ECZÉMA IIVIPÉTIGINEUX DU VISAGE CHEZ LES JEUNES GENS
11 s'agit d'une dermatose très intéressante et très incomplètement connue. C'est une dermatose a-microhienne, finement vésiculeuse, prurigineuse et suintante, à croùtelles impétigoïdes, donc un eczéma fluent, localisé au visage : joues, tempes, front, menton, ou plus généralisé : cou, plis de flexion du coude et du jarret, de l'aine et région génitale, etc., quelquefois chronique, plus souvent constitué par des poussées suhaiguës, distantes, dans l'intervalle desquelles il peut rester de l'épidermite rouge à peine suintante, plus ou moins marquée. Cette maladie survient chez les adolescents et surtout chez les jeunes filles de 10-20 ans.
Elle a des rapports évidents avec le prurigo de llehra. Doit-elle être confondue avec lui?... Elle est ordinairement très localisée. Le prurigo de Hehra,, même quand il affecte les mêmes localisations principales, est, en outre, généralisé à tout le corps. Le prurigo de Hehra n'est suintant qu'accessoirement, la maladie dontje parle l'est toujours. De ))lus, le prurigo de llehra date de l'enfance et s'efface avec l'âge. La maladie dont je parle peut naître à 12, 15, 18 ans, sans prurigo antérieur.
Elle s'accompagne d'hypoacidité urinaire'; elle s'accompagne souvent aussi d'alhuminurie légère, quelquefois intermittente.
(') L'acidité urinaire doit être dosée à l'aide d'une solution de carbonate de soude titrée de telle l'açon qu'vui centimètre cube corresponde à un gramme d'acide (exprimé en acide pbospborique) par litre d'urine, en opérant sur 20 centimètres cubes de l'urine à examiner. La neutralité obtenue est vériliée par la teinte égale du papier de tournesol rouge et du papier de tournesol bleu.
Pour connaître la normale de l'acidilé urinaire d'un sujet quelconque, il siilfit de multiplier le coefficient biologique (poids actif) du sujet par 0,03 (ce dernier chiffre représentant la normale de l'acidité par unité urologique).
Exemple : soit un sujet ayant pour coelTicienl biologicpie 50, la normale pour l'acidité sera 56 x 0,05= 1,69 par 2i heures (acidité exprimée en acide phosphorique). (Note de Desmoulières.)
14 DERMATOLOGIE ÏOPOGRAPllIUl E.
Cette allMuiiiiiiiiie (0,10 à 0,50 [mi jour) est quelquefois passagère et disparait avec la station eouchée, ou bien elle coïncide avec la digestion du lepas de midi. Elle peut être aussi une albuminurie avec lésions rénales (cylindres épithéliaux), consécutive ou non à une infection (scarlatine, oreillons). Et dans ce cas, en traitant la népbrite, on guérit Teczéma : régime lacté, cure de Saint-Nectaire.
Dans tous les cas, la cure d'air, le régime végétarien avec un peu de sin-alimentation ])ar les œufs, les féculents, les sucres, sont à couseiller, les poussées s'espacent et s'amoindrissent.
Le traitement local comprend les applications de pommade couvrantes : pâte de zinc, et les ajtplications de nitrate d'argent au 1/20, au 1/10. Il V a des cas graves dont l'évolution complète demaiule des aimées. Néanmoins, je les ai toujours vus guérir.
SÉBORRHÉE
Il faut eidendre exclusivement sous ce nom uu état gras de la peau produit par un flux sébacé exagéré et à cause de cela devenu visible.
Il faut distinguer avec soin des états séborrhéiques ainsi détinis, ceux qu'on a impi'0i)rement appelés du même nom et qui sont caractérisés par des squames ■shche^ipHyriasis siniplex) ou par des squames "Tasses {pityriasis sféaloïdes, eczéma squamc'u.r à squames apparemment grasses). Un état squameux peut se superposer à nue séboiibée {pityriasis sursëborrhéique), mais n'est jamais une séborrhée. La séborrhée est un état morbide avant-coureur et témoin de la puberté. Sa lésion élémentaire est constituée par un cylindre gras stagnant dans les pores sébacées qu'il distend et rend visible. Ce cylindre que l'expression de la peau enti-e deux ongles fait soiu'dre comme un ver, écrasé sui- une lame porte-olqet, lavé à l'élher, puis coloré par nue couleur d'aniline ({uelconque ou par la mi'lhode de Gj'am, montre des mvriades d'un tin bacille : microbacille séborrhéique, ([ui esl l'expression microbienne constante de la séborrhée (hg. 6). La culture de ce microrganisme, sans èti-e très facile, s'obtient néanmoins d'emblée, avec ([uelque savoir-faire, par l'insertion à'iuie parcelle du milieu d'un cylindre séborrhéique dan?, une gélose-peptone glycérinée, très légèrement acide (cinq gouttes d'acide acétique cristallisablë pour un litre de milieu non ]ieutralisé au préalable). Il est [)référable que la gélose de culture soit un peu sèche.
