‹ Manuel élémentaire de droit romainChapitre 30 sur 760 · Stintzing, pp · texte numérisé non relu

Stintzing, pp

6. Biographie la plus récente dans Maassen, Geschichte der Quellen und der Litteratur des canonischen Uechts, 1, 1870, pp. xix-xxxiv. Sur sa valeur parfois un peu surfaite de philologue, cf. Ch. Graux, Essai sur les origines du fonds grec de l'Escurial, 1880, pp. 13-17. — Opéra omnia, Lucques, 1765-1774.

avait été pour l'œuvre des glossateurs, le véhicule qui en a conduit les résultats dans la pratique *.

Au XVIT^ siècle et au XVIH% on rencontre encore des interprètes remarquables du droit romain : en Savoie, le président Favre (Antonius Faber, 1557-1624), grand découvreur de tribonianismes, auquel la vogue nouvelle des recherches sur les interpolations a valu un regain de notoriété ; à Genève, Jacques Godefroy, fils de Denis (1587-1652), auteur d'un commentaire magistral du Code Théodosien, qui peut, à raison de ses origines nationales et scientifiques, être compté parmi les grands romanistes français, qui mérite en tout cas mieux le nom de romaniste que les civilistes Domat (1625-1696) et même Pothier (1699-1772) ; en Allemagne, J. T. Heineccius (168J-1741), auteur de bons travaux sur rhistoire du droit romain ; enfin, en Hollande, les membres de l'école qui a été la plus digne héritière de l'école française du XVP siècle, Ant. Vinnius (1588-1657), Jean Voet (1647-1713), Gérard Noodt (1647-1725), Ant. Schulting (1659-1734), Corneille van Bynkershoek (1659-1743), etc. Mais il y a là plutôt les derniers reflets d'une lumière passée que les commencements d'une lumière nouvelle.

La renaissance s'est faite, au XIX^ siècle, dans le pays qui était resté en somme le plus étranger au grand réveil du XVP siècle, en Allemagne, et cette fois aussi elle a été la conséquence d'un rajeunissement général des études de philologie et d'histoire. On a pu encore lui chercher des précurseurs, par exemple le vieil historien du droit romain G. Hugo (1764-1844). Mais le promoteur direct et le représentant le plus brillant en a été l'illustre Frédéric Charles de Savigny, né à Francfort-sur-le-Mein en 1779, professeur à Berlin de 1818 à 1842, ensuite ministre du gouvernement prussien jusqu'en 1848, et mort en 1861, auteur du Système de droit romain (inachevé), du Traité de la possession et de V Histoire du droit romain au moyen âge \ et fondateur de l'école historique.

Cette école, qui a renouvelé la science du droit romain dans le dernier siècle, a pris sa force dans un principe que Savigny eut le mérite d'affirmer et de pratiquer dès le premier jour : le principe que le droit d'un peuple est un produit historique et non pas quelque chose d'accidentel et d'arbitraire et que par suite l'intelligence des lois romaines peut seulement être acquise par cette union des vues d'ensemble et des recherches d'érudition technique qui est la condition essentielle de toute

1. Stintzing, pp. 385-388, et sur son éd. du Corpus, le même, pp. 208-209.

2. Il existe des traductions françaises des premiers ouvrages {Traité de droit romain, tr. Guenoux, 8 vol., 1851-1855. Traité de la possession, tr. sur la 7' ëd. allemande par H. Staedler, 1866) et des premiers vol. du troisième (tr. Guenoux, 3 vol., 1839). Un autre ouvrage de Savigny, Le droit des obligations, a été traduit par MM. Gérardin et Jozon, 2 vol., 2° édition, 1873.

-étude historique sérieuse. Par là Tœuvre de Savigny reste le point de départ de tout le merveilleux développement qui s'est accompli depuis lui^ jusqu'à présent surtout en Allemagne, et qui n'est certainement pas -encore terminé. Sans doute, les recherches dont il avait donné l'exemple avec une rare maîtrise, avec une singulière intelligence des textes ■et une étonnante connaissance des sources imprimées et manuscrites les plus diverses, se sont continuées après lui et parfois contre lui, souvent au point de rendre ceux qui croiraient toute la science enfermée dans ses ouvrages aussi infidèles à la vérité que l'étaient les postglossateurs concentrés dans la contemplation de la glose. Sans doute aussi, l'activité de lui et de ses contemporains a été puissamment secondée par des découvertes de textes nouveaux qui sont une nouvelle ressemblance entre la renaissance du XYI® siècle et celle du XIX®. Mais, cette fois comme au XVP siècle, il serait puéril de prendre l'effet pour la cause : on a trouvé des documents jusqu'alors inconnus, au temps de Savigny comme à celui de Gujas, parce que la résurrection de la curiosité scientifique en a provoqué la recherche ; la découverte du manuscrit de Vérone des Institutes de Gains date de 1816 et Savigny est déjà tout entier dans la première édition de son traité de la possession publiée en 1803. Si, d'autre part, Savigny a fait de sa méthode des applications que nous croyons fausses, s'il s'est parfois laissé entraîner aux séductions d'une dialectique trop rigoureuse, si plus souvent, comme c'est le sort mélancolique ■des travaux d'érudition, la suite même des recherches ouvertes par lui a renversé les solutions provisoires qu'il avait tirées de ses premières découvertes, cela n'empêche pas que tous ceux qui de nos jours ont étudié scientifiquement le droit romain se sont ressenti et ont bénéficié de son action, même ceux qui ont le plus vigoureusement combattu certaines de ses conceptions et ses méthodes, même celui que ses qualités opposées, son sens robuste de la vie positive et des réalités juridiques ont fait le plus dangereux pour les déductions logiques et froides de Savigny, même Rodolphe de îhering enlevé, lui aussi, après une longue carrière et une action puissante ^ et que nous citons volontairement seul ici, à côté de l'auteur du Système de droit romain, parmi tous les romanistes modernes dont on rencontrera les noms dans ce livre ".

1. Outre V Esprit du droit romain, qui reste son œuvre capitale, un certain nombre d'autres travaux de H. de Ihering que nous citons en leur lieu ont été traduits par M. de Meulenaere.

2. On trouvera une énumération des romanistes du XIX* siècle, morts avant 1881, dans Rivier, Introduction, pp. 623-637. Les Institutionen de Salkowski, 9* éd. mise à jour par Lenel, 1907, pp. 65-66, donnent en quelques lignes des caractéristiques intéressantes des romanistes allemands Haubold (1766-1824), Hasse (1779-1830), Puchta (1798-1846), Muehienbruch (1785-1843), Dirksen (1790-1868). de Keller (1799-1860), de Vangerow (1808-1870), Boecking (1802-1870), Rudorff (1803- 1873). de Waechter (1797-1880), Bruns (1816-1880), Huschke (1801-1886), de Brinz .{1820-1887), de Ihering (1818-1892), Windscheid (1817-1892), Alfred Pernice (1841- 1901) et Th. Mommsen (1817-1903).

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