‹ Manuel élémentaire de dermatologie topographique régionaleChapitre 55 sur 251 · TUBERCULES LÉPREUX · texte numérisé non relu

TUBERCULES LÉPREUX

La lèpre tuherculeuse, celle dont j'ai parlé déjà (p. 2i), et qui ahoutit à la face léonine, déhute ordinairement par le sourcil sous la forme de nodosités intra-cutanées, irrégulièrement disséminées, ébouriffant le poil du sourcil, qui tombe ensuite à leur niv(;au. Rarement ces nodosités aboutissent à l'ulcération; ordinairement elles persistent, ou s'exagèrent en dimension et en nombre, en s'agglomérant pour former une tumeur moniliforme qui occupe toute la longueur du sourcil. Mais à ce moment l'aspect du reste du visage suffirait à faire faire le diagnostic de la maladie (fig. 10).

Comme de toutes les affections exotiques je parle brièvement de celle-ci qui aura plus loin son histoire clinique générale (p. 731).

Les jeunes filles ou jeunes femmes consultent V le médecin, parce que le duvet de leur lèvre Hypertrichose.p. 157. supérieure prend un développement excessif. .

Les jeunes gens, parce que le développement )...,. ,^„

, , * u * • j^p .. Atnchie. . . p. 159.

de leur moustache reste insuffisant i

En d'autres cas, les poils de la moustache ) , .

présentent des nodosités nombreuses, au niveau i ^ r exie

Z, 11 , -1 , ^ noueuse. . p. 159.

desquelles les poils se cassent '

...Ou bien les poils se divisent en pinceau. . Trichoptilose. p. loi.

La moustache présente, fréquemment, des /„.... .^„

.. ,. ,,- , • -, ■ ■ 1 Pityriasis. . p. Iô2.

affections pelhculaires ou pityriasis )

... à pellicules sèches P. simplex. . p. 162.

. . . ou grasses P. stéatoïde . p. 162.

Dans ce dernier cas survientune chute despoils, ) „,

, , , ^ ■ 1, ■ ' Phobie des

gui peut, chez les nerveux, devenir T occasion , -^ • •.

„ , , . 1^ pityriasis . p. Ibl.

d une phobie assez grave ;

Certains nerveux du reste s'épilent sans raison ) Trichotilloet déterminent ainsi une alopécie artificielle . . . ) manie. . . p. 162.

La m.oustache peut être le siège d'un eczéma ) fluent, à croûtes jaune verdâtre, ordinairement ' Eczémafluent. p. 163. limité aux régions pilaires '

La moustache est aussi le siège d'affections ] pustuleuses très importantes et de traitement [ Sycosis ... p. 165. difficile i

Elle peut être atteinte d'alopécie en aires. . Pelade. ... p. 167.

Elle présente, enfin, quoique rarement, une maladie parasitaire, caractérisée par l'empâtement des poils dans une gangue dure, brun verdâtre, d'aspect très sale

Piedranostras.p.l68.

HYPERTRICHOSE

Les jeunes filles ou jeunes femmes consultent le médecin pour faire disparaître le duvet de leur lèvre supérieure. Ce cas comporte plusieurs degrés et solutions.

1° // n'y a quun duvet de follets égaux. — Le plus simple est de

158 DEIIMATOLOGIE TOPOGRAHIIQLE.

les décolorer à Teau oxygénée, ils deviennent invisibles. Ponr cela, faire 10 fois de suite une friction locale avec des boulettes d'ouate hydrophile monillées d'eau oxygénée, pure, normale, à 12 volumes. Entre chaque application attendre un instant que la précédente ait séché.

2° // ?/ a de gros poils rares dispersés, ou bien il y a une vraie moustache. — Le seul remède efficace reste l'électrolyse de chaque poil. Certaines femmes préfèrent l'usage indéfiniment renouvelé de la pince à épiler. J.'épilation bien faite, c'est-à-dire brusquement, est peu douloureuse, mais le poil enlevé ainsi repousse toujours et grossit lentement.

On peut encore détruire par l'électrolyse les plus gros poils, et blondir le duvet sous-jacent.

L'épilation aux pûtes ou liquides épilatoires est à proscrire dans tous les cas. Elle laisse la lèvre bleue comme le rasage. Elle est pénible, à renouveler très fréquemment, et donne à la lèvre l'aspect perpétuel d'une barbe mal faite.

