PELADE CHEZ L'ADULTE
La pelade est Tun des sujets dermatologiques qui demeurent encore le plus obscurs. Je partagerai ce chapitre d'après les faits de mon observation clinique.
a. Pelade des syphilitiques héréditaires. — il existe une pelade des vieux syphilitiques ou. des syphilitiques héréditaires. Dans ce dernier cas, elle commence autour de la vingtième année, quelquefois comme récidive d'une pelade bénigne de l'enfance. L'individu présente ordinairement des stigmates nets d'hérédité spécifique : dystrophies dentaires (dents d'Hutchinson, dents striées, dents rouillées, dents difformes, molaires à cuspides dépourvus de dentine, etc., etc.), palais ogival, prognathisme de la mâchoire inférieure, profil concave, tête en croissant de lune, crâne naliforme, nanisme, surdité par ossification tympanique, kératite interstitielle, déformations tibiales en
DERMATOLOGfE TOPOGRAPHIQUE.
lame de sabre, etc. Les commémora tifs familiaux rappellent chez la mère (les fausses couches, des morts-nés, des enfants morts de convulsion dans Tenfance; souvent le sujet est le premier survivant après les mort-
Fir,. 103. — Pelade décalvanle prestjiic totale chez une naine présentant tous les stigmates de l'iiérédité spécifique. (Malade de Sabouiaud. Piiotograpliie de >'oiré.)
nés. Le père est quelquefois mort de tabès ou d'atrophie musculaire progressive ou d'épilepsie ayant débuté à 50 ans, (?) etc., etc.
Cette pelade est ordinairement une maladie grave. Elle peut toucher toutes les phanères : ongles des pieds, des doigts, accompagnant la perte de tout poil, des cils. Très ordinairement elle affecte la forme de la pelade perpétuelle (de E. Besnier) à récidives et à repousses partielles
incessantes. Le traitement paraît d'efficacité nulle, local ou général, et même le traitement syphilitique, que je n'ai jamais pu essayer du reste assez rigoureusement, les malades n'en comprenant pas les raisons.
b. Pelade des tuberculeux chroniques. — 11 existe certainement une pelade des tuberculeux pulmonaires chroniques. Elle est, comme
FiG. lOi. — Pelade du ))i'as droit chez un grand peladi(|ue à n'Tidives perpétuelles. (Malade de Sabouraud. l'Iiotograpliie de iS'oiré.)
la précédente, d'une fréquence assez grande. Elle coexiste toujours avec une tuberculose du somniet, connue ou méconnue, mais reconnaissable, et semble due à la compression du ganglion sympathique thoracique supérieur par des adhérences pleurales (Jacquet). Il semble que ce soit plus l'inflammation de voisinage que la compression du ganglion par sclérose qui soit en jeu, car c'est une pelade qui guérit du même pas que la tuberculose pulmonaire et partage ses fluctuations.
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Elle guérit souvent incomplètement. Cette pelade a la forme de l'ophia sis de l'enfant : pelade occipitale et circonférentielle. Elle s'accompagne souvent de plaques amorphes peladiques, disséminées à travers le cuir chevelu, mais plus fréquentes sur le segment occipital de la tête.
Le traitement est celui de la tuberculose. On peut y joindre une révulsion locale dont la valeur dans ces cas est discutahle.
c. Pelade de la ménopause, ou de la période d'involution. —
Chez l'homme ou chez la femme de 50 ans, à cheveux grisonnants, s'observe une pelade (assez rare), en plaques amorphes, plus ou moins nombreuses et grandes, occupant les pariétaux, les régions frontales latérales, quelquefois l'occiput, mais ordinairement sans élection régionale.
Cette pelade respecte relativement les cheveux blancs, sur les places alopéciques. Son extension dure 7 à 8 mois, sa régression progressive presque autant. Elle guérit presque toujours complètement et parfaitement en 18 mois. Sa cause est inconnue ; traiter successivement tout ce que Ton observe de défectueux dans le sujet, traiter par l'opothérapie ovarique la femme dont les règles ont disparu récemment, etc —
" Le traitement local reste la révulsion sans plus. Son effet est inconstant, et lent.
d. Pelades graves ou bénignes de cause inconnue. — Elles sont l'immense majorité. Tantôt elles débutent par des plaques rondes, à surface grasse, à infection sél3orrhéique folliculaire, qui peuvent se multiplier, s'étendre et fusionner. Tantôt elles débutent par l'occiput, suivant le type le plus ordinaire chez l'enfant. Elles évoluent d'une façon tantôt bénigne et tantôt grave, peuvent même se généraliser, al>outir à la décalvante totale ; ou bien bénignes, elles peuvent récidiver, tôt ou tard après la première atteinte, avec une gravité identique ou différente.
