Ed. P. Krueger, Z. /?. G., 7, p. 44 et ss
2. Ici encore nous serions incomplets en ne signalant pas, après les monuments juridiques proprement dits, les renseignements fournis par les actes et les auteurs extrajurjdiques. — Pour les actes, il faut, à côté d'autres titres cités par Krueger, Sources, § 39, relever surtout la riche collection des papyrus de Ravenne du V% du YP et du VII^ siècles publiée avec un commentaire excellent par Gaetano Marini, Papiri diplomatici, 1805. — Quant aux sources littéraires, outre les scriptores historiae Augustae, dont ia critique devrait être reprise au point de vue juridique aussi bien qu'aux autres en partant de travaux récemment publiés sur leur date véritable, en particulier par Dessau, Hermès, 24, p. 337 et ss., 27, p. 561 et ss.» et Mommsen, Hermès, 25, p. 228 et ss. = Gesammelte Schriften, 7, 1909, p. 302 etss., on peut surtout avoir à consulter : les lettres de Symmaque, préfet de la "Ville en 384 et 385, où se trouvent des lettres officielles aux empereurs intéres. santés pour la procédure-et même pour le fond du droit : commentaires de Bethmann-HolIweg, Civilprozess, 3, p. 352 et ss., Kipp, Litisdenuntiatio, 1887, Baron, Litisdenuntiatio, 1887, et Ubbelohde, dans Gliick, série des livres 43 et 44 ; édition 0. Seek, Monumenta Germaniae, 1883 ; les variae de Cassiodore, né vers 482, mor en 575, éditées par Mommsen, Monumenta Germaniae, 1894, où il y a des formu laires d'actes officiels (légitimation, venia aetatis, etc.) ; les lettres de Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont, au V» siècle, très intéressantes pour le droit romain a l'époque barbare ; cf. Esmein, Mélanges, p . 359 et ss. ; édition Lutjohann, Monumenta Germaniae, 1887 ; les origines d'Isidore de Séville, mort vers 636, qui contiennent, surtout au 5" livre, des définitions de termes juridiques empruntées à de bonnes sources; principaux passages dans Bruns, Fontes, 2, pp. Î9-85.
Tout le monde reconnaît aujourd'hui que la transmission du droit romain n'a jamais été coupée par une solution de continuité complète, que notamment, dès avant la fondation de l'école de Bologne, le droit romain continuait à faire en France et en Italie l'objet d'un enseignement et d'une littérature dont l'activité n'avait jamais entièrement cessé. « On peut seulement discuter et on discute vivement trois points : Tétendue et la profondeur de l'enseignement, la hauteur des travaux scientifiques et la mesure dans laquelle ils ont pu, par la méthode et le contenu, servir de modèle et de base aux glossateurs \ »
L'œuvre des glossateurs ^ commence à Bologne à la fin duXI^ siècle. Le droit romain a certainement été enseigné à Bologne avant Irnerius qui commença à y professer vers 1088 et mourut après 1125. Mais c'est à lui que remonte la fondation de la célèbre école de jurisconsultes qui porte le nom d'école des glossateurs. Le nom des glossateurs leur vient des gloses, interlinéaires et marginales, par lesquelles ils avaient coutume d'éclairer les textes dans les manuscrits, peut-être suivant un usage emprunté aux anciennes écoles de droit lombardes. Mais il faut en outre citer, parmi leurs travaux, les ca5W5,dans lesquels ils reconstituaient les hypothèses visées par les textes, et des sommes, dans lesquelles ils résumaient titre par titre tel ou tel des recueils de Justinien.Ils ont, par un travail exégétique très remarquable et resté fort utile, malgré d'énormes défectuosités provenant de leur ignorance de l'histoire romaine et de la littérature, dépouillé minutieusement, dans l'ensemble et le détail, les textes des compilations de Justinien considérées comme un corps de droit en vigueur \ L'œuvre des glossateurs, dont les plus célèbres ont été après Irnerius, Martin, Bulgare, Jacob et Hugo, appelés les quatre docteurs,
1. Bruns-Lenei, Gesch. undQuelL, §§ 73-74; cf. Esme'm, Mis t. du droit français, p. 832 et ss. Brissaud, Manuel, p. 170. L'admirable ouvrage de Savigny, Geschichle des romischen Rechls im Mitlelalter, 2* éd., 1834-1851, reste toujours fondamental pour toute la période qui s'étend jusqu'à Alciat. Mais les solutions qu'il avait dégagées ont pu être précisées et rectifiées, notamment pour ces temps intermédiaires, par la critique plus récente. Les arguments en faveur de la continuité ont été particulièrement développés dans les études pénétrantes de M. Fitting. Cf. en sens contraire, Flach, Etudes critiques sur L'histoire du droit romain au moyen âge, Paris, 1890. L'ouvrage très riche en informations de M. Max Conrat, Geschichte der Quellen und Litteratur des romischen Rechts im frûheren Mittelalter, 1, 1889-1891, garde aussi une attitude un peu réservée en face des doctrines de M. Fitting.