La radiothérapie ne semble pas devoir être conseillée ici pour provoquer l'épilation, car elle n'est vraiment active que contre les poils adultes, nullement contre les follets. Il est ainsi beaucoup plus aisé de faire tomber une moustache d'homme qu'un duvet de femme. Ce dernier ne tombe presque jamais sans érythème radiodermique et il repousse 5 mois plus tard.

L'électrolyse appliquée à la destruction définitive des poils n'étant jamais employée plus souvent que pour débarrasser la lèvre de la* femme d'une moustache, c'est ici que nous la décrirons succinctement. Les instruments nécessaires sont : [° une batterie de petites piles à courants continus, de débit bien régulier; 2° un rhéostat; 5° un milliampèremètre; 4° au pôle positif, un cylindre métallique revêtu de peau de chamois mouillée d'eau salée; 5" au pôle négatif est l'aiguille électrolytique fine comme une soie de sanglier, légèrement obtuse du bout et coudée à 45" à 6 millimètres de sa pointe.

L'aiguille est introduite dans le follicule jusqu'à la papille pilaire, le malade prend en main le cylindre positif placé sur ses genoux. Il se produit, après 4, 6, 10, 20 secondes môme quelquefois, une petite mousse en ébullition à l'orifice pilaire indiquant quand la destruction du poil est terminée. Le poil opéré doit venir à la main sans résistance. On peut employer un courant de 4-10 niilliampères suivant la grosseur du poil à tuer. Il faut recommander en général ,4^5 milli-

ampères. Les meilleurs opérateurs peuvent détruire 50 poils par séance et comptent sur ce chiffre 3 ou 4 poils manques, à opérer de nouveau. Bien savoir et faire savoir au malade la lenteur de ce procédé, le nombre toujours considérable de séances à faire. Il y a généralement trois fois plus de poils sur une surface donnée que l'œil ne croit en voir d'abord. L'électrolyse tuant les gros poils d'une région peut donner au duvet qui reste un développement supplémentaire. Mais ce fait est rare.

ATRICHIE

Chez certains jeunes gens la moustache pousse peu et lentement. Ce sont des faits très souvent héréditaires. Certains nerveux s'en désolent. On peut conseiller des applications légèrement révulsives (A) ou excitantes (B), mais sans être affirmatif quant au résultat. Le résultat est toujours peu marqué. Mais la prescription peut avoir un résultat moral et à ce titi'e être nécessaire :

( Alcool à 60° ^ ~ o-

\ au 2o grammes.

A < Acétone anhydre )

( Acide acétique cristallisé 50 centigrammes.

f Liqueur d'IIofïmann 50 grammes.

„ \ Eau distillée a. s. pour dissoudre. ) B < ^, , , , , 1 •, • / 2o centigrammes.

^ Chlorhydrate de pilocarpmo. . ■ ■ ) "

Nitrobenzine V gouttes.

TRICHORREXIE NOUEUSE

Cette affection singulière, assez commune à la moustache, y est toujours plus marquée qu'à la barbe, où elle s'observe quelquefois. Aux cheveux, elle est plus rare. Elle a des cas intenses, des cas moyens, des cas très légei'S.

Les cas très légers passent souvent inapenuis. Dans les cas moyens, en examinant de près la moustache, qui est un peu rude et présente des poils cassés de toutes longueurs, on observe, dans son épaisseui', une multitude de points blancs très fins. En regardant de plus près, on observe que chacun de ces points blancs est une nodosité sur le trajet d'un cheveu. 11 y a des poils qui en présentent 2, 4, 6 à la file, inégalement répartis, sur 5 ou 4 centimètres de longueur. Les poils

ainsi malades peuvent exister par centaines. Quand on tire sur quelqu'un d'eux, il se casse, toujours au niveau d'une nodosité; quand on le courbe, il plie au niveau d'une nodosité. Quand il est cassé, le poil

FiG. 55. — Poils de nioustache au niveau dune nodosité de trichoirexie ou après fracture en ce point (Giossissenient (50 diamètres). Pié]iaration de Sabouraud. Piiolographie de Noire.

présente une extrémité terminée en pinceau. Et, quand ce phénomène s'accentue, c'est la trichoptUose : « poil en barbes de plume ».

Dans les cas très accentués, la moustache est courte et rude, et comme coupée aux ciseaux, à un centimètre de longueur. On ne l'a pas coupée, mais le poil ne peut s'allonger sans qu'à ce niveau survienne une nodosité, au niveau de laquelle il se rompt. Ces cas sont toujours le résultat d'un traitement mal dirigé. L'aspect de la moustache est roussâtre. Ce poil a l'air artiliciel et déteint.

