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CHAPITRE DIXIÈME

Dans les grandes affaires et dans le haut commerce, les négociants payent ou font des remises en temps utile, et sans qu'il soit besoin de leur demander de l'argent ; mais, dans d'autres genres de relations, il devient souvent nécessaire de stimuler les débiteurs qui s'arriérent ou négligent de s'acquitter.

On choisit, pour le faire avec plus de ménagement, une occasion naturelle, un prétexte plausible, un moment opportun, afin de pallier, autant que possible, ce qu'une demande d'argent non prévue a toujours de peu agréable.

A la fin de l'année ou du semestre, époques bien connues pour le règlement des comptes, on ne manque pas d'envoyer aux maisons en retard, ou avec lesquelles on se trouve à découvert, l'extrait de leur compte. Le seul fait de l'envoi de cet extrait est déjà une espèce de demande tacite de couvrir un solde qui paraît élevé ; d'un autre côté, c'est l'occasion la plus naturelle de dire à un correspondant qu'on recevrait avec plaisir les remises qu'il lui conviendrait d'adresser.

Comme, à de pareilles époques, la demande paraît faire partie d'une mesure générale, elle n'a plus rien d'insolite ou de fâcheux.

Pour faire entrer des fonds, on invoque aussi ses propres besoins; on parle des circonstances qui les motivent, de la modicité du bénéfice; enfin on use de tous les prétextes que la politesse et l'esprit de ménagement peuvent suggérer en pareil cas.

On devient graduellement plus pressant, lorsque les correspondants restent trop longtemps sourds à des demandes mesurées. On se décide à tirer sur eux, en allongeant les termes, en fractionnant les traites, en entrant, en un mot, dans leurs convenances, tout en les conciliant avec les siennes.

Viennent après les exigences fermes, les menaces de frais et, en dernier lieu, les poursuites.

Paris, le... 18...

Monsieur R..., à Dijon.

A l'époque de la fia de l'année, nous arrêtons tous nos comptes; en conséquence, nous vous remettons sous ce pli l'extrait du vôtre, se soldant en notre faveur par fr. 2 917,85;

nous le soumettons à votre examen. Veuillez nous en accuser le bien être et en passer écritures de conformité avec nous.

Nous recevrions avec plaisir en ce moment les remises qu'il vous plairait de nous faire.

Entièrement à vos ordres, nous vous saluons bien affectueusement.

Thomas VERNAL et Cie.

Châtillon-sur-Seine, le. . . 18. . .

Monsieur T..., à Paris.

Nous venons vous prier de vouloir bien nous adresser vos règlements pour nos livraisons de fer des mois de septembre, octobre et novembre courant, c'est-à-dire pour environ 240 000 fr., aux échéances de mai, juin et juillet prochains. Nous avons besoin de ces valeurs , et nous comptons sur votre obligeance accoutumée, bien que la fabrication de novembre, qui est encore en route sur les ports, ne vous soit pas encore parvenue.

Agréez, Monsieur, nos salutations affectueuses.

Louis MAITRE et Cie.

Fécamp, le... 18...

Monsieur V...

Je vous remets ci-joint un certificat de MM. Levrault et Luce, de Jonville, montant à 10 147 kilog. de fer Martinet, pour solde de notre ancien marché àfr. 500 les 1 000 kilog., soit en tout fr. 5 073 50, valeur au 6 juin. Si vous voulez m'envoyer des effets à deux ou trois mois, vous me ferez plaisir.

J'ai l'honneur de vous saluer bien sincèrement.

Pour mon père,

BERTHAULT fils aîné.

Châtillou-sur-Soine, le... 18...

Monsieur T..., à Paris.

Nous sommes favorisés de votre lettre du 1er du courant, nous apportant seulement fr. 100000.

Nous voyons, Monsieur, que vous avez mal compris la nôtre du 18 novembre dernier. Veuillez vous y reporter : nous vous demandions le règlement de nos livraisons des mois de septembre, octobre et novembre, c'est-à-dire le règlement de 600 000 kilog. de fer, à raison de fr. 400 les 1 000 kilog., soit fr. 240 000.

Cette demande ne doit pas vous sembler extraordinaire; car, si vous n'avez pas encore reçu en totalité les livraisons du mois dernier, elles vous seront toujours rendues plus de six mois avant l'échéance de vos billets, puisque vous ne nous réglez qu'à sept et huit mois. Vous nous obligerez donc de nous envoyer le complément de la somme que nous vous avons demandée, aux mêmes échéances que les derniers règlements que vous nous avez remis; cela nous sera agréable, et nous comptons, Monsieur, sur votre obligeance à cet égard.

Nous avons transmis à la forge Marmont votre commande de 100 barres bandages, et nous avons recommandé toute célérité dans l'expédition.

Votre lettre du 22 novembre dernier nous a apporté les comptes et les états divers COmpofanl les réceptions et les ventes de nos fers laminés, ainsi que l'extrait de notre

compte courant balancé en votre faveur par fr. 152 751, 17, au 21 octobre dernier.

NOUS n'avons, sur ce compte, d'autre observation à vous faire que la suivante: vous percevez l'intérêt sur la commission do vente; cette commission, d'après votre traité avec

le maréchal, ne vous est due qu'à dater du 20 avril 18C9, et non du '31 octobre. Nous vous débitons donc à nouveau, pour cet objet, de fr. 617,46, valeur 31 octobre.

Nous vous prions d'agréer nos salutations affectueuses.

Louis MAITRE et Cie.

Monsieur L..., à Bordeaux.

J'ai l'honneur de vous confirmer ma lettre du 16 du courant où je vous priais de me renvoyer, si vous ne l'aviez pas encore utilisée, ma remise de fr. 5 000.

Ci-inclus :

Fr. 3 000, Capgras, au 13 février, à l'acceptation. 2 000 acceptation Gousicot au 16 février.

Ensemble 5 000

Le bordeaux peut se prendre ici très-avantageusement en ce moment; je me déciderais à vous en remettre souvent si vous me faisiez plus promptement des retours.

A l'occasion, remettez-moi de préférence des premières valeurs de banque; je sais que vous devez me les porter à un prix différent de nos conventions habituelles, mais je le préfère.

Je pense que vos remises se croiseront avec ma lettre; dans le cas contraire il me serait agréable de recevoir vos retours pour la fin du mois.

Agréez mes affectueuses salutations.

8 LEBROTET.

Paris, le... 18...

Monsieur R..., à Paris.

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'amitié de m'écrire, où vous m'annoncez que vous êtes en ce moment dans l'impuissance de vous libérer envers moi, pour votre intérêt souscrit dans l'opération du navire le Duc-de-Bordeaux, mais qu'aucun sacrifice ne vous coûtera pour sortir d'une situation aussi pénible que nouvelle pour vous. Dans cette lettre qui, je me plais à le reconnaître, fait honneur à votre caractère, tout respire la franchise et la loyauté; je dois y répondre avec la même sincérité. Je ne vous cacherai donc pas que mon opération nouvelle pour les mers du Sud repose sur des bases tellement larges, que j'ai dû rassembler sans exception tous mes capitaux disponibles pour l'entreprendre.

Tandis que vous continuerez vos efforts pour réaliser, je chercherai de mon côté à négocier, soit votre contrat hypothécaire de 16000 fr., soit une hypothèque sur votre propriété d'Anet, ainsi que vous me le proposez. Aujourd'hui même, j'en parlerai à un capitaliste, et je vous remettrai une lettre d'introduction auprès de lui.

Agréez, Monsieur, la nouvelle assurance de ma considération.

Frédéric LAREY.

Paris, le... 18...

Monsieur R..., à Cette.

Je vous confirme ma lettre du 17 du courant renfermant fr. 11 525, en 13 effets, avec la recommandation de m'en faire les retours sur Paris vers le 25 de ce mois. Sous ce pli, je vous remets de plus :

Fr. 2000 au 15 mai, sur notre ville.

2000 au 5 juin —

Ensemble Fr. 4000 à votre débit, que je vous prie de faire accepter, et

dont vous voudrez bien me faire des retours avant la fin du mois, comme des précédentes.

Agréez mes salutations.

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