‹ Manuel élémentaire de dermatologie topographique régionaleChapitre 140 sur 251 · ECZÉMA CHRONIQUE · texte numérisé non relu

ECZÉMA CHRONIQUE

A la face palmaire des doigts, comme au bout des doigts, comme à la face palmaire des mains, l'eczéma chronique, provoqué ou spontané, prend souvent la forme hyperkératosique et fîssuraire. Les surfaces plates s'épaississent et s'écaillent, tandis que les plis de flexion se fendent. Des fissures se produisent, même hors des plis de flexion. C'est un eczéma d'une pitoyable ténacité.

S'il a une cause traumatique, supprimer cette cause d'abord: ne pas oublier ensuite que dans tous les cas où une lésion est hyperkératosique, le décapage mécanique est nécessaire. Les lésions, ramollies par des pansements humides et poncés, seront traitées ensuite comme les eczémas chroniques (]). 585).

Ne pas oublier que, dans la plupart des lésions lissuraires, les préparations à la glycéiMue sont préférables aux pommades à base de vaseline; et qu'après la première cuisson qu'elles provoquent, le soulagement qu'elles procurent est supérieur ati soulagement que procure toute autre préparation. Et cela n'est pas indifférent dans un

/t20 DEMATOLOlilE TOFOGRAPIIÏQUl-].

eczéma qui peut ètie et est souvent des plus douloureux à tous les mouvements des doists.

KÈRATODERMIE SYMETRIQUE DES EXTREMITES

J'ai parlé de cette liyperkératose congénitale, familiale, héréditaire, en étudiant les maladies palmaires (p. 398). Elle existe à la face palmaire des doigts, de môme.

On est souvent amené à se demander si, dans la persistance ides eczémas hyperkératosiques et tissuraires de cette région, il ne faut pas voir l'exagération par des causes occasionnelles d'une lendance spontanée préalable à l'hyperkératose (}). iOij.

VERRUES

Les verrues de la face palmaire du doigt revêtent une symptomatique objective et fonctionnelle assez particulière. D'abord elles sont comme noyées dans l'épiderme corné, sur lequel elles font une saillie obtuse.

Puis la saillie se prononce, et dès lors toutes les pressions sur elles seront douloureuses, comme sur le cor ou les duj'illons plantaires aux pieds. Cela amène un certain degré d'impotence fonclionnelle, (pii fait demander une intervention. En outre, il est remarquable de voir que les verrues un peu développées de cette région, perforent l'épiderme corné, mais n'y adhèrent pas, en sorte qu'il existe autoiu* d'elle un sillon profond qui peut s'infecter.

La thérapeutique est essentiellement chirurgicale. Après insensibilisation bien complète, on détruira la verrue QnlïbvQ. j^isquau devine, au galvano-cautèrc. Très souvent l'intervention est insuffisante, parce que le médecin se rend mal compte de la profondeur de l'épiderme corné. Dans ce cas la verrue récidive.

Ne pas confondre les verrues palmaires avec les calus (|ui sont des tubérosités cornées professionnelles, et dont nous avons parlé h la paume des mains (p. 407).

TRICHOPHYTIE

La trichophytie ne débute guère par la face palmaire du doigt, mais elle l'envahit souvent. Ce qui caractérise surtout la lésion, c'est

DOIGT (FACE PALMAIRE). /i2l

sa forme d'ensemble. Elle contourne le doigt, mais si on développait sa surface sur un plan, elle formerait un cercle parfait.

Elle est évidemment vésiculeuse à la face dorsale, et semble hypei- Ivératosique à la face palmaire, mais elle est souvent vésiculeuse aussi sous Tépiderme corné épais, seulement les vésicules peuvent être dissimulées par Tépiderme corné. J'ai dit le travail de décapage auquel obligent les trichophyties de ces régions (p. 401),

KYSTES TRAUMATIQUES

Les kystes traumatiques sous-épidermiques sont une alfection rare et d'étiologie curieuse. Dans certains métiers où les doigts sont exposés à être pénétrés par des instruments contondants, des débris d'épiderme, entraînés par l'outil, se gretrent dans la profondeur et s'organisent en kystes clos, exactement semblables à de minuscules kystes dermoïdes. sauf (ju'ils ne proviennent pas d'une inclusion fœtale.

