ANTHRAX
L'anthrax est un furoncle énorme constitué par la formation de plusieurs nodus spliacéliques côte à côte, en série, provoquant la formation d'une série d'oriiices contigus d'élimination à la peau. Les symptômes subjectifs, déjà si violents, du furoncle sont multipliés par le nombre des foyers furonculeux, les symptômes généraux sont proportionnels à la dimension que prend l'anthrax.
L'intervention doit être large, vraiment chirurgicale. xVider à la détersion profonde par des pulvérisations d'eau bouillie, garantir la peau voisine par des pâtes couvrantes aseptiques. Soutenir les forces du malade. Chercher la glycosurie possible et toute tare fonctionnelle organique. Je n'insiste pas : le traitement de l'anthrax étant vraimen plus chirurgical que dermatologique.
ABCÈS FURONCULEUX
Quelquefois, après des symptômes locaux analogues à ceux du furoncle, l'ouverture donne issue à 5 gouttes de pus, au lieu et place du bourbillon sphacélique. C'est une évolution autre d'un même processus, le microbe a fait du pus au lieu de faire du sphacèle.
Quelquefois ce processus s'observe autour d'un furoncle qui vient d'évoluer, et comme une complication. Dans ce cas, il peut augmente!' de volume et de symptômes et faire le phlegmon post-furonculeux.
Même origine, mêmes symptômes fonctionnels, même traitement que pour le furoncle et l'anthrax.,
FURONCULOSE GÉNÉRALISÉE
On peut voir, en concomitance avec le diabète (la chose est classique), mais aussi sans rapport apparent avec un état général quelconque, une furonculose généralisée s'établir. Elle peut s'observer à tous les
DERMITES SUPPURATIVES (STAPHYLO-PUSTLLE ET STREPTO-PHLYCTÈNE). 045
degrés. On peut voir un sujet jeune ou vieux, plus souvent vers la cinquantaine, présenter de 10 à 1000 furoncles en un an. Dans ce dernier cas, il en apparaît continuellement : le sujet n'est jamais indemne. On comprend la gravité possible de cet état surtout s'il est venu s'enter sur un trouble organique profond constitué, tel que le diabète.
Dans tous les cas, examiner le malade très attentivement k tous points de vue, chercher son organe faible, faire faire l'analyse d'urine complète, relever le taux phosphorique s'il est inférieur, faire disparaître l'oxalate de chaux s'il y en a, ou l'acide urique par les moyens appropriés, surveiller surtout l'alimentation du malade et faire que le régime conseillé ne le laisse pas maigrir, ce qui est fréquent.
11 y a des cas où la furonculose généralisée ne semble provenir d'aucun Irouble général perceptible. Le plus souvent, d'ailleurs, la furonculose généralisée dure 6 mois, un an, 18 mois, s'atténue et disparait avec ou sans rechutes par la suite.
PUSTULATION DISSÉIVilNÉE
Dans presque tous les cas de furoncles, qu'ils aient été rares ou fréquents, leur apparition survient pour chacun, 5 ou i jours après l'évolution, au même point, d'une pustulette ostio-folliculaire qui a ensemencé le follicule.
Ces pustulations disséminées, surtout chez les hommes jeunes, et de poil roux, sont assez fréquentes. Sui' dix pustules, nne donne un furoncle, les autres avortent.
Dans les furonculoses généralisées, les malades arrivent à annoncei' leurs furoncles par les pustules préalables de l'orifice du follicule. Cependant aucun livre qui parle des furonculoses généralisées ne mentionne cette pustulation préalable, à ma connaissance du moins.
11 y a lieu d'instituer contre elle les mêmes traitements généraux dont il est parlé plus haut.
Chaque pustule si le malade peut se présenter au médecin sera détruite par une pointe de feu folliculaire. Dans le cas contraire, le malade épilera le poil qui traverse la pustule et laissera tomber sur place une goutte de teinture d'iode.
tji4 DERMATOLOGIE TOPOGRAPIIIQUE.
PUSTULES D'ACNE
J'ai décrit au visage (p. 17, iig. 7) et avec la région scapiilo-lhoracique (p. 528), l'acné pustuleuse, assez pour n'avoir pas à y revenii'. Elle n'est que l'un des éléments de l'acné polymorphe qui montre sur une peau grasse des éléments d'acné indurée, d'acné ponctuée noire, d'acné kystique sébacée et d'acné suppurée.
