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CHAPITRE II

AMEUBLEMENT DES ÉGLISES

Nous traiterons successivement, dans ce chapitre : i°du pavage; 2° des portes; 3° des ambons, jubés et clôtures de chœur; 4° des stalles et des buffets d’orgues; 5° des fonts baptismaux et des bénitiers ; 6° des sièges épiscopaux, des chaires, des confessionnaux, des dais, des bannières et des lutrins ; 7° des autels ; 8° des ciboires, des tabernacles, des retables et des crédences ; 9° des vases sacrés ; 10° des châsses et reliquaires; 11° des croix, des paix, des chandeliers, des encensoirs, des diptyques et des crosses ; 12° des cloches ; 13° des vêtements sacerdotaux.

Article 1er.

Pavage des églises.

Le plus ancien mode de recouvrement, pour le sol inté- ) rieur des églises, a été la mosaïque et la parqueterie. Le chœur et le sanctuaire étaient toujours pavés avec plus de i luxe que la nef. Dans les églises peu importantes, on employait de larges dalles en pierre. Ce n’est guère qu’au 4 xie siècle qu’on adopta l’usage des carrelages en terre cuite I émaillée ou sans couverte. Tantôt ce sont des pavés noirs

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et blancs, qui, par leur réunion, forment des dessins variés ; tantôt ce sont des pavés, ordinairement à fond rouge, dont les dessins jaunes, bruns ou vert foncé figurent des losanges, des rosaces, des arabesques, des feuillages, des : oiseaux, des animaux et des personnages réels ou fantastiques. Les plus curieux que nous ayons rencontrés sont ceuxdeleglise d’Orbay, dans la Haute-Marne.

Au xne siècle, époque de la décadence des mosaïques, les pavés en terre cuite furent parfois remplacés, dans le Nord de la France, par des dalles gravées ou sculptées, dont les dessins en relief peu saillantse détacha ienl sur un fond rempli par un ciment de couleur, et figuraient des arabes-

ques et des sujets religieux ou profanes. Outre ces grandes pierres d’un mètre quarante-cinq centimètres de côté, il y avait de petites dalles d’entourage ou de remplissage de 28 centimètres, qui représentaient les objets les plus divers. « Sur celles de la cathédrale de Saint-Omer, dit M. L. Deschamps-des-Pas, on voit des rosaces variées à l’infini, des animaux fantastiques ou chimériques, dans les positions les plus contraintes et les plus forcées, des chimères, des sirènes, des oiseaux fabuleux, quelquefois des sujets allégoriques. On y voit des centaures, des griffons,

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des singes mangeant des pommes, des ânes jouant de la harpe, d’autres animaux jouant de la vielle, des lions, des ours, des éléphants, des chevaux, des oiseaux monstrueux, des aigles à queue de serpent, des sangliers mangeant des glands, des oiseaux montés sur des quadrupèdes, des coqs à buste d’homme ; puis, des hommes montés sur des licornes marines, dont ils tiennent la queue fourchue et recourbée dans la main, tandis que de l’autre ils prennent la corne de l’animal, pour la porter dans la bouche; des hommes ou des singes à tête de perroquet avec des oreilles de quadrupède, tenant un serpent fabuleux entre leurs jambes ; des dromadaires à tête humaine, de la bouche desquels sortent des fleurs idéales ; des oiseaux adossés et enlacés de la tête et du cou ; puis, des éléphants chargés d’une tour; des hommes et des animaux fantastiques entrelacés ; des bustes radiés du soleil, terminés en queue de poisson recourbée sur elle- même ; un ange ailé et nimbé, etc. On voit, par cette description sommaire, quels caprices pouvait enfanter l’imagination des artistes du Moyen âge. Ce n’est, au reste, que la répétition des peintures des monuments et de la sculpture de cette époque qu’on retrouve si abondamment sur les portails de nos églises du xue siècle. D’autres petites dalles ont des sujets moins hétérogènes : ce sont des personnages en prière ; une tête à trois visages, qui pourrait être le symbole d’une trinité quelconque ; un calice, une clef. Plusieurs dalles sont triangulaires et servaient à compléter une composition en carré, lorsqu’elle était formée de pierres posées diagonalement (1). » Au xne siècle, les carrés, les losanges, qui, par leur réunion, formaient un grand dessin symétrique, étaient presque tous autant de pierres émaillées séparées ; tandis qu’au xine siècle on économisa la main-d’œuvre, en simulant plusieurs carrés sur un même carreau de

(1) Annales archéologiques, i. XI, 2e livraison.

