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III

ROUTEjS DES MERS SEPTENTRIONALES ET DE LA MER NOIRE. / EMPIRE RUSSE.

Situation et étendue. — L'Empire russe est borné, en Europe, au Nord par l'Océan glacial et la mer Blanche, à l'Ouest par la Norwége, la Suède, la mer Baltique, la Prusse, l'Autriche et les principautés danubiennes, au Sud par la mer Noire et le Caucase, à l'Est par la mer Caspienne, le fleuve Oural et les monts Ourals. (Entre 41° et 70° lat. Nord, 15° 40' et 62° long. Est.)

La superficie de la Russie européenne est de 5,430,000 kil. carrés, et la population . 74 millions d'habitants.

1 Voir les Annales du commerce extérieur. Novembre 187i.

L'Empire russe comprend de plus en Asie :

1° La lieutenance générale du Caucase entre la Russie d'Europe au Nord , la mer Caspienne à l'Est, la Perse et la Turquie d'Asie au Sud, la mer Noire à l'Ouest. (Superficie, 490,000 kil. carrés, y compris les districts de Batoum, Kars, Ardahan enlevés à la Turquie; population, 5 millions.)

2° La Sibérie (44° et 76° de Iat. Nord, 47° long. Est, et 473° long. Ouest), bornée au Nord par l'océan Glacial, à l'Est par le détroit de Behring et l'océan Pacifique, au Sud par l'Empire chinois et le khanat de Boukhara (Turkestan), à l'Ouest par la mer Caspienne et la Russie d'Europe. (Superficie, 12,495,000 kil. carrés; population, 3,500,000 hab.).

Les possessions de l'Asie centrale (v. pr. Taschkend, Khokand, Khodjend, Kouldja, Khiwa, Semipalatinsk, etc., superf., 3,380,00 Okil. car., pop., 4,500,000 hab.), qui font de la Russie l'unique intermédiaire entre l'Europe et Boukhara, la grande place de commerce du Turkestan indépendant , l'un des rendez-vous des caravanes de l'Inde, de la Perse et de la Chine, et l'un des premiers marchés de l'Asie pour les soies, les cotons, les fruits, les laines, etc.

Productions naturelles. — Avec son immense superficie, l'Empire russe doit nécessairement présenter une grande variété de climats : cependant, même sur les bords de la mer Noire et dans les vallées de la Transcaucasie, les hivers sont rudes, la neige couvre la terre, et presque tous les ports gèlent au moins pendant quelques semaines. Dans la Baltique les gelées commencent d'ordinaire en novembre et ne finissent qu'en avril ; dans la mer Blanche elles durent près de huit mois, et dans l'Océan glacial, des amas de glaces flottantes rendent la navigation sinon impossible, au moins très-dangereuse pendant toute l'année. A Saint-Pétersbourg, par 60° de lat. Nord, il n'est pas rare de voir descendre le thermomètre à 20 et 25° au-dessous de 0, et en Sibérie, sous la même latitude, il se maintient souvent pendant plusieurs semaines entre 30 et 35° (Id.)

Le sol est généralement plat : les seules chaînes de montagnes considérables sont le Caucase (3,000 mètres de hauteur moyenne), avec ses rochers granitiques et ses vallées fertiles où réussissent la vigne, l'olivier, le mûrier, le cotonnier, la garance, le safran; Y Oural (13 à 1400 mètres de hauteur moyenne), avec ses sombres forêts de sapins, et la grande chaîne asiatique des monts Alaï, Célestes, Altaï, etc., dont le revers méridional appartient à la Chine et qui se termine par les sommets volcaniques de la presqu'île sauvage et désolée du Kamtchatka. Cependant cette immense superficie présente une grande variété d'aspect et de productions : dans le Nord de la Russie d'Europe, des tourbières glacées, des rochers granitiques, des lacs, des forêts de sapins ; dans la région centrale de vastes plaines au sol maigre et pierreux, mais où réussissent le seigle, l'orge, l'avoine, la pomme de terre, le lin et le chanvre (production totale : 320,000,000 kilog.); dans les provinces polonaises (région occidentale), de vastes forêts de chênes et de sapins, coupées de plaines fertiles et bien arrosées où croissent en abondance les céréales, la betterave, le houblon, le tabac, (385,000 quintaux; production totale de l'Empire), les plantes textiles et oléagineuses; dans la région méridionale, sur les bords du Dnieper, du Dniester et du Don, des terres d'alluvion noires et profondes où abondent les céréales et surtout le froment, la betterave, le colza, le tabac, etc.; sur le littoral de la mer Noire, do la mer d'Azof et de la Caspienne, des steppes tantôt sablonneuses, semées de marécages et de lacs salés, tantôt couvertes d'admirables pâturages où errent d'innombrables troupeaux de bœufs (22 à 25 millions de têtes), de moutons (58 millions de têtes, 70 millions de kilog. de laines) et de chevaux (18 à 20 millions).

