‹ Manuel et code d'entretien et de construction, d'administration et de police des routes et des chemins vicinaux résuméChapitre 13 sur 68 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DES CHAUSSÉES PAVEES.

Les chaussées pavées commencent à perdre la^ faveur dont elles ont long -temps joui parmi nous. L’A.ngleterre a donné le signal de cette réaction, et elle l’a poussée si loin qu’on trouve aujourd’hui des empierremens dans les rues même de Londres. La Belgique, au contraire, persistait encore il y a deux ans dans un système opposé; mais nous ne savons pas quelle est aujourd’hui l’opinion de ses ingénieurs sur cettequestion. Quant à l’Italie, qu’on peut appeler latente classique du payé , il est certain qu’elle

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construit, depuis quelques années, une propor» lion de chaussées empierrées beaucoup plus forte que par le passé. Enfin, la France aune tendance évidente à adopter exclusivement le pavé pour les rues de ses villes , et l’empierrement pour les routes proprement dites. Nous approuvons tout-à-fait ce système , et nous essaierons de le justifier , après avoir exposé en détail tout ce qui est retalif à l’établissement et à l’entretien des chaussées pavées.

De l* Etablissement du pavé.

On pa:ve en pierres naturelles, ou en pierres artificielles, nommées briques.

Toutes les pierres dures sont propres à cet usage. Tels sont le grès dur, le granit et quelques calcaires, particulièrement le marbre.

.Quant aux briques, il faut qu’elles soient dures, compactes et que leur grain ne soit pas * trop gros. Pour qu’elles aient toutes ces qualités, il faut tamiser convenablement l’argile c^ui sert à leur fabrication , les mouler en pâte plus dure que si elles étaient destinées aux ouvrages ordinaires, et les cuire à une température un ' peu élevée.

Le langage dont on se sert dans l’art du paveur prête quelquefois à la confusion. Pour éviter toute équivoque, nousconviendrons de n’employer que les termes suivans ;

Nous appellerons pavé l’un des blocs de pierre qui concourent à former une chaussée pavée.

Nous donnerons le nom de pavage à l’action de paver.

Soit ABCD abcd ( Pl. II — . 1) un pavé.

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Nous appellerons Itte la surface supérieure ABCD; base, sa surface inférieure ai cc(7 ou ea, d’autres termes celle qui l’epose sur la fonda* tion. Nous donnerons le nom de queue à la distance de sa tète et de sa base , et celui de joints aux quatre faces ABa i , BGic, CD cd, DA-da, par lesquelles les pavés contigus se touchent.

Toute chaussée pavée, quelles que soient son espèce et ses qualités particulières, u’est bonne qu’autant qu’elle remplit les conditions suivantes :

lo. Elle doit reposer sur un sol ferme. Ainsi on ne pavera pas sur un terrain marécageux sans l’avoir préalablement bien asséché, et sur un remblai avant qu’il ait subi tous les tassemens qu’on pouvait craindre.

f« 2°. Le sol doit être damé avec soin , et sa surface doit être semblable à celle qu’aura plus tard la chaussée elle-même. Cette règle, que nous avons conseillée de suivre pour les empierrexnens, est ici de rigueur.

3°. Enfin, la chaussée doit reposer sur une couche de sable ou de mortier, destinée à servir d’intermédiaire entre elle et le sol naturel. Cette couche porte le nom de forme. Son épaisseur doit être d’à peu près 15 centimètres, si elle est en sable, et de 12, si elle est en mortier. Dans • Iss chaussées pavées modernes , les pavés ne se touchent jamais ; il y a toujours entre eux une distance d’au moins un centimètre qu’on remplit avec la matière même dont \a. forme est composée. Les anciens, qui polissaient parfaitement les joints de leur pavé, u’employaient pas ce

procédé. Ils les appliquaient exactement les uns contre les autres. Nous qui nous contentons de les ébaucher, nous ne pouvons pas les imiter, parce qu’il nous serait impossible d’éviter des porte-à'fauxtrès-fréquens, qui seraient nuisibles à la solidité de l’ouvrage.

Après ces notions générales , nous allons parler de chaque espèce de pavé en particulier.

Pavés en pierres naturelles.

On en distingue cinq espèces.

Le premier est le pavé d’échantillon. On le, nomme ainsi parce que tous les blocs qui concourent à former une même chaussée , doivent être semblables et conformes à un échantillon donné. C’est un pareil pavé que nous avons représenté (Pl. 11 — 1, déjà citée). Les trois dimensions, AB, AD, Drf, sont en général égales. On arrondit toujours les quatre angles A, B, C, D, car s’ils étaient trop vifs , le moindre choc les émousserait et les ferait éclater. Il est d’usage de faire la base abcd \xn peu plus petite que la tête ABCD, c’est ce qu’on appelle démaigrir le pavé en queue.

On donne en général au pavé d’échantillon 20 centimètres dans tous les sens. On peut cependant s’arrêter à 16 , et aller jusqu’à 25 ou 26. Quelques personnes croient qu’une chaussée pavée est d’autaut meilleure que ses élémens sont plus gros; c’est une erreur, car les arêtes, d’un pavé s’usant par suite du choc des voitures, le milieu ne tarde pas à être plus exhaussé que les bords , et celte différejace est d’autant plus

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sensible et plus fatigante que le pavé est plus gros.

Quant à la dépense , l’établissement d’une chaussée en gros matériaux coûte plus cher que si elle était composée de matériaux plus petits; mais comme d’un autre côté les pavés convenablement retaillés peuvent servir plus de fois lorsqu’ils sont gros que lorsqu’ils sont petits , nous croyons que, tout considéré, l’avantage reste aux premiers.

■ Toute chaussée en pavés d’échantillons doit reposer sur une forme de sable , lorsqu’elle est destinée à être parcourue par des voitures lourdes. En voici la raison :

Les chocs des voitures produisent deux effets sur une chaussée garnie en maçonnerie; ils brisent les pavés parce qu’ils reposent sur un sol dur et sans élasticité ; ils brisent la maçonnerie par hne raison à peu près semblable. Par suite de ces deux causés , les élémens de la chaussée ne tardent pas à être désagrégés ; ils deviennent branlans, et il faut relever celle-ci bout à bout.

■ Une chaussée garnie en sable, au contraire , s’enfonce sous les voitures; elle devient inégale, mais elle ne se brise pas ; ce qui fait qu’elle peut être d’un bon usage, même après que ses élémens ont subi une dislocation notable. Voilà ce qui la rend préférable à la première. L’une et l’autre sont bouleversées par les voitures qui les parcourent