Ces kystes perlés ronds, demi-transparents, souvent multiples sur le même doigt, sont localisés toujours exclusivement à sa face palmaire.

Le bout du doigt a vraiineut une pathologie dermatologique s}Déciale qui n'est point celle du doigta sa base ou de la main.

Le chancre syphilitique du doigt, si diffi- ) cile de diagnostic et si souvent méconnu, est / Chancre syphilitique, p. 422. pi^esque toujours péri-unguéal )

De même le lupus du doigt si souvent ] pris à tort pour un eczéma chronique et ^ Lupus et tuberculose la tuberculose papillomateuse que nous ( papillomateuse. . p. 423. avons déjà étudiée au dos de la main. . . ]

La tourniole, impétigo contagieux du \

tour de l'ongle, périonychose phlycténu- I Tourniole p. 424.

laire streptococcique, a les mêmes localisa- i tiens I

Il existe un eczéma péri-unguéal, de ) mœurs et de causes spéciales, ayant une > Eczémapéri-unguéal. p. 425. physionomie et un traitement propres . . )

Et il existe aussi un psoriasis péri- } Psoriasis péri-ununguéal, de diagnostic souvent délicat. . . ) guéal p. 427.

Des affections mêmes que nous avons j

étudiées prennent autour de l'onqle des I „ ,„„

^ ^ , . ^f. ,} Verrues p. 429.

symptômes spéciaux qui nous obligeront l

à en dire un mot, ainsi les verrues. ... I

Enfin certaines affections générales ont ) une localisation primaire aux doigts comme / Sclérodactylie . . . p. 428. la sclérodactylie i

Ou bien certaines affections présentent au bout du doigt des localisations et des manifestations d'une importance diagnostique considérable, ainsi la lèpre

Panaris mutilant. . p. 430.

CHANCRE SYPHILITIQUE

Le chancre syphilitique du doigt est le plus fréquent des chancres professionnels : (médecins, sages-femmes) et l'un des plus dangereux quand il n'est pas reconnu à temps. Il se rencontre, même en dehors des cas de contamination professionnelle. On assiste rarement à son

début. Au stade d'état, on dirait un panaris en régression ou une lésion tuberculeuse, ou môme une lésion d'eczéma chronique. Il siège ordinairement au long de l'ongle ou à sa base ; il élargit considérablement le doigt à son niveau, faisant une tumeur oblongue dure, de un à deux centimètres de longueur. Sa surface est rouge, squameuse en son pourtour, quelquefois un peu suinlante dans la rainure unguéale. Rien qui rappelle l'ulcération de surface, la surface en soucoupe, l'induration ronde, pseudo-cartilagineuse, du chancre syphilitique de tous sièges. Ainsi donc les principaux caractères du chancre syphilitique lui manquent en cette localisation.

On fait le diagnostic par exclusion; ce n'est pas un abcès latérounguéal, à cause du manque de symptômes douloureux et de la durée trop longue; ce n'est pas une tuberculose locale, qui peut atteindre à ce développement, en un temps si restreint; ce n'est pas un eczéma unguéal, à un seul doigt, avec cette augmentation de volume. Dans ces conditions, chercher le ganglion épitrochléen, énorme, dur, caractéristique; surveiller l'évolution; ce chancre est d'une durée extraordinaire il dure 2 mois 1/2 et davantage avant d'être tout à fait épidermisé.

La poly-micro-adénite généralisée et la roséole feront le diagnostic évident.