Enfin la vigne, le mûrier et la garance réussissent en Crimée, dans quelques districts des bords de la Caspienne (Derbent, etc.) et dans la Transcaucasie. Quant à la Sibérie, on peut y cultiver dans la région méridionale et dans les vallées bien exposées les céréales, les plantes textiles, les arbres fruitiers et môme, dit-on, le mûrier et le coton ; mais ses immenses forêts sont le seul produit du sol qui offre, au point de vue commercial, une véritable importance.

11 faut ajouter à ces ressources la chasse des animaux à fourrure, la pêche de la baleine dans les mers glaciales et l'Océan Pacifique, et les riches pêcheries de la Caspienne, de la mer Noire et de la mer Blanche.

La production minérale, qui n'est encore qu'à son début, a déjà atteint de vastes proportions. Le lignite, l'anthracite et même la houille, se rencontrent, en Pologne, dans la région de l'Oural, dans celle du Don, en Sibérie, dans le Caucase (1,500,000 tonnes). Le fer (880,000 tonnes), le cuivre (95,000 tonnes), le plomb, le zinc, abondent en Pologne et dans l'Oural; le platine est exploité dans l'Oural et dans l'Altaï (2,000 kilog.); les mêmes régions fournissent de riches minerais d'or (56,000 kilog.), et présentent des gisements argentifères, dont la production annuelle dépasse 20,000 kilogrammes. Le graphite de la Sibérie suffirait à la consommation du monde entier; les pierres précieuses, le cristal de roche donnent lieu à une exploitation considérable dans les gouvernements de Perm et d'Orenbourg et dans la Sibérie méridionale. Enfin, pour terminer cette longue nomenclature, il faudrait encore citer le sel gemme de Pologne, du Caucase, de la Russie méridionale et orientale, le soufre et les huiles de naphte de la région transcaucasienne, l'alun de la Sibérie, les granits, les porphyres, les marbres, les argiles, etc., qui se rencontrent dans presque toutes les régions de l'Empire.

Industrie. — Le progrès industriel est loin d'être en rapport avec les ressources naturelles du pays, La difficulté des communications, le manque de capitaux, l'organisation de l'industrie sur qui pèsent encore les entraves des guildes ou corporations, l'état même de la société qui ne compte guère que deux classes, les propriétaires, et les paysans à peine échappés au servage et qui n'ont pas eu le temps de constituer une bourgeoisie riche et nombreuse comme dans l'Europe occidentale, enfin l'absence de liberté et l'ignorance des populations, sont autant d'obstacles qui arrêtent le développement industriel.

Cependant le gouvernement russe a fait les plus grands efforts pour créer ou pour maintenir l'industrie nationale protégée par des taxes élevées ou par les prohibitions absolues qui frappent les produits manufacturés de l'étranger.

Grâce à cette protection, les cotonnades, les draps et les lainages de Moscou, de Saint-Pétersbourg, de Varsovie (300,000 hab.), de Lodz et de Kalisch en Pologne, les soieries de Moscou, de Saint-Pétersbourg et de Kalouga, les savonneries d'Odessa et de Kazan, les forges et les fonderies de Perm et d'Ekaterinbourg (Oural), les armes de Toula, etc., soutiennent la concurrence étrangère; les toiles à voiles de Livonie et de Finlande, les cordages de Kherson, etc., trouvent même quelques débouchés en Europe et aux États-Unis. Mais les seules industries florissantes sont celles qui s'appliquent à la transformation première des produits agricoles, les fonderies de suif, les tanneries, les établissements pour le lavage des laines de la Russie méridionale, les scieries mécaniques de la Finlande auxquelles sont venues s'ajouter depuis quelques années les raffineries de sucre de betterave de Kiew, d'Odessa, de Varsovie (160,000 tonnes) et les distilleries pour la préparation des eaux-de-vie de grain, de betterave et de pomme de terre (3,400,000 hectolitres), l'une des sources les plus abondantes de l'impôt et l'un des plus grands fléaux pour les populations.

