CHAPITRE SIXIEME
C'est une mission assez difficile que d'avoir à transmettre des renseignements sur une maison de commerce; car il s'agit moins ici de la forme convenable que du fond essentiel de la note à rédiger sur un sujet
si important.
Certainement, dans cette circonstance, le vrai négociant parlera avec la plus grande franchise à ses amis, et les 'instruira de la situation exacte de la maison sur laquelle des renseignements sont réclamés; il n'omettra, ni de citer les avantages particuliers qui la distinguent, ni de si-naler les circonstances défavorables qui doivent modifier son crédit. En homme probe, il se dépouillera de tout esprit de rivalité, s'il y a concurrence entre cette maison et lui, comme il se défendra de l'entraînement inspiré par l'intérêt ou l'amitié qui pourrait le lier lui-même au chef de la maison sur laquelle on l'interroge ; en un mot, il s'exprimera selon sa conscience intime, indépendamment de ses intérêts propres ou de ses préventions personnelles.
Lorsqu'on insère dans le corps de la lettre les renseignements demandés, on supprime le nom de la personne qu'ils concernent; mais, comme nous l'avons déjà dit pour les informations, il est plus prudent encore de n'y rien dire, ou de renfermer les détails sur lesquels on veut s'étendre dans une note séparée, sans signature et sans même le nom de la maison qui en fait le sujet; c'est par cette extrême réserve que certaines personnes entendent prévenir les conséquences fâcheuses que le hasard, l'imprudence ou l'indiscrétion pourrait entraîner.
La seule règle à donner pour cette note détachée, c'est qu'elle doit être brève et substantielle.
On y passe succinctement en revue chacune des bases essentielles sur lesquelles repose en général le crédit : les capitaux présumés de la maison, l'habileté du chef, sa prudence en affaires et sa moralité ; on y parle, en outre, des circonstances particulières capables d'influer sur le crédit, ou qu'on juge devoir intéresser plus spécialement l'ami qui nous interroge.
Ceci s'applique aux renseignements qu'il s'agit de donner approfondis et complets ; car, dans les cas ordinaires, on se contente presque toujours de dire laconiquement : Celte maison est de tout crédit; ou : elle est mauvaise; ou : elle passe pour bonne; ou : elle est faible.
Quelques personnes fixent le chiffre et l'importance du crédit qu'elles accorderaient elles-mêmes ; d'autres, plus circonspectes, restent dans les généralités.
Certains commerçants, après avoir donné sincèrement leur avis, ajoutent cette restriction singulière : sans aucune responsabilité de notre part. Cette mention est parfaitement inutile, et tout le monde doit savoir que, pour des renseignements donnés, il n'y a aucune responsabilité légale, ni même morale, en ce sens qu'on agit là selon ses convictions ou sa conscience, et sans autre intérêt que celui d'obliger.
Quant aux réponses aux demandes de renseignements sur des marchandises ou d'autres sujets divers, elles sont moins l'œuvre du rédacteur d'une correspondance que l'opinion d'un négociant expérimenté. Pour donner des renseignements sur les qualités et les défauts des marchandises, il faut des notions spéciales qui ne sont pas de notre sujet. Nous nous bornerons à dire que les demandes de ce genre donnent lieu à des réponses annonçant l'envoi d'échantillons, ou souvent aussi accompagnées de factures simulées d'achat, de comptes de ventes également simulées : factures et comptes sur lesquels on fait figurer les plus petits détails de frais, fort utiles à connaître en certains cas.
Bèponses aux informations relatives au crédit, à la solvabilité, à l'honorabilité, etc.
Paris, le... 18...
Monsieur F. J., à Paris.
Nous connaissons M. G. comme ayant travaillé dans la maison de feu M. W., de Marseille, et comme s'y étant toujours conduit d'une manière honorable. Nous pensons qu'en établissant lui-même une maison à Marseille et une autre à Alicante, il l'a fait d'après les principes de sagesse et de probité qui dirigeaient son ancien chef.
