements. — Ils sont à peu près les mêmes qu’au xme siècle, sauf les violettes, qui disparaissent : mais leur exécution diffère un peu ; il y a plus de fini dans les dé-
Pinacle. Trèfle fleuronné. Piuacle en application.
tails; les moulures .sont plus sèches et plus maigres. Les trèfles et les quatre-feuilles ont des tores peu saillants, et sont ornés de feuilles trilobées à leurs angles rentrants. Souvent les premiers sont inscrits dans un triangle ou un quadrilatère curviligne convexe, et les seconds, dans un cercle et même dans un carré (bords du Rhin); quelques-
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
uns sont gravés en creux. Les feuilles ont leurs lobes lan-
céolés, plus souvent qu’au xine siècle, mais pas aussi gé-
néralement qu’au xve. Les rosaces ont un nombre indéterminé de festons, qui souvent sont trilobés et ornés à leur extrémité d’expansions végétales. Les crochets, plus serrés et plus épanouis, se tournent vers le ciel au lieu de rester tournés vers la terre, comme au xine siècle. Les arcades simulées sont couronnées de frontons dont le tympan est garni de trilobés. Des frontons exhaussent également les dais ou couvre-chefs, qui s’allongent et se chargent de ciselures. Ils offrent, comme au siècle précédent, la forme d’un édicule à galbe en pendentif, sculpté dans un bloc de pierre. On en voit aussi de plus simples qui figurent de petites voûtes à nervures surmontées d’une espèce de chapiteau prismatique, dont les faces sont décorées d’ogives et de trèfles. Les aiguilles des pinacles sont garnies de crochets. Vers la fin du xive siècle, on voit apparaître, sur quelques points, les feuilles de chou, de chardon, de chicorée, et, en général, les formes frisées qui doivent caractériser le xve siècle.
Eglises du xive siècle. — Le xive siècle éleva beaucoup de forteresses et d’hôtels de ville, mais fort peu d’églises, à cause de nos guerres continuelles avec l’Angleterre. Parmi les églises qui appartiennent en grande partie au style rayonnant , no\is citerons les cathédrales de Metz , Perpignan, Clermond-Ferrand , Viviers, Carcassonne, Meaux; Saint-Urbain, à Troye; Saint-Ouen, à Rouen; Saint-Nizier, à Lyon ; Saint-Pierre, à Caen ; Saint- Jacques, à Dieppeet à Compiègne; l’abbaye de Saint Bertin,à Saint- Omer; le cloître de Saint-Jean-des-Vignes, àSoissons; les Dominicains, à Avignon ; les églises de Tarascon (Bouchesdu-Rhône), Varzy (Nièvre), Saint-Martin-aux-Bois (Oise) ; les nefs des cathédrales de Toul, Auxerre , Bayonne; le chœur de Carentan et de Saint-Etienne de Caen ; les tours des cathédrales de Reims et de Strasbourg, etc.
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
Article 8.
Style flamboyant.
(De 1400 à 1600.)
Dates^ historiques. — Nos guerres avec les Anglais et les Bourguignons entraînent la destruction de beaucoup d’églises et arrêtent la construction de celles qui étaient commencées. Un esprit général d’innovation caractérise la politique, la philosophie, les sciences et les arts. La frivolité, la dissolution des mœurs, le rationalisme naissant, affaiblissent la foi religieuse dans les masses. La prise de Constantinople, en 1453, répand en Occident beaucoup de littérateurs et d’artistes grecs qui réveillent dans les esprits le goût de l’antiquité. Telles furent les différentes causes qui, dès le xve siècle, entraînèrent la décadence de l’architecture gothique, et préparèrent le triomphe du style de la Renaissance, vers le milieu du xvie siècle.
Caractères généraux. — Le manque de simplicité et de gravité, l’abandon des signes symboliques, les abus du caprice, l’afféterie de certains ornements, l’emploi des lignes contournées, l’élégance et la profusion des décorations, l’exubérance des foliations, la science des détails, le fini du travail, caractérisent l’architecture des xve et xvie siècles. On lui donne le nom de flamboyante , à cause des lignes courbes qui, par leur disposition, imitent la forme des flammes. Beaucoup d’arcades ont une forme presque mauresque, en ce sens que les deux lignes se relèvent subitement à leur point de jonction : c’est ce qu’on appelle arc en flèche ou en accolade ; ce caractère se retrouve également dans les portes, les fenêtres, les rosaces, les trèfles et d’autres ornements. Les voûtes perdent de leur légèreté et se surchargent d’ornements Les colon nettes
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
dégénèrent en baguettes prismatiques. Les surfaces lisses des murs^et des tours disparaissent sous les décorations à forme aiguë. Le houx, le chardon, le chou frisé, et d’autres plantes vulgaires, remplacent la noble végétation des âges précédents.
