EUROPE. — PRINCIPAUTÉS DANUBIENNES
pas d'industrie, sauf la fabrication grossière des objets de première nécessité.
Les Principautés danubiennes ont cependant une haute importance commerciale grâce à leur position sur le Danube, ce fleuve de 600 lieues, qui traverse l'Europe depuis les montagnes du grand-duché de Bade jusqu'à la mer Noire, et dont elles possèdent le cours inférieur jusqu'à Galalz. Ouvert depuis 1856 à tous les pavillons, et navigable même pour les bâtiments de fort tonnage malgré la vase et les sables qui obstruent ses trois branches principales, celles de Sulina, de Saint-Georges et de Kilia, le Danube a pour débouchés les ports de Galatz et d'Ibraïla, desservis par les Messageries maritimes françaises, la Compagnie marseillaise de navigation à vapeur et des compagnies russes, anglaises et autrichiennes. (Mouvement maritime de 4,200,000 tonneaux.) Quant aux communications intérieures, à l'exception des routes qui rattachent aux ports du Danube [Galatz et Giurgewo) les deux capitales, Iassy (90,000 habitants) et Bukharest (220,000 hab.), elles sont des plus imparfaites; mais 4,400 kil. de chemins de fer relient la Roumanie à l'Autriche par Orsowa et Lemberg, et à la Russie par Kischenew.
Le commerce extérieur des Principautés s'élève à 230 millions environ, dont 150 à l'exportation. L'Autriche, la Turquie, l'Angleterre, la France, l'Allemagne et la Russie y figurent pour les sommes les plus considérables.
Les céréa-Ies, les laines en masse, les bois, les peaux brutes et les suifs sont les principales marchandises que nous tirons des Principautés : nous leur renvoyons en échange nos sucres, nos vins, nos tissus, nos vêtements confectionnés, nos ouvrages en peau et en cuir, nos meubles, nos articles de Paris, nos modes, nos livres, etc.
La communauté d'origine (les Roumains sont comme nous de race latine), les habitudes et l'éducation toute française des classes supérieures, l'adoption de notre système métrique, l'enseignement de notre langue dans les écoles, sont autant de liens qui unissent étroitement la France et les races roumaines et qui assurent à notre commerce un accueil sympathique et des débouchés dont l'importance grandira avec la civilisation des peuples danubiens.
Il n'existe plus de droits de transit; mais le tarif de 4 876 maintient un grand nombre de droits de sortie et relève le taux des droits d'importation.
Serbie. — La Serbie, aujourd'hui indépendante comme la Roumanie, est bornée au nord par le Danube qui la sépare de l'Autriche et de la Valachie, à l'ouest par la Bosnie, au sud et à l'est par la Bulgarie (55,000 kil. car.; 4,580,000 hab., y compris les annexions).
■ C'est un pays de forêts et de pâturages, habité par des populations qui ont peu d'industrie et encore moins de besoins. Belgrade, la capitale, est en même temps l'une des grandes stations de la navigation du Danube, desservie par la Compagnie autrichienne, et le principal entrepôt du commerce extérieur de la Serbie, qui ne dépasse pas 69 millions et qui intéresse surtout l'Autriche.
Le Monténégro (200,000 hab.), jusqu'à présent isolé de la mer, pourra acquérir quelque importance commerciale grâce à la jouissance du port à'Antivari et à, la libre navigation de la rivière Bojana.
ROUTES DE LA MER NOIRE ET DE LA MÉDITERRANÉE. EMPIRE TURC (EUROPE ET ASIE).
Situation et statistique. — L'empire turc, avant les derniers événements, était situé entre 30° 20' et 45° latitude nord, 43° et 46° longitude est.
La superficie de la Turquie d'Europe était de 365,000 kil. carrés renfermant 40 ou 11 millions d'habitants, dont 1,400,000 pour le district de Constantinople.
