MALADIES DES FOLLICULES
TRICHOPHYTIES A RÉACTION FOLLICULAIRE
Nous allons étudier maintenant les maladies de la barbe qui comportent des lésions folliculaires. Plusieurs trichophyties sont dans ce cas.
Trichophytie sycosique et impétigoïde. — Les symptômes de cette l'orme clinique sont assez dillérents suivant les cas. Tantôt les lésions se présentent comme des taches d'épidermite rose suintante, impétigoïde, au niveau desquelles les poils trichophytiques sont dispersés parmi les poils sains. Tantôt les lésions sont des folliculites, non agglomérées, mais dispersées, ressemblant à celles de l'acné indurée ou pustuleuse. Tantôt enlni elles font saillie sur la peau sous la forme demi-fongueuse qualifiée par la dermatologie d'autrefois du nom de sycosis (o-'jxri) (figue ouverte).
Les poils malades, cassants, sont rares, dispersés, saillants de 1 à '2 millimètres, émergeant d'une collerette épidermique souvent adhérente à eux et grisâtre. Le parasite, à mycélium plus résistant que
les précédentes espèces, est formé de liles de grosses spores, emJo-ectothrix.
La culture est poudreuse, jaunâtre, très analogue à celle du trichophyton ( T. cratériforme) de la tondante scolaire de l'enfant; (on a voulu les identifier, mais cette question n'est pas tranchée) [Trichophyton flavum) ; mômes traitements que les deux espèces précédentes. Plus la réaction inflammatoire est prononcée, plus le pronostic est bénin.
Trichophytie dite Kérion Celsi. —
Un, deux ou trois macarons rouges, saillants sur la peau, d'une orbicularité plus ou moins parfaite, criblés de pustules à tous les stades et de croûtes résultant de leur effraction. L'expression fait sourdre du pus de tous les orifices pilaires. Symptômes objectifs très analogues à ceux de l'anthrax
FiG. 59. — ïricliophytie d'origine équine. — Kérion de Celse. (Malade de E. Besnier. Musée de l'hôpital Saint-Louis, n° 1733.)
superficiel, mais symptômes fonctionnels (particulièrement la douleur) beaucoup moins accusés.
L'épilation de la surface est indolore. Tous les poils sont détachés spontanément. Ils viennent entiers. La plupart ne sont pas ti'ichophytiques, sauf les petits poils follets du pourtour de la lésion.
Lorsque la lésion est détergée elle est criblée de trous comme une écumoire. L'examen microscopique doit porter sur le pus (mycéliums sporulés) , plutôt que sur les follets malades toujours difficiles à trouver (parasite endo-ectothrix fait de spores relativement tînes, en chaînes).
De même la culture est toujours facile, et pure quand on ensemence une pustule encore fermée {Trichophyton gypseum, pyo- (jène). Ce trichophyton est d'origine équine expérimentalement démontrée ; la profession du malade : palefrenier j cocher, vétérinaire, équarrisseur, bourrelier, indique souvent mais non toujours l'origine équine du germe.
Le Kerion Celsi peut exister hors de la barbe, au cou, à la nuque, aux poignets et même au cuir chevelu chez l'enfant ou chez l'adulte.
Traitement : détersion soigneuse, ablation des croûtes et des poils morts, badigeonnages sans violence avec teinture d'iode diluée au I/IO dans de l'alcool à 00". Et pansements humides bien faits à l'eau bouillie. Guérison rapide, pourvu que l'on ne fasse pas d'applications médicamenteuses violentes et intempestives.
FiG. 60. — Triclio]jhytie en l'orme de follicvilitos agminées. — Keriun Celsi. (Malade de Quinquaud. Musée de l'hôpital Saint-Louis, n° 1679.)
Trichophyties rares. — On peut observer d'autres mycoses du même groupe, dans la même région, avec des caractères quelque peu différents, variant de lésions épidermiques : grands ou petits cercles, vésico-pustuleux ou squameux, plus ou moins intlammatoires, etc.