Plan. — Les églises sont en général moins longues et moins hautes. La nef transversale se rétrécit à l’extrémité de chaque croisillon. Le chœur se prolonge quelquefois jusqu’à la nef majeure, au détriment des transsepts. Il est généralement de forme polygonale, et parfois entouré de clôtures sculptées. Dans certaines petites églises rurales on ne voit qu’un seul bas-côté terminé par une abside carrée.
Appareil. — On continue d’employer le grand et le moyen appareil. Quelques églises sont construites en briques, avec des chaînes de pierre. Le silex, le grès, les galets, etc. , furent également employés. Les soubassements des murailles sont ordinairement en grès.
Contre-forts. — Ils sont décorés de panneaux à dessins flamboyants, et surmontés de clochetons octogones ou de pinacles hérissés de choux frisés. Ils font souvent face aux angles des murs ce qui était extrêmement rare dans les siècles antérieurs. L’intrados des arcs-boutants est tantôt lisse et tantôt décoré de contre-arcatures découpées à jour.
Corniches. — Elles sont figurées par de simples mou-
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lures, surmontées d’une balustrade, dont les ornements sont analogues à ceux des fenêtres. Ce sont des combinaisons de lignes contournées formées par des nervures prismatiques. Au xvU siècle, elles imitent la forme des feuilles de fougère. Une profonde gorge se creuse souvent au soubassement et se tapisse de rinceaux de feuillages frisés.
Portes. — Leur arcade est tantôt en ogive équilatérale, tantôt en accolade, tantôt en anse de panier; elle est quelquefois inscrite dans un encadrement carré. Elle se couronne de frontons en forme d’accolade, dont les angles sont hérissés de feuilles grimpantes. Ces portes, dont le tympan est riche en sculptures, sont entourées de moulures prismatiques et de moulures creuses, garnies de rubans, de torsades, de feuilles, etc.; leurs pilastres, divisés en plusieurs panneaux, sont surmontés de gracieux pinacles.
Fenêtres. — Les fenêtres flamboyantes du xve siècle sont en ogive, en accolade ou en anse de panier. Les colonnettes sont bannies des bases et remplacées par des meneaux prismatiques, en nombre indéterminé, qui forment une série d’arcatures flamboyantes, supportant des
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
roses, ou s’épanouissant en ornements qui figurent des flammes droites ou renversées, des cœurs, des fleurs de lis, des étoiles, etc. Au xvie siècle, outre les fenêtres en accolade* on en voit de cintrées qui sont divisées en deux compartiments, également cintrés. En général, les fenêtres du style flamboyant , moins élevées et plus larges encore qu’au xive siècle, sont encadrées dans des moulures garnies d’animaux et de feuillages frisés. Leur base repose sur une corniche en larmier. Sur les bords du Rhin, on trouve, au xve siècle, l’alliance des lignes rayonnantes avec les lignes contournées. Nous mentionnerons également, comme un fait exceptionnel, les meneaux verticaux coupés par des meneaux horizontaux, et figurant une espèce de grillage (église de Calais).
Roses. — Les roses du xve siècle sont fort remarquables. Leur vaste champ favorisait heureusement l’épanouissement du système flamboyant. Le centre est occupé par un
oculus dont les moulures sont extrêmement soignées. Des roses flamboyantes ont été ajoutées à cette époque à des monuments d’un style plus ancien.
Tours. — Les tours sont quadranguiaires, séparées en plusieurs étages par des galeries, garnies d’abat-jour et flanquées de contre-forts dont la face principale est décorée de niches, de clochetons, d’arcades simulées, etc. ; les faces sont parfois sillonnées de moulures verticales ou de cannelures qui caractérisent le style que les Anglais nom-
ARCHITECTURE RELIGIEUSE. 223
ment perpendiculaire (Saint-Vulfranc d’Abbeville). Les tours sont souvent terminées par une pyramide en charpente couverte d’ardoises , ou par un toit cunéiforme ; d’autres sont dépourvues de couronnement. On construisit encore quelques belles flèches pendant cette période. Celle de la cathédrale de Beauvais, qui s’écroula en 1572, était
Flèche d’Autun . Saint-Jacques-la-Bouchei.ie. TourdeToul.
(xve siècle.) (xvie’ siècle.) (xv<= siècle.)
une des plus belles productions du xvie siècle. A cette même époque, on voit, surtout dans le Centre et le Midi de la France, des tours qui se terminent par une coupole hémisphérique surbaissée. Dans le Sud-est, les clochers ont un aspect fort pittoresque, dû au mélange des tuiles jaunes etdorées avec les tuiles vernissées de noir et de brun .
