V. — DYSCHROmiES DE CAUSE LOCALE
En premier lieu, il faut citer lehâle, hype'rchromie d'origine solaire, due aux rayons chimiques du spectre.
La chaleur seule peut produire une hypei'pigmenlation des parties du corps qu'on y expose habituellement : forgerons, Jjoulangers, etc.
Les révulsifs et beaucoup d'agents chimiques agissent de même. Et d'une façon générale tous les traumatismes.
Les Traumatismes mécaniques : corsets, bandages, jarretières, grattages répétés aux mêmes points, peuvent produire le même effet.
Traumatismes parasitaires. — La mélanodermie phtiriasique (p. 609) en est l'exemple le plus frappant, et dont le mécanisme présente encore des inconnues, car on peut l'observer dans la bouche...
Un grand nombre de dermatoses laissent après elles des pigmentations : érythèmes, urticaire hémorragique, purpura, eczéma variqueux, ulcères de jambe, éruptions huileuses des dermatites polymorphes, le zona, l'impétigo, les folliculites, les tuberculides papulo-nécrotiques, les névrodermites. le lichen plan de Wilson. Celui-ci a même une phase terminale pigmentaire caractéristique (p. 1)27) i.
Saboirald. — Dermatologie topogr. 44
690 DERMATOLOGIE TOPOGRAPIIIQUE.
SCLÉRODERMIES
Sous ce nom commun, on réunit quatre syndromes qui sont peutêtre ditïérents et doivent être, en tous cas, soigneusement distingués l'un de Tauti'e : la sclérodermie f/énéralisée, la scIérodactijJie, la morphée en plaques, la morphée en bandes. Nous dirons quelques mots successivement de ces quatre foi'mes morbides.
Toutes, sauf peut-être la dernière, sont plus fréquentes chez la femme que chez l'homme, attaquent plutôt des sujets jeunes. Leur étiologie est inconnue, leur pathogénie hypothétique.
SCLÉRODERMIE
Après une ])hase hypei'esthésique : prui'its, cuisson, douleurs, et quelquefois une phase subaiguë passagère rappelant certains états infectieux, surviennent des raideurs tégumentaires, à la nuque, à la poitrine, amenant des symptômes fonctionnels : dyspnée, etc. Plus ou moins vite se constitue une sorte d 'œdème dur de tout le tégument, qui paraît inlîltré sans que l'empreinte du (h»igt le déprime. De la peau saine à la peau malade, la transition est insensible ; bientùt toute la surface du corps est prise. Au visage, aux mains, la peau augmente d'abord de volume (phase d'infiltration), puis, après des semaines ou des mois, elle se rétracte (phase atrophjque). Sa couleur de vieille cire de cierge est caractéristique. Peu à peu, toutes les fonctions de la vie de relation sont abolies, les mouvements sont amoindris, puis supprimés, Timmobilité des membres (en demi-tlexion) amène de lalrophie musculaiie. Peu à peu aussi, le corps prend l'aspect d'une momie, le visage est immobile, sans rides, les paupières demi-closes, la bouche aux lèvres amincies est entr'ouverte. Cet état a duré 1 à 4 ans, quelquefois (i à 10 ans. 11 conduit à une cachexie progressive et ordinairement une infection secondaire termine la scène : infection slreptococcique, pneumonie ou tulîerculose.
SCLÉRODACTYLIE
L'évolution de la sclérodactylie est très analogue à celle de la sclér;xlermie, mais son début est loul autre. Elle commence par les
DYSCHROMIES (MÉLANODERMIES, VITILIGO). — SCLÉRODERMIES). 691
doigts ; la peau des doigts s'épaissit, s'indure et prend la couleur et la demi-transparence des vieilles cires. Les mouvements des doigts, d'abord gênés, sont abolis. Le processus de la sclérodactylie est double. La sclérose avec épaississement commence, ensuite survient latrophie de la peau et des parties sous-jacentes; et, comme ce processus remonte lentement vers le poignet, la peau des mains est encore infiltrée alors que les bouts de doigts sont fuselés et pointus (p. 581 et 429). Ces bouts de doigts sont blancs, cireux, froids, la circulation y semble interrompue, fatrophie du bout des doigts, est comme celle de la peau, progressive. Des ulcérations torpides s'y produisent, qui détruisent une ou deux phalanges lentement. Du moignon sort souvent un fragment de phalange osseuse nécrosée. La sclérodactylie n'est pas du tout limitée aux mains, elle atteint secondairement les poignets, les avant-bras, les pieds, les chevilles et la face. Celle-ci reproduit le processus déjà décrit dans la sclérodermie généralisée. La tète semble avoir perdu de son volume, la peau n'y montre ni un pli, ni une ride. Elle a l'air sculptée dans une matière dure, les paupières ne se ferment plus; j'ai vu, dans un cas, la sclérotique épaissie ressembler à une peau normale et la malade ne plus distinguer que le jour de la nuit. La bouche ressemble à un coup de couteau dans du cuir épais. La langue peut être prise et à peu près immobilisée. Alors, après des années, 6, 10, 15 ans, la mort survient par accident au cours de la cachexie progressive.