Le poil trichorrexique, examiné au microscope, montre des altérations qui expliquent bien sa fracture (fig. 55), quoiqu'elles se montrent très dillérentes de ce qu'elles paraissent à l'oeil nu.

L'étiologie de la trichorrexie noueuse garde des obscurités. On a invoqué à cette affection une origine microbienne. Cette hypothèse reste encore tout à fait gratuite.

Ce qu'on sait très certainement, c'est que, chez certains individus.

le savonnage quotidien ou biquotidien suffit à provoquer, à coup sûr, cette altération. Or, dans l'hypothèse microbienne, on multipliait les savonnages, qui multipliaient les points de trichorrexie, c'est ainsi que se constituent encore tous les cas de trichorrexie importants.

Toutefois, on peut observer de la trichorrexie sur des moustaches qui ne sont jamais savonnées. L'origine de ces cas est encore discutable.

TRICHOPTILOSE

Poils en barbes de plume (fig. 98). Cette altération du poil est d'origine mécanique, déterminée par des brossages trop répétés, des savonnages trop fréquents, etc., etc. Certains poils plus fragiles que d'autres y semblent particulièrement disposés. Il n'existe pas plus de traitement de la trichoptilose que de la trichorrexie noueuse dont la description précède : Recouper les poils malades et les lustrer avec une brillantine.

PHOBIES DES PITYRIASIS

Certains adolescents et adultes consultent le médecin, à cause de la chute perpétuelle, ditluse, des poils de leur moustache. Ces malades sont invariablement des nerveux nosomanes et leur chute est une hantise.

L'examen direct montre : 1" un léger degré de pityriasis local: 2" une chute de 5 à 5 poils en tout; 5° aucune plaque alopécique.

Le traitement est le traitement de l'état nerveux : assurer au malade qu'il ne perdra pas sa moustache, que cette chute quotidienne est normale. Conseiller une friction quotidienne ou biquotidienne avec un liquide alcoolique et antiseptique qui détruira l'état pityriasique et sera un remède moral. Exemple : ' .

Alcool à GO" !2oO grammes.

Alcoolat de lavande ) .

Coaltar saponine ^

Bichlorare lie ôO centisrammes.

Expliquer au malade son état nerveux, sa hantise et diriger la rééducation de sa volonté sur ce point. Il doit défaire son idée fixe, comme il l'a faite.

Sahouraud. — Dermalologio topogr. 41

162 DERMATOLOGIE TOPOGRAPHIQLE.

TRICHOTILLOIVIANIE

Certains malades, du môme groupe nosomaiiiaque que les précédents, viennent trouver le médecin pour une alopécie en clairières de leur moustache. Ils accusent une démangeaison locale, un fourmillement et une quantité de symptômes subjectifs ; de plus, « quand ils touchent un poil, celui-ci vient à la main sans eflbrt », etc.

Ce sont des nerveux, piLyriasiques en cette région comme au cuir chevelu et aux sourcils, et à qui des démangeaisons locales ont donné le tic ou la manie de l'épilation. Ils s'épilent poil à poil pour voir si le poil tient. Ils déterminent ainsi des plaques qui seront baptisées pelade, d'où un redoublement d'épilation de poils soi-disant malades ; ainsi de suite.

Expliquer à ces nerveux, presque toujours intelligents, le mécanisme de leur manie, leur donner un traitement anti-pelliculaire local, et faire intervenir leur volonté qui les corrigera peu à peu.

PITYRIASIS

Lorsque la moustache est tout à fait développée, elle devient fréquemment chez l'adolescent et l'adulte le siège dune affection pelliculaire limitée à la région de la peau qu'elle recouvre : Pityriasis.

Cette affection existe en d'autres sièges, elle sera surtout étudiée avec les maladies du cuir chevelu (p. 'iôl).

A la moustache, elle existe sous deux formes : une forme sèche, une forme grasse.

La forme sèche, pityriasis simple,/-, est rare, peu importante, se traduit par quelques démangeaisons locales et des pellicules farineuses très Unes, dont le grattage provoque la chute.

La forme grasse, pityriasis stëatoïde, est plus fréquente et plus désagréable. En soulevant les poils, on observe de nombreuses écailles épidermiques demi -déhiscentes, un peu épaisses, un peu jaunes, grasses au toucher, disséminées entre les poils à leur base.

