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CHAPITRE CINQUIÈME

Il est du plus haut intérêt, dans les affaires, de prendre avec soin des informations sur une maison avec laquelle on commence des relations, afin de régler sa conduite selon les renseignements obtenus, de fixer l'importance du crédit qu'on peut accorder à cette maison, et le degré de confiance ou de réserve qu'il y a lieu de mettre dans ses rapports avec elle.

Souvent aussi Ton prend des informations sur l'abondance ou la rareté d'une denrée, sur son prix actuel, sur les résultats ou les apparences des récoltes, sur les arrivages dans les ports, sur le cours des changes, des effets publics, etc., etc.

On sent que le cercle de ces diverses sortes d'informations est trop étendu pour qu'il soit possible de nous occuper ici de chacune d'elles. D'ailleurs, la nécessité et l'intérêt privé guideront assez bien le spéculateur, dans la direction à donner à ces informations, pour qu'il stipule convenablement les circonstances essentielles et les points principaux sur lesquels il désire être plus particulièrement renseigné.

Pour revenir aux informations relatives à la solvabilité, on sait que le crédit repose sur des bases diverses, dont la fortune est, sans contredit, la première, mais non pas la seule. L'habileté dans les affaires, une prudence éprouvée, la probité sévère sont aussi des causes essentielles de succès et, par conséquent, de crédit.

L'inexpérience en commerce, trop de hardiesse, ou cette témérité naturelle qui porte à tout entreprendre, le faste dans les dépenses, une moralité équivoque sont, malgré la richesse, d'insurmontables obstacles à un grand crédit. C'est une vérité bien reconnue, que la fortune la plus belle se perd aisément, au grand jeu des affaires, par l'imprudence ou l'inhabileté, tandis que la capacité et la sagesse obtiennent, avec de faibles ressources, des résultats souvent importants.

L'habileté, la fortune, la prudence et la moralité sont donc les points principaux sur lesquels il convient de diriger plus spécialement l'attention et les enquêtes du correspondant chargé de répondre à nos informations.

Quand on demande des renseignements, on ne néglige pas d'assurer son correspondant de sa discrétion entière, afin qu'il s'exprime avec toute la franchise qu'on désire en pareil cas.

C'est souvent sur un papier séparé qu'on écrit le nom de la maison dont on s'enquiert, soit pour éviter de lui nuire, soit pour ne pas initier les commis dans cette partie secrète et confidentielle de la correspondance. Certains négociants même ne disent pas, dans le corps de la lettre, un seul mot de leur demande de renseignements; ils en font l'objet d'une note détachée, à laquelle il est répondu avec la même précaution.

Si les lettres dans lesquelles figureraient des noms venaient à s'égarer, il pourrait en être fait un usage abusif qui donnerait peut-être naissance à des reproches, ou même à des inimitiés fâcheuses. Ce système de notes séparées et sans signature est donc excellent, en fait d'informations, pour rassurer les gens prudents ou timorés.

On sent de quelle importance est le choix de l'ami qu'on charge de la mission délicate de donner des renseignements, et l'on comprend qu'on doit s'adresser de préférence à des correspondants dévoués, sur la sincérité desquels on puisse compter.

Enfin, comme les informations sont matière à erreur, et même à contradiction, quelques personnes jugent utile de puiser leurs renseignements à plusieurs sources, pour en contrôler l'exactitude.

Quoiqu'une maison soit connue depuis longtemps pour excellente, on ne néglige pas, comme on le remarquera dans les exemples qui suivent, de renouveler ses informations sur son compte, quand on est à la veille de traiter avec elle une affaire considérable, ou qu'il est survenu des circonstances critiques, de nature à déranger l'équilibre des maisons les mieux assises.

Quand le crédit à accorder est sans importance, la demande est rapide et laconique ; on la place à la fin de la lettre, ou dans un postscriptum. Mais, s'il s'agit d'un découvert considérable, il faut insister avec plus de détail, et faire connaître l'importance ou les conséquences graves des renseignements qu'on réclame, afin de déterminer son correspondant à mettre à sa réponse la plus scrupuleuse attention. Un grand intérêt autorise même à écrire au chef de la maison des lettres particulières, où l'on entre dans des explications propres à diriger ses informations, à le fixer sur leur importance et sur l'objet essentiel qui les provoque.

Demandes de renseignements relatifs au crédit, à la solvabilité, a la moralité, etc.

Pans, lo... 18...

Monsieur C.

MM. André et Cotticr ont l'honneur de présenter leurs respects empressés à M. C, et le, prient de vouloir bien avoir la complaisance de leur fournir, au plus tôt, des

renselgnementi exacts sur la maison désignée d'autre part, qui s'est recommandée de M. c. MM. André et Cottier remercient d'avance M. C. de sa communication a cet égard; ils en feront le pins discret us.

Bordeaux, le. .. 18. ..

Monsieur C. G., à Paris.

Nous vous confirmons la lettre que nous avons eu l'honneur de vous écrire le 26 octobre dernier.

Une maison de votre ville, MM. Ve S. et Cie, qui s'occupe particulièrement des spiritueux et des vins, nous ayant indique votre respectable maison comme pouvant nous fournir des renseignements sur sa solvabilité et sa moralité, nous prenons la liberté de vous prier de vouloir bien nous fixer à cet égard, et de nous dire quel est le degré de confiance qu'elle mérite. Vous pouvez compter sur notre discrétion.

Agréez, Monsieur, nos salutations empressées.

GALOS et fils.

Paris, le... 18...

Monsieur J. L., à Paris.

M. L. E., qui s'est présenté chez moi pour remplir une place vacante dans mes bureaux, m'a dit avoir été employé longtemps dans votre maison.

Son extérieur et ses manières préviennent en sa faveur; mais je désirerais connaître votre opinion sur sa capacité, son exactitude et sa probité, ainsi que le motif qui l'a fait sortir de vos bureaux.

Vous m'obligerez beaucoup en me transmettant ces renseignements confidentiels le plus tôt qu'il vous sera possible ; comptez sur ma discrétion pour tout ce qu'il vous conviendra de m'apprendre.

Veuillez bien agréer, Monsieur, la nouvelle assurance de mon dévouement.

LERICHE neveu.

Bâle, le... 18...

Messieurs Ch. R. et G., à Paris.

J'ai successivement reçu les trois lettres dont vous m'avez favorisé les 3, 6 et 18 juin dernier.

Je vous remercie des renseignements que vous avez bien voulu me donner sur la position de votre marché.

J'ai le regret de vous dire que, pour le moment, je n'ai pas trouve matière à vous transmettre d'ordre.

Ayez l'obligeance de me dire votre opinion sur la maison dont le nom est inséré dans la note ci-incluse ; j'en ferai usage avec discrétion.

Dans cette attente, j'ai l'honneur de vous saluer.

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