Colonnes. — Les piliers sont formés de plusieurs fûts qui se pénètrent les uns les autres, ou bien de nervures j prismatiques qui s’élancent jusqu’à la voûte. Les bases de
MOYEN agi: et renaissance.
ces piliers sont carrées, sans moulures saillantes". Au x\ siècle, les chapiteaux sont très-courts et ornes de guirlandes de feuillage profondément découpées. Au xvie, ils sont plats, sans corbeille, et parfois ornés de ligures grotesques. Mais le plus ordinairement les chapiteaux sont entièrement supprimés; les moulures prismatiques, verticales ou en spirale, qui remplacent les colonnettes, vont,
sans aucune interruption, aboutir aux clefs de voûte. C’est dans le Sud-est et le Midi de la France que l’emploi de la colonne persiste le plus longtemps.
Arcades. — Sept espèces d’arcades furent en usage pendant cette période : 1° l’arc équilatéral du siècle précédent; 2° l’arc aplati : c’est un arc à quatre centres déterminés par un carré abaissé de la corde de l'arc, dont les côtés sont égaux au tiers de cette corde; 3° l’arc 7 ’udor, d’origine anglaise, n’en diffère que par un plus grand aphr 1 1 ssemen t . 1 1 apparaît q uelqu efois sous le règne de Louis X 1 1 :
ARCHITECTURE RELIGIEUSE. 225
mais il est plus commun en Belgique qu’en France. 4° L’arc en anse de panier est la section d’une ellipse dont
Arc en accolade.
Arc Tudor.
le grand axe est horizontal. 5° L’arc infléchi est formé de deux talons qui sont tangents par leur sommet. 6° L’arc en accolade est le même que le précédent, mais beaucoup plus surbaissé. 7° L’arc en doucine a sa partie inférieure convexe (à l’intrados), et sa partie supérieure concave. L’intrados des arcades est fréquemment décoré de contrearcatures tréflées.
Galeries. — Les galeries, obscures dans les petites églises, transparentes dans les grandes, sont formées, au xve siècle, de meneaux contournés en flammes, et au xvie, d’arcades cintrées, sans compartiments.
Voûtes. — Au commencement du x\e siècle, les voûtes ne diffèrent guère de celles du xive que par la forme prismatique des moulures, dont la coupe est pyriforme. Les tores se rattachent les uns aux autres par des cavets et des scoties. A la fin du xve siècle et surtout au xvie, les nervures multiplient leurs combinaisons et forment un élégant réseau, habilement ciselé. Les nervures diagonales sont quelquefois ornées de festons et de con tre-arcatures découpées à jour. L’intersection des arcs est décorée de clefs pendantes, de rosaces, d’écussons, de caissons, de médaillons, de personnages sculptés, etc. On voit des pendentifs d’un admirable travail, qui ont jusqu’à deux ou trois mètres de saillie. Ces riches sculptures étaient souvent colo-
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
riées ainsi que les arceaux. On construisait également, à cette époque, des voûtes de bois, en berceau ou en arête.
Ornements. — La forme anguleuse domine dans les moulures. Les feuilles grasses, les feuilles d’acanthe, etc., disparaissent pour faire place aux feuilles de vigne, de
Quatre feuilles. Festons trilobés.
chou, de houx, de chardon, etc. Au commencement du
' * ü'i TT
xvie siècle, les crosses végétales rappellent celles du xiu* siècle: mais elles ont des feuilles contournées et frisées. Les trèfles et les quatre feuilles ont toujours des lobes pointus.
Les murailles sont souvent décorées de plusieurs étages d’arcades trilobées, à compartiments égaux, remplis de nervures flamboyantes. On leur donne le nom de panneaux à cause de leur ressemblance avec les panneaux des boiseries. Les arcades simulées sont surmontées d’un fronton pyramidal, couronné d’un bouquet de feuilles frisées. Les pinacles appliqués, qui sont très-fréquents, ont le même couronnement; leurs angles sont hérissés de choux frisés.
En général, les dais ont la forme d’une voûte d’arête taillée sous une espèce de chapiteau polygone, surmonté
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
•d’un grand pinacle ou d’un clocheton à jour. Les dais du
Dais et console (xv<= siècle).
xvu siècle, d’un travail tout à fait filigranatique, offrent souvent des groupes de figurines de la plus grande délicatesse.
xvie siècle. — Nous n’avons point suivi l’exemple de plusieurs archéologues qui divisent en deux époques le règne du style flamboyant. Les nuances qui différencient le style de la première moitié du xvie siècle et celui du xve ne nous ont point paru assez tranchées pour justifier cette distinction. Nous nous bornerons à dire qu’on peut reconnaître les églises du xvie siècle à la fréquence des pendentifs, des écussons, des armoiries, des festons, des entrelacs et des rinceaux; à l’exclusion beaucoup plus générale des colonnes et des chapiteaux, remplacés par de
! simples filets; aux ramifications compliquées des arceaux ; aux balustrades en feuilles de fougère ; aux fenêtres cintrées; aux portes en accolade ; aux arcades cintrées des galeries, etc. Les églises du milieu du xvie siècle commencent à offrir le mélange des formes flamboyantes avec les formes de la Renaissance : nous en parlerons dans l’article suivant.