Pour certains auteurs, la suppuration de l'acné est due, comme l'acne punctata elle-même, au micro-bacille spécial (décrit p. 14) (Unna) : pour d'autres, la suppuration est ordinairement due à l'infection staphylococcique surajoutée à l'orifice d'un follicule occupé au préalable par un comédon (Sabouraud), et quand cette infection est produite par le staphylocoque gris commun, il y produit l'acné suppurée commune, et quand l'infection est celle du staphylocoque doré, il crée la pustule plate, large et sphacélique dans la profondeur, de l'acné nécrotique {impétigo rodens, de Hillairet-Gaucher).
Traitement de facile pustuleuse, p. 16.
Traitement de l'acné nécroticjue, p. 201.
ECTHYMA ANCIEN (DE WILLAN)
L'ecthyma de AVillan, presque spécial aux jeunes soldats, aux cavaliers, montre ce que devient la furonculose traumatique chez des surmenés.
Le frottement du fourniment, des bretelles, le traumatisme de la selle déterminent et multiplient de la furonculose simple. A la face interne des cuisses, des genoux, des jambes, l'équitation en fait des lésions ulcéreuses. C'est là l'ecthyma de Willan. Chaque lésion commence par un furoncle, le bourbillon expulsé laisse sa place vide (jui s'agrandit et se creuse en tous sens. L'ulcère creux, bourbilleux, se recouvre d'une croûte imprégnée de sang desséché et d'une couleur l>rune; quand on l'enlève, l'ulcération reste à nu. Lorsque deux furoncles naissent l'un près de l'autre, leur cavité peut se fusionner, l'ecthyma devient largement ulcéreux. Après guérison, restent des cicatrices indélébiles dont les plus larges ont quelquefois 4 centimètres de diamètre.
Traitement général : llepos et balnéation, alimentation saine et
DERMITES SUPPLIRATIVES (STAPHYLO-PUSTULE ET STREI'TO-J'ilLYCTÈ.NE). 045
substantielle ; faire tomber les croûtes avec des pansements humides, et panser les ulcérations avec la pommade au sous-carbonate de fer au i/40^ Traiter les derniers furoncles qui naissent, comme des furoncles ordinaires.
On ignore si c^t ecthyma furonculeux est le résultat du traumatisme seul ou si une infection secondaire du furoncle est nécessaire pour le constituer.
Cet ecthyma de Willan ne doit pas être confondu avec l'ecthyma des auteurs actuels qui désignent maintenant sous ce nom ce que Willan appelait rupia.
PHLYCTÈNE SÉRO-PURULENTE
En face de la pustule staphylococcique que nous venons de décrire avec ses dérivés pathologiques et ses types cliniques différenciés, doit être placée la phlyctène séro-purulente à laquelle donne lieu le streptocoque : Par opposition à la staphylo- pustule on peut l'appeler strepto-phlyctène .
Le type le plus net en est sur les doigts, autour de Tongle, la touruiole (p. 424). Sur la face palmaire des doigts, elle devient la bulle streptococcique (décrite p. 417). Au visage, c'est Timpetigo contagiosa de Tilbury Fox (p. 8). La lésion prend en cette région un aspect plus croûteux parce que l'épiderme corné y étant très mince, est vite rompu, et qu'alors on voit plus de lésions ouvertes que de lésions intactes. Celles-ci sont assez rares et assez vite défigurées pour qu'il faille les rechercher pour les reconnaître.
L'impétigo se voit au visage (p. 8), dans les narines (p. 02); à l'œil, il crée la kératite phlycténulaire (p. 147). Il peut couvrir le corps d'éléments disséminés. J'ai dit ses lésions des doigts et des mains, il peut en créer de semblables aux pieds, aux chevilles.
En dehors de ses lésions disséminées, distinctes, le streptocoque peut en créer de régionales et de diffuses : soit lorsqu'il vient infecter en surface une peau déjà privée de sa couche cornée, comme dans l'eczéma ou bien lorsqu'un frottement permanent dilïuse sa graine sur toutes les surfaces en contact : Perlèche, p. 81, interirigo rétroauriculaire (p. 121), axillaire (p. 291), sous-mammaire (p. 558), inguinal (p. 207).
