LICHEN PLAN D'ERASMUS WILSON
Le nom ancien de lichen est resté à deux maladies. A l'étranger, on désigne sous le nom de lichen rnher acuniinatus le pityriasis rubra pilaire de France. On y désigne en outre sous le nom de lichen ruher planus (en France: lichen plan), une maladie éruptive de marche lente, de mœurs très spéciales, décrite par E. Wilson.
Le lichen plan n'est donc pas une variété de lichens-prurigos, c'est une affection vraisemblablement aussi spécifique que le pityriasis rosé deGibert, le psoriasis ou la varicelle. Sa cause est inconnue, sa nature est discutable, mais son autonomie n'est guère contestable tant l'histologie de ses lésions les font particulières.
Le lichen plan débute en général d'emblée, et non sur des lésions préexistantes. Je l'ai vu pourtant naître, une fois, au milieu des lésions d'un psoriasis et sur elles, et une autre fois sur les lésions d'un pityriasis médio-thoracique intense et par transformation in situ de ses lésions. J'ai vu aussi son éruption être précédée par un placard primitif identique à celui du pityriasis rosé (p. 588). Ces faits sont rares. Ordinairement, le lichen plan débute par un semis de lésions semblables à toutes celles qui suivront. Ces premières lésions surviennent aux poignets, aux mains, à l'avant-bras ou sur le corps. Elles peuvent rester très longtemps localisées. Le plus souvent, l'éruption se fait, se généralise et se complète, de jour en jour, en quelques semaines.
Sa lésion est une papule. De la dimension des macules de la rougeole, les papules du lichen plan sont d'un rouge jaunâtre, nettement saillantes, plates d'emblée et de surface lisse, de consistance demi-dure. Ces papules sont très souvent disposées en archipel autour d'une lésion de même morphologie, mais plus grosse. Ces archipels ont tous une forme analogue qu'ils ne perdent que si l'éruption devient cohérente. Une égratignure produit une série linéaire de papules sur toute sa longueur. Sur les régions costales, les papules se disposent en série dont la direction, surtout sur la face postérieure du corps, est celle des côtes elles-mêmes. L'éruption, très souvent cohérente sur tout le corps, devient continente en certains points (face interne de l'avant-
bras, dos des mains, etc.). Ces placards sont au lichen plan ce que la lichénisation est au prurigo; riiomologie est nette, mais le placard du lichen plan est aussi spécial que sa papule. Ce placard mince, dur, d'un rouge pâle un peu violet, est quadrillé par de minces arborisations grises qui en découpent la surface en tous sens. Le lichen plan a des mœurs aussi particulières que ses lésions. On l'observe à la paume des mains, à la plante des pieds, dans la bouche et sur la
Fin. 211. — tléiiietiLs papuleux connuents do lichen plan de E. Wilson. (Malade de Brocq. Photographie de Sottas.)
langue; aux parties génitales, il peut couvrir le fourreau de la verge et même le gland. •
Le lichen plan a des formes diverses. Son éruption peut être froide, limitée aux seuls éléments papuleux, ou bien érythémateuse, et toutes les papules ont un cercle périphérique rose violet. Souvent la papule du lichen plan présente un mince chapeau corné, dont le développement anormal crée une forme hyperkératosique. Dans certains cas, les papules sont énormes : forme hypertrophique; dans d'autres cas, la distribution des papules semble suivre un trajet nerveux ; dans d'autres, elle est circinée. Toutes ces formes, sauf la forme érythémateuse, sont rares. L'éruption ne s'accompagne à aucun moment de symptômes généraux; les symptômes fonctionnels sont des plus . variables; le principal est le prurit, qui peut être excessif, intolérable, ou à peine sensible; les patients accusent un fourmillement, une cuisson, quelquefois très pénibles. Ordinairement, ces symptômes restetit modérés et s'apaisent vite. La durée de la maladie est de 2à 4 mois dans les cas aigus; plus souvent de 5 à 10 mois, quelquefois d'un an et demi et plus. Au cours de sa durée, on voit cette affection avoir des rechutes, je n'ai pas vu de récidives; plusieurs
DERMATOSES PAPIJLEUSES. — PRURIGOS. - LICUENS, ETC. 6^25
auteurs en ont mentionné la possibilité. Lorsque la phase régressive arrive, toutes les lésions qui s'efTacent et disparaissent peuvent être remplacées par une pigmentation grise ou même noire dont la disparition est très lente.
Cette maladie n'a pas de traitement spécifique. Aucun traitement général n'est valable et ne donne d'effet appréciable constant : la thérapeutique se borne à diminuer les symptômes fonctionnels, le pruiit, surtout dans les cas où il est grave, par les douches tempérées, ôû^-o?", de trois minutes de durée, aussi peu percussives que possible, quotidiennes ou biquotidiennes (L. Jacquet). Les topiques locaux sont d'effet moral. • !
POROKÉRATOSE '
La porokératose est une maladie rare très analogue au lichen plan annulaire et dont l'histoire n'est qu'ébauchée (Respighi, Mibelli). Elle a pour lieu d'élections les extrémités, la face dorsale des mains et des pieds, l'avant-bras, la jambe, les organes génitaux, la muqueuse buccale. Sa lésion élémentaire est une papule cornée peu saillante entourée d'un cercle hyperkératosique dont elle est séparée par un sillon. Quand la lésion est devenue grande, elle est irrégulièrement cyclique. Au centre, la peau, un peu atrophique, est lisse ou squameuse, le pourtour est fait d'élevures cornées cohérentes ressemblant à la papule élémentaire.
L'évolution de cette affection est chronique, les lésions derneurcMil sur place, n'augmentent plus de nombre, et restent toujours relativement discrètes et rares. Les ongles peuvent être pris et deviennent onychorrexiques (p. 452). Dans la bouche, les lésions ressemblcnl à celles du lichen plan. Elles sont inconstantes.
On a vu les lésions cutanées rétrocéder et guérir spontanément en laissant à leur place une petite cicatrice atrophique.
Aucun traitement n'a d'action reconiuie. On doit essayer sur la peau tous les kératoly tiques actifs : acides saiicylique, pyrogallique, etc.