Quant àses moyens pécuniaires, nous ne les connaissons pas; mais ses précédents sont pour nous une garantie qu'il ne fera que des opérations proportionnées à ses ressources.
Tout ceci sans notre préjudice ni garantie, s'il vous plaît.
Agréez, Monsieur, nos civilités distinguées.
PIERRE VERNAC et Ci4>.
Paris, le. .. 18. ..
Monsieur..., à Rouen.
Par votre lettre du 22 du courant, vous nous demandez des renseignement! sur le crédit que peut, mériter la maison B., df IVipIrs.
Nos rapport! avec cette maison nous permettent de vous satisfaire : elle est hono-
nble, et nous n'hésiterions pas à lui accorder un crédit de {% à 15000 francs,
à renouveler au fur et à mesure que des couvertures successives le renfermeraient dans cette limite. .
Veuillez faire usage de cet avis sans notre responsabilité, quoique cependant il émane de notre conviction.
Agréez, Monsieur, nos civilités empressées.
MAILLET et BRAZIER.
Paris, le... 18...
Messieurs J. Laffitte et Gîe ont l'honneur de présenter leurs civilités à Messieurs T. N. et P. aîné, et de leur transmettre, sous ce pli, la note des renseignements qu'ils ont demandés, note qui leur est remise par leurs amis de Dunkerque.
« La maison D. jouit à Dunkerque d'une considération et d'un crédit que nous « jugeons bien mérités et que consolide toujours davantage la sagesse comme la « modestie de la vie de ses chefs. Elle ne passe pas pour riche, mais son capital est, « dit-on, plus que suffisant pour ses affaires, qu'elle conduit d'ailleurs avec autant m d'intelligence que d'exactitude. »
Le Havre, le... 18. ..
Monsieur J., à Paris.
Nous sommes honorés de votre lettre d'hier, par laquelle vous nous retournez deux premières en règle de fr. 6000 et 10000.
La maison sur laquelle vous nous demandez des renseignements est dirigée par deux jeunes gens qui ont déjà fait de mauvaises affaires. Appuyés par leur famille, qu'on dit fort respectable, ils ont formé un nouvel établissement qui paraît marcher assez bien; mais ils ne peuvent pas encore jouir d'une grande confiance. La suite prouvera si l'expérience fâcheuse qu'ils ont faite a rendu ces jeunes négociants aussi prudents que l'exigent les circonstances actuelles.
Recevez nos salutations bien cordiales.
Ve HOMBERG, HOMBERG frères et C',e.
Bordeaux, le... 18...
Monsieur J.-G. C., à Paris.
En réponse à votre lettre du 25 du courant, je me hâte de vous dire que la maison J. B. oncle et neveu mérite tout crédit. Elle opère principalement sur les sucres et jouit d'une réputation de moralité de toute satisfaction. Cette famille a fait de forts héritages et possède de beaux immeubles.
Quant à la seconde maison, J. R. P., c'est autre chose; ses moyens sont peu connus; elle fait le commerce des vins et des eaux-de-vie, et ne jouit ici que d'un crédit très-limité.
Voilà pour le moment ce que je puis vous transmettre sur ces deux maisons. Au surplus je suis à vos ordres pour tout ce qui pourra vous être utile sur cette place, mes relations avec le haut et le petit commerce me mettant à même de vous donner tous les renseignements que vous pouvez désirer.
J'aurai sous peu de jours quelques remises à vous faire; en attendant, je vous salue de tout mon cœur.
S.-J. BEYERMAN.
Messieurs Delessert et Cie ont l'honneur de saluer Monsieur J.-G. G. et de lui transmettre les renseignements les plus récents qu'ils aient eux-mêmes reçus à l'égard de la maison de Besançon dont il leur parle:
« Je pense qu'on peut travailler sans crainte avec elle en lui accordant un crédit de quinze à vingt mille francs (juin 1865) — crédit de vingt à trente mille francs (19 mars 1867) — crédit de quinze à vingt mille francs (9 mai 1869.) »
Depuis dix ans environ qu'ils travaillent avec cette maison, Messieurs Delessert et Cie n'ont eu qu'à se louer de leurs rapports avec elle; ils lui font eux-mêmes un crédit de douze à quinze mille francs. Ils ont été toujours bien réglés, mais non cependant sans que quelquefois Messieurs Delessert et C'e aient été obligés de lui demander des remises.
