GENOU (FACE ANTÉRIEURE
Le genou et le coude sont deux régions symétriques dont la pathologie dermatologique est similaire. Cette région étant donc traitée après celle du coude, j'en parlerai d'une façon très brève. On se reportera aux paragraphes correspondants du coude pour plus de détails.
L'ichtyose du genou comme celle du )
coude se présente souvent à un degré de Ichtyose p. 329.
développement remai'quable )
Le psoriasis au genou comme au coude ) , . . .„
^ ■ . , , Psoriasis p. 329.
monti^e ses lésions les plus caractéristiques. )
Il existe au genou comme au coude un )
hygroma de la bourse séreuse pré-rotu- , Hygroma. p. 330.
lienne )
... ei une localisation du xanthome plus ) ^ ^, „„.
, Xanthome p. 330.
rare et moins typique au genou qu au coude.
ICHTYOSE
Dans les ichtyoses très prononcées, Tichtyose du genou est souvent sordide; la peau s'y montre revêtue d'épais placards cornés, grissale, très adhérents, fendillés et craquelés en tous sens.
L'universalité du trouljle de la couche cornée, anormale sur presque tout le corps, les ilôts de réserve existant aux plis naturels, la congénitalité de l'affection, font faire le diagnostic (voir poui' le traitement, p. 585).
PSORIASIS
La plaque psoriasique du genou, ordinairement symétrique aux deux genoux, est la signature de la maladie. C'est sa localisation la première en date ordinairement, la plus constante, la plus caractéristique. Elle est souvent prise par le malade pour un calus et non soignée.
On la distinguera toujours d'un calus, produit dans certaines professions par l'agenouillement, en ce que le calus siège au-devant de la
550 DERMATOLOGIE TOPOGRAPHKJUE.
tubérosité du tibia tandis que la plaque psoriasique existe au-devant du ligament rotulien. Cette plaque peut être unique et grande, de 0 centimètres de diamètre, ronde ou ovale. Elle peut aussi être faite de 2 ou 5 taches conglomérées qui, réunies, font une lésion polycyclique. Enfin elle peut consister en 5 ou 10 taches petites ou grandes, mais toutes semblables, squameuses, à squame cartonnée, adhérente, feuilletée, dont les débris plats, sont micacés, savonneux, blancs, doux au toucher. La squame, enlevée d'une pièce, découvre un épiderme rouge, qui montre aussitôt une rosée de sang. Le diagnostic n'est difficile que dans les psoriasis à lésions rares. Autrement c'est le plus facile des diagnostics dermatologiques. En thèse générale, le genou ne montre pas de placards eczémateux, et les soi-disant eczémas chroniques qu'on y a décrits étaient des psoriasis. Le psoriasis peut d'ailleurs s'eczéraatiser et produire une humidité sous sa croûte. (Pour le traitement du psoriasis, voir p. 592.)
HYGROMA
La bourse séreuse pré-rotulienne peut s'enflammer et produire un hygroma qui, tantôt sera une infiltration séi'euse et se terminera par résorption, tantôt sera une infiltration purulente et se comportera comme un abcès. L'intensité des symptômes locaux réactionnels est beaucoup moindre dans le premier cas que dans le second.
J'ai déjà décrit au coude cette lésion hémisphérique régulière, que sa régularité même et son siège font diagnostiquer à première vue.
Dans l'hygroma séreux : compression locale.
Dans l'hygroma suppuré : ouverture chirurgicale.
XANTHOIVIE
Le xanthome généralisé ne manque guère de montrer de ses lésions au coude; ses localisations au genou sont moins constantes et caractéristiques. Quand ces lésions y existent, elles s'y présentent de même, soit sous la forme papuleuse : (papules jaunes, saillantes, plates, demimolles, indolores; évolution chronique sans régression), soit sous la forme tubéreuse (tumeurs moins nombreuses, plus grosses, de même évolution, assez flaccides et molles, ridées, de même couleur que les papules) (voir pour le traitement du xanthome, p. 527).
La surface de la jambe est l'une des régions tégumentaires de riiomme dont la pathologie est le plus spéciale. Elle doit cette particularité à la situation déclive du membre, à la congestion passive qui s'ensuit, et plus tard aux varices qui en résultent.
Ecthyma p. 332.
Furoncles p. 334.
îthyma furoncu-
leux p. 335.
Gale p. 338.