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douze à vingt centimètres. Du xive au xve siècle, on continua d’employer des carreaux peints en couleurs vitrifia-

Carrelages de la chapelle abbatiale de Breteuil (xve siècle).

blés ou vernissées : mais le mode le plus généralement adopté fut celui du dallage en pierres, sans couleurs ni gravures, tantôt sans aucune régularité, tantôt à appareil symétrique. L’usage des pierres tumulaires placées en dallage a fait disparaître un grand nombre de pavages émaillés. Une destruction non moins regrettable est celle des labyrinthes. C’étaient des compartiments de pavés

Labyrinthe de Saint-Quentin.

noirs, bleus ou jaunes, formés de plates-bandes rectilignes ou courbes, figurant des détours compliqués au milieu de

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Ja grande nef des églises ; celui de la collégiale de Saint- Quentin est octogonal. Quelques antiquaires n’y voient qu’un jeu de patience des artistes; d’autres les considèrent comme un chemin de pèlerinage que les pénitents accomplissaient à genoux; d’autres enfin y voient l’emblème du temple de Jérusalem ou de la Jérusalem céleste. Ce n’est que dans les temps modernes que, par un oubli des convenances les plus saintes, on a figuré l’image de la croix sur le pavé qu’on foule aux pieds (1).

Article 2.

Portes d’église.

Jusqu’au xi* siècle, les portes d’église ont été construites dans un goût dérivé du style de l’architecture romaine; les moulures en étaient correctes et assez ornées. Comme elles étaient en bois, il n’y en a guère qui aient pu résister à l’action destructive du temps. Celles de Saint-Pierre de Cologne, qui sont en bronze, paraissent être du xe siècle, et rappellent celles des temples romains. Les caractères généraux des portes des xie, xne et xme siècles sont une grande simplicité de goût et l’absence d’ornements et de sculptures. Toute leur ornementation consiste en des ferrures plus ou moins compliquées, dans la disposition symétrique des clous, dans l’emploi des caissons appliqués et de baguettes à moulures qui partagent les vantaux en longues bandes verticales ou horizontales. Au xive siècle, on commence à voir figurer des panneauxextrêmement simples : mais ce n’est qu’à partir du xve siècle que la sculpture s’empare de la boiserie des portes, et cou-

(1) V. les articles de MM. Didron, Bazin et Deschamps dans les tomes X et XI des Annales archéologiques, et la Description du pavé de la cathédrale de Saint-Omer , par M. Emm. Woillez.

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vre les vantaux de dessins symétriques et, plus tard, de

Notre-Dame de Paris.

bas-reliefs et de statuettes. La Renaissance y a figuré des arabesques, des rinceaux, des médaillons, et quelquefois certains détails fort peu religieux Les plus remarquables portes sont celles de la cathédrale de Beauvais et de Saint-Maclou de Rouen, attribuées toutes deux au ciseau de Jean Goujon ; celles de Saint-Sauveur, à Caen ; de Maignelay et de Gisors, dans le département de l’Oise (1).

Article 3.

Ambons, jubés et clôtures de chœur.

Ambons. — On donne le nom d 'ambons aux tribunes isolées qui, dans les églises primitives, étaient destinées à la lecture des leçons de l’office, de l’épître, de l’évangile, et aux diverses communications que le prêtre faisait aux fidèles. On réserve le nom de jubé aux constructions élevées entre la nef et le chœur, et accompagnées ou non de deux ambons. L’ambon est une tribune isolée, tandis que le jubé estime tribune continue qui occupe toute la largeur du chœur. Le jubé est ainsi nommé parce que le lecteur,

(1) V. un travail de M. Danjou, sur ce sujet, dans le tome VI des Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie.