Monsieur J.-G. C. voudra bien faire usage de ces renseignements avec sa discrétion ordinaire.
Paris, le... 18...
Monsieur B., à Rouen.
La personne sur laquelle vous me demandez des renseignements est un des plus riches propriétaires de ce département ; il fait valoir des forges qui dépendent de la terre qu'il habite toute l'année.
Des dépenses assez considérables pour constructions d'usines, jointes à des payements très-forts qu'il a dû faire à sa sœur pour lui rembourser sa portion dans la terre qu'il a eue en partage, peuvent l'avoir gêné dans ses affaires sans que cela puisse en rien porter atteinte à sa solvabilité.
Sa fortune immobilière est estimée à plus de douze cent mille francs, sans parler de celle de sa femme, qu'il vient de perdre, et qui laisse à ses enfants de très-belles espérances. M. R. jouit d'une considération bien méritée ; lié d'affaires avec lui, je lui accorde un crédit très-étendu, lorsqu'il le désire.
Agréez mes sincères salutations.
DUBOISGÉRANT.
Londres, le... 18.. .
Monsieur J. H. G., au Havre.
Nous sommes favorisés de votre lettre du 1er du courant, renfermant une première de change deliv. 250, sur Coutt et C,e, que nous gardons en règle à la disposition de la seconde ; elle écherra le 12 du mois prochain.
Des trois maisons que vous nous citez, nous considérons comme bonnes les deux premières; au sujet de la troisième, nous ferons prendre des renseignements à Manchester et vous en communiquerons le résultat.
Recevez, cher Monsieur, nos salutations sincères.
DARTEZ FiiènES.
/>. £. — Très-particulier. Tout en vous disant que nous croyons bonne la maison R., comme c'est en effet notre opinion quant au présent, nous devons vous faire connaître confidentiellement qu'elle ne jouit pas d'une réputation libre de toute censure) on la blâme d'un manque de délicatesse et de scrupule dans les affaires, dont, avec ou sans raison, un bon nombre de personnes se plaignent, de manière à diminuer le grand crédit dont, jouissait autrefois cette maison.
Amiens, le... 18.. .
Messieurs T. et P. aîné, a Paris.
Nous vous dirons, Messieurs, eu réponse :'i la lettre que vous nous avez fait, l'honneur de nous écrire hier* que la maison s. frères Jouit sur cotte place d'un crédit étendu
et mérité, parce qu'elle opère avec, probité et Sagesse. Ces messieurs no possèdent
qu'une fortune modeste, mais ils sont très-circonspects dans leurs dépenses ; nous n'hésiterions pas à leur accorder un crédit de 20, 30 et même 50 mille francs.
Notre opinion se trouve amplement confirmée par les avis que nous venons de recueillir de nos amis et banquiers de cette ville.
Heureux de vous être ici de quelque utilité, nous serons toujours à votre disposition en semblable ou toute autre circonstance.
Nous avons l'honneur de vous saluer sincèrement.
DUMONT frères et DUBOIS.
Anvers, le. .. 18... Monsieur C, à Paris.
La maison J.-C. L., à Bruxelles, sur laquelle vous me remettez fr. 11500, a fait, par la débâcle des fonds espagnols, des pertes énormes qu'on évalue à plus d'un million. On dit qu'elle est en liquidation et que sa famille payera tout, à condition qu'elle cessera entièrement ses opérations. ' ■
Le mariage de M. H. L., qui devait se conclure demain avec mademoiselle L., fille de M V , est, à cause de cet événement, retardé d'un mois; je ne connais pas la position de M. H. L. dans toute cette affaire, mais je ne doute nullement que les fr. 11500 ne soient payés à présentation.
Ma prochaine lettre vous donnera d'autres détails.
Vos bien dévoués serviteurs. nAnro ,