Nous étudierons d'abord la pathologie de la région dans la première moitié de l'existence humaine, avec les ulcérations de i'ecthyma vrai, streptococcique ....
... les furoncles et les éruptions furoncu- ) leuses )
... et V ecthyma furonculeux staphylo- ) Ecthyma furoncucoccique
. . . les éruptions en cocarde de i'érythème ) Erythème polymorpolymorphe \ phe p. 336.
... les macules innombrables des érup- ) „ .
} Purpura p. 337.
tions de purpura ) ^ ^
...et une dermite chronique de couleur } Dermite jaune d'ojaune d'ocre tout à fait spéciale à la région. ) cre p. 337.
Aux jambes d'ailleurs toutes les dermatoses peuvent prendre un aspect spécial depuis la gale qui s'y montre presque toujours pustuleuse
... jusqu'aux plaques rondes squameuses ) . . oon
... ; Psoriasis p. oôy.
du psoriasis. )
... ou aux éruptions en archipel du lichen ) plan de Wilson toujours sous-tendues de , Lichen plan. ... p. 339. plaques congestives de couleur lie de vin. )
A partir de l'âge mûr i'eczéma des jambes qu'on observe pourtant dans l'adolescence devient plus fréquent sous des formes diverses
A partir de l'âqe mûr la stase veineuse ) „. ,, . , . , , ., , . f Stase veineuse. Va-
etles varices ont acquis dans la pathologie > . o.,
locale une influence prépondérante. . . . )
Et sur un tégument variqueux les moin- ) wv,^„ ^ - ^ -^ ( Eczéma traumati-
dres causes pourront créer une dermite o/o
. ,. ^ V que p. 342.
traumatique j
Eczéma p. 340.
oo
9 DERMATOLOGIE TOPOGRAPHIOUE.
L'ulcère de jambe gui n'est pas toujours variqueux est une lésion commune et caractéristique. Il a aussi ses complications
propres: les lymphangites à répétition prin- [ Ulcère de jambe et cipalement et i éléphantiasis spécial qu'elles troubles qui l'acdéterminent et les troubles dœdème chro- { compagnent. . . p. 342. nique de pigmentations et d'hypertrophie cutanée papillomateuse, enfin des scléroses cutanées progressives et leur s conséquences.
La syphilis a aussi ses localisations par- \ ticulières à la jambe. En dehors du tibia j platicnémien des hérédo-syphilitiques et j
de la périostose secondaire, ce sont surtout V Syphilis p. 346-
des lésions tertiaires; le syphilome diffus du i mollet par exemple, les gommes de la peau j et i'ulcère syphilitique • • /
Nous terminerons cet article très im- \ portant par l'étude succincte des lésions rares que l'on observe à la jambe avec une f Lichen corné atro-
fréquence relative. Ainsi les -lésions dis- ( phique p- 349.
persées discrètes du lichen corné à évolution atrophique cicatricielle
...ainsi la pelade symétrique des yamjbes. Pelade P- 349-
... ies épithéliomas surcicatriciels Èpithéliomas. . . p. 349.
est une
lelephantiasis des pays chauds qui ) ^, , , ,. . . qk^
„, . ^ '^ [ Eléphantiasis vrai. p. 350.
ne nlariose ) ■
... et enfin le bouton d Orient toujours ) ,.« • . oc»
„.,..,, , ■ Bouton d Orient. . p. 351.
dimportation étrangère en notre pays. . )
L'ECTHYMA
Dans le premier tiers ou la première moitié de l'existence, le surmenage plivsi([ue, la station deboLit, les marches forcées, la chlorose, sans parler des lésions cardiaques et rénales, etc., peuvent amener de l'œdème des jambes, lequel augmente bien davantage à la moindre lésion inflammatoire. C'est dans les conditions précitées que surviennent d'ordinaire l'ecthyma, la furonculose, l'érythème polymorphe, et le purpura, chez les jeunes gens ou Ihomme adulte.
Chez l'adolescent les lésions de reclliyma peuvent résulter d"ime inoculation accidentelle. Mais elles ne se développent que chez les surmenés, les allâmes, les miséreux, les cachectiques.
