‹ Manuel encyclopédique du commerceChapitre 1358 sur 1459 · CHAPITRE VINGT-TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-TROISIEME

Voici, du reste, comment sont conçus les articles 414, 415 et 416 du Code pénal, modifiés par la loi du 25 mai 1864 : »

Art. 414. — « Sera puni d'un emprisonnement de 6 jours à 3 ans et d'une amende de 16 francs à 3,000 francs, ou de l'une de ces deux peines seulement, quiconque, à l'aide de violences, voies de fait, menaces ou manœuvres frauduleuses, aura amené ou maintenu, tenté d'amener ou de maintenir une cessation concertée de travail dans le but de forcer la hausse ou la baisse des salaires, ou de porter atteinte au libre exercice de l'industrie ou du travail. »

Art. 415. — « Lorsque des faits punis par l'article précédent auront été commis par suite d'un plan concerté, les coupables pourront être mis, par l'arrêt ou le jugement, sous la surveillance de la haute police pendant 2 ans au moins et 5 ans au plus. »

Art. 416. — « Seront punis d'un emprisonnement de 6 jours à 3 mois et d'une amende de 16 francs à 300 francs, ou de l'une de ces deux peines seulement, tous ouvriers, patrons et entrepreneurs d'ouvrages qui, à l'aide d'amendes, défenses, proscriptions, interdictions prononcées par suite d'un plan concerté, auront porté atteinte au libre exercice de l'industrie ou du travail. »

Ces dispositions sont applicables aux propriétaires et fermiers, ainsi qu'aux moissonneurs, domestiques et ouvriers de la campagne.

Dangers des grèves. — La grève est un moyen extrême auquel les travailleurs ne doivent recourir qu'en cas d'absolue nécessité et après avoir sérieusement réfléchi aux conséquences immédiates qu'elle entraîne, car c'est sur eux que retombent le plus cruellement les frais de la guerre *. Et c'est préci-

1. Les grèves fameuses dont l'Angleterre a été le théâtre, à Preston en 1853 et à Colne en 1860, offrent un haut enseignement. Le rapport de M. Emile Ollivier au Corps législatif (1864) contenait à cet égard les détails suivants pleins d'intérêt : « Les ouvriers de Preston se coalisèrent afin d'obtenir dans toutes les manufactures une augmentation de 10 p. 100; trente-deux patrons, quoique trouvant les prétentions des ouvriers excessives, y accédèrent ; quatre seulement résistèrent. Pour les vaincre, les ouvriers eurent recours à des moyens de pression tels que les manufacturiers qui avaient cédé comprirent que la cause de leurs quatre confrères devenait la leur : ils retirèrent leurs concessions et, opposant à la coalition partielle des ouvriers une coalition générale, ils fermèrent leurs ateliers; 25,000 individus se trouvèrent sans travail. De ce jour commença entre les patrons et les ouvriers une lutte qui dura 6 mois. L'Angleterre entière y prit part ; les ouvriers de toutes les villes vinrent en aide aux ouvriers, les manufacturiers de tous les districts secoururent les industriels. De part et d'autre on fit des efforts gigantesques. Les ouvriers surtout furent prodigieux d'activité et de résignation. Guidés par un chef intelligent, George Cowel, un des plus parfaits orateurs qu'il y ait eus, ils employèrent toutes les ressources des luttes légales : les meetings succédaient aux meetings; des délégués ardents circulaient dans le pays entier; on les voyait partout, dans les voitures publiques, à la porte des ateliers ou des boutiques, dans les foires, dans les réunions, la main tendue, les récits enflammés à la bouche. Sur les murs des villes, les affiches les plus émouvantes arrêtaient les indifférents. « Un mois « s'est écoulé », disait l'une d'elles, « depuis que 30,000 ouvriers sont sans ouvrage et « réduits à vivre de la charité publique. Depuis ce temps, les pleurs versés par la veuve « aux pieds de l'oppresseur ont été recueillis dans le vase de la justice de Dieu. Les cris « de l'orphelin affamé sont montés aussi haut que ceux des juifs esclaves en Egypte. Pour «ces veuves, pour ces orphelins, nous implorons votre pitié ». La poésie venait en aide à l'éloquence, et les larmes coulaient de tous les yeux lorsqu'on chantait la complainte de la mère qui a perdu sa fille : « Venez et consolez-moi dans ma douleur. Je reste à