Cette affection a quelques symptômes fonctionnels : prurit, chute de 5 à 10 poils par jour, qui n'aboutira jamais, d'ailleurs, à une alopécie visible, encore moins à la chute totale de la moustache.

Le pityriasis stéatoïde de la moustache est ordinairement une mani-

festatioii locale d'une maladie semblable de toutes les régions pilaires et de quelques régions glabres, espace intermammaire, pli naso-genien (p. 106).

Les conditions étiologiques sont : adolescence, sexe masculin, peau à tendance grasse, poil blond ou roux, système vaso-moteur facilement excitable, réflexe congestif habituel. Le pityriasis existe fréquemment chez des suralimentés. Sa flore microbienne est constante : Pityrosporum Malassezii (bacille-bouteille de Unna) et cocci (coccus à culture grise de la peau). Le pityriasis de la moustache est une affection facile à faire disparaître, non à guérir, car il récidive très vite. Il s'atténue spontanément avec les années. Il demande plutôt une hygiène locale qu'un traitement vrai.

Traitement . — Friction quotidienne avec eau de Cologne ou :

Alcool à 60'" 250 grammes.

Alcoolat de lavande ) ^^

Coaltar saponiné )

Bichlorure Ug 50 centigrammes.

ECZEMAS

Les eczémas limités aux moustaches, comme ceux de la barbe et de toutes les régions pilaires, procèdent ordinairement d'un pityriasis préalable. Ils en gardent une tendance à se limiter exclusivement aux régions pilaires (fig. 56), et leur thérapeutique ressemble plus à celle des pityriasis • soufre, goudrons et leurs dérivés, qu'à celle des eczémas aigus beaucoup plus intolérants.

Ces eczémas, avec leur exsudation séreuse, se substituent souvent insidieusement aux pityriasis, et à leurs squames grasses. Le début toutefois peut en être assez aigu. Leur cause, en dehors de la précession des pityriasis, est inconnue. L'exsudation séreuse, en se coagulant emprisonne la moustache, comme une cire d'un brun-verdàtre, de consistance molle et grasse (eczéma séborrhéique). Sous la croûte, la peau est rouge et secrète par des milliers d'érosions punctiformes des gouttelettes qui se confondent et feront la croûte.

La cause de cet eczéma, comme celle de tous les eczémas, est inconnue. Dans les débris épidermiques cornés on trouve la flore des pityriasis (p. 16'2). Rarement la lésion s'impétiginise vraiment et prend la flore et les caractères de l'impétigo (p. 8).

iG4 DERMATOLOGIE TOPOGRAPHIQUE.

Ordinairfment, pendant toute la durée de l'affection, la croûte reste

amicrobienne. Cette affection ne paraît donc pas résulter d'une infection secondaire du pityriasis. Cet eczéma était jadis rangé parmi les achores des sujets lymphatiques. On ,-^'^ '..Jl^^^^^^H l'observe en effet plus sou^

/] ^(iiP"^^' i W^^^^^^^W vent chez les adolescents, les ■^ ' ....^amm^^^^^^^^Ê jeunes hommes, blonds ou ^^^^^^^ roux, à tissus mous et- un peu gras. Mais on sait que le ''^ww^wmww^m^^^^^ lymphatisme comme tous les

états diathésiques manque de toute définition précise, acceptable.

Traitement : [" Faire tom-

FiG. 56. — Eczéma de la moustache et du menton (Ma- ber la CrOÙte Cil la ramollislade de A. Fournier. Musée de l'hôpital Saint-Louis, i iii -i

n" 94(5). sant avec de 1 huile ou de la

vaseline.

2" Essayer avec quelque précaution une préparation soufrée et une préparation cadique faibles.

A. Soufre précipilo 50 centigrammes.

Vaseline 50 grammes.

OU bien :

B. Itiiile (le cade 2 grammes.

Lanoline 50 —

Suivant les cas, l'une agira mieux que l'autre. Sitôt que l'expérience aura tranché ce premier point on augmentera très vite la dose du médicament actif.

. A. Huile de cado 5 à 15 grammes.

Lanoline. :..... 25 à 15 —

OU bien :

■ B. Soufre précipita' '...là 5 grammes.

Faire garder au malade, par la suite, l'usage des savons cadiques ou sulfureux pour toutes ses toilettes.

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