Les deux types morbides : sclérodermie, sclérodactylie, semblent bien un processus morbide analogue, peut-être le même avec un début différent. Les morphées, au contraire —
IWORPHÉE
Sur des points quelconques du corps, plus souvent la face, le cou, la poitrine, les aines, les cuisses, naissent peu à peu, insidieusement, des plaques où la peau épaissie donne la sensation de loger du carton dans son épaisseur. A leur surface, tout pli est impossible, la peau semble faire corps avec les tissus sous-jacents. Ces plaques sont petites ou grandes, elles font des taches irrégulières à bords sinueux. Leur surface est ordinairement laiteuse ; chacune est entourée d'une bordure lilas, large comme le doigt ou un peu moins [lilac riny). Ces plaques, souvent en très petit nombre, (2 ou 5), sont quelquefois
r.D'i DERMATOLOGIE TOPOGMPHIOIE.
bien plus nombreuses (15, 25); elles peuvent être groupées ou isolées. Leur disposition est quelconque, nullement zoniforme, au moins (Fordinaire. Ces plaques une fois faites peuvent s'étendre, se déplace]même. Très rarement, elles rétrocèdent, laissant ou non une tache alrophique cicatricielle. Ordinairement, elles demeurent sur place. La morpliée ne s'accompagne d'aucun état général, ne tue jamais le malade. C'est là une différence capitale d'évolution avec les sclérodermies précédentes. Sans vouloir faire aucun rapprochement étiologique entre les deux maladies, on peut dire que la morphée en plaques copie assez l'évolution du lupus érythémateux fixe, La cause de la morphée est inconnue, toutefois on en a vu survenir après de graves chocs nerveux, quelquefois en concomitance avec du vitiligo et de l'alopécie généralisée.
Les traitements de la morphée sont purement externes. C'est l'électrolvse bipolaire pratiquée comme pour les grands naevi (p. 5). Elle ne réussit pas toujours, mais elle est sans inconvénient. La haute fréquence aurait donné en quelques cas des résultats appréciables.
Les sclérodermies généralisées ou les sclérodactylies progressives n'ont aucun ti'aitement valable.
MORPHEE En BANDES
Je diiai deux mots à part de la morphée en bandes, maladie rare, souvent rapprochée à tort, à mon avis, de la morphée en plaques. Ce sont des bandes cutanées atrophiques cV emblée, qui se dessinent peu à peu sur le corps ou au cuir chevelu. Elles sont d'emblée creuses. Au cuir c lie velu, où elles sont glabres déhnitivernent, au front, elles logeraient un tiers de l'épaisseur du doigt dans leur cannelure. Ces lésions, lentement progressives, s'arrêtent, puis demeurent sans rétrocéder. Leur cause est inconnue, leur traitement nul. f]lles me semblent différer tout à fait dans leurs symptômes, sinon dans leur évolution, des plaques de la morphée vraie.
Le nombre des tumeurs de la peau étant considérable, un certain ordre doit être mis dans leur présentation ; cet ordre fût-il tout à fait artificiel, et il n'en peut guère être autrement.
J'envisagerai d'abord les kystes par rétention et tumeurs similaires bénignes : milium (p. 694). kystes sébacés (p. 695), loupes (p. 695), kystes par inclusion épidermique traumatique (p. 695), kystes sudoripares : hydrocystomes (p. 696), kystes synoviaux (p. 696), hygromas (p. 696).
Dans le groupe suivant j'étudierai les petites néoplasies bénignes, banales, contagieuses, les petites tumeurs molles ombiliquées du molluscum contagiosum (p. 696) et les quatre types de verrues communes : verrue simple, verrue plane juvénile, verrue sénile, papillome (p. 697).
Un troisième groupe présentera des syndromes à tumeurs parasitaires rares et non plus banales, de causes d'ailleurs très diverses, qui sont : les kystes multiples de la ladrerie (p. 698), les kystes multiples de i'hyphomycose de Ramond (p. 699), les blastomycoses (p. 699), les granulomes calcaires sous-cutanés de Milian (p. 699), la blastomycose (p. 700), la botriomycose (p. 700) et surtout les cliéloïdes (p. 700).
La classe suivante capitale, comprendra les difformités cutanées congénitales circonscrites ou nsevi (p. 701). Cette classe est considérable non seulement par le nombre des types objectifs et anatomiques qu'elle comprend, mais surtout par le nombre des états morbides qui en procèdent plus ou moins directement.