Ces lésions ayant été décrites partout au cours du volume, je n'en ferai pas ici l'histoire générale et je n'en décrirai que trois types
(j46 DERMATOLOGIE TOPOGRAPHIOUE.
cliniques qui constituent des dermatoses capables de se généraliseï' à tout le corps.
Le traitement des lésions streptococciques sous-cornées est toujours le môme. Ouvrir et récliner le toit des phlyctènes quand il existe encore, nettoyer, maintes fois chaque jour, la surface exulcérée avec des solutions de sulfate de zinc ou de cuivre au 1/100, panser avec une pommade couvrante telle qu'une pommade à Toxyde de zinc au 1/5. Quand il s'agit d'une lésion streptococcique diffuse de grande surface se servir des lotions sulfatées pour les lavages et panser avec des pommades cadiques faibles.
Oxyde de zinc )
Huile de cade 5 "' ^ g^'ammes.
— de bouleau \ gramme.
Lauoline 10 grammes.
Vaseline. 5 —
ECTHYMA ACTUEL (RUPIA DE WILLAN
La strepto-phlyctène est une lésion sous-cornée, intra-épidermique et si superficielle qu'elle impressionne très peu les ganglions correspondants (beaucoup moins que la staphylo-pustule, même petite) : aussi ne laisse-t-elle jamais de cicatrices.
Mais quand elle siège sur les régions déclives : chevilles, jambes, poignets, si elle est mal soignée, elle persiste sur place, soulève l'épiderme, s'étend au-dessous de lui, devient ulcéreuse, et, même après guérison, laissera une cicatrice. C'est le ^nipia de Willan-Bateman qui suivant les auteurs commence par une phlyctène, une vésicule large, ou une bulle plate (strepto-phlyctène), mais persiste sur place, se recouvrant d'une croûte plate, mince, brune, facile à détruire, sous laquelle une sérosité louche remplit l'ulcération. Ce processus une fois commencé sur l'une des lésions d'un impétigo se continue sur toutes, et fait les lésions ulcéro-croûteuses, à pus sanieux, des vagabonds, des cachectiques, que nous avons décrites à la région de la jambe (p. 552) où elles se montrent le plus fréquemment avec leur développement maximum .
Ces ulcérations* sont streptococciques comme la strepto-phlyctène dont elles procèdent (voir, p. 10, les procédés de culture du streptocoque).
Le traitement local est à confier toujours aux lotions sulfatées
DERMITES SUPPURATIVES (STAPIIYLO-PUSTULE ET STREPTO-PHLYCTÈNE). G47
faibles, 1/100, mais l'ecthyma des régions déclives ne guérit vite que quand le membre est gardé horizontal. Les pansements humides décongestionnent la région circonvoisine de chaque ulcération ecthymateuse. On hâte la guérison des ulcérations détergées en les pansant à . la pommade de sous-carbonate de fer (au 1/40).
[ÉPIDERIVÎITE AIGUË A STREPTOCOaU ES
II est très probable que, parmi les eczémas, ou plutôt parmi les épidermites à tendance envahissante que Ton nomme ainsi, sont confondues fréquemment des épidermites microbiennes eczéniatoïdes. Yoici un des cas que la clinique offre à Télude.
Un homme, 45 ans, surmené, un peu gros, présente, dans les plis inguinaux, unintertrigo qui se développe sous forme d'une épidermite rouge en placards qui s'étendent et se fusionnent. Les bourses sont prises, puis le bas-ventre. A distance, de petites plaques rouges, géographiques, se forment et s'agrandissent. Les aisselles se prennent à leur tour, le cou, la face, les conjonctives même, puis les extrémités. La peau entière du malade, sauf les surfaces palmaires et plantaires, devient rouge, exsudative ; tout cela sans aucune fièvre. L'éruption dure 2 mois 1/2, s'atténue et disparait lentement, laissant derrière elle une desquamation hne, farineuse qui dure 7 à 8 mois en s'atténuant.
A tous les moments de l'éruption, sur toutes les plaques jeunes, rouges, commençantes, à peine exsudatives, la culture et même l'examen microscopique révèlent la présence du streptocoque en quantité et presque pur. De même pendant toute la période d'état et de guérison. Après 6 mois, la culture des squames sèches donnait encore en 12 heures du streptocoque par myriades. Cette infection de la surface a cessé après un an.