Sabocraud. — Dermatologie topogr. 12
Bodin a observé à la barbe un Microsponiin Auclouïni d'origine ('qiiine; les lésions dans la barbe gardaient exactement la forme de la MïCTosporie du cuir cbevelu de l'enfant (p. ^lO).
SYCOSIS STAPHYLOCOCCiaUE
Cette maladie est bomologue, à la barbe, chez Tadulte, à Timpétigo de Bockhart chez l'enfant (p. 204). C'est une folliculite pustuleuse en placai'ds, dont l'évolution c^st chronique, paroxystique et qui est
même récidivante après guérison. Le microbe est toujours le staphylocoque doré; nous ne savons rien des causes ([ui favorisent son implantation et sa multiplication et déterminent ainsi le sycosis. Sur une joue, un placard pustuleux, fait de pustules orificielles folliculaires, liait et grandit par adjonction de pustules nouvelles. Le placard est irrégulier, les symptinnes fonctionnels très accusés, douleur, cuisson et chaleur vives, etc. Les pustules créent une zone d'œdèine inflammatoire qui se fusionne avec celle des pustules voisines. Sur cette nappe rouge, qui demeure parce que les follicules une fois pris restent infectés, de nouvelles pustules se forment incessamment. Quelquefois de nouvelles lésions semblables surgissent à distance dont l'évolution est pareille. Et voilà constituée in situ une dermite chronique qui durera des mois et des années. Dans certains cas, à l'élément pustuleux microbien s'adjoint l'élément eczémateux, vésicules intercalaires, à croùtelle ambrée, très prurigineuses et un peu suintantes. On a supposé, sous cette lésion, tous les étals diathésiques que l'on nomme sans savoir les délinir : lymphatisme, arthritisme, etc. On ne sait rien de ses causes lointaines, si elle en a.
Les traitements sont empiriques, variables, d'un cas à l'autre, difficiles à résumer et à classer d'après leurs indications. Lorsque les symptômes inflammatoires sont intenses, les décongestifs locaux sont
Fk;. Cl. — Sycosis iimi ii.inisilnire. — Folliculites non triciiopliyliqnes. (Malade lie Fournier. Musée de l'hôpital Saint- Louis, n" 985.)
REGION DE LA ItARBE. 170
indiqués : cataplasmes de fécule faits à chaud et posés froids, pansements humides à Teau bouillie, à la liqueur de Yan Swieten. L'épilation de chaque poil malade est de résultats certains, mais provisoires, la lésion renaissant avec l'issue d'un nouveau poil. A la longue cependant elle donne des l'ésultats excellents dans les cas chroniques rebelles. Les applications antiseptiques, astringentes, substitutives : alcool borique à saturation, eau d'Alibour, nitrate d'argent au 1/15 sont généralement mal tolérées, les applications soufrées encore moins, sauf dans les cas chroniques depuis longtemps.
Les applications de rayons X à une demi-dose (une demi-teinte H du radiomètre X) répétées tous les huit jours, pendant un mois ou u)i mois et demi, ont des résultats excellents souvent, et non pas seulement par l'alopécie locale qu'elles déterminent.
Folliculite sèche, rouge, de la barbe. — Ce processus n'est pas très fréquent, il est très chronique et dun traitement difficile, quasi illusoire. Le processus est tel : Sur les joues, devant les oreilles se forment peu à peu une série de points rouges, folliculaires, disséminés. A la longue les poils de la région diminuent de nombre par sclérose folliculaire et cicatrice presque invisible. Rien autre. Cette lésion se rapproche par ses symptômes des scléroses post-séborrhéiques des follicules pilaires au cuir chevelu (p. 264), de la pseudo-pelade <le Brocq (p. 249) et des acnés décalvantes (p. 186), dont ces processus semblent être la forme sèche.
Furoncle. — Rarement le furoncle évolue dans son type normal à la barbe, avec son séquestre conjonctif bourbilleux et ses svmptômes inflammatoires violents. Ordinairement il est remplacé par la pustule folliculaire plus ou moins profonde, d'évolution froide, quasi-acnéique.
