LES INVASIONS BARBARES
en ce qui concerne les Burgondcs, plusieurs lois réglementèrent ce partage. Une première loi partage par moitié la maison et les terres qui en dépendent. D'après une seconde loi. les Burgondes auraient obtenu la moitié de la maison, les deux tiers des terres arables et un tiers des esclaves, les bois et les prairies restant indivis. Enfin, une troisième loi, applicable à de nouveaux pays occupés, attribue seulement aux barbares, la moitié des maisons et des terres. Four les Wisigoths on a moins de détails ; on sait seulement que les deux tiers des terres furent attribués aux barbares. Quant aux Francs, leur établissement en Gaule eut pour effet de déposséder complètement la population romaine (1).
Division de la Gaule en 476. — Lorsque le dernier empereur d'Occident, Romulus Augustule, fut déposé à Rome en 476, la Gaule était ainsi divisée :
Au nord, les Francs ; à l'ouest, les Armoricains, formant un Etat indépendant ; au centre, les Gallo-Romains, sous l'autorité du magister miliium ; au sud-est, les Burgondes et au sud-ouest les Wisigoths.
Conquête de la Gaule par les Francs. — Cette situation fut de courte durée. Clovis, roi des Francs Saliens, bat les Gallo- Romains commandés par Svagrius, magister miliium, à Soissons, en 486, et y établit la capitale de son royaume. Converti au christianisme, après sa victoire de Tolbiac contre les Alamans, en 495, il tourna ses armes avec l'appui du clergé contre les Burgondes, qu'il bat à Dijon, en 500, et contre les Wisigoths qu'il défait à Vouillé, en 507 ; il soumit les Francs Ripuaires et traita avec les Armoricains. En sorte qu'à sa mort, survenue en 511, Clovis régnait sur presque toute la Gaule.
Dans la forme au moins, il reconnaissait l'autorité de l'empereur d'Orient en se faisant concéder par lui le titre de patrice et les insignes du consulat.
Conséquences historiques de la conquête de la Gaule par les Francs. — La question a été discutée, surtout au xvnie siècle, de savoir quelles ont été les conséquences historiques de la conquête de la Gaule par les Francs.
(1) Sur tous ces points : consulter Esmein, op. cil., p. 49 et 50.
Certains auteurs, qu'on appelle les Germanistes, prétendent que les Francs entrèrent en Gaule comme des conquérants et asservirent la population romaine vaincue. Cette thèse fut développée par le comte de Boulainvilliers, en 1727 (1), avec cette arrière-pensée politique de rattacher la noblesse française à la conquête germanique. Les nobles auraient été les descendants des vainqueurs, les roturiers et les serfs seraient les héritiers des vaincus.
Cette opinion fut combattue parles Romanistes, en la personne de l'abbé Dubos (2), qui soutint que les Francs étaient entrés pacifiquement en Gaule et qu'ils avaient respecté la liberté et la législation des Gallo-Romains.
L'opinion qui tend à prévaloir aujourd'hui c'est que les Francs, entrés tout d'abord en Gaule comme fœderati, ne tardèrent pas à se comporter en conquérants et à considérer les Romains comme leurs inférieurs. Mais il est tout à fait inexact de faire remonter la noblesse française à la conquête germanique, parce qu'à l'époque où la distinction a été faite en nobles et roturiers, les races étaient mélangées, on ne distinguait plus les Francs des Romains (3).
(1) Histoire de V ancien gouvernement de la France.
(2) Histoire de rétablissement de la monarchie française dans les Gaules (1142).
(3) M. Chénon à son cours.