NUQUE
La nuque présente avec prédilection quatre types morbides principaux :
C'est d'abord le siège par excellence des } Impétigos pédicu-
lésions et des impétigos pédiculaires . . . . \ laires p.
C'est une région qui présente de fré- j
quentes éruptions pustuleuses d'évolution f . .
i ■ j I- Acné pustuleuse. . p.
froide : acné pustuleuse, sycosique, keloï- i
dienne 1
... ou d'évolution chaude : furonculose, ) „
, , . ., , , Furoncles p.
abcès perifuronculeux, anthrax ^
C'est encore une région où s'observent ) fréquemment divers types de trichophytie > Trichophyties ... p. d'origine animale )
Enfin c'est une région où l'on voit sou- \
vent naître et durer les placards infiltrés. / „, , ,.
^ , . ,, . f Placards d eczematiprurigineux, chroniques, autrefois desi- \ nation lichénisée. p. gnés sous le nom de lichens circon- \ scrits j
C'est à ces divers types morbides que sera consacré le présent chapitre.
PÉDICULOSE ET IMPÉTIGOS PÉDICULAIRES
La pédiculose et les lésions d'irritation qu'elle détermine sont de tout âge et de tout sexe, mais s'observent au maximum dans l'adolescence, chez la femme. Les cheveux longs favorisent la pullulation des parasites, surtout quand la jeune fille porte un chignon bas, ou des nattes. Ces conditions localisent le maximum des lésions pédiculaires dans la fosse sous-occipitale.
On soulève les cheveux, on découvre la région : elle est d'une laideur inattendue et repoussante. Ce qu'on voit d'abord, c'est un magma de croûtes morcelées, adhérentes aux cheveux, adhérentes entre elles et qui ressemblent à du sucre fondu et tigé, à du cara-
NUQUE. 18o
mel. En écartant les chevoux, les croûtes se morcellent, cliaqne cheveu en emporte une parcelle [impétigo granulata trAlibert). Parmi les croûtes et sur la peau suintante, on voit remuer les poux entre les cheveux. En regardant plus attentivement, on voit, tout le long des cheveux, à leur base, les œuts innombrables des poux collés aux cheveux ; ils sont gros comme des têtes d'épingle, gris et brillants (fig. 70).
En examinant le cuir chevelu au voisinage de la nuque, plus on s'éloigne de ce point, plus les lésions impétigineuses décroissent de nombre. Alors on peut les observer distinctes et voir qu'elles appartiennent aux deux types d'impétigo : impétigo phlycténulaire ou gourme vraie (p. 8), et folliculite pustuleuse oriticielle ou impétigo de Bockhart (p. 204). Ces lésions s'accompagnent naturellement d'adénites douloureuses des ganglions sous-occipitaux. Le nombre des poux et des lentes décroit aussi à mesure qu'on s'éloigne de la nuque. Le pou de la région de la nuque est le pou de tète (p. 201).
La thérapeutique de la pédiculose à la nuque ne diffère point de celle de la pédiculose au cuir chevelu. Elle peut présenter pourtant quelques indications particulières :
r L'abondance des croûtes en ces points, pour aller vite, peut conduire à couper les cheveux sur un espace ovale de quelques centimètres de diamètre. Mais, en fait, aucune maladie du cuir chevelu n oblige absolument à une telle mesure;
2° On peut appliquer localement une abondante quantité de vaseline. Le lendemain, les croûtes ramollies s'enlèvent au peigne avec les cadavres de parasites. On complète peu à peu les premiers résultats avec un peigne lin;
5° Lorsqu'on est à fleur de peau, quelques lotions d'eau d'Alil)our
Eau distillée 500 grammes.
Sulfate de zinc 2 —
— de cuivre 1 gramme.
ont vite fait de cicatriser l'épiderme, ou bien quelques onctions de pommade à l'oxyde de zinc ;
4" Il ne reste plus qu'à détruire les lentes. Pour cela les cheveux étant bien dégraissés, il suffit d"imbiber la chevelure de viuaigie chaud pendant quelques heures, pour que les lentes à demi dissoutes se détachent des cheveux, le long desquels on les fait glisser au peigne fin. Tout doit être terminé en moins de huit jours dans les cas les plus difficiles.
DERMÀTOLOGLE T01'ÛGRAP[I10UE.