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avant de commencer, demandait la bénédiction par cette formule consacrée : Jubé , Domine, benedicere. Lesambons,

Ambon de Saint-Clément, à Rome.

construits en pierre ou en bois, étaient peu élevés, mais plus larges que nos chaires. Leur usage paraît avoir cessé vers le xe siècle.

Jubés. — On ne connaît point de jubés antérieurs au xve siècle. Les plus remarquables sont ceux de la cathédrale d’Albi ; de Saint-Étienne-du-Monl, à Paris; de la Madeleine, à Troyes ; des églises de Brou (Ain) et du

Sainte-Madeleine, à Troyes, 1506.

Folgoat (Finistère). Presque tous les jubés ont été démolis à partir du xvne siècle et remplacés par des grilles. Quel que soit le mérite de leur exécution, ce sont toujours de véritables hors-d’œuvre qui nuisent au développement des lignes architectoniques, et qui dérobent aux yeux des fidèles l’auguste pompe des cérémonies.

Clôtures de choeur. — Jusqu’au xme siècle, le chœur n’était entouré que d’une simple clôture massive on en

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balustres, à hauteur d’appui. La multiplicité des fondations d’offices, qui obligeait le clergé à rester longtemps dans le chœur, donna naissance à ces hautes clôtures destinées à garantir du froid, et qu’on enrichit plus tard de peintures et de sculptures. Les clôtures les plus dignes d’étude sont celles des cathédrales d’Albi, d’Amiens et de Paris(l).

Article 4.

Stalles et buffets d’orgues.

Stalles. — L’usage des stalles remonte au xiie siècle, époque où les places des prêtres et des moines furent’,|disposées le long du chœur, au lieu de l’être, comme antérieurement, derrière l’autel. Dans les grandes églises, les stalles comprennent la miséricorde, l’appui, la par-

Stalle de Saint-Benoît-sur-Loire.

close, l’accoudoir, le haut dossier et le dais. 1 La miséri-

(1) V. la Dissertation de J. B. Thiers sur les autels, jubés et clôtures de chœur. Paris, 1688, iu-12.

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corde ou patience est une sellette mobile qui peut servir également de siège, quand on est assis ou debout, et dont la partie inférieure est souvent sculptée; 2° l’appui est la partie antérieure de la stalle disposée en prie-Dieu ; 3° la parclose est la séparation d’une stalle d’avec une autre stalle ; 40 l’accoudoir est le bras de la parclose sur lequel on peut s'accouder ; 5° le haut dossier est le lambris, plus ou moins haut, contre lequel s’appuient les stalles ; 6o le dais en est le couronnement. Les figures des miséricordes et des accoudoirs, les dessins courants des dossiers, les clochetons et les pendentifs des dais font parfois, des stalles, de véritables chefs-d’œuvre. 11 ne nous en reste point d’antérieures au xme siècle. Les plus remarquables sont celles des cathédrales d’Amiens, de Rouen, de Poitiers ; des églises de Brou (Ain), Mortain (Manche), Saint-Martinaux-Bois (Oise), et de l’abbaye de la Chaise-Dieu (1).

Buffets d’orgues. — On prétend que les orgues étaient connues, en France, bien antérieurement à l’envoi de celui que Constantin Copronyme donna à Pépin le Bref, et qui fut placé, en 757, à Saint-Corneille de Compiègne. Quoi qu’il en soit, il est certain que l’orgue eut d’abord une destination toute profane, et qu’on fut longtemps à l’admettre dans l’église, où nulle place d’ailleurs n’était préparée pour le recevoir. Ce n’est qu’au xve siècle que les buffets d’orgues furent construits dans les grandes églises, et souvent au détriment des harmonies architecturales. C’est de cette époque que datent les magnifiques buffets des cathédrales de Strasbourg et d’Autun.

(J) V. Les Stalles de la cathédrale d’ Amiens, par MM. Jourdain et Duval, 1844, in -8. — La Description des stalles de Rouen , par H. Langlois. — Les Stalles de Mortain, par M. de la Sicotière.

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Article 5.

Fonts baptismaux et bénitiers.