Ce sont des lésions peu nombreuses, espacées, disséminées, ulcé-
relises, tantôt ouvertes : bords à pic, fond sanieux; tantôt fermées par une croûte papyracée facile à rompre et recouvrant un liquide séropurulent quelquefois rose ou strié de sang. La lésion jusqu'à sa période de guérison est aréolée de rouge. Elle débute, les uns disent, par nue pustule qui s'ouvre et se creuse (Vidal-Leloir), les autres disent, avec raison, par une phlyctène plate, qui ne passe à la purulence et à F ulcéra lion que secondairement (').
On en peut décrire des formes qui ne diffèrent que par la grandeur des lésions ou leur profondeur. Ces variétés n'ont qu'une importance veibale.
L'ecthyma vraiment ulcéreux, à quelque âge qu'il survienne, témoigne or- ^ dinairement d'un trouble général qu'il \v^ faut rechercher quand il n'est pas évident : tuberculose, diabète, entérite grave chez le nourrisson [eclhyiiKi cachecticorum).
Traitement. — Coucher et baigner le malade, le bien nourrir, le laisser au repos : traiter la cause de l'état général quand elle est reconnue.
Le traitement local ne vient qu'ensuite : Déterger les ulcérations avec des lotions et pansements humides à l'eau d'Alibour faible.
Eau distillée .... 500 grammes.
Sulfate de cuivre . . 2 ■ — — de zinc. . . ."> —
Si les ulcérations tardent à se cicatriser et restent atones les panser avec
Sous-carbonate de fer. . t gramme. Vaseline 40 £;rammes.
Fie. 126. — Eclhyma des auteurs modernes, i-upia de Bateman. (Malade de Lailler.
Musée de l'hôpital Saint-Louis, n''2ôi).
(») Cette différence d'opinion vient d'une erreur terminologique. \:edhi))na actuel ayant été décrit par Willan-Bateman sous le nom de rupia, mot qui est
334 DERMATOLOGIE TOPOGRAPHIOUE.
Le pronostic est entièrement soumis à celui que comporte l'état général du patient. En général la guérison de l'ecthyma en lui-même est deux ou trois semaines.
Il est possible que l'ecthyma soit ou puisse être la résultante d'associations microbiennes. Ce qu'on peut affirmer, c'est que la culture faite en partant du pus ou de la sérositédes ulcérations et par les techniques nécessaires (voir p. iO), y démontre toujours la présence du streptocoque (Bezançon, Thibierge). Jusqu'à plus ample informé l'ecthyma des modernes, le rupia de Bateman, doit donc être considéré comme un impétigo vulgaire, contagiosa, que des conditions locales ou générales ont rendu ulcéreux. Il coexiste d'ailleurs très fréquemment avec l'impétigo du visage ou du corps. L'ecthyma est facilement inoculable par piqûre vaccinale (Vidal).
FURONCULOSE
Quand la furonculose est généralisée à tout le corps, la furonculose des jambes n'est qu'un simple épiphénomène au cours d'une infection staphylococcique de toute la surface cutanée. Elle est en relations ordinairement avec le diabète, la phosphaturie et divers états cachectiques.
Quand la furonculose est localisée aux jambes elle reconnaît les mêmes causes locales et générales que l'ecthyma. Comme partout, chaque furoncule commence d'ordinaire par une pustulette grosse comme un grain de mil, à l'orifice d'un follicule, à la base d'un poil. La pustulette se flétrit, est enlevée par un grattage, disparaît, il reste un point rouge. Trois jours plus tard ce point est acuminé, très douloureux, la rougeur s'est étendue, et tous les phénomènes inflammatoires ont augmenté. Encore trois jours plus tard, le furoncle est ouvert, puis il élimine un bouchon sphacélique vert, les phénomènes locaux s'amendent peu à peu. Dans une furonculose des jambes, supposons qu'il se produise chaque jour 10 pustulettes : 5 avortent, 5 font un demi-furoncle, 1 un furoncle vrai, 1 un furoncle avec abcès périfuronculeux et élimination de 5 à 5 gouttes de pus, et ainsi de suite; alors les lésions paraissent polymorphes parce qu'on les voit à des âges et stades dilférenls .
tombé en désuétude, nombre d'auteurs se trouvent décrire l'ecthyma de Bateman, lequel est l'abcès furonculeux, comme début du rupia de Bateman, c'est-à-dire de la dermatose ulcéreuse dont nous parlons.
C'est là un des chapitres de rinfection staphylococciqne de la peau dont nous connaissons déjà tant de types cliniquement diU'érenciés, anatomiquement et bactériologiquement semblables.