Épilation, ou cautérisation à la pointe galvanique, évacuation. Alcool borique à saturation. Veiller aux réinoculations de voisinage pour les faire avorter par les mêmes moyens préventifs.
Acné phlegmoneuse kystique de la région maxillaire ou sousmaxillaire.
Iles pustules du genre de celle que je viens de décrire se multiplient quelquefois dans la région sous-maxillaire chez l'adolescent au cours d"une acné polymorphe plus ou moins généralisée. Elles donnent lieu à des abcès demi-froids, cloisonnés, kystiques, très disgracieux, très tenaces, très récidivants, accompagnant souvent de mêmes lésions de la nuque ip. 189).
ISO DERMATOLOGIE TOPOGRAPHIQUE.
Elles sont à traiter de même que la pustule initiale dont elles dérivent, et comme les sycosis phlegmoneux de la nuque dont elles sont les homologues. Je mentionne les excellents résultats que donne avec le galvano-cautère la cautérisation aux deux crayons : de nitrate d'argent et de zinc métallique, maniés largement et sans crainte dans les clapiers et diverticules de ces abcès dune déplorable ténacité.
Les eaux minérales sulfureuses intus (?) et extra sont recommanda]:des dans toutes les formes d'acné, particulièrement dans celle-ci.
lY. MALADIES DE LA SURFACE CUTANEE PITYRIASIS SIMPLEX
Le pityriasis simplex s'observe dans la barbe de beaucoup d'hommes qui l'ignorent tant les squames en sont Unes. Cette atïection, localisée principalement à la région sous-mentonnière, ne se trahit au patient que par des démangeaisons légères, que l'absence de toilette, une indigestion, ou une nuit sans sommeil, exagèrent, et par la chute, par friction, d'une poudre pelliculaire fme, visible sur un papier noir.
Pas de traitements intensifs car ils n'ont pas de résultats durables,
de l'hygiène locale simplement : friction quotidienne ou bi-quotidienne
avec un alcool faible additionné d'une minime quantité de teinture
d"iode :
Eau de Coiogue 100 grammes.
Teinture d'iode 50 centigrammes.
OU de coaltar saponiné, 15 grammes pour 100.
Le pityriasis stéatoïde à squames plus grosses, plus épaisses, plus grasses, un peu jaunâtres, naissant sur une peau plus rose que la normale, est moins fréquent que le précédent, mais plus remarqué, parce qu'il s'impose plus à l'attention. Il est plus prurigineux et plus sale, les écailles cornées tombant incessamment sur les habits. En outre, dès qu'il est un peu marqué à la l)arbe, il s'accompagne de lésions semblables du cuir chevelu (p. 27}[), de la moustache (p. 162) et de la poitrine (p. 557).
C'est un pityriasis vrai, au sens bactériologique, c'est-à-dire une épidermite desquamative liée à la présence de la spore de Malassez (Pityrosporum Makissezii, bacille-bouteille de Unna).
Le traitement de cette affection est variable, suivant l'intensité du
processus. Les cas l)éniiis sont à traiter comme le pityriasis simplex, les cas plus sérieux demandent des applications goudronnées plus fortes, en liquides :
Acétone anhydre 200 grammes.
Huile de cade 10 à 20 —
ou en pommades :
Huile de cade 5 grammes.
Lanoline 50 —
qu'on savonne chaque matin au savon de goudron avec une éponge en
caoutchouc.
Les cas vraiment intenses demandent des applications plus fortes
encore.
Huile de cade 10 grammes.
Lanoline 20 —
Bioxyde jaune Ilg i
Huile de bouleau I ^ ,
, , , , ; aa 1 granuno.
Ichtyol l ^
Résorcine '
toujours très hien tolérées dans ces cas. Le pityriasis disparu, le patient continuera les frictions alcooliques goudronnées faihles quotidiemiement pour empêcher les récidives (voir une formule, p. 163).