Église Saint-Riquier (Somme). — - Cette église date de l’an 1487. La nef et Tunique tour de la façade principale sont de Tan 1511. « Cette tour est haute de quarante-huit mètres soixante-dix centimètres. On y voit, disposée avec
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
art, une suite de figures et d’ornements distribués avec une • heureuse symétrie, et séparés par de belles parties lisses qui en font ressortir la richesse avec avantage. C’est une broderie d’un riche dessin, fruit d’une imagination féconde, et qui produit l’effet le plus ravissant. Cette tour est accompagnée de deux grands contre- forts, dont les différentes retraites sont décorées, dans leur partie inférieure, de statues du plus beau style , portées sur des culs-de-lampe et surmontées de très-jolis dais ciselés et découpés à jour (1 ). « Le portail central, ajoute M. E. Woillez , ne le cède pas en magnificence à la tour; ses arceaux, d’où pendent des broderies trilobées imitant des trèfles ou des rubans contournés en cœur, sont couverts de rinceaux délicats et encadrent un tympan sculpté, où l’on a représenté en bas-relief la généalogie de Jésus-Christ. Des groupes y rappellent aussi les principaux traits de la vie de saint Riquier et de saint Angilbert. Enfin, les parties latérales de ce portail sont décorées des statues des rois Louis Xll et François 1er, en riches costumes, et de plusieurs évêques et abbés célèbres. L’extérieur de ce temple est remarquable par l’harmonie des parties principales avec la façade dont nous venons de parler. Deux étages garnis de galeries, avec balustrades à jour, délicatement travaillées, en divisent la hauteur; et deux rangs de contre-forts, ornés de colonnettes et de pyramides d’un travail délicat, achèvent de donner à tout le monument un aspect aérien et plein d’élégance. L’intérieur de l’église n’est pas moins intéressant à étudier que l’extérieur. La décoration en est simple, l’ensemble sévère, les proportions bien combinées. On cite, comme une particularité de cette église, que la nef principale a précisément en largeur la moitié de la hauteur de la grande voûte , et que les ailes latérales ont juste en largeur la moitié de celle de la nef principale, ce qui forme un triangle équilatéral:
(1) Description de l’église de Saint -Riquier, par M. Gilbert.
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mais cette disposition symbolique est caractéristique d’un grand nombre de combinaisons architectoniques du Moyen âge, à toutes les époques. On admire particulièrement, dans la grande nef, la hardiesse de la voûte, ses arcades avec chapiteaux (particularité fort remarquable au xvie siècle), et surmontées de tribunes ornées de balustrades flamboyantes On remarque encore, dans la nef transversale, les deux grands portiques, dont l’arcature est ornée de festons tréflés à jour, d’un ensemble aussi élégant que gracieux (1). »
Autres exemples. — xve siècle. Cathédrales de Limoges, d’Albi et de Moulins; Saint-Séverin, Saint-Méry et Saint- Gervais, à Paris; Saint-Vincent, à Rouen ; Saint-Martial et les Célestins, à Avignon; la Collégiale de Saint-Quentin ; Notre-Dame de Saint-Lô; Saint- Vulfranc, à Abbeville; Notre-Dame-de-l’Epine, près de Châlons-sur-Marne ; les églises de Rue et de Roye (Somme); de Thann (Haut-Rhin) ; de Villefranche (Rhône), etc.
xvie siècle. Les transsepts des cathédrales de Beauvais et d’Evreux; le portail de la cathédrale de Rouen; Notre- Dame de Brou (Ain); Saint-Maclou, à Rouen; Saint-Antoine, à Compiègne ; Sainte Catherine, à Honfleur; églises de Caudebec, Lillebonne, Arques (Seine-Inférieure), de Granville (Manche), de Tillolov et Conty (Somme), de Maignelay et Marissel (Oise), etc.
Article 9.
Re n aissan ce.
Considérations générales. — L’affaiblissement de Fes-
(1) Études archéologiques sur les monuments religieux de Pii car die.
