DE L^ENTRETIEN DES CHAUSSÉES EMPIERRÉES
ses de manière qu’il y eût pour chaque localité un entrepreneur différent, résidant dans la localité elle-même. En troisième lieu, la connaissance parfaite qu’il avait des besoins de son service lui a permis de désigner long-temps à l’avance à ses entrepreneurs l’époque à laquelle ils livreraient les diverses fournitures qu’ils avaient soumissionnées ; de sorte que ceux-ci ont pu exécuter leurs transports dans des circonstances qui leur étaient très-favorables, et par conséquent, à un prix moins élevé. Enfin, il les a dispensés de l’emmétrage sur la route. Ils ont été seulement prévenus que l’ingénieur, à l’époque des réceptions , ferait emniétrer un certain nombre de tas par les employés, et que s’ils étaient reconnus trop faibles , on évaluerait la différence, et on la rapporterait sur tous les tas, sans que l’entrepreneur pût exiger une vérification ultérieure et élever des réclamations.
Il nous paraît évident que toutes ces mesures ' sont excellentes, très-bien entendues; mais elles sont indépendantes de l’institution des cantonniers.
2 °. Les études qu’a faites M. Berihaut sur la construction des routes, considérées sous le rapport technique , l’ont aussi conduit à faire de très-grandes améliorations. Ainsi,. il est évident qu’en prescrivant de réparer les dégradations aussitôt qu’elles deviennent sensibles , il a prévenu les grands défoncemens qui étaient si fréquens dans l’ancien système , et en substituant les répandages partiels aux répandages généraux, il a produit une économie notable de matériaux. Mais ces résultats n’auraient-ils pas pu
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être aussi faclleiuent obtenus par le système des «ntreprises que par celui des cantonniers ? C’est ce que nous allons examiner.
Les cantonniers sont des ouvriers à la journée. Tout ouvrier à la journée peut être , avec de bons conseils et une surveillance modérée, amené à â/en faire. Mais il faut le stimuler à tous les iustans pour qu’il fasse beaucoup.
Les entrepreneurs sont, au contraire, des ouvriers à la tache. Ils font toujours beaucoup. Ils ne font jamais bien s’ils ne sont pas exacte* ment surveillés. .
Il y a donc cette différence entre les cantonniers et les entrepreneurs , que l’ingénieur a besoin de s’occuper constamment de la conduite du premier, taudis qu’il n’a guère à juger l’autre que par les résultats obtenus. Or, comme la conduite varie à chaque instant , et que les résultats restent, il doit être en général plus facile de surveiller un entrepreneur qu’un cantonnier.
D’une autre part, M. Berthaut a reconnu qu’on ne peut tirer un bon parti des ouvriers qu’en les punissant ou les récompensant à propos. Or, l’ingénieur n’a qu’un moyen facile d’arriver à ce but , c’est l’avancement. Il est vrai qu’on peut aussi donner des rétributions différentes aux ouvriers qui ont le même grade nominatif; mais ce moyen, bon en apparence, ester» réalité tout-à-fait impraticable, car lorsque l’ingénieur veut y recourir d’une manière efficace, il ne tarde pas à être assailli de réclamations, de rapports, de récriminations insupportables.
L’entrepreneur, au contraire, s’il fait casser la pierre, emploie les ouvriers à la tache ; dès-lors
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!pE l’entretien des CHAUSSliES EMPIERREES. 71
«liacun rÊçolt par jour une somme exactement jproportionrïelle au travail qu’il fait. S’il les emploie à la journée , il est à côté d’eux ; son inté> rôt le pousse non-seulement à les stimuler, mafe à écouler leurs prétentions lorsqu’elles sont fondées.
Quant aux punitions, l’ingénieur n’en peut guère employer que trois ; les reproches , qui ne produisent presque jamais d’effet ; des retenues d’argent, qui sont difficiles à régler, si l’on ne veut pas se jeter dans des discussions qui ne finissent jamais ; l’ excl usion , q.ui seule est efficace.
L’entrepreneur, au contraire, traite avec l’ouvrier , passe un marché avec lui.^ S’il ne s’exécute pas , s’il l’obsède avec une énergie qui ne passera jamais dans l’habitude des employés de l’ingénieur ; s’il persiste , il l’exclut de ses ateliers, et au besoin le traduit devant le juge du canton.
Jusqu’ici l’avantage nous paraît rester à l’entreprise ; mais voici des compensations :
Une entreprise ne peut être avantageuse pour les deux parties contractantes, qu’autant que les conditions en sont réglées sans ambiguités. Si vousn’êtes pas sûr de vos procédés, si vous craignez d’avoir à faire des changemens , si vous voulez vous livrer à des expériences , ayez des employés à la journée, que vous dirigerez comme vous l’entendrez, car un ingénieur qui a un entrepreneur sous ses ordres, n’a pas des relations directes avec les* ouvriers que celui-ci eüiploie. Il renonce au moins en partie à ses droits sur eux.
En sécond lieu, il ne suffit pas, pour qu’on
puisse traiter à des conditions favorables , qué? l’ingénieur sache nettement ce qui est à faire. Il faut encore qu’il soit possible d’attirer dans la localité des entrepreneurs moraux et capables de le comprendre. Or, nous croyons qu’il est beaucoup de parties de la France où on ne peut pas encore remplir cette condition. Là, force est d’employer des cantonniers à l’année. Mais nous déclarons que ces sortes d’ateliers ne sont à nos yeux que de vastes écoles, qui seront sans doute fort utiles au pays, mais qui auront fait leur temps lorsque le pays sera assez éclairé. Or, nous croyons que M. Berthaut a eu l’immense mérite d’organiser ces écoles de la meilleure manière possible. Nous croyons que de ces cantonniers chefs et conlre-mailres, sortiront un. jour d’excellens entrepreneurs, et que c’est lorsqu’on les aura mis à la tâche , qu’ils rendront d’immenses services au pays. C’est alors seulement que M. Bcrtliaut lui-même recueillera tous les fruits des grands efforts qu’il a faits jusqu’ici.
Nous terminerons en répondant à une dernière objection. Quelques personnes prétendent que l’entretien des routes est trop variable pour pouvoir être donné à l’entreprise. Cette observation est vraie lorsqu’on ne considère qu’une -année isolée ; mais elle tombe , lorsqu’on considère à la fois une période de cinq ou six années; et nous croyons en effet que des traités passés avec des entrepreneurs pour la réparation des routes doivent embrasser à peu près cet intervalle de temps.
Quelques ingénieurs pensent en outre qu’il est trop difficile de définir l’état d’une route bien