Les pelades bénignes montrent une ou deux taches alopéciques dont l'extension s'anête après 5 ou 4 semaines, et sur lesquelles la repousse de follets puis de cheveux normaux se fait promptement. Les pelades graves ont des plaques énormes, d'évolution lentement ou rapidement progressive; elles s'accompagnent d'une flaccidité plus ou moins marquée de la peau (hypotonie de Jacquet) et de son apparence sénile progressive, enfin de lésions unguéales qu'on observe dans un tiers des cas (p. 457).
Fw. IOj. — Flaccidité téyumenlaire, «Hypotonie » de Jacquet dans la pelade totale. (Malade de Sabouraud. Photographie de Noire.)
Aucune théoiie n'explique la pelade chez l'adulte pas plus que chez
l'enfant.
On ne comprend que la pelade des tuberculeux et au moyen d'une
hypothèse qui n'a pas encore été assez
vérifiée. La pelade chez l'hérédosy-
philitique est un fait d'observation
dont le mécanisme reste incompris.
Toutes les autres sont encore moins
expliquées. La théorie de l'origine
névralgique et dentaire de la pelade
(Jacquet) est peut-être applicable à
certains cas que je crois au moins
rares. Car un très grand nombre de
cas de pelade grave s'accompagnent
d'onychoses peladiques quand on
sait les diagnostiquer. Il serait difti-
cile d'admettre les onychoses d'origine dentaire surtout aux pieds. Et
il est probable, par la comparaison
à ce sujet des pelades graves et bénignes, que les pelades qui ne s'ac-
compagent pas d'onychose, doivent l'absence de ce symptôme à leur
seule bénignité. L'infection séborrhéique de certaines pelades, particulièrement de celles qui s'accompagnent d'hypotonie est certaine.
Mais on n'a pu prouver juscju'ici l'importance de cette infection dans la genèse de la pelade. Et les pelades infantiles ne s'en accompagnent jamais.
La contagion de la pelade semble vraiment nulle et en tous cas peut praticjuemeiti être comptée comme /n///f. Toutes les épidémies depelade que les dermatologistes ont voulu étudier par eux-mêmes étaient des
épidémies d'erreurs de diagnostic, des épidémies d'impétigo alopécique.
(p. 205) ou des épidémies de teigne (p. 210). La pelade familiale qui est
fréquente n'indique pas plus que le psoriasis familial, la contagion.
Kir,. lOy. — Pelade décalvante totale. (Malade de Sabouraud. Photographie de Xoiré.;
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Le traitement général doit s'adresser à tous lés points que Ton remarque anormaux dans la santé du malade. On doit prescrire la suralimentation à ceux qui maigrissent, aussi bien que le régime à ceux qui engraissent, etc.
Le traitement local garde sa valeur dans tous les cas bénins et moyens et même dans beaucoup de cas très graves ; ainsi des frictions quotidiennes toniques et excitantes sur tout le cuir chevelu avec des lotions du type suivant :
Alcool à 90" 225 grammes.
Alcoolat de lavande 25 —
Eau distillée 50 —
jN'itrate de potasse 50 centigrammes.
Acide acétique cristallisable 4 grammes.
Des applications locales irritantes comme des pommades soufrées, résorcinées, salicylées sur la plaque et son pourtour, ou bien de petites frictions irritantes quotidiennes des types déjà connus sont des préparations vi'aiment utiles.
a. Acide lactique 10 grammes.
Alcool à 60° 50 ' —
|3. Acide acétique cristallisé .- . . . 1 gramme.
Liqueur d'Hofï'mann 40 grammes.
y. Teinture d'iode - 5 grammes.
Benzine rectifiée 50 —
Il est utile aussi de les alterner et changer de temps à autre ; le cuir chevelu semblant s'y hahituer peu à peu.
Dans les pelades graves et ditïuses, ou en plaques innombrables, d'éclosion et développement rapides, les pommades au goudi'on de cadc m'ont rendu d'excellents services. Elles sont plus faciles d'application chez l'homme que chez la femme et doivent être savonnées ou nettoyées chaque lendemain de leur application.
Le pronostic s'appuie sur le nombre des plaques, leur dimension, leur rapidité ou lenteur de développement, l'amincissement ou l'œdème de la peau à leur niveau, l'évolution des atteintes antérieures, la réaction cutanée aux médicaments, etc. Il doit toujours être réserve. Chez les tuberculeux il est celui de leur tuberculose. Chez les herédosyphilitiques je l'ai toujours vu détestable.