Fonts. — On baptisa d’abord par immersion ; ce mode s’est conservé dans quelques églises, et notamment à Strasbourg, jusqu’au xve siècle. Le baptême par infusion, qui n’était qu’exceptionnel dans les premiers âges de l’Eglise, devint le plus habituel, vers le xmR siècle ; mais à cette épo que même et aux deux siècles suivants, il y avait immersion pour la partie inférieure du corps et infusion pour la partie supérieure : c’est-à-dire qu’on versait de l’eau sur la tête de l’enfant qui était plongé jusqu’au ventre dans l’eau de la cuve baptismale. Jusqu’au xie siècle, on ne conférait ordinairement le baptême qu’à certains jours de fête; jusqu’au xme, ce droit fut réservé à l’évêque. Pendant les six premiers siècles, le baptême était administré dans de pe-

Plans de baptistères.

tits édifices situés au midi des cathédrales et nommés baptistères; ils étaient ordinairement consacrés à saint Jean -Baptiste, et affectaient la forme des temples ronds des Romains. Nous donnons plus loin le dessin de ceux de Poitiers et de Lanleff (Côtes-du-Nord), qui sont antérieurs au viue siècle.

Les cuves baptismales, destinées à contenir l’eau bénite ptfur le baptême, sont en pierre, en marbre, en cuivre, en fonte ou en plomb; elles varièrent de forme et d’ornemen-

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talion, suivant les siècles. On ne connaît point, en France,

Temple de Saint-Jean, à Poitiers. Baptistère de Lanleff.

de fonts antérieurs au xre siècle; ces derniers affectent la forme de cuves cylindriques avec ou sans colonnes can-

Fonts latins. Fonts romans de la crypte de Chartres,

tonnées, ou bien d’une cuve supportée soit par un seul fût cylindrique, soit par un fût principal, accompagné de quatre colonnettes supportant les angles de la cuve. Quelques fonts sont de vastes réservoirs déformé carrée, rectangulaire ou octogone. Beaucoup de cuves sont entièrement couverte&de moulures et de personnages sculptés. Les fonts du xue siècle ont les mêmes formes : c’est probablement à cette époque qu’il faut faire remonter certains fonts ei^ granit de la Bretagne, qui sont formés d’une grande coupe hémisphérique supportée par quatre cariatides. Les fonts du xme siècle ne font que subir quelques modifications d’ornementation, inspirées par l’adoption du style ogival. Les

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fonts pédiculés, au lieud’être toujours quadrangulaires, sont quelquefois octogones. Au xive siècle, cette forme devient de plus en plus commune, tandis que les cuves cylindri-

West-Deeping (xme siècle). Caudebec (xvi<= siècle) . Jumiéges (xive siècle).

ques deviennent de plus en plus rares ; le pédicule est également octogone et repose sur une base à huit pans. Les panneaux sont quelquefois ornés d’arcades simulées, et les angles sont garnis de petits contre-forts. Aux x v et xvie siècles, la forme octogone domine presque exclusivement, en France, comme en Angleterre; l’intérieur des cuves est quelquefois divisé en deux compartiments. C’est du xvne siècle que date le style moderne des fonts, composés d’une coupe ovale et d’un pédicule quadrangulaire ou cylindrique. Au xvnie siècle, on remplaça par de simples trappes en bois les gracieux couvercles en pyramide du Moyen âge. Nous citerons parmi les fonts baptismaux les plus curieux ceux des cathédrales d’Amiens, Strasbourg, Chartres, des églises de Saint-Généroux (Deux-Sèvres), Epauboug et Saint-Just (Oise), Airaines etMontdiaier (Somme), et ceux des musées de Rouen et de Boulogne-sur-mer.

Bénitiers. — Il y avait autrefois, devant la porte et à l’extérieur des églises, des fontaines où les fidèles, dans une

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intention symbolique, se lavaient le visage et les mains. Telle est l’origine des bénitiers du Moyen âge, qui ne diffèrent des fonts baptismaux que par leur petite dimension.

Bénitier roman, à Saint-Aventin, Villeneuve-le-Roi.

près Bagnères-de-Luchon. (wi« siècle.)

