‹ Manuel encyclopédique du commerceChapitre 171 sur 1459 · ÉTATS ÉGYPTIENS · texte numérisé non relu

ÉTATS ÉGYPTIENS

(Entre 21° et 40° long, est, 9° 50 et 31<> lat. nord. 2,300,000 kilomètres cam's; 17 millions d'habitants.)

Situation, climat et productions. — Les États égyptiens gouvernés par un vice-roi héréditaire, vassal de la Porte Ottomane, sont situés entre la Méditerranée au nord, i'isthme de Suez et la mer Rouge à l'est, l'Abyssinie et les pays Gallas au Sud, le Soudan, le désert de Libye et la régence de Tripoli à l'ouest.

Ils comprennent XÈgyple proprement dite, c'est-à-dire le delta du Nil et la longue et étroite vallée du fleuve, fertilisée par ses débordements périodiques (juillet à octobre) , mais resserrée entre deux déserts de sable ou de pierres ; et le Soudan égyptien (Nubie, Sennaar, Kordofan, Darfour, etc.), contrée à demi barbare, dont le soleil brûlant, les sables, les marécages et les pluies tropicales présentent pour les Européens des dangers qu'ils n'ont pas à craindre sous le climat chaud et sec, mais salubre, de l'Egypte.

Les richesses naturelles sont les céréales, le riz, les légumes, le coton, ie lin, les plantes tinctoriales (indigo, safran, henné, garance), les plantes oléagineuses (sésame, olivier, etc.), les tabacs, l'opium, les gommes, la canne à sucre, le palmier-dattier et les essences variées des forêts du Sennaar et du Kordofan; les animaux domestiques (bestiaux, moutons, ânes, chevaux, abeilles, vers à soie)-, les animaux sauvages qui payent leur tribut au commerce (plumes d'autruche, dents d'éléphant et d'hippopotame, peaux, etc.); les éponges, la, nacre de perle et les vailles de tortue; les carrières de pierres, de marbre, de porphyre; le jaspe, les omeraudes, les aigues-marines; les minerais de fer et de plomb du Kjrdofan: •'es bitumes, le natron, ïe sol, l'alun, etc. L'industrie, malgré les efforts du gou-

vernement égyptien, est languissante comme dans tous les pays de l'Orient et incapable de soutenir la concurrence européenne.

Canal de Suez. — L'Egypte doit son importance exceptionnelle moins encore à la richesse du sol qu'à sa situation qui la désigne comme le trait d'union entre l'Occident et l'Orient, comme l'entrepôt du transit entre la Méditerranée et l'océan Indien. Le canal de Suez doit un jour lui rendre la prospérité dont elle jouissait dans l'antiquité et au moyen âge, et qu'elle a déjà recouvrée en partie, grâce aux immenses progrès du transit de l'extrême Orient par Suez et Alexandrie.

Long de 172 kilomètres, assez large et assez profond pour recevoir les bâtiments du plus fort tonnage, le canal de Suez part de Port-Saïd, sur la Méditerranée, et aboutit à Suez sur la mer Rouge en coupant l'isthme dans toute sa largeur et en traversant les lacs Amers ; parallèlement au canal maritime, un canal d'eau douce navigable, dérivé du Nil, fournit de précieuses ressources aux transports et surtout à l'irrigation et à la consommation des hommes et du bétail dans Une région dénuée d'eau potable. Le canal maritime est ouvert à la navigation depuis les derniers mois de 1869; le droit de transit est de 10 francs par Tonne, et les immenses avantages que présente cette voie nouvelle, sécurité, diminution de moitié sur le parcours, économie de temps et d'argent, y attireront de plus en plus le trafic qui suit encore la route du Cap, et que l'on évalue à 11 millions de tonnes, ou du moins la navigation à vapeur qui n'a pas à craindre, comme la navigation à voiles, les moussons de la mer Rouge, et qui n'a pas à subir des frais aussi considérables. (Transit en 1876, 3,072,109 tonnes et 68,000 voyageurs.)

Ports et places de commerce. — Le débouché du transit de l'extrême Orient et du commerce de l'Egypte est jusqu'à présent le port d' Alexandrie (230,000 h.), sur la Méditerranée, rattaché par un chemin de fer au Caire et à Suez, par le canal Mahmoudieh au Nil, et par des lignes de navigation régulières, à Marseille, Gênes, Brindisi, Trieste, Odessa, Southampton, etc.

Les ports de Rosette et de Damiette aux bouches du Nil, Souakimet Kosséir sur la mer Rouge, sont sans importance au point de vue du commerce européen.

Les communications intérieures sont faciles jusqu'à Assouan, grâce à la navigation du Nil et aux chemins de fer qui rayonnent du Caire (350,000 habit.), le grand marché du commerce intérieur, vers Alexandrie et Suez.

A partir d'Assouan, dans les plaines arides de la Nubie, de nombreuses cataractes interrompent la navigation, et les routes ne sont plus que des chemins de caravanes. Cependant la ville deKhartoum, au confluent du Nil bleu et du Nil blanc, entrepôt du commerce du haut Nil, rendez-vous des caravanes du Soudan, point extrême des lignes télégraphiques de la vallée du Nil, tend à devenir un des centres les plus importants du commerce africain, à mesure que la domination égyptienne gagne du terrain dans le Soudan oriental.

La région du haut Nil et des grands lacs. — Les découvertes récentes qui ont fait connaître le cours supérieur du Nil et l'existence de ses deux grands réservoirs, les lacs Victoria et Albert (Victoria et Albert Nyanza), ont ouvert à l'activité européenne de vastes contrées, pouvant fournir au commerce les produits les plus variés des tropiques, et surtout une immense quantité d'ivoire, et habitées par des populations de race noire ou galla, presque toutes inoffensives, si les violences des commerçants turcs ou même européens, et la traite des esclaves qui se pratique impunément dans ces régions encore inexplorées, n'excitaient leur méfiance ou leur ressentiment contre les étrangers. La dernière échelle du commerce égyptien sur le Nil est Gondokoro, le grand marché de l'ivoire et

Page 1