2. V. outre les tomes 3 à 5 de Savigny, Esmein, p. 835 et ss., et Brissaud, p. 192 et ss., chez lesquels on trouvera indiquée la littérature plus récente.
3. Ce point de vue explique comment ils crurent utile: 1° d'indiquer dans le Code, à la suite des constitutions originales, le contenu des novelles plus récentes qui les avaient modifiées; ce sont ces extraits désignés par eux du nom à'authenlica, qui constituent les Authentiques, restées longtemps incorporées à la suite des constitutions dans les éditions courantes du Corpus j'uris civilis et justeme nt exclues des éditions scientifiques modernes ; 2» d'ajouter au Corpus un certain nombre de documents tels que les libri feudorum qui ne sont pas d'origine romaine et qui Bont aussi justement écartés des mêmes éditions.
puis Rogerius, puis le professeur de Montpellier Placentin, mort en 1192, et enfin Otto et Azo, se termina, dans le premier tiers du XlIP siècle, par la publication d'un travail de compilation méthodique, la grande glose rédigée par Accurse (1182-1260), dans laquelle se trouvaient incorporées et classées les gloses les plus importantes des divers docteurs et qui obtint dans la pratique et la doctrine un succès extraordinaire.
Le succès de cette compilation était, comme il arrive souvent, le symptôme d'une décadence qu'il ne fit qu'accentuer à son tour. La glose devint une sorte de monument législatif qu'on commentait dans les écoles et qu'on invoquait devant les tribunaux à la place des recueils de Justinien. L'étude directe des sources est absente des traités diffus, encombrés de subtilités et de divisions inutiles, dans lesquels les jurisconsultes postérieurs ont accommodé à l'exposition du droit les procédés de la dialectique scolastique. A la vérité, le droit n'est pas pour cela resté immobile, pas plus alors qu'en aucun temps. Les auteurs de cette littérature indigeste qui se multiplie du XIV« siècle au XVI% les postglossateurs ou les Bartolistes, comme on les appelle du nom du plus célèbre d'entre eux, l'Italien Bartole de Sassoferrato (1314-1357), et parmi lesquels les plus connus ont été, outre Bartole, son maître Cinus de Pistoie, puis Balde, Paul de Castro, Jason de Mayno, etc., ont, sous prétexte de droit romain, construit beaucoup de droit nouveau, et c'est l'explication de l'influence acquise par eux non seulement en Italie, mais en France, en Allemagne * et dans à peu près toute l'Europe savante où ils ont exercé une domination presque exclusive jusqu'au XVI^ siècle ". Sous ce rapport, ils ont joué un rôle considérable dans l'histoire générale du droit. Ils n'en ont joué aucun dans celle de la science du droit romain proprement dite.