VISAGE K.\ GEXEKAL. 15
La séborrhée ainsi définie se prononce d'ahord sni' la pean dn nez el du pli naso-génien, du menton, du front. En beaucoup de cas ces régions séborrhéiques, daboi'd distinctes, se fusionnent, et le visage devient séborrhéique tout entier à rexception du pourtour des orifices naturels.
La séborrhée vraie n"a pas de syraptoines fonctionnels sauf un très léger prurit quand il y a sudation locale.
La séborrhée u"a pas que sa localisation an visage, elle s"étend sui-
presque toute la ligne
axiale du corps et avec i■^C;■■■ !f, ;■-;-. .v^;^:'!?'^/^^?^!''-^^'^ ^-i: prédominance dans les F- ' V-"-;;'*?! ^ii-'-^à?^' '-^y "■• '-;;^'^^'^ léftionsprésternaleetin- 'v "4^'^V""'V: î^-*'-' • • '/ "a"- '^'^lii .. terseapulaire. Elle s'ob- i . ..:;%f^.i''^^ . "^ ■" v.w^--^ ^ .'v;\ ■.• •] serve avec des degrés ' V'^. ' v, "^ ^> V'""':^;-. '' .j
d'intensité très divers. I f^-;. /«, -i, ^^^ ^^ .-^ '=W| ' ..-^, '"'i. '}.'] La séborrhée s'accom- ^. ^C''^" ^^:^--''^' 'r '••,;/'' ••,"'•.• v l"""-'""'^- 1 pasue de la chute dif- ■'' ." •"' •:;:-^^^ '"«-•''/ -.V';. ■.," V'V" ^.~ i
fuse du poil sur la ré- ; v ' ■•"ù^ia,^' ■^-' '' :. ,^;.,-'%>-;>^wJ gion quelle occupe; au f-.v.c;^^, - ' \f^ ^ ■• ^v-V^^^T^S^-^r^- ^J vertex où ellese .lève- îj^^^^g^^^. ^£::MMdM€ù^^J
"^%i;,l/eJ==.
loppe dordinaireà partir de 19 ou '20 ans, Fjg. g. — MicrobncUlo sébonliéique.
PjéparuLionextemporanée. — Obj. inimers. 1/12 Leitz, ocul. IV.
chez 1 homme, elle détermine ainsi la calvitie masculine (p. 251). Au visage en outre et sur le corps, la séborrhée donne lieu aux acnés de toute forme, que nous étudierons [)lus loin.
La séborrhée a ibnix niaxima :.à la puberté et à la ménopause, ou pour parler généi'alement à làge d'évolution et à làgc dinvolntion. Elle est le sul)stratum nécessaire d'un grand nombre d'états morbides, de toutes les acnés : a. comédon; a. papuleusc : a. indurée, snppurée, kéloïdienne, a. nécrolupie, etc., etc., et le substratum fréquent d'un grand nombre d'autres : pityriasis, inolluscuni conta- (jiosuni, psorospermose folliculaire, verrue plate contagieuse, épi- Ihélionias, etc., etc.
L'importance de cet état morbide est considérable. La séborrhée /luente, avec tous les symptômes plus haut décrits, existant à leur maximum, s'observe plus souvent dans l'adolescence et chez les jeunes filles. Elle augmente de 12 à 15 ans et décroit (u-dinairement vers 20 ans. Uans ce cas, tous les pores sébacés dévei'sent snr le visage un fluide
gras, jaune, demi-concrel, qui en quelques heures s'y accumule.
Cet état morbide, extrêmement pénible quand il atteint ce degré, demande les traitements les plus actifs. On ne les emploiera qu'après avoir essayé sans succès ceux qu'on emploie contre les séborrhées |)lus anodines. Voici une liste de topiques anti-séborrhéiques rangés par ordre d'action croissante :
1° Friction biquotidienne avec :
Liqueur (riiollinanii (alcool-éther) '200 grammes.
ilésorciue 2 —
2" Même traitement, et un savonnage le soir avec un savon sulfureux.
5" Même traitement le matin après savonnage, et appliquer le soir
au pinceau :
Soufre précipité 10 grammes.
Alcool à 90° 10
Eau distillée 100 —
Agiter.
i" Pommade soufrée le soir.
Soufre précipité là 10 grammes.