250 MOYEN AGE ET RENAISSANCE
prit religieux; la dissolution des écoles de franc-maçonnerie; la sécularisation de Fart ; le goût du style italien que les seigneurs français puisèrent à Naples et à Milan , dans les guerres d’Italie, sous Charles Vlll et Louis Xll; la migration, en France, des artistes italiens protégés par François Ier; l’influence des architectes français qui étaient allés étudier dans la Péninsule; l’exhumation des ouvrages des poètes grecs et latins et des manuscrits de Vitruve; la découverte des chefs-d’œuvre de la statuaire antique, qui enflamma l’admiration du xvie siècle pour l’antiquité païenne; l’esprit de réforme et d’innovation qui , à cette époque, travaillait tous les esprits : voilà quelles furent les principales causes qui amenèrent, d’abord en France, puis en Angleterre et en Allemagne, le règne de la Renaissance. Deux éléments apparaissent dans cette architecture : le génie de l’antique avec la pureté de ses lignes, l’élégance de ses proportions, la gracieuse correction de ses ornements; et l’élément national libre, mobile et capricieux comme la littérature du xvie siècle. L’art ne tombe point dans la froideur d’une stérile imitation ; mais il s’empreint de sensualisme et oublie son antique symbolisme et ses sublimes aspirations. C’est l’image fidèle d’une époque tout à la fois élégante, désordonnée et irréligieuse, où dominait l’individualisme. L’architecture reste encore digne de la France: mais elle n’est plus digne du Catholicisme. On construisit, à cette époque, beaucoup de châteaux et de palais, mais peu d’églises. Avant de revenir aux types consacrés par l’art antique, l’architecture passa par une époque de transition, où le style de la période précédente s’allia au style italien. La Renaissance ne se produisit que fort tard, dans certaines provinces, et surtout dans celles où l’art ogival avait inspiré le plus de chefs-d’œuvre. Ainsi , tandis que Paris élevait le portail latéral de Saint- Eustache, Beauvais construisait, en 1560, la magnifique flèche gothique de sa cathédrale, pour lutter de hardiesse avec la coupole de Saint-Pierre de
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Rome, et comme pour protester solennellement contre l’invasion d’un style étranger. Les formes du style flamboyant se sont conservées, en Picardie, jusqu’au xvne siècle.
Caractères architectoniques. — Ce n’est guère que dans les châteaux et les palais, comme nous le verrons plus tard, que la Renaissance a déployé sa puissance d’imagination et sa fécondité d’ornementation. Les églises de cette époque, de dimension étroite, sont en général en forme de croix latine, avec un chevet semi-circulaire. Un fronton triangulaire ou arrondi surmonte leur façade. Les contreforts sont remplacés par des consoles renversées ou par des pilastres. Les fenêtres sont cintrées et presque toujours sans
Contrefort Fenêtre Base
(Saint-Pierre'de'Caen). (Saint-Pierre de Caen). (Gisors).
compartiment. Les roses disparaissent complètement. Dans les premiers temps de la Renaissance, on trouve encore quelques fenêtres et quelques portes en ogive. Les tours, plus souvent hémisphériques que carrées ,1 s’étagent en
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
plusieurs ordres et se terminent par une coupole ou une aiguille en charpente.
L’entablement reparaît avec ses trois parties distinctes : l’architrave, la frise et la corniche. Des rapports assez exacts de dimension s’établissent entre le piédestal, le fût et le chapiteau. Le chapiteau affecte la forme conique ou corinthienne, quand il ne se décore point d’ornements de fantaisie. Le fût s’orne de cannelures et de rudentures. Dans quelques monuments, les nervures continuent à remplacer les colonnes. L’arche semi-circulaire se marie d’abord à l’ogive, pour régner seule ensuite. Les voûtes cintrées sont ordinairement surbaissées et ornées de culs-de-lampe, de clefs extrêmement saillantes et de caissons élégamment ciselés; les voûtes sont parfois remplacées par de simples plafonds. La coupole circulaire, dont le Moyen âge n’avait point su tirer parti, devient un des plus importants éléments
de l’architecture de la Renaissance. Les coupoles sont en forme de calotte ou de tiare, curvilignes, ovoïdes ou aiguës. Elles sont quelquefois surmontées d’une petite lanterne et même d’une flèche. Leur intrados est orné de fresques, de caissons ou de bas-reliefs. Les principaux orne-
l)ais.
Arabesques.
ments employés pendant cette période furent les dentelles, les festons, les fleurons, les guirlandes, les torsades,
Médaillon .
les arabesques, les fleurs, les fruits, les entrelacs arrondis, les écussons, les génies, les figures emblématiques, les surfaces vermiculées, les médaillons représentant des personnages célèbres, etc.
Règne de Louis Xil (1498-1515). — Les arcs en anse de panier, le mélange de la brique et de la pierre, l’union des ornements gothiques avec les ornements nouveaux , l’emblème du porc-épic et de l’hermine de Bretagne, sont les signes caractéristiques de l’architecture du règne de Louis XII. Le tombeau du cardinal d’Amboise , à Rouen , date de cette époque.