Les principales divisions ethnographiques sont la Bosnie et l'Herzégovine, habitées par des populations slaves (Serbes, 1,140,000) et dont le congrès de Berlin a confié l'administration à l'Autriche. — La Bulgarie et la Roumélie qui formeront la première un État vassal, la seconde une province autonome de l'empire turc (2,000,000 Bulgares, sans compter les Turcs, les Arméniens, les Grecs, les Roumains, les Serbes, les colons russes et allemands et les juifs). — L'Albanie (1,230,000 Albanais). — La Thessalie, l'Épire, le littoral de l'Archipel (Macédoine) et de la mer de Marmara et les îles de Thaso, Samothrace, Lemno, Imbro (1 million de Grecs) et la Crète ou Candie (275,000 hab. grecs). Les Turcs, concentrés surtout dans la Dobrutscha, la Bulgarie occidentale et à Constantlnople, sont au nombre de moins de 2 millions.
La Turquie d'Asie, y compris les possessions de l'Arabie occidentale et les lies de Chypre, occupée par l'Angleterre, de Rhodes, de Chio, de Lesbos (Metelin), de Samo, compte environ 1,900,000 kil. carr. et 13 millions d'habitants, Turcs, Arméniens, Grecs, Syriens, Arabes et Kurdes, dont 3 ou 4 millions de chrétiens.
Climat et productions naturelles. — Ce vaste espace embrasse les climats et les terrains les plus divers, depuis les chaleurs brûlantes de la Syrie jusqu'au printemps perpétuel des îles de l'Archipel et aux hivers rigoureux de l'Arménie et de la Bulgarie; depuis les déserts de sable de la Mésopotamie, de la Syrie, et de l'Anatolie jusqu'aux montagnes granitiques de l'Ararat, du Taurus, du Pinde et des Balkans et aux plaines calcaires des bords du Danube.
La Turquie d'Europe et la Turquie d'Asie doivent à la nature une fertilité sans égale; mais la routine et la mauvaise administration condamnent l'agriculture à une infériorité déplorable. Cependant, les céréales et surtout le maïs, le millet, le riz, dépassent les besoins de la population ; la vigne est cultivée dans les îles de l'Archipel (vins de Chio, de Rhodes, de Chypre, etc.), les arbres fruitiers (figuiers, orangers, citronniers, pêchers, amandiers, cerisiers, dattiers) réussissent dans toutes les régions tempérées et jusque sous le ciel brûlant de la Syrie; la culture de l'olivier, du tabac, est générale, le coton est cultivé sur une grande échelle en Macédoine, en Asie Mineure, à Chypre, en Syrie; le lin et le chanvre; dans presque toutes les parties de l'empire; l'indigo, en Judée; la garance, à Chypre; le safran, en Thessalie et en Syrie; les graines oléagineuses (sésame, etc ), en Syrie, en Roumélie. D'immenses forêts couvrent les pentes des Balkans, du Pinde, du Taurus, du Liban, des montagnes de l'Arménie; enfin les pâturages nourrissent de nombreux troupeaux de bœufs, de bêtes à laine, de chevaux, de chèvres, et la récolte de la soie en Syrie, en Anatolie, dans les îles de l'Archipel et dans la Turquie d'Europe, dépasse 1 ,300,000 kilogrammes.
Si l'on ajoute à ces richesses agricoles la pêche des éponges en Syrie et dans l'Archipel, celle des sangsues dans les marais de Bosnie, en Syrie et dans le Kurdistan, de nombreux gisements houilIers,des mines de fer, de cuivre (Tokat), de plomb, des carrières de marbre, de porphyre, des salines à Larnaca (Chypre), àTarsous (Asie Mineure), etc., il sera facile de se convaincre que peu de contrées sont aussi favorablement partagées, et qu'on ne saurait s'en prendre à la nature de la misère où végètent la plupart des provinces ottomanes.