Vaseliue 50 —
Acide salicylique . . . . .")0 centigrammes à 4 —
Résorcine oO — à 4 —
Savonnage le matin.
5" Appliquer le soir jusqu'à cuisson forte :
Savon noir : . ) ~ y. .^
„,.,.... au V. h.
Soutre précipite )
puis savonner, calmer au besoin avec pâte de zinc appliquée la nuit si l'irritation a été excessive.
6" Frictions locales plus ou moins répétées avec boulettes d'ouate hvdrophile mouillée de sulfure de carbone saturé de soufre (inflammable à grande distance).
Ce traitement peut se combiner avec le précédent.
Après plusieurs mois, médecin et patient s'aperçoivent qu'ils gagnent lentement du terrain et que l'état morbide diminue d'intensité.
Les cas bénins sont à traiter avec les plus faibles des médications indiquées.
Aucun traitement interne ne montre de valeur constante dans le traitement de la séborrhée pure. J'en dirai autant des régimes alimentaires.
ACNÉ POLYSVIORPHE
Il faut définir l'acné par sa cause immédiate : Thistoire de l'acné est celle des infections microbiennes secondaires du cylindre gras microbacillaire de la séborrhée (p. 14).
Ce cylindre gras microbacillairc peut se développer colossalement sur place et prendre une forme utriculaire, son sommet chargé de granulations pigmentaires apparaissant comme un point iioii' : Acné comédon.
En demeurant sur place pendant des aimées, il grossit démesurément et dégénère, sa flore disparait et il est réduit à une coque épidcrmique renfermant de la graisse :
tanne.
Le plus souvent le comédon s'infecte de staphylocoques blancs par son sommet qui s'entoure d'un point rouge.
Puis tout le comédon devient le centre d'une inllammation circonférentielle plus ou moins aiguë qui fait ou un abcès — acné suppurée — ou bien un noyau induré qui ne suppure pas et se résorbe lentement — acné indurée — ou subit une transformation kystique.
Les foyers d'inflammation, lorsqu'ils sont contigus, peuvent constituer des clapiers et trajets fistuleux irréguliers (surtout à la région sous-maxillaire et à la la nuque).
Toutes ces lésions coexistant sur le même visage y constituent Ta ciné POLYMORPHE (fig. 7). Elle a son maximum chez l'adolescent en formation, au front, au nez, aux joues, au menton et jusqu'aux régions sous-maxillaires. Elle s'accompagne de semblables lésions du torse surtout dans les régions thoraciques antérieure et postérieure. Ces lésions peuvent exister avec une multiplicité telle que le malade en est tout à fait défiguré.
On observe un semblable état au maximum chez les ouvriers qui fabriquent le chlore : acné chlorique
Sabouraud. — Dei'inatologie topogr. 2
Fig. 7. — Acné polymorphe. (Malade de A. Fournier. Musée de l'Jiôp. St-Louis, n° Wù'l.)
18 dermatologie; topographique.
Le traitement de l'acné polymorphe est celui de la séborrhée sousjacente : pommades soufrées et lotions soufrées appliquées le soir, savonnées le matin. Les doses médicamenteuses devant être graduées suivant le cas (p. 16). Les bains sulfureux viennent en aide à la médication externe.
L'action des rayons X sur l'acné polymorphe est indéniable. Ils doivent être appliqués dilïusément en séances de 3-i unités II de Ilolzknecht, tous les 15 ou 18 jours. Le résultat est ordinairement évident dès la 5*" séance et plus stable qu'après la plupart des médications externes.
Dans l'acné comédon, l'expression du comédon facilite l'action des topiques et la rend plus efficace. Dans l'acné suppurée et indurée, l'ouverture des collections leucocytaires avec la fine pointe dugalvanocautère hâte la disparition de ces lésions. Les cautérisations au crayon de nitrate d'argent des trajets fistuleux de l'acné pustuleuse et kystique peuvent être indispensables.
Les saisons aux eaux sulfureuses fortes : Challes, Saint-Boés, Allevard ouLuchon, ne peuvent que favoriser la diminution du nombre, du volume des lésions et de leurs récidives.
11 y a des acnés dont les poussées semblent liées, même chez l'adolescent, à des troubles gastriques. Il faut dans, ce cas étudier l'état gastrique dont ils procèdent et l'amender. Le plus souvent l'acné semble liée au développement génital. Aucun régime alimentaire uniforme ne peut être conseillé au malade en le basant sur son acné seule.
Les acnés liées aux troubles utérins, ménopausiques chez la femme, à l'évolution de la cinquantaine chez l'homme, seront étudiées plus loin (p. 7)2) avec les maladies de même âge.