François 1er (1515-1547). — Trois styles différents continuèrent à rester en présence sous le règne de ce prince : le style gothique, le style italien, et le style mixte qui participait tout à la fois de la Renaissance et du Gothique. Le tombeau que François Ier fit élever à Louis XII dans l’église Saint-Denis est entièrement conçu dans le style de la Renaissance, sans aucun mélange : on l’attribue à Jean Juste. La chapelle Saint-Saturnin est la seule partie du château de Fontainebleau qui conserve quelques caractères de l’architecture gothique ; l’ogive cependant n’y apparaît nulle part.
Henri II (1549-1559). — Il n’y a guère que les tombeaux et les chapelles de châteaux qu’on construisit dans le style
pur de la Renaissance. Celle du château d’Anet (Eure) offre un grand luxe de sculptures et d’incrustations ; chaque caisson de la voûte représente une tête d’ange. La chapelle du château d’Ecouen conserve le style ogival, ce qui nous ] prouve que les artistes de la Renaissance comprirent quel- i quefois eux -mêmes que le nouveau style avait un caractère ] trop profane pour les édifices religieux.
De Charles IX à Louis XIV. — On ne fit jusqu’à Louis XIV que des tentatives partielles et incomplètes pour assimiler le style des églises à celui des constructions ci- \ viles. La plus remarquable eut lieu à Paris, pour l’église Saint-Eustache, qui appartient cependant à l’ancien style 1 par son plan et ses proportions. On ne peut citer de cette école que des adjonctions plus ou moins importantes, telles I que le portail de Saint-Michel, à Dijon; le transsept de 1 Sainte-Clotilde, aux Andelys; l’abside de Saint-Pierre, à j Caen ; quelques portions des églises de Gisors, Aumale, j Epernay, etc. L’abandon définitif du style gothique n’eut lieu qu’au xvuc siècle, où le besoin d’unité fit adopter j par l’architecture religieuse les transformations de l’archi- J tecture civile. La Renaissance resta toujours impuissante j pour donner un caractère religieux à ses églises; ce fut, selon l’expression de M. de Montalembert, la dépravation du sens chrétien.
Les premières constructions religieuses de quelque im- | portance, en style de la Renaissance, furent des imitations des églises italiennes. Telle est l’église des Carmes, où, $ pour la première fois, en France, on remarque l’apparition d’un dôme (1). Le remarquable portait de Saint-Gervais, à Paris, fut élevé en 1616, par Jacques Debrosse. L’église
(1) L’ancien monastère des Carmes, d’une physionomie toute italienne, est actuellement occupé par la congrégation des Dominicains et par l’école normale ecclésiastique.
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
Saint-Paul, terminée en 1641 , est un modèle du style riche
Sain t-Pau 1- Sai ot-Loui s .
et un peu maniéré, que les jésuites importèrent de Rome dans presque toute l’Europe catholique.
Loms XIV et Louis XV. — Louis XIV, encore enfant, posa la première pierre de l’église du Val-de-Grâce, dont le plan est dû à François Mansard. L’église des Invalides et celle de la Sorbonne sont également surmontées d’un magnifique dôme, qui leur donne un aspect vraiment grandiose.
Article 10.
Synchronisme des styles.
Les caractères que nous venons d’assigner à l’architecture religieuse des différents siècles du Moyen âge se sont surtout produits dans une zone artistique qui comprendrait le nord de la France, la Picardie, la Normandie, le Maine, la Touraine, l’Orléanais, le pays Chartrain, Elle de France et la Champagne. Nous avons déjà eu occasion de faire remarquer que, dans d’autres parties de la France, ces mêmes caractères n’apparaissent point à la même époque. L’est, et surtout le midi de la France, sont en retard de plus d’un siècle pour l’adoption du système ogival. 11 faut donc modifier chronologiquement, pour ces contrées, les classifications architecturales que nous avons émises. 11 faut remarquer, en outre, que même dans les provinces où règne simultanément un style uniforme, on trouve, dans l’or-
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nementation, des nuances caractéristiques qui sont dues à des circonstances locales ou à des influences étrangères qu’il est souvent difficile d’apprécier. Nous ne pouvons donner ici que quelques courtes indications sur ces caractères topiques, en renvoyant aux ouvrages spéciaux qui concernent Thistoire provinciale de l’art.
Picardie. — xie siècle. Richesse d’ornementation ; détails variés empruntés à l’Orient ; apparition de l’ogive sur quelques points. — xue siècle. Abandon des chapiteaux historiés; rareté des statues. Les rapports de la Picardie avec les bords du Rhin introduisent chez nous quelques dispositions d’origine allemande (transsepts circulaires de Soissons et Noyon ; plan en forme de croix de Lorraine, à Saint-Quentin). C’est en Picardie que le style ogival nous paraît avoir pris son premier développement; il apparaît bientôt après dans Plie de France, la Champagne, la Lorraine, l’Orléanais, etc. Nous sommes également en avance, sur les autres provinces, pour le style rayonnant. — xve siècle. Quelques exemples du style perpendiculaire. — xvie siècle. Le style gothique persévère chez nous plus longtemps qu’ailleurs. L’érection de la flèche de la cathédrale de Beauvais fut la dernière protestation de la France contre les envahissements de la Renaissance (1).