Une nouvelle période commence, au contraire, au XVP siècle, pour le droit romain, par contre-coup de la renaissance des études classiques '. Le même mouvement, qui avait ramené l'attention sur les autres monuments de l'Antiquité, conduisit à étudier les monuments juridiques, non plus à la façon des glossateurs, en eux seuls et dans leur état le plus récent, en qualité de droit positif qu'il faut prendre dans sa forme matérielle dernière, mais comme une branche de la tradition antique qu'il fallait reconstituer dans sa physionomie la plus pure, en cherchant à
1. Sur la réception du droit romain en Allemagne, voir par exemple Dernburg- Sokolowski, 1, §§ 2-3, et les auteurs cités.
2. Le tome 6 de Savigny est consacré aux Bartolistes. V. en outre Flach, A'. R. H., 1883, p. 218 et ss. ; Esmein, p. 841 et ss. ; Brissaud, p. 213 et ss.
3. V. en général sur cette période, Esmein, p. 843 et ss. ; Brissaud, p. 347 et ss. ; Stintzing, Geschichle der Rechtswissenschaft in DeuUchland, 1, 1880, pp. 307- 385; A. Tardif, Histoire des sources du droit français, origines romaines, 1890, p. '464 et ss. On trouvera aussi des listes très complètes des jurisconsultes de cette période et des suivantes dans Kivier, Introduction historique, p. 583 et ss.
rendre leur forme et leur sens originaux aux documents conservés dans les compilations de Justinien, en employant à côté d'eux, comme des 'instruments d'égale \aleur, les renseignements fournis par la littérature extra-juridique et les textes du droit antéjustinien récemment retirés de .l'oubli.
Ce mouvement, qui tendait en somme à restituer le droit romain •dans sa vérité historique au lieu d'essayer de l'interpréter dans sa forme légale définitive, a eu pour précurseur l'Italien André Alciat (1492-1540), successivement professeur à Avignon, Bourges, Pavie, Bologne, Ferrare, auprès duquel on cite souvent justement l'helléniste parisien Guillaume Budé (1468-1540) et l'Allemand Ulrich Zasius, professeur à Fribourg-en-Brisgau (1461-1535) *. Son plus illustre représentant a été le grand romaniste français Jacques Cujas ^, né à Toulouse en 1522, mort en 1590, qui professa principalement à Valence et k Bourges et qui a eu pour élèves une infinité d'hommes célèbres de tous les pays, le jurisconsulte ancien qui a uni, au degré le plus élevé, au sens juridique proprement dit, la sagacité critique et les connaissances philologiques et historiques nécessaires pour une interprétation parfaitement éclairéedudroit romain. Parmi ses nombreux travaux, tous consacrés à l'étude exégétique des sources, les plus importants sont, outre de fort bonnes éditions savantes de textes antérieurement inédits ou publiés d'une manière défectueuse, 28 livres à' observationes et emendationes, donnant sans ordre une foule d'interprétations, de corrections, de restitutions ou de conjectures ^t de multiples ouvrages, en général sortis de son enseignement, destinés à rétablir dans leur forme première et à commenter dans leur sens original des écrits de jurisconsultes romains morcelés dans les compilations de Justinien (tractatus ad Africanum, commentaires sur Papinien, recilationes sollemnes sur Paul, Ulpien, Marcellus, Julien, Gervidius :Scaevola, etc.). — En face de lui on doit citer son adversaire et son
1. Zasius a fait l'objet d'une excellente monographie savante de Stintzing, Ulrich Zasius, 1857 (v. en outre le même, Gescfi. d. Hechtswiss . , 1, pp. 155-112. Bremer, Z. S. St., Germ. Abth., 18, 1897, p. 170 et ss.). On peut consulter sur Budé les travaux de M. Delarueile (G. Budé, 1, 1907. Répertoire de la correspondance de Budé, 1907) et sur Alciat, une brochure de M. E. von Moeller [Andréas Alciat, Breslau, 1907) qui citent la littérature plus ancienne.