sèment la certitude des rudes épreuves réservées à ceux qui entrent dans des grèves qui justifie la liberté des coalitions. Comme le dit en termes éloquents M. Emile Ollivier dans son rapport au Corps législatif, « l'idéal serait de permettre celles qui sont justes, d'interdire celles qui ne le sont pas. Malheureusement il n'existe aucun moyen de distinguer les unes des autres; il faut les permettre toutes ou les défendre toutes. Les défendre toutes est contraire aux principes; les permettre toutes serait contraire à la prudence, si la société restait sans garantie. La garantie, nous la plaçons dans le mal que se feront à eux-mêmes les imprudents qui abuseront du droit de se coaliser. Loin d'être insuffisante, la peine sera souvent plus sévère qu'il ne serait désirable. Ceux qui appellent la liberté, comme ceux qui la repoussent, oublient trop que les pouvoirs qu'elle confère sont au prix de la plus sérieuse responsabilité. L'esclave devient serf,

«gémir seule sur cette terre. Mon enfant chérie m'est ravie, et je dois maintenant pleu- «rer à jamais. Elle était pour moi tout ce que je pouvais souhaiter. Si elle m'avait été «conservée, j'aurais été contente. Mais, hélas! elle est morte martyre de la cause du dix « pour cent. » — Tout fut inutile. Quand ils travaillaient, les ouvriers touchaient par semaine 12,000 à 13,000 livres sterling; les cotisations, les quêtes, les secours extérieurs ne dépassèrent jamais 4,000 livres par semaine. Les épargnes s'épuisèrent; il fallut vendre les vêtements, les meubles; la faim arriva avec son hideux cortège. Alors commença le découragement, la défiance; les chefs furent d'abord moins obéis, puis ce fut contre eux et non contre les patrons que la poésie populaire dirigea ses traits : « Cowel « n'a pas la pensée de reprendre jamais son travail soit avec le fuseau ou la navette, soit « avec la pioche ou la bêche. Il appartient aujourd'hui à une bande d'hommes qui savent « bien que la meilleure besogne est celle de l'orateur. Cowel a une langue dangereuse, il «nous a dit que nous aurions de plus beaux salaires; mais Cowel nous a longtemps «trompés, car cette lutte sans espérance ne finit pas, nous mourons de faim; mais qu'im- « porte à nos délégués? Réunis autour d'une table bien garnie, chaque jour ils deviennent « plus gras et nous devenons plus maigres. » — Enfin, un jour parut sur les murs de la «ville une affiche, signée par les directeurs de la coalition, qui disait : « Nous engageons «les ouvriers à reprendre leur travail jusqu'à une occasion plus opportune. » Seulement

LES PATRONS AVAIENT PERDU APPROXIMATIVEMENT 1G5,000 LIVRES STERLING (4,125,000 FRANCS),

lt li s ouvriers certainement 250,000 livres (0,250,000 francs). Et quelques jours après on lisait les lignes suivantes dans un journal de Preston : « Les résultats de la terrible « catastrophe que nous venons de traverser dépassent les plus sinistres prévisions. Nos «rues sont encombrées de malheureux qui demandent vainement du travail; leur place «est prise par des ouvriers étrangers, ou de nouvelles machines suppléent au défaut de «bras. D'ici à longtemps, ils sont condamnés à rester sans occupation. Des milliers de u familles ont enduré les plus sévères privations; elles ont contracté des dettes qu'une ,. i aération oeparviendra pas a éteindre, et, quelque déplorable que soit l'état présent de

e ville, nous sommes convaincus que nous n'on sommes pas aux dernières consé- «quences de ce mouvement insensé. »

« La grève de COlne a en lieu en W80. Les exigences des ouvriers étaient : une éi<i i, n de daire, rétablissement d'un tarif uniforme sans aucun ail gement en raison île

..ut de dépenM Imposée à certains patrons par les désavantages de la localité ou du matériel employé, enfin iedn.it reconna ara officiers de l'union ouvrière d'inter* venir dans les débats entre maîtres el ouvrière. Les maîtres refusèrent* Lo 7 juin, 4,000 métiers furent arrêtés el 1,600 ouvriers se irouvèrenl sans travail. Le lutte dura

•i cinquante semaines] après quoi le vriors vaincus durent se Boumottro et

, [g .n,. des misères de tons genres, les conditions qu'au début ils avaient

n . i.,s perte que cette grève I ur a> ii occasionnées étaient telles,

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