Les conclusions de tels faits sont diverses suivant les auteurs. Les uns dont je suis, disent : épidermite aiguë à streptocoque. Les autres : eczéma infecté. Ce dont on est sûr, c'est de l'infection, mais elle peut être primaire ou secondaire. Là est le problème, qui demeure pendant.
Traitement par les lotions sulfatées au 1/1000 et les pommades
cadiques ultra faibles.
Huile de cade 5 grammes.
Oxyde de zinc h --
Lanoline 10 ^
Vaseline 50 —
ÉPIDERMITE CHRONIQUE A STREPTOCOaUES
On voit certaines dermites des plis demeurer clironiciuement suintantes, impétiginisées, streptococciques.
Dans ces cas, la peau des régions chroniquement malades s'épaissit et il se constitue un état inflammatoire local qui est un mélange d'impétiginisation et de lichénisation, très difficile à guérir, et qu'on voit durer des mois et môme plusieurs années avec des rémissions partielles.
La môme discussion doctrinale, que nous signalions quelques lignes [tins haut, se répète pour ce type morl)ide.
Le traitement reste le même que dans Tépidermite aiguë de même nature.
IMPÉTIGINISATION
L'impétiginisation est l'ensemble des symptômes de l'impétigo lors- (ju'ils viennent se superposer à une dermatose préexistante. Quand l'épiderme est décortiqué de sa couche cornée, par le grattage (pédiculose, gale, prurigo de lléjjra), par une brûlure, par un eczéma traumatique, etc., on conçoit que toutes inoculations de hasard soient faciles.
Les caractéristiques de Timpétiginisation sont d'abord le suintement abondant d'un liquide séreux qui se coagule encroûtes ambrées. Ensuite, sous la croûte, l'existence d'un coagulum iibrineux mince, d'une couleur lilas pâle, qui semble étalé au pinceau.
La preuve de l'infection streptococcique de surface se fait comme il a été dit plus haut (p. 10), par la culture de l'exsudat, dans l'efhlure d'une pipette de bouillon-sérum.
Le traitement est celui de l'impétigo. Lavages et pansements humides à l'eau d'Alibour.
Eau distillée 500 grammes.
Sulfate de zinc o —
Sulfate de cuivre '2 —
L'impétiginisation est, en général, facile à réduire, mais souvent laflection à laquelle elle s'élait superposée (eczéma des adolescents, prurigo de Hébra), persiste avec ses caractères propres, après que l'impétiginisation a disparu.
ROUGEOLE — RUBÉOLE — ROSÉOLES ÉRYTHÈMES RUBÉOLIFORMES
La rougeole étant le type des éruptions ) „ , ,-
, , ■. ^. , . . . ,7 i Rougeole p. 649.
de ce genre doit être décrite avant elles. . )
La rubéole, /ièyre exanthématique beau- ) „ , . , „„.
, . . - -. Rubéole p. 651.
coup plus rare sera présentée ensuite. . . )
On désigne sous le nom de roséoles toute
éruption rouqe maculeuse avant tendance , „ . , „„„
.,..,. ^. ^^ '^ ^ , , ) Roséoles p. 652.
a la généralisation. Un grand nombre de '
causes peuvent en produire
Il y a d'abord les roséoles des pyrexies
infectieuses : Taches rosées de la fièvre i „ , , j „ „-,r
f Roséoles des py typhoïde, Rash rubéoliforme, de la variole, \ rexies D- 652
Erythèmes rubéoliformes de la diphtérie,
de la fièvre puerpérale, etc
Les grandes infections chroniques : sy- ^
philis, lèpre, tuberculose ont des éruptions 1 Roséole des grandes
qualifiées roséoles très différentes entre •> infections chro-
elles et qui devront nous occuper une par \ niques
une
J'envisagerai ensuite les roséoles médi- / Roséoles médicacamenteuses ) menteuses. ... p. 654.
... les roséoles sérothérapique et vacci- ) Roséole sérothéranale ) pique P- 655.
Et je terminerai par un mot pour diffé- ^ roncier des roséoles vraies des éruptions J
furfureuses, vésiculeuses ou papuleuses qui f Pityriasis rosé. . . p. 655. peuvent y ressembler, telles que : le pity- ( Lichen plan. ... p. 656. riasis versicolor, le pityriasis rosé de \ Gibert, le lichen plan d'Erasmus Wilson. J