2. Le meilleur ouvrage sur Cujas reste encore, malgré sa forme vieillie, celui de Berriat Saint-Prix, Histoire du droit romain suivie de Vhistoire de Cujas, 1821, qu'on n'a guère fait depuis que démarquer. La traduction allemande de Spangenberg, J. Cujas und seine Zeitgenossen, 1882, contient, en plus, outre quelques notes, une bibliographie commode des œuvres de Cujas, pp. 231-307. La lettre de Savigny, Themis, 4, 1822, pp. 194-207, contient aussi des additions importantes. Opéra omnia, éditées par A. Fabrot en 10 vol., Paris, 1658. On recherche davantage les réimpressions de Naples, 1722-1727, et de Venise, 1758-1783, en 11 vol., non pas à cause de quelques additions médiocres, mais parce que c'est à elles que se réfère le plus aisément une table générale en deux volumes intitulée Prompluarium operam Jac. Cujacii auctore Dom. Albanensi, 2 vol., 1763 ; 2« édit.,
unique rival sérieux, Hugues Doneau, né en 1527 à Chalon-sur-Saône, professeur à Bourges, puis, après avoir été éloigné de France par ses idées religieuses, à Heidelberg, à Leyde et à Altdorf près JNuremberg, où il mourut en 1591, qui s'est précisément surtout distingué dans le domaine de la science juridique que Gujas s'était abstenu d'aborder, dans celui des généralisations sA|fstématiques, et dont les commentarii juris civilis sont restés pendant des siècles à peu près le meilleur exposé méthodique de droit romain *.
Nous nommerons en outre François Le Douaren (Duarenus), né à Moncontour (Côtes-du-Nord) en 1509, mort à Bourges en 1559, maître de Doneau et comme ce dernier adversaire de Gujas, avant lequel il avait donné à Bourges un enseignement fortement empreint de Tesprit nouveau ^ ; François Baudouin (Balduinus, 1520-1573), auteur de bons travaux historiques et très mêlé aux luttes religieuses de son temps ; Térudit Barnabe Brisson (1531-1591) ; les deux frères Pithoa, Pierre (1539-1596) et François (1543-1621), élèves et amis très proches de Gujas; le jurisconsulte et philologue Hubertus Giphanius (van Giffen, 1534-1616), qui a surtout enseigné en Allemagne, mais qui appartient encore à l'école française par ses maîtres et ses relations scientifiques ^ ; puis d'autres savants contemporains, qui sont au contraire demeurés étrangers à cette école tout en suivant des voies parallèles : tout au début du mouvement, en Allemagne, Haloander (Grégoire Meltzer, 1501-1531), resté justement célèbre par les éditions î?on<7we5 des recueils de Justinien publiées à Nuremberg en 1529-1531 *, aux Pays-Bas, Viglius Zuichemus, ainsi nommé de la ville de Zwickem près de laquelle il était né en 1507, mort en 1577, premier éditeur de la paraphrase de Théophile % en Espagne, l'évêque de Tarragone Antonius Augustinus (1516- 1586), qui a été avec Gujas le principal restaurateur des constitutions grecques du Gode * ; enfin le professeur de Genève né à Paris, Denis Godefroy (D. Gothofredus, 1549-1622), que nous citons en dernier lieu parce que son édition du Corpus juris civilis a été jusqu'à un certain point pour Toeuvre des Romanistes du XVI® siècle ce que la grande glose
1. Eyssel, Doneau, sa vie et ses ouvrages, 1860. Ajoutez Stintzing, Doneau in Altdorf, 1869 ; H. Buhl, Doneau in Heidelberg^ Neue Heidelberger lûhrbûcher, 2, 1892, pp. 280-313. Opéra omnia, Lucques, 1762-1770, par ex.
2. Jobbé-Duval, François le Douaren {Duarenus), 1509-1559, Mélanges Girard, 1, pp. 573-621.