ACNÉ PUSTULEUSE, SYCOSIQUE, CICATRICIELLE, CHÉLOIDIENNE
La sùboi-rhée, raciié et ses conséquences revêtent dans la région de la nuque une physionomie particulière :
1° Dès Tapparition de la séborrhée au centre du visage, Tinfectiou séborrhéique de la nuque s'accomplit. Elle ne se traduit longtemps
FiG. ()4. — Acné pustuleuse de la nuque, loruie s\rosique. (Malade de E. Besnier. Jlusée de l'IuipUal Saint-Louib. n° llii.)
que par des points noirs folliculaires qui ne sont pas des comédous. Quand on vide les follicules à la pince, on voit qu'ils contiennent dix à vingt poils follets agglutinés dans une gangue noire qui est microbacillaire (p. 14) ;
2" C'est après ce premier stade, vers dix-sept à vingt-cinq ans, que survient, sur les gens dont le cou est gros avec des plis accusés, Vacm' pustuleuse disséminée qui, suivant l'intensité moindre ou plus grande des phénomènes inflammatoires, garde les caractères de l'acné pustuleuse banale ou revêt de plus en plus ceux d'une furonculose locale récidivante ;
5° Même avec des phénomènes fonctionnels peu accentués, l'acné pustuleuse, quand ses éléments deviennent nombreux et cohérents, constitue un sijcosis de la nuque, lappelant par tous ses caractères
?^UOUE.
objectifs et évolutifs, y compris sa chronicité, le sycosis de la barbe (p. 178).
Alors toute la nuque, ou toute une zone horizontale de la nuque, est criblée de pnstulettes folliculaires reposant sur un coussin d'œdème inflammatoire dillus. Cette affection de marche lente, coupée de poussées aiguës, est des plus laides et des plus pénibles;
4" Souvent le sycosis de la nuque se produit suivant une ])ande
Fu;. 63.
Acné pustuleuse dite rhéloïdienne. foniio : acné décalvante. (Malade de Danlos. Musée de l'iiopital Saint-Louis. n° 1979.)
hoi'izontale étroite, et tandis que cette bande guérit en bas par cicatrice, elle se développe en haut par de nouvelles pustules cohérentes (%• 64).
Souvent, au stade détat, ce sycosis spécial s'accompagne d'une bande chéloïdienne, horizontale, comme la ligne de pustules dont elle est Ijordée. Cette chéloïde, en grande partie faite de tissu inllammatoire, plus que de tissu scléreux, fait une saillie plus ou moins difforme. Au-dessus et au-dessous d'elle, les poils de la région sortenî par bouquets;
5" Enfin cette acné chéloïdienne delà nuque, dans des cas plus rares. se prolonge à travers le cuir chevelu et va créer lentement sur son segment occipital une plaque scléreuse, alopécique, bordée d'une chéloïde circonférentielle, criblée de pustules récidivantes (fig. 65).
Va celte lésion se ratlacbe à la lésion de la nuque dont elle n'est (ju'un développement anormal.
Ces dernières lésions sycosiques, pustuleuses, chéloïdiennes,
FiG. 66. — Acné pustuleuse, sycosique, forme chéloïdienne. (Malade de A.' Fournier. Musée de l'hôpit:il Saint-Louis, n° 2059.)
durent des années et s'amoindrissent lentement. Je n'ai jamais vu les chéloïdes persister après la disparition des pustules. Elles doivent donc s'atténuer peu à peu.
Le traitement de toutes ces lésions se résume en trois formules : Eviter les traumatismes, traiter les lésions récentes et actives par le soufre, et les lésions chroniques par ré[)ilation.
1° Ces lésions sont souvent entretenues par le frottement des cols empesés ou des habits rugueux. Ce sont des causes qu'il faut supprimer ;
2° Le meilleur topique local est la lotion soufrée de Vidal :
Soufre préciijité ) ^ ,,^
.,,,'./ aa 10 grammes.
Alcool a 90° ) ^
Eau distillée ) . ,.
u , y aa oO —
Eau de rose
Aeiter.
^UOUE. 189
appliquée le soir au pinceau. Si la peau du sujet est délicate, entourei' la région d'un large liséré de pâte de zinc pour éviter la disséniinatioii de la poussière de soufre au voisinage;
5" Lorsqu'il y a des foUiculites conglomérées (sycosis), et à plus forte raison de Tacné chéloïdienne, l'épilation totale, minutieuse, plusieurs fois répétée, est nécessaire. On doit la pratiquer comme pour le favus (p. 224) . Les topiques resteront ceux que je viens d'indiquer.