Normandie. — xie siècle. Chapiteaux barbares; moulures géométriques; maçonnerie en feuilles de fougère; les bas-côtés s’arrêtent brusquement à la courbure de l’abside ; le grand mouvement de la renaissance de l’art, après l’an 1000, paraît s’être surtout manifesté en Nor-
(J) Cf. Études archéologiques sur les monuments religieux de la Picardie , par M. Emmanuel Woillez. — Archéologie des monuments religieux du Beauvoisis , par M. le docteur Eugène Woillez. — Églises, châteaux et beffrois de Picardie , par MM. Dussevel, Goze, etc. — Statistiques , de M. Graves. — Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie.
ARCHITECTURE RELIGIEUSE
mandie. — xue siècle. Tours carrées, couronnées de hautes pyramides ; les angles saillants qui séparent les colonnes sont ornementés ; infériorité artistique par rapport au Midi ; l’influence byzantine y est beaucoup moins sensible que sur les bords du Rhin et dans les provinces situées entre la Loire et la Méditerranée. — xuie siècle. La Normandie est riche en églises de cette époque : mais elle en a peu du xive siècle (1).
Poitou, Anjou, Touraine. — Epoque romane. Supériorité des façades ; solidité des voûtes, dont quelques-unes sont à coupoles ; tour principale au centre de l’édifice ; beaucoup de figures humaines dans les bas-reliefs ; l’influence des matériaux donne à la sculpture une plus grande délicatesse ; enroulements, guirlandes, arabesques ; élégance et profusion des ornements (2).
Auvergne. — xe siècle. D’après M. A. Mallay, les caractères romano-byzantins se seraient manifestés en Auvergne, dès le xe siècle. — xie siècle. Voussoirs qui présentent l’aspect d’angles saillants et rentrants; quelquefois la face du pilier qui regarde la nef ne présente pas de colonnes engagées ; collatéraux étroits ; incrustations en laves de couleur ; moulures et bases de colonne imitées de l’antique. — xue siècle. Triphorium à arcades multilobées; portails et archivoltes lisses ; rareté des bas-reliefs et des statues ; tours peu élevées ; contre-forls rares ; pas de colonnes en faisceau ; absence de zigzags et de frettes canne-
(1) Cf. Cours d’antiquités monumentales, par M. de Caiimont. — Calvados monumental , par MM. Mancel et Thorigny. — Statistique monumentale du Calvados , par M. de Caumont. — Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie. — Pugio, Specimens of the architectural antiquities of Normandy .
(2) Cf. Statistique monumentale de la Touraine , par M. Clarey- Marlineau. — Antiquités du Poitou, par M. Thioilet. — Mémoires des Sociétés archéologiques de la Touraine et de l’Ouest. — Notes d’un voyage dans P Ouest, par M. P. Mérimée.
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lées ; marqueteries eu pierres de couleur. — xme siècle. Résistance à rinlroduction du système ogival. Les monuments du même âge présentent une grande uniformité de style (1).
Bords du Rhin. — xue siècle. Les contre-forts ne sont que de simples pilastres peu épais, s’élevant jusqu’à la corniche du toit : on leur donne le nom de bandes lombardes ; portail occidental remplacé par une abside ; tours nombreuses avec frontons triangulaires; arcatures prodiguées au couronnement ; fréquence des corbeilles godronnées et cubiques. — xme siècle. Style de transition, qui, dans le Nord et le Centre, caractérise le xue siècle. — xive siècle. Style rayonnant, comme dans les autres provinces; quatre feuilles encadrées dans un carré ; fenêtres d’une élévation démesurée, quelquefois sans meneaux ; beaucoup d’ouvertures aux tours. « Les bords du Rhin, dit M. Peyré, virent s’établir, au xive, comme au xve siècle, un mode de décoration qui consistait à placer sur deux plans différents et parallèles les moulures des façades : le plan extérieur formant comme une claire-voie au travers de laquelle s’apercevaient les moulures du plan intérieur. Cette disposition se perpétua jusqu’aux derniers temps de l’ère ogivale (2). » — xve siècle. Magnifique développement du style flamboyant, s’alliant quelquefois aux formes rayonnantes ; hardiesse des tours ; sobriété dans l’emploi des découpures feneslrales et des choux frisés ; lignes plus anguleuses , et moulures moins flexibles que dans le Nord- Ouest (3).