Industrie. — L'industrie se borne presque partout à la fabrication des
objets de première nécessité, et, si l'on en excepte les nattes et les ouvrages de sparterie, quelques articles de tabletterie, de maroquinerie, d'orfèvrerie, quelques tapis recherchés pour l'originalité de la perfection du travail, elle n'a de débouchés que dans les limites mêmes de l'empire ou dans quelques régions de l'Asie, moins avancées encore dans les voies de la civilisation.
Communications intérieures. — La difficulté de communications est un des principaux obstacles au progrès. La Turquie possédait de magnifiques voies navigables; en Europe : le Danube, la Maritza (Archipel) ; en Asie, le Tigre et YEuphrate (golfe Persique); mais la navigation n'avait d'activité que là où les compagnies européennes s'en étaient emparées, comme sur le Danube. En Europe, les routes de terre sont aussi rares que mal entretenues; en Asie, elles n'existent pas, et tous les transports se font encore par les caravanes qui partent ô'Erzeroum (Arménie), de Bagdad, de Mossoul ou de Bassorah (Kurdistan et Babylonie) pour se rendre à Trébizonde, sur la mer Noire, à Smyrtie, sur l'Archipel, ou à Alep et Damas, les deux grands marchés du littoral syrien. Quant aux chemins de fer, quelques lignes seulement sont exécutées : de Dédéogatch, sur l'Archipel, à Andrinople (80,000 hab.), sur la Maritza ; de Sofia par Philip— popoli et Andrinople à Constantinople, de Roustchouk sur le Danube à Varna sur la mer Noire et de Tchernavoda à Kustendje (idem) ; de Tirnova à Yamboli, de Salonique à Mitrowitza; de Smyrne à Alascher et à Aïdin, en Asie Mineure.
Une ligne télégraphique qui compte déjà de nombreux embranchements traverse tout l'empire de Bassorah sur le golfe Persique à Constantinople, et de Constantinople à Belgrade.
Prnicipaux ports. — Tous les échanges entre la Turquie et l'Europe occidentale se font par mer. Les principaux ports sont: 4° en Europe, sur l'Adriatique et la mer Ionienne, Anlivari, cédé aux Monténégrins, et Prevesa (Épire), desservi par la compagnie autrichienne du Lloyd;
Sur l'Archipel, Volo en Thessalie; Salonique (80,000 hab., Macédoine; station des Messageries maritimes et débouché des laines, des cotons, des grains, des soies, etc., de la Thessalie et de la Macédoine; Cavalla, Dédéagatch, Ênos, débouché du commerce d' Andrinople; Gallipoli, à l'entrée des Dardanelles; sur la mer de Marmara, Rodoslo;
Constantinople, sur le Bosphore (600,000 hab.), la capitale de l'empire et l'un des ports les mieux situés du monde, desservi par des lignes régulières françaises (Messageries maritimes, Compagnie marseillaise de navigation à vapeur), anglaises, russes, autrichiennes, belges, etc. (Mouvement de 4,900,000 tonneaux) ;
Sur la mer Noire, Bourgas (Roumélie), Varna, appartenant à la Bulgarie, l'une des échelles de la navigation entre Constantinople et les bouches du Danube ;
Enfin en Crète, sur la Méditerranée, Candie, Retimo et la Canée.
2° En Asie, le grand entrepôt du commerce de la mer Noire est Trébizonde (50,000 hab.), débouché du commerce de la Perse et de tout le littoral ottoman depuis Sinope jusqu'à Batoum (soies, laines, cuivre, etc.).
Smyrne (150,000 hab.) centralise le commerce de l'Archipel et surtout l'exportation du coton, des soies, des laines, des fruits (figues, etc.), des huiles, des céréales, de l'opium, des tabacs et des garances (mouvement de 4,900,000 de tonneaux).