TUBERCULOSE PAPI LLOM ATEUSE — LUPUS

Le tour de l'ongle peut montrer deux types de tuberculoses locales très différentes. La tuberculose papillomateuse et le lupus.

Tuberculose papillomateuse. — Elle occupe l'angle latéro-unguéa! de Tongle ou sa base. C'est un Ilot rond ou oblongde « papillomatose >\

FiG. 159. — Tuberculose végétante. (Malade de E. Vidal. Musée de l'hôpital Saint-Louis, n" 7"20.)

une néoplasie, peu saillante, verruqueuse de surface et hyperkératosique. Dansla sertissure de l'ongle, quand elle est envahie, la structure

'tU DERMATOLOGIE TOPOGRAPHIOLE.

velvétiqiie de la iiéoplasie est évidente. Il peut se faire un suintement léger.

Le lupus péri-unguéal est d'un diagnostic difficile. Il est souvent diagnostiqué eczéma chronique. Pourtant il n'occupe qu'un seul doigt ce qui est exceptionnel dans l'eczéma. L'ongle semble sortir de bour-

FiCr. 160. — Lupus péri-iingiK'al. (ihilade de Brocq. l'iiotograpliie de Sottas.)

l'elets fongueux épais, douloureux à la pression, un peu suintants au ras de l'ongle. Ce bourrelet peut montrer, surtout à quelque distance de l'ongle, des tubercules jaunes, persistant sous la vitro-pression; le plus souvent non. Le lupus de l'ongle ressemble avec ses fongosités au lupus des muqueuses dures particulièrement des gencives. Après quelque temps la longue durée de l'aftection aide au diagnostic ainsi que son accroissement continu.

Le traitement de ces deux lésions est chirurgical. C'est, si l'on veut, d'abord le raclage et le curetage des fongosités et villosités, puis la destruction au galvano-cautère de tout tissu envahi ou douteux. Cette destruction doit se faire après anesthésie, sous peine d'être forcément incomplète. Elle l'est quand même souvent et il faut prévoir des reprises et des opérations complémentaires. La radiothérapie en provoquant l'érythème radiodermique (7 unités H.) ou la photothérapie devraient être essayées, au moins après le nettoyage local chirurgical.

TOURNIOLE — PÉRIONYXIS PHLYCTÉNULAIRE STREPTOCOCCIQUE

En son type normal, latourniole débute par une phlyctène grise eu forme de croissant, entourant d'un côté la base d'un ongle. Cette phlyctène est remplie, non pas de pus, mais de sérosité louche. Si cette phlyctène n'est pas déchirée, elle s'étend de proche en proche, tournant autour de l'ongle (tourniole) ; elle peut atteindre le bout du doigt et créer sous le bord libre de l'ongle une phlyctène plus ou moins grosse, plus douloureuse que la tourniole première, ordinairement

BOUT DU DOIGT. /t25

peu sensible (p. 417). Le plus souvent le grattage la crève, elle se vide, se flétrit, ce qui peut ne pas empêcher son extension comme dans le cas précédent, mais alors son contenu passe à la suppuration.

C'est un élément d'impétigo contagiosa streptococcique comme le prouve la culture faite au premier début de la lésion ; (d'après les méthodes que nous avons données p. 10). Ordinairement la lourniole accompagne des lésions typiques d'impétigo du visage (p. 8), du dos des mains (p. 589), ou des bulles séreuses des régions à épidémie corné épais (p. 417).

Le traitement est celui de tous les impéligos streptococciques. Abraser l'épiderme soulevé, en totalité, récliner ses bords, laver et baigner à l'eau d'Alibour très souvent, en permanence si l'on peut.

Sulfate de zinc 5 grammes.

