‹ Manuel élémentaire de dermatologie topographique régionaleChapitre 49 sur 251 · CHANCRE DE LA PAUPIÈRE · texte numérisé non relu

CHANCRE DE LA PAUPIÈRE

L'accident initial de la syphilis est moins rare aux paupières qu'on ne rimaginerait d'abord. C'est en etfet un chancre professionnel; il est presque spécial aux tourneurs en corne, en cuivre, etc. Dans ces métiers, il arrive souvent qu'un éclat de matière dure soit projeté dans l'œil d'un ouvriei'. Il fait immédiatement d'inlimes érosions à la con-

FiG. 51.

Chancre sypliilitique de la paupière supérieure. — Le même après guérison. (Malade do Lailler. Musée de l'hôpital Saint-Louis, n" 84.)

jonctivepalpébrale. L'habitude existe entre ouvriers d'enlever mutuellement ces poussières avec le bout mouillé de la cigarette retirée de la bouche. Là est l'origine de la plupart des chancres de la paupière.

Ils occupent d'ordinaire le bord palpébral, qu'ils éversent lorsqu'ils se développent surtout aux dépens de la muqueuse, ce qui est la règle, et ce que représente la figure 51. C'est, comme partout, une induration charnue, rouge, dure, peu suintante, exulcérée seulement, non ulcéreuse.

Son développement progressif en une ou deux semaines, le ganglion &diie\\iie pré-au7nculaire, gros comme une bille d'enfant, diu% roulant sous le doigt et presque indolore; la marche de l'ulcération enlin qui. après deux semaines d'état stationnaire, régresse peu à peu : tout cela, dis-je, fait faire le diagnostic sans peine. Il est remarquable de voir

lA'l DERMATOLOGIE TOPOGRAPHIQUE.

celle lésion, ([iii certaines fois parait énorme et est loujonrs très déformante, disparaître sans laisser d'antre Irace qne l'induralion qni s'efface progressivement .

Les lotions anodines à l'ean de snrean, de camomille, de Yicliy, cliandes, sont les seules applications locales justitîées.

BLÉPHARITE SYPHILITIQUE SECONDAIRE

Je diiaiuii mot de la hlépharile syphilitique secondaire. Elle coexiste avec les éruptions de roséole papulense et généralement, eu dehors des pan})ières, le visage montre beaucoup d'éléments papuleux, caractéristiques pour un œil un peu exercé (p. 24). Les conjonctives sont injectées, les paupières n'ont plus la courbe régulière du bord palpébral, parce que ce bord est soulevé de place en place par une macule papulense.

La coexistence de réruplion au visage doit orienter le diagnostic, (pii est certifié par la roséole du corps, les pléiades ganglionnaires, et le commémoi-atif de Faccident initial.

CHALAZION

On a dit sans preuves aljsolues que le clialazion est une aoié des glandes de Meihomius . Le siège anatomique de la lésion est certain, non pas sa nature. C'est en tout cas une petite tumeur tout à fait semblable à celles de l'acné indurée, d'évolution chronique progressive, puis stationnaire, puis régressive, dont f'évolution totale dure de () mois à '2 et 5 ans. Une fois faite elle peut ne pas régresser.

Le traitement du chaiazion ressortit à f'oculistique, c'est le curettage de la tumeiu' })ar sa face palpébrale, opération tout à fait bénigne et toujours suivie de succès.

Le chaiazion ne récidive pas surplace, mais une rnéme paupière [)eul porter ensemble ou successivement plusieurs chalazions.

MOLLUSCUM CONTAGIOSUM

Le molluscuni contagiosum est une petite tumeur bénigne de la peau (|ui présente toutes les dimensions, depuis celle d'un grain de

PAUPIERES

mil jusqu'à celle d'un petit pois. Ce sont de petites tumeurs molles, sessiles, saillantes sur la peau, ombiliquées à leur sommet. Ces petites tumeurs peuvent exister sur tous points du corps ; aussi seront-elles mentionnées parmi les dermatoses généralisées (p. 606).

KUes sont plus fréquentes au visage, et je les décris à la paupière surtout à cause du bel exemple figuré que j'en puis fournir (tig.