Si les chéloïdes persistent, on les traitera par les scarifications linéaires quadrillées. Ce traitement est rarement nécessaire ici.
Le traitement général, comme en nombre d'affections cutanées, se basera sur l'examen total du sujet. On ne peut donner de ligne de conduite précise. Le malade est ordinairement un obèse et sa peau se congestionne facilement. Dans ce cas, on diminuera la suralimentation, on favorisera les évacuations intestinales et la diurèse, on fera le régime plus végétarien et moins Carnivore. Mais ces indications ne se retrouvent pas dans tous les cas.
FURONCULOSE — ABCES PERIFURONCULEUX — PHLEGMONS — ANTHRAX
La furonculose de la nuque est liée à Facné de la même région par des liens étroits. Elle survient dans les mêmes conditions locales et générales, et ne s'en distingue que par l'intensité plus grande des symptômes fonctionnels, et l'évolution bourbilleuse des lésions qui sont d'abord pustuleuses, comme dans l'acné. Le plus souvent, après le furoncle, survient un abcès périfuronculeux. Quand ces lésions sont d'emblée multiples, on peut voir évoluer sur place un pblegmoii du cou à vingt-cinq pertuis, c'est l'un des types de- l'anthrax de la nuque. Le plus souvent, il n'y a qu'une ou deux lésions, distantes, évoluant ensemble; mais quand celles-ci s'atténuent et vont disparaître, d'autres naissent; ainsi de suite pendant des mois. Quelquefois la furonculose de la nuque n'est qu'un épiphénomène au coui's d'une furonculose généralisée. Le cas est plus rare.
L'anthrax, à la nuque comme ailleurs, n'est qu'un furoncle mul tiple d'emblée, à développement excentrique. La nuque est son siège de prédilection, et la furonculose locale que nous venons de décrire est une condition presque nécessaire de sa naissance. Bien traité dès son début, il est le plus souvent enrayé sans trop de peine; plus tard,
190 DERMATOLOGIE TOPOGRAPIIIQUE.
son traitement ressortit an cliirnrgien et échappe an cadre de cet onvrage. Le traitement général de la fnroncnlcrse de la nnqne reste celui de la furonculose en général et s'inspire des conditions on se trouve le patient: liypopliosphatie, ou pliospliaturie, diabète, amailirissement, obésité, etc.
Le traitement de la furonculose reste celui de Tacné. Rien n'arrête la furonculose de la nuque comme les applications de lotion soufrée. On peut y ajouter Tépilation du poil centrant la lésion. Et quand l'inflammation locale et la douleur sont très vives,. on peut superposer à l'application soufrée un cataplasme de fécule de pomme de terre fait à chaud et posé froid, arrosé d'alcool camphré.
Enfin, le traitement chirurgical de cette atfection prend une très grosse importance dès que les lésions deviennent nombreuses ou les symptômes douloureux accusés. Ouvrir profondément chaque furoncle ou abcès avec la pointe du galvano-cautère, et surveiller l'apparition de chaque pustule nouvelle pour la détruire de même, telle est encore la meilleure pratique. A plus forte raison doit-on y recourir quand les abcès périfuronculeux surviennent, ou quand les furoncles s'agglomèrent et prennent une évolution anthracoïde. Dans ce cas, le galvano-cautère bien manié, et promptement, rend d'inappréciables services. Quand il y a eu nécrose et plaie de cicatrisation lente, on se servira utilement de la pommade suivante utilisable dans toutes les ulcérations atones.
Sous-carboiiate de fer 1 gramme.
Vaseline iO grammes.
TRICHOPHYTIE
La nuque est l'une des régions préférées des trichophytons animaux (p. 174etsuiv.). Quelquefois l'homme charge sur son cou une bête morte ou malade, inoculation directe ; d'autres fois c'est le traumatisme du vêtement qui est la condition accessoire d'une inoculation indirecte. Les trichophyties animales se reconnaissent à leur anomalie de forme ou d'évolution. En cette région on en observe ordinairement de trois formes.
La plus fréquente semble le hérion de Cehe (p. 176), qui garde ici les caractères que nous lui avons décrits à la barbe. C'est un macaron plat, rouge, suppurant (origine équine).