Le traitement général ne diffère pas de celui de l'ecthyma. Traiter la glycosurie quand elle existe. Les phosphates et Tacide phosphorique officinal (10 à 40 gouttes par jour dans de Teau ou de la bière) donnent souvent des résultats excellents, de même la balnéation (avec 50 grammes de sulfate de zinc pour une baignoire de 500 litres). On retire de bons effets de la galvano-puncture de chaque pustule le jour de son apparition, mais c'est un traitement de clinique ou d'hôpital plus que de consultation urbaine. A son défaut on peut essayer, après l'épilation du poil dont le follicule est infecté, l'application d'une goutte de teinture d'iode. Le traitement du furoncle une fois déclaré est illusoire. Celui de l'abcès péri-furonculeux est celui de tous les abcès. L'ouvrir n'est môme pas toujours nécessaire, puisque l'ouverture du furoncle existe encore. Les antiseptiques doivent, quels qu'ils soient, être employés à très faibles doses et avec grande prudence (Voir Dermite.s artificielles, p. 542).
ECTHYIVIA FURONCULEUX
De môme que l'on confondait, naguère encore, les deux impétigos (voir p. 8 et 204), sans en faire la différenciation explicite, de môme on confond encore les deux ecthymas, bien qu'ils aient été très explicitement différenciés par Bateman et Willan au commencement du siècle dernier. Nous avons décrit plus haut et tîguré l'ecthyma actuel, l'ancien rupia de Bateman, qui est un ulcère streptococcique. Nous devons maintenant dire quelques mots de Veclhyma furonculeux, qui est l'ancien ecthyma ivillanique. On ne l'observe guère que chez des jeunes gens qui font de léquitation un surmenage. Il commence par une furonculose des fesses, furonculose ordinaire, qui s'étend à la face interne de tout le membre inférieur. Bientôt chaque cratère furonculeux nouveau une fois constitué, s'agrandit par un sphacèle circonférentiel fait de petits bourbillons distincts, cùte à côte. 11 ne s'agit pas d'un anthrax, car il n'y a pas de phénomènes généraux importants et puis le cratère furonculeux est primitivement constitué par un bourbillon unique. Mais c"est comme des anthrax froids dont les bourbillons seraient contiuus et d'évolution successive.
Le traitement général est le repos. Le topiqne local, la pommade au sous-carbonate de fer au 1/40".
ËRYTHEME POLYlViORPHE
L'érythème polymorphe a trois localisations préférées : le cou, les poignets et la jambe, avec prédominance des lésions autour des chevilles.
L'apparition des taches qui le caractérisent est à peu près simultanée, l'éruption est complète en un ou deux jours. Les lésions, à la jambe, gardent leurs caractères normaux, leur orbicularité, leur centre bistre, leur liséré de pourtour rose ou rouge, leur forme totale en cocarde. Toutefois, plus souvent en cette région qu'en toute autre, on voit Térythème polymorphe prendre des formes inaccoutumées, montrer des lésions huileuses ou des lésions largement érythémateuses, chaque efflorescence ayant un très large liséré violet, ou des formes purpuriques avec hémorragies punctiformes dans l'aréole de chaque élément. L'érythème polymorphe suit ordinairement à trois ou huit jours d'intervalle une infection bénigne, le plus souvent une angine simple on une rhinopharyngite. Fréquemment le malade a eu conscience de l'inléction, qui s'est traduite par une simple courbature, sans que les signes fonctionnels aient suffi à indiquer son point de départ.
Les taches, leur cercle, les bulles, quand elles existent, paraissent amicrobiens. Le sang mémo (Bodiri) quand il est prélevé à la période de l'érythème est stérile. L'hypothèse la plus conforme à ces faits ferait de l'érythème polymorphe un érythème toxinique. L'opiaion qui rattache Yénithème noueux à l'érythème polymorphe ne compte plus que des partisans, bien qu'on puisse voir évoluer en série les nodosités sous-cutanées roses, douloureuses de l'érythème noueux, en dehors de toute efflorescence cutanée. Il s'agit vraisemblablement de thromboses veineuses sous-cutanées (p. 078). La marche et l'évolution demeurent celles de l'érythème polymorphe.
Traitement. — Demi-repos, demi-diète; en cas de réaction générale, le lit: de même en cas de lésions huileuses (ouvrii- la bulle sans la décortiquer). Boissons chaudes, si besoin est un purgatif léger, aucun topi({ue local, pronostic très bénin.