En dehors des nœvi pigmentaires étudiés avec les mélanodermies (p. 686) et des nœvi vasculaires plans dont on a dit quelques mots à propos de leur localisation au visage, les nsevi vasculaires tubéreux (p. 701) sont de véritables tumeurs angiomateuses et doivent trouver place ici.
De même les tumeurs angiomateuses lymphatiques ayant pris naissance sur des nœvi : lymphangiomes (p. 702).
Les fibromes cutanés mous ou molluscums plats ou pédicules sont des nœvi particuliers et doivent être étudiés dans ce groupe (p. 703) ainsi que la neurofibromatose de Re^klinghausen (p. 704).
Les nœvi verruqueux mous et durs (p. 704) seront figurés ensuite, puis les nœvi : adénomes symétriques de la face (p. 705) et les hidradénomes pseudo-éruptifs (p. 705).
La plupart des auteurs comprennent i'urticaire pigmentée comme une maladie à tumeurs nœviques, c'est-à-dire congénitales. Elle doit donc être nommée ici (p. 706).
C)94 DERMATOLOGIE TOPOGRAPIIIQUE.
Les dermatomyomes (p. 706), les kystes dermoïdes (p. 707), sont de même origine encore. J'y ai ajouté les tumeurs calcaires (p. 707) qui peuvent avoir toute origine étant fournies par la calcification de vingt sortes de tumeurs préexistantes.
Nous éloignant de plus en plus des nsevi de type ordinaire, nous parlerons des fibromes durs en tumeurs plus ou moins multiples (p. 707) et des lipomes de divers types (p. 707). J'en rapprocherai le xanthome (p. 708) nom qui couvre plusieurs entités morbides dont certaines au moins tiennent encore des nsevi, à ce qu'il semble, car on retrouve en certains nsevi des cellules xanthélasmiques.
Nous arriverons alors aux tumeurs malignes encore bien diverses. Les sarcomes (p. 710) nous occuperont d'abord avec leurs variétés : sarcomatose pigmentaire multiple de Kaposi {p. 710), sarcomatose généralisée de Perrin (p. 711) et la dégénérescence sarcomateuse des naevi (p. 711).
La sarcomatose cutanée peut être secondaire à un sarcome profond (p. 711). En dehors de ces cas à tumeurs cutanées multiples il peut y avoir une seule tumeur cutanée sarcomateuse primitive (p. 712). Il existe enfin une sarcomatose lymphadénoïdienne : lymphadénome cutané (p. 712) primitif ou secondaire à caractères objectifs et évolutifs spéciaux.
A côté des sarcomes nous placerons le mycosis fongoïde (p. 713) et la lymphadénie cutanée (p. 715).
Nous terminerons enfin cette longue revue récapitulatrice par l'étude des épithéliomas (p. 716) de toute forme : forme papillaire. cancroïde vulgaire, épithélioma perlé, épithélioma plan superficiel, ulcus rodens. épithélio-adénoïdes. carcinoses cutanées secondaires, etc., en terminant par cette forme bénigne et spéciale d' épithélioma du cuir chevelu et du visage que l'on a nommée cylindrome (p. 719) (').
MILIUM
J'ai parlé des petits grains du inilium au visage où ils sont le plus fréquents (p. 145). Ce sont de petits kystes qui semblent des grains d"orge, ])lancs, enchâssés dans la peau tîne des paupières, des tempes, des joues, du cou, etc. Ce sont « de petits kystes épidermiqnes déve- « loppés tantôt aux dépens des follicules pileux et peut-être de « glandes sébacées, tantôt de germes embryonnaires malpighiens plus « ou moins aberrants et mal formés, tantôt enfin, surtout pour le
(') Dans celte revue excessivement succincte d'un nombre de faits cliniques énorme, nous nous sommes forcément aidé de beaucoup d'études antérieures, particubèrement des travaux de Darier sur les tumeurs, de Bodiii sur les xan- Ihomes, de Perrin sur les sarcomes, de RisI sur les nœvi et les angiomes, etc., etc.
« niilium des cicatrices, aux dépens du canal excréteur des glandes « sudoripares ». (Darier).
J'ai donné (p. 144) le traitement le plus simple du milium.
KYSTES SÉBACÉS
Ils se développent aux dépens du canal d'une glande sébacée obstrué. Ce kyste, en se développant, prend des dimensions quelquefois énormes. Sur sa surface s'observe souvent un ombilic obstrué par un opercule brunâtre plus ou moins gros. Dans ce cas, des pressions ménagées permettent d'évacuer par cet orifice la masse du kyste sous forme d'un boudin jaune luisant qui, par dessiccation, devient d'une dureté de pierre. Après Tévacuation, la cavité lisse du kyste se rétracte peu à peu sans traitement.