Jusqu’au xue siècle, ce furent de petites cuves supportées par une colonnette ou un petit pilier; ils étaient ordinairement placés en dehors de l’église ou sous le porche. Plus tard, on leur substitua des réservoirs appliqués contre un mur intérieur de l’église ou sur une colonne, et surmontés d’un dais. Le plus ancien bénitier conservé en France est probablement celui du musée d’Orléans, dont l’inscription grecque signifie: Lave tes péchés, et non pas seulement ton visage.

Article 6.

Sièges épiscopaux , chaires , confessionnaux , dais et pupitres.

Sièges épiscopaux. — Dans les basiliques, les sièges épiscopaux en bois ou en marbre ressemblaient aux chaises curules des Romains, et étaient placés derrièrelechœur, sur un exhaussement. Plus tard, ils prirent la forme d’un

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pliant en X qui, à partir du règne de Clotaire II, se garnit, aux montants qui se croisent, de têtes et de pieds d’animaux. Au xve siècle, ces sièges devinrent de véritables trônes , dont le couronnement majestueux était accompagné de dais, de pinacles et de pyramides élancées.

Chaires. — L’usage des chaires a été introduit au xnie siècle par les ordres mendiants; antérieurement, c’était l’ambon qui en tenait lieu. Les plus anciennes chaires que l’on connaisse sont en pierre et datent du xve siècle : telles sont celles de Vitré, de Saint-Lô et de Strasbourg. Celle de Saint-Pierre d’Avignon, placée dans l’embrasure d’une fenêtre, ressemble plutôt à un balcon qu’à une tribune. Elles étaient parfois placées en dehors de l’église : le prédicateur pouvait ainsi s’adresser à une foule plus nombreuse que celle qui aurait pu tenir dans l’enceinte de l’église. Nous donnons le dessin d’une chaire en pierre du

à Paris. Bruges.

xive siècle, qui se trouvait dans l’église des Carmes de la place Maubert, à Paris, et celui delà chaire de Bruges.

Confessionnaux. — On considère comme des confessionnaux les sièges creusés dans les parois latérales des catacombes. Pour comprendre qu’ils aient pu servir à cet

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usage, il faut se rappeler que, dans l’ancienne discipline, le pénitent se mettait à genoux en face du prêtre. Le concile de Milan, tenu en 1563, ordonne que le confesseur et la pénitente soient séparés par une jalousie de bois : ce décret prouve que l’usage de nos confessionnaux actuels était inconnu alors, ou du moins très-rare. Pendant tout le cours du Moyen âge, le confesseur s’asseyait sur un

Confessionnal du xvme siècle. Lutrin du xvi* siècle.

escabeau ou sur un simple banc, et il n’était séparé par aucune cloison du pénitent agenouillé à ses côtés.

Dais^. — Les anciens dais du xme siècle se composaient d’une pièce d’étoffe plus ou moins ajustée sur des lances ou sur un châssis brisé, susceptible de se prêter à toutes

les inégalités de largeur de passage ; ils ont été remplacés,

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au xvue siècle, par nos disgracieuses charpentes tendues de velours. C’est souvent à cause de ces lourdes machines qui ne pouvaient point, en raison de leur largeur, passer par la porte centrale, qu’on a détruit ces charmants trumeaux qui la partageaient en deux baies.

Bannières.. — Les bannières qui précèdent les processions, comme un symbole du triomphe de la résurrection de Notre-Seigneur , sont un souvenir du labarum de Constantin, dont ils ont longtemps conservé la forme. Les étendards militaires duMoyen âge, tels que l’oriflamme (auriflamma ) de Saint-Denys, étaient considères comme des objets religieux, et ordinairement conservés dans les églises.

Pupitres et lutrins. — La forme la plus ordinaire des lutrins ( lectrinum ) a toujours été un aigle dont les ailes sont déployées, pour soutenir le livre d’office ; on sait que l’aigle est le symbole de l’apôtre saint Jean. Il y avait ordinairement deux pupitres, l’un pour l’évangéliaire et l’autre pour l’épistolaire. Celui des Chartreux de Dijon était une grande colonne de cuivre surmontée d’un phénix et environnée des quatre animaux d’Ezéchiel, qui avaient la destination de pupitres. Quelques-uns, en bronze ou en fer, avaient la forme de nos modernes pupitres de musique.