52). Souvent le molluscum contagiosum montre 20 ou 50 exemplaires réunis sur une

même région. D'autres fois, il en existe quelques éléments disséminés sur tout le visage. Ne pas confondre ces lésions avec celles du miliiim. Le traitement est simple : c'est l'extirpation à la curette tranchante. Avec elle on fait sauter chaque petite tumeur une à une. Cette opération est très peu douloureuse, et ne s'accompagne presque d'aucune effusion de sang.

Vu:. 52. — Molluscum contagiosum des paupières. (Malade de Tliibierge. Musée de l'hôpital Saint-Louis, n° 1672.)

MILIUM

Le milium ne s'observe pas qu'aux paupières, mais c'est aux paupières qu'il se voit le plus fréquemment, plus souvent chez les femmes que chez les hommes, à tout âge, mais particulièrement vers la quarantaine.

Chaque grain de milium (hordcolahun) est un petit kyste blanc qui ressemble à un grain iTorge enchâssé dans la peau.

On ne le traite que pour l'esthétique du visage. Il n'est d'aucune gravité, ne devient, on peut dire, jamais, l'origine d'un épithélioma.

DERMATOLOGIE TOPOGRAPllIOUE.

Traitement. — Oviviir cliaquo élément avec la plus fine pointe du galvano-cautère, et exprimer le contenu du kyste. S'ils récidivent, recommencer en cautérisant chaque poche kystique avec un stylet mousse en bois ou ivoire dont on a trempé la pointe dans de la teinture d'iode.

XANTHOME - X A NTH ÊLASM A

Le xanthélasma peut s'observer sur tout le corps (p. 708), sur

toute région du visage, mais sa localisation de beaucoup la plus fréquente est la paupière supérieure dans sa moitié interne. La paupière inférieure est prise secondairement.

La lésion du xanthélasma est très particulière. C'est, sous la peau très mince de la région, une tumeur en nappe, plate, à peine mamelonnaire, et d'une couleur jaune, ictérique.

Cette lésion, presque toujourssymétrique, est d'une évolution tout à fait chronique, ne rétrocède jamais, augmente lentement. Elle ne présente aucune gravité et ne dégénère jamais. Elle ne s'observe guère avant la quarantaine. Elle existe chez les deux sexes.

Histologiquement, c'est une maladie très spéciale, mais dont la nature est tout à fait ignorée (p. 708).

Le traitement, qui demande un peu de doigté, est d'une réussite certaine, et rapide.

Faire à travers celte nappe tiès molle une série de pointes de feu au galvano-cautère à pointe demi-fhu\ les pointes étant à 1 millimètre

Xanthome vrai. (Malade de Darier. Musée de riiôpital Saint-Louis, n» 1600.)

PAUPIERES

OU 2 de distance les unes des autres. En une séance, la lésion rétrocède des 2/5; en trois séances espacées de 15 jours chacune, tout doit être terminé.

ZONA 0PHTALIV3IQUE

On ignore la nature et Torigine du zona. Celui-ci a pour région de distribution celle de la branche ophtalmique du trijumeau. Comme tous les zonas, celui-ci est hémilatéral, ses pustules en corymbes peuvent donc couvrir la région frontale, le cuir chevelu, la région frontale glabre et la région temporale, les paupières et le globe de l'œil d'un seul côté.

Ces pustules sur l'œil sont extrêmement dangereuses. Elles s'accompagnent presque toujours d'hypopyon, un croissant de pus s'accumulant en bas de la chambre antérieure de l'œil; l'œil court alors de grands risques de panophtalmie; cependant, même dans ce cas, celle-ci est très loin d'être fréquente.

Il n'y a point de traitement du zona ; les glycérés d'amidon et pâtes de zinc n'ont que peu de valeur.

Je doute qu'un traitement de l'œil, même le plus rationnel, les compresses chaudes permanentes, ait une action réelle pour détourner la menace de l'hypopyon ou de la panophtalmie.

Un pansement occlusif a cet avantage de calmer la photophobie et de mettre l'œil au repos.

Le zona disparu, on pourrait traiter la névralgie persistante par les pulvérisations de chlorure de méthyle qui m'ont donné de bons résultats.

i;. 54. — Zona ophtalmique. (Malade de Danlos. Musée de l'hôpital Saint-Louis, n" 1871.)

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