— de cuivre , 2 —

Eau distillée camphrée à saturation et tiltrée. 500 —

ECZÉMAS PÉRI-UNGUÉAUX

L"eczéma péri-unguéal peut s'observer dans trois cas très dilTérents :

Fk;. 161. — Eczéma unguéal, péri-unguéal et sous-unguéal. (Malade de Biocq. Pliotographie de Sotlas.)

r ou bien l'ongle et la peau voisine sont malades ensemble, mais le

doigt, la main et le corps du sujet sont indemnes d'eczéma. Il s'agit donc d'un eczéma localisé aux régions du bout des doigts.

Le plus souvent, dans ce cas, il s'agit d'un eczéma traumatique.

FiG. 1(W. — Eczéinn hyperkératosique palmaire (et plantaire). (Malade de Brocq. Photographie de Sotlas.)

d'une dermite manouvrière. Uechercher ses causes professionnelles; il

est fréquent chez les casseuses de sucre , les fleuristes, les photographes, les cimentiers, etc.

Dans ce cas, sur le dos du doigt, la peau est épaissie, ronge, quelquefois suintante, d'autres fois squameuse, douloureuse; lépiderme corné est détruit ou tissuraire.

Le traitement est dans la suppression de la cause. Appliquer dans les sillons péri - unguéaux une solution forte de nitrate d'arau 1/10, et des pâtes couvrantes.

FiG. 165. — Eczéma des doiL;ls .•! d,.- (iiii;!.-., (Malade de Vidal. Musée de l'Iiùiiilal Saint-Luuis, n" 5G1.)

gent au 1/5 ou

2" Ou bien reczéma du bout des doigts existe aussi au bout des orteils. Aux quatre extrémités ou observe une hyperkératose marquée, non seulement sur le dos du doigt, mais au bout du doigt, sous le bord libre de l'ongle, et ce bord est épaissi, de couleur cireuse, souvent fissuraire, douloureux. Quelquefois il s'agit d'une kératodermie symétrique des extrémités qui s'est compliquée d'eczématisalion . Le plus souvent la cause de cet eczéma et de sa localisation est inconnue.

Traitement par les médicaments kératolytiques : résorcine, acide salicylique au 1/5 ou 1/4; au besoin pâte de savon noir, ou, avec précaution, lessive de soude appliquée au pinceau par le médecin luimême. On ramollit ainsi les lames hyperkératosiques, on sèche les fissures par applications quotidiennes de baume du Commandeur. Ordinairement les préparations à base de glycérine, dans cette forme spéciale, sont mieux tolérées que les autres excipients. Les lésions péri-unguéales sont traitées comme dans la forme précédente.

3" Entin l'eczéma unguéal et péri-unguéal peut n'être qu'un épisode régional d'un eczéma chronique généralisé et dans ce cas s'il comporte un traitement un peu spécial et habituellement basé sur l'emploi du nitrate d'argent et des goudrons, son pronostic est évidemment lié à celui de la dermatose générale dont il fail parfie.

Oxyde de zinc 15 grammes.

Goudron li(|iiide purilié 4 —

Ichtyol 2 -

Huile d'amandes douces fraîche 15 —

Lanolini' 50 —

PSORIASIS PËRI-UNGUEAL

Au contraire de l'eczéma, le psoriasis touche rarement à la peau de la région péri-unguéale. Alors que l'ongle est nettement malade, très souvent, sauf sa sertissure qui est un peu béante et la suppression de la couche épidermique qui vient adhérer à la lunule en temps normal, la peau elle-même n'est pas malade.

Il n'en est pas toujours ainsi. Mais lorsque la peau du tour de l'ongle est psoriasique, ordinairement il s'agit de psoriasis généralisé; la peau des mains et des doigts est malade en totalité, et, même dans

i28 DERMATOLOGIE TOPOGRAPHIQUE.

ce cas, la peau n'est pas plus prise autour de l'ongle que sur le

FiG. 16i. — Psoi-iasis des ongles, (llalado de Thihierge. Musée de Ihopital Saint-Louis n° 1512.)

reste du doigt. Le contraire peut arriver mais est rare (tig. 164).

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