Autels.

Les premiers Chrétiens ont dû se servir préférablement d’autels en bois, à cause de la facilité du transport. Au ive siècle, il y avait des autels en pierre, formés d’une table supportée par une ou plusieurs colonnes ; dès le vie siècle, ce fut la matière la plus universellement admise, et l’on ne consacrait avec le saint chrême que les autels

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en pierre. L’autel des basiliques latines avait souvent la forme d’un sarcophage carré, en pierre, en marbre, en porphyre ou en granit ; diverses figures symboliques, tél-

Autel latin, conservé à Saint-Denis.

les que le labarum, la palme, l’A et, l’Q, étaient gravées sur la table. Il était placé au-dessus de la confession. Les Orientaux, dès les premiers siècles du Christianisme, se sont fait une loi de n’admettre qu’un seul autel dans leurs temples *, mais les Chrétiens de l’Occident employèrent des autels secondaires, dès le ve siècle.

L’autel chrétien du Moyen âge a deux formes : c’est une table, ou un tombeau ; le premier est un souvenir de la table de la Cène, où Jésus Christ institua l’eucharistie; le second rappelle les tombeaux des martyrs, sur lesquels les fidèles des catacombes offrirent d’abord le saint sacrifice. Les autels en table, assez rares en Occident, sont presque tous antérieurs au xme siècle. A partir de cette époque, la forme du tombeau a toujours prévalu dans l’Eglise latine. Les autels cubiques des xie et xue siècles ont des ouvertures carrées sur la face principale, pour recevoir des reliques ; ils sont parfois enrichis de mosaïques, de peintures, de sculptures, de pierres incrustées et d’inscriptions. Un des plus curieux autels romans que nous connaissions est celui de l’église de Saint-Germer (1). C’est une table rectangulaire, reposant sur neuf colonnes écourtées, dont les piédestaux sont à angles saillants; un boudin

(1) V. ma Description historique de l'église de Saint-Germer . Amiens, 1842, in-8.

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sert de base aux fûts. Les feuilles des chapiteaux se lancéolent ou se roulent en volute. Les tailloirs, ceux du moins qui n’ont pas subi de dégradation, sont enveloppés par une plate-bande perforée. A l’extrémité du cordon de

Saint-Germer (xn« siècle).

chaque arcade se dessine une petite feuille ou un arc en relief. Les moulures de style ogival caractérisent suffisamment les autels des xme et xive siècles, qui, comme nous

Saint-Germer (xme siècle).

l’avons déjà dit, conservent presque toujours la forme générique des sarcophages ; leur ornementation est souvent empruntée au règne végétal ; la vigne et le blé y symbolisent le mystère de l’eucharistie. Aux xvtt et xvie siècles.

Folgoat (xve siècle).

les tables d’autel, au lieu d’être soutenues par des colonnettes ou des arcades détachées, n’ont souvent pour support

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qu’un massif de maçonnerie. À partir de la Renaissance, l’autel n’a plus été qu’un grand coffre plus ou moins allongé, en pierre, en marbre ou en bois.

Article 8.

Ciborium, tabernacles, retables et crédences.

Ciborium et baldaquins. — On donne le nom de ciborium à un petit édifice isolé, formé de quatre ou six colonnes correspondant aux angles de l’autel et portant une coupole destinée à le couvrir. On leur a donné ce nom à

Ciborium de Saint-Clément, à Rome. à Saint-Pierre de Rome.

cause de leur ressemblance soit à la coupe des ciboires eucharistiques, soit à un fruit d'Egypte qui porte ce nom. L’usage des ciboriums remonte au moins au temps de Justinien : ce prince, ayant rebâti l’église de Sainte-Sophie, à Constantinople, y fit construire un magnifique ciborium dont la voûte était en argent et les colonnes en vermeil. Le Moyen âge fit un usage bien moins fréquent des ciboriums que l’époque latine. La Renaissance les remit en vogue, sous le nom de baldaquins (de l’italien baldachino ), avec quelques différences de forme. Celui de Saint-Pierre

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