Les autres échelles du Levant, desservies comme les précédentes par les lignes françaises, anglaises, russes et autrichiennes, sont Chio, Larnaca, dans l'île de Chypre; Alexandrelte et Lalakieh, les deux ports d'Alep; Tripoli et
Beyrouth (80,000 hab.), le port de Damas et le plus grand marché de la Syrie pour les soies, les cotons, les huiles, les matières tinctoriales, les éponges; Acre, enfin Jaffa, le port de la Palestine et de Jérusalem (mouvement total de 1,500,000 à 16,500,000 tonneaux pour tout l'Empire).
Commerce extérieur. — Le commerce extérieur de la Turquie s'élevait à 1,200 millions environ : l'Angleterre, la France, l'Autriche, la Grèce, l'Italie, la Russie, la Belgique et les États-Unis y prennent la plus large part (480 millions à l'importation). La France figure dans le chiffre total des échanges pour 200 à 250 millions, dont 80 millions à l'exportation de France.
Les marchandises que nous tirons de la Turquie d'Europe ou d'Asie sont les soies, dont une partie, il est vrai, provient de la Perse; les cotons, les laines, les graines oléagineuses, les peaux brutes, les graisses, les noix de galle, les bois communs ou exotiques, les céréales, les huiles, les fruits, les tabacs, la parfumerie (essence de roses, etc.), l'opium, les éponges, la cire, les poils de chèvre, le cuivre, etc.
Nous renvoyons en échange des sucres, des denrées coloniales, des tissus el de la passementerie de coton, de laine et de soie, des ouvrages en métaux, des armes, des ouvrages en peau et en cuir, de la mercerie, de la lingerie, des vins et autres spiritueux, de la poterie et des cristaux, des livres, des bougies, des meubles, de l'orfèvrerie et de la bijouterie, des machines, etc.
Tarifs douaniers et régime du commerce. — Les traités garantissent la liberté de navigation et de circulation à l'intérieur, l'abolition des monopoles, la réduction à 1 % de la valeur nette de tous les droits de sortie et de transit, à 8 °/0 de tous les droits d'importation sur les marchandises européennes.
Les consuls européens et les agents diplomatiques jouissent de droits de police et de juridiction très-étendus, et qui assurent à leurs nationaux la protection la plus efficace et la sécurité la plus complète, à moins qu'ils ne s'aventurent dans l'intérieur, où les autorités indigènes elles-mêmes sont impuissantes contre les bandits albanais ou bosniaques en Europe, les Druses dans le Liban, les hordes de Bédouins et de Kurdes en Syrie, en Asie Mineure et dans la vallée de l'Euphrate et du Tigré. Les passe-ports sont exigés dans toute l'étendue de l'empire turc.
Les antiques relations de la France et de l'Orient, l'influence qu'exercent nos missionnaires et nos écoles, l'existence de nombreuses maisons françaises à Constantinople, à Smyrne et dans les autres échelles du Levant, le goût des Orientaux pour ces objets de luxe où notre industrie excelle, les habitudes nouvelles introduites par la fréquentation des Européens et qui effacent peu à peu les préjugés musulmans, au moins dans les classes supérieures, sont autant de circonstances favorables à notre commerce ; mais si nous craignons peu la concurrence pour les marchandises de luxe, il n'en est pas de même pour les objets usuels dont la consommation augmente, à 'mesure que la civilisation se répand en Orient. Nos draps, trop chers ou trop grossiers, le disputent avec peine à ceux du Zollverein, de la Belgique, de l'Autriche et de l'Angleterre; l'importation de nos cotonnades ne représente pas un douzième de celle des cotonnades anglaises ; notre verrerie commune trouve dans celle de la Belgique une rivalité redoutable ; enfin les sucres, les savons et la bougie de Marseille l'emportent à peine sur ceux de Trieste.
Ce n'est qu'en cherchant à se conformer au goût des indigènes pour la couleur, le dessin et la qualité des étoffes, en multipliant ses relations et en se contentant d'un bénéfice modéré, que le commerce français pourra maintenir en Oriert son antique supériorité et profiter des révolutions qui s'y accomplissent.