(J) Églises romanes du Puy-de-Dôme, par M. Mallay. — L’Auvergne au moyen Age , par MM. Branche el Thibaud. — IL ancienne Auvergne et le Velay, par M. A. Michel. — Notes d'un voyage en Auvergne , par M. P. Mérimée.
(2) Manuel d'architecture religieuse.
(3) Chef s-d’ œuvre de l'architecture romane des bords du Rhin,
Lyonnais, Bourgogne, Bourbonnais. — xie siècle. Beaucoup de détails purement romains; ornementation châtiée; imitation du type basilical. — xne siècle. Pilastres cannelés; contre-forts en bandes lombardes, sans retraite en larmier ; élégance du galbe; régularité du plan ; correction des détails ; pas d’ogives . — xme siècle. Règne du style romano-bvzantin. Le style ogival à lancettes est presque inconnu dans ces contrées ; on voit même beaucoup d’églises sans aucune importation de l’ogive septentrionale. — Au xive siècle, la province Burgundo-Lyonnaise se mit, sans presque aucune transition, enharmonie avec le Nord, en adoptant le style rayonnant; elle conserva pourtant toujours quelques réminiscences byzantines dans le plan et l’ornementation ; clochers carrés, à cône obtus, analogues aux campanilles romaines, et placés ordinairement au centre de la croix. Les voûtes sont ogivales : mais la porte majeure est quelquefois encore cintrée. Les chapelles latérales des nefs ne paraissent qu’au xve siècle, où règne le même style qu’à l’Ouest et au Nord, avec quelques réminiscences accidentelles du caractère romano -byzantin (1).
Guienne et Gascogne. — xue siècle. Elégance des formes sculpturales; pas de losanges, de tores rompus, de méandres, etc. ; lignes arrondies et gracieuses ; abside triangulaire des chapelles, dont l’intérieur est pourtant circulaire; reproduction des formes antiques ; fidélité au plein cintre. — xme siècle. Caractères de notre style de transition. « L’ogive, dit M. Renouvier, produit dans les édifices du Midi l’effet d’un élément étranger et bizarre ; elle ne se marie
par Geier et Gorz. — Antiquités de l'Alsace , par M. de Golbéry. — Cathédrale de Strasbourg, par M. Sehweighæuser.— Monuments d'architecture sur les bords du Rhin , par M. Boisserée.
(i) Manuel d’archéologie Burgundo-Lxjonnaise,g?iV M. J. Bard. — L’ancien Bourbonnais, par M. Allier. — Le Nivernais , par M. Morellet. — Monographie de l’église de Brou , par MM. Didron et Üupasquier.
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pas avec les autres parties de l’édifice; elle y vient en corps, pour ainsi dire, et non en esprit. L’arc plein cintre est devenu aigu, sans que ses proportions aient été changées. Il n’est ni plus étroit ni plus élevé ; et la pointe qui le termine est souvent si peu prononcée, qu’il faut un œil attentif pour l’apercevoir. Du reste, l’architecture est restée la meme. Les colonnes sont courtes et rares; les chapiteaux, carrés, historiés, à feuilles grasses ou à enroulements; les ornements, imités de l’antique ou barbares ; les façades sont toujours percées de larges portes cintrées ou d’une ogive à peine sentie, surmontée d’un fronton à peine plus exhaussé que les frontons antiques. Les tours sont rares et massives. Ce climat, qui se rapproche déjà de celui de l’Italie et n’exige pas des toits aigus, résiste tant qu’il peut à l’élancement ogival, et ses monuments conservent longtemps les traces nombreuses de l’art romain, auquel ils durent leur naissance. » Les églises du xiveetduxve siècle ont à peu près lesmêmes caractères architectoniques que dans le Centre et dans le Nord, mais avec moins de perfection (1).
Languedoc, Provence et Dauphiné. — xie siècle. Piliers carrés, ayant un pilastre imité de l’antique sur chaque face. — xue siècle. Contre-fortsen bande lombarde; corniches soutenues sur de véritables consoles, comme dans l’ordre corinthien ; appareil d’ornementation formé de marbres poly chromes; perfection de la sculpture; des figures naturelles ou fantastiques, en bosse, accompagnent les rinceaux et les feuillages. — xme siècle. Style romano-bvzantin; l’ogive s1 acclimate difficilement ; les réflexions précitées de M. J.
(1) Types de C architecture religieuse dans la Gironde , par AI. Léo Drouyn. — Notes d’un voyage dans le midi de la France , par M. P. Mérimée. — Voyage dans les départements du midi de la France, par Millin. — Rapports de la Commission des monuments historiques de la Gironde.
Renoirvier s’appliquent au Languedoc, à la Provence et au Dauphiné, comme à toutes les provinces du Midi (1).
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