Voies de communication. — La Russie d'Europe possède un admirable réseau de voies navigables : la Dwina, tributaire de la mer Blanche ; la Neva, la Duna, le Niémen, la Vistule, tributaires de la Baltique; le Dniester et le Dnieper, qui se jettent dans la mer Noire ; le Don, dans la mer d'Azof ; le Volga (3,200 kil. de cours), dans la mer Caspienne, ce dernier desservi par six compagnies de navigation qui possèdent 320 bateaux à vapeur. Un système de canalisation, dont le plan remonte à Pierre le Grand, rattache le Volga à la mer Blanche par la Dwina^à la Baltique par les grands lacs Ladoga et Onega, dont la Neva est le déversoir *. D'autres canaux unissent la Vistule au Niémen, à l'Oder et au Dnieper; mais la navigation est suspendue pendant cinq ou six mois par les glaces; les routes de terre sont rares et souvent mal entretenues; les grandes voies ferrées en activité sont celles de la frontière prussienne (Kœnigsberg) à Saint- Pëtersbourg par Vilna, avec embranchement sur Riga; de Saint-Pétersbourg à Moscou et à Nijni-Novogorod par Tver ; de Varsovie à Vilna, à Moscou et à Odessa; de Moscou à Odessa et à Caffa par Kharkow, à Taganrog et à Vladikaukaz par Koslow, à Orenbourg par Samara, de Riga à Orel, etc. (environ 20,000 kil. exploités).

Dans la Russie asiatique les communications sont plus lentes et p^us difficiles encore. La Transcaucasie n'a que ses routes stratégiques sans cesse menacées par les tribus à peine soumises de la montagne, et deux fleuves navigables : le Mon, dans le versant de la mer Noire; le Kour dans celui de la Caspienne, réunis par le chemin de fer de Poti, sur la mer Noire à Tiflis sur le Kour, capitale de la lieutenance générale du Caucase.

La Sibérie possède de magnifiques cours d'eau : l'Obi, Ylénisséi, Va Lena, tributaires de l'océan Glacial; Y Amour, qui se jette dans l'océan Pacifique, etc. ; quelques centaines de kilomètres de canaux ouvriraient, de la mer du Japon au pied de l'Oural et aux bords de la Caspienne, une voie de navigation intérieure, sans égale dans le monde, praticable pendant cinq mois de l'année. Mais de pareils travaux sont impossibles dans un pays à demi sauvage, sans commerce et presque sans habitants, et c'est à peine si quelques bateaux à vapeur sillonnent le fleuve Amour et le cours supérieur de l'Obi et de l'Iénisséi. Enfin le Turkestan russe est arrosé par le Sir-Daria, qui sort des monts Célestes et se jette dans le lac d'Aral, et qui pourrait devenir un des débouchés du commerce avec la Chine occidentale, mais dont le cours n'a pas encore été complètement exploré par les ingénieurs européens. Les routes de terre de ces contrées ne sont que des chemins de caravanes, jetés au milieu des steppes et des marécages et souvent coupés par les incursions des nomades Kirghiz ou Khalkas, qui ne reconnaissent que de nom la domination de la Russie. •

C'est cependant à travers la Sibérie sur la grande route de Perm et d'Orenbourg à Irkhoutsk (27,000 hab.) et à Kiachta, les deux entrepôts du commerce avec la Chine, que la Russie a établi une ligne télégraphique, prolongée aujourd'hui jusqu'à l'embouchure de l'Amour, et qui rattache l'Europe à la Chine et ? l'extrême Orient.

Grandes foires. — La difficulté des communications a maintenu en Russie l'usage des foires périodiques, qui s'efface de plus en plus dans l'Europe occidentale. Sans compter les foires aux laines de Kiew, de Puhawa, de Khar-

1. En 1874, 150,000 embarcations ou radeaux portant des chargements dont la valeur représentait une somme de 950 millions de francs ont parcouru les voies fluviale* de l'empire russe. Le traité de Berlin vient de lui rendre le delta du Danube.

kow, et les foires aux pelleteries d'Irbitt en Sibérie, fréquentées surtout par les négociants russes, la foire annuelle de Nijni-Novogorod sur le Volga (15 juillet — 15 août), où figurent toute espèce de marchandises asiatiques et européennes (400 millions, valeur approximative), est visitée en moyenne par plus de 300,000 personnes appartenant à toutes les races de l'Europe et de l'Asie.

Principaux ports. — Toutefois la navigation maritime est le grand débouché du commerce extérieur de la Russie et presque la seule voie qu'empruntent les marchandises que nous recevons de ce pays ou que nous y expédions. (Mouvement de la navigation, 5 millions 1/2! de tonneaux, sans le cabotage.)

Les principaux ports ouverts au commerce sont: 1° sur la mer Blanche, Arkhangei, aux bouches de la Dvvina, et Onega sur l'Onega, entrepôts des bois du Nord, des produits de la pêche et des métaux de l'Oural;

2° Sur la Baltique : Saint-Pétersbourg (700,000 hab.), capitale de l'empire, à l'embouchure de la Neva, tête de ligne des chemins de fer russes, rattaché par des lignes régulières aux ports de la Baltique, à ceux de l'Angleterre, de la Hollande, de la Belgique, au Havre et à Dunkerque en France : entrepôt de l'importation étrangère et débouché des blés, des laines, des suifs, des métaux, des bois, des pelleteries de la Russie centrale et septentrionale et de la Sibérie ;

Riga, sur laDuna (11 0,000 hab.), le principal marché des lins, des chanvres et des bois de la Livonie et de la Lithuanie (mouvement d'échanges de 300 millions).

Narva, Revel, Port- Baltique, Pernau, Vindau et Libau, qui font le même commerce que Riga;

3° Sur la mer Noire : Odessa (140,000 hab.) centralise le commerce des blés (exportation de 5,200,000 hectolitres en 1873; 3,000,000 en 1862), des suifs, des laines, des peaux brutes, des graines oléagineuses, et laisse bien loin derrière elle Nicolaïeff, sur le Dnieper, Caffa en Crimée, Rostoff, Berdiansk et Taganrocj sur la mer d'Azof, à l'embouchure du Don; Jsmaïl, sur le Danube.

Poti, débouché maritime des provinces russes du Caucase, à l'embouchure du Rion, pourrait acquérir une grande importance si des travaux indispensables rendaient son port plus sûr et plus accessible * ;

4° Sur la mer Caspienne, ce lac russe appelé à jouer un si grand rôle dans le commerce de l'Asie, Astrakhan (49,000 hab.), aux bouches du Volga; Derbent et Bakou dans la région du Caucase, rattachés aux ports de la Perse par une compagnie de navigation à vapeur, servant d'entrepôts au commerce de l'Asie centrale et n'attendent que des voies de communication pour devenir une des grandes routes de transit entre l'Europe et les riches contrées de la Perse, du Turkestan et de l'Afghanistan;

5° Sur l'océan Pacifique, Nicolaïewsk, à l'embouchure du fleuve Amour; Vladivostok, au nord de la Corée; Okhotsk, Tune des relâches des baleiniers, Petropaulowsk (Kamtchatka), servent de débouchés au commerce maritime de la Sibérie.

Commerce extérieur. — Le commerce extérieur de la Russie varie entre 3 milliards et 3 milliards 400 millions, dont 120 environ représentent les échanges avec la Chine, la Perse et l'Asie centrale. En Europe, l'Angleterre et le Zollverein occupent le premier rang; puis viennent la France avec un chiffre d'échanges qui dépasse 170 millions, la Turquie, les Pays-Bas, l'Autriche, les États Scandinaves. Les relations avec les États-Unis, favorisées par des traités récents de commerce et de navigation, prennent une rapide extension.

Les principales marchandises que nous tirons de Russie sont les céréales

1. L'acquisition du port de Batoum par la Russie détournera probablement vers cette voie une partie du commerce de Poti.

{mer Noire), les lins et les chanvres Çmer Baltique), les graines oléagineuses (mer Noire), les bois (mer Baltique), les laines (mer Noire), la soie brute (mer Noire), les suifs, les peaux (mer Noire et mer Baltique), les goudrons, la potasse, etc.

Malgré l'élévation des droits qui pèsent sur les objets manufacturés et les spiritueux de provenance étrangère, les habitudes de luxe répandues dans les classes supérieures assurent à nos vins fins, à nos liqueurs, à nos sucres, à nos fruits de table, à nos soieries, à nos draps fins, à nos porcelaines, à nos cristaux, à nos glaces, à nos modes, à notre ébénisterie et en général à nos industries de luxe, un débouché qui serait beaucoup plus considérable si nous n'abandonnions une partie des transports à l'Angleterre, aux villes hanséatiques et môme aux Pays-Bas. Nos produits chimiques, notre mercerie, nos ouvrages en métaux, nos machines, nos sels, qui n'ont rien à craindre de la concurrence indigène, les cafés et les cotons de nos entrepôts pourraient conquérir également une plus large place sur le marché russe, et nous exempter du tribut en numéraire que nous payons à la Russie pour l'excédant de nos exportations.

La connaissance de notre langue universellement répandue dans les classes éclairées et même dans la bourgeoisie commerçante, l'attrait qu'exercent sur la société russe nos mœurs, nos arts, notre littérature, le crédit dont jouissent un certain nombre de maisons françaises qui partagent avec les Juifs, les Anglais, les Allemands, les Grecs, les Arméniens et les Persans les opérations du commerce en gros et de la haute banque où les indigènes sont loin de figurer au premier rang, pourraient exercer sur les relations la plus heureuse influence.

Malheureusement l'absence d'une législation commerciale régulière, l'élévation des tarifs douaniers, la masse du papier-monnaie et l'organisation défectueuse du crédit sont autant d'obstacles qui arrêtent le développement du commerce en même temps que l'essor de la prospérité nationale.

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