‹ Manuel encyclopédique du commerceChapitre 1136 sur 1459 · LEGRAND · texte numérisé non relu

LEGRAND

REVERS, ARRANGEMENTS, FAILLÎTES. 1429

* Réponse.

Rouen, le... 18...

Monsieur Legrand, à Paris.

Je ne saurais vous exprimer toute ma surprise à la lecture de votre lettre du 17 du courant, qui m'apprend ce que j'étais loin de soupçonner.

Je désire que la vive part que je prends à votre malheur puisse en adoucir l'amertume.

Mes intérêts en péril ne me font pas changer d'opinion sur votre compte, et je me hâte de vous dire qu'en perdant votre fortune vous avez conservé mon estime.

Je vous ai toujours tenu pour un négociant intègre et je suis convaincu qu'un homme de votre caractère peut bien devenir malheureux, mais jamais improbe ni incapable.

C'est assez vous dire que je suis tout disposé à vous maintenir à la tête de vos affaires, et à vous laisser gérer votre actif pour le mieux de nos intérêts; croyez bien qu'en outre, dans la réunion annoncée, où je tiens à aller moi-même, je ferai tout ce qui dépendra de moi pour que tous les autres créanciers suivent mon exemple et vous témoignent, en cette circonstance grave, la confiance dont je vous crois digne.

Armez-vous donc de courage et n'oubliez pas que bien d'autres que vous ont fléchi, qui se sont plus tard heureusement relevés.

Je vous renouvelle, Monsieur, l'assurance de mon amitié sincère.

RIVOD.

Lille, le... 18...

Messieurs,

Je viens de recevoir l'avis accablant de la faillitte de la maison B. et C,c, de Bordeaux, dans laquelle je suis gravement compromis.

Jusqu'ici j'avais pu supporter plusieurs pertes assez considérables; mais cette dernière m'écrase définitivement et me réduit à la cruelle extrémité d'arrêter mes payements.

Si je continuais plus longtemps à travailler avec la conviction de mon impuissance et dans des conditions aussi critiques, je croirais abuser de la confiance de mes créanciers, en dilapidant ainsi mon actif par des réalisations pénibles et des efforts onéreux.

J'ai eu trop de confiance en la solidité de correspondants dont la chute entraîne la mienne; j'aime la droiture et la sincérité : j'ai cru la rencontrer aussi chez les autres ; je me suis trompé et j'en suis cruellement puni. Mais ce qui accroît mon chagrin, c'est que les intérêts de mes amis, et surtout les vôtres, doivent en souffrir.

M. T... convoque chez lui, samedi 30 du courant, tous mes créanciers ; je mettrai sous leurs yeux le bilan de ma situation, en y ajoutant verbalement les éclaircissements que réclament les circonstances.

Après un examen approfondi, ils prendront avec connaissance de cause le parti le plus convenable à leurs intérêts; je me soumettrai aveuglément à leur décision, et rien ne me coûtera pour réaliser mon désir, qui ne s'éteindra qu'avec ma dette, de les indemniser de la perte ou des retards qu'ils vont éprouver.

J'ai l'honneur d'être, Messieurs, votre tout dévoué serviteur.

LUBSAC.

Dijon, le... 18...

Monsieur C..., à Paris.

La guerre de 1870 me trouva dans la position d'un assez grand nombre de commerçants, c'est-à-dire avec divers arriérés et un certain nombre de factures à échoir; mais,

quolles que fussent ces charges, le courant de mes ventes, joint à ce qui m'était dû, pou- \u:i alors facilement balancer ma position et me sortir d'embarras.

Depuis, nou seulement j'ai éprouvé de grandes pertes, mais encore mes ventes sont malheureusement descendues aujourd'hui à un chiffre insignifiant et mes rentrées sont nulles.

Dans cet état de gêne, qui ne me permet pas de faire face à mes engagements, et en présence de l'exigence de certaines personnes qui me menacent de poursuites, je me vois dans la nécessité de faire appel à mes créanciers, et de leur demander un atermoiement qui me permette de me libérer intégralement de ce que je leur dois, afin d'éviter ainsi une faillite qui pourrait leur faire perdre la totalité de leurs créances.

En effet, mon actif, marchandises et créances, s'élève à la somme de .18000 fr.

Et mon passif présente une somme de " . . . . 12000 »

Je suis donc au-dessus de mes affaires; seulement, ainsi que je le dis plus haut, mon actif ne pourra être réalisé que dans un laps de temps que je ne puis en ce moment fixer.

Une autre considération me fait espérer que vous accueillerez favorablement les propositions que j'ai à vous soumettre, c'est que je ne fais pas entrer dans le chiffre de mon passif la dot de ma femme, dot qui est de 10000 francs, qui, en cas de faillite, absorberait la plus grande partie de mon actif, et dont ma femme ferait l'abandon, si vous consentiez à un arrangement amiable.

Je vous serai donc obligé de vous trouver, soit personnellement, soit par un fondé de pouvoir, à la réunion des créanciers qui aura lieu le 25 du courant, à 3 heures, chez M. X..., pour prendre connaissance de ma situation et entendre les propositions que j'aurai à leur faire.

Je vous prie, Monsieur, d'agréer, avec mes regrets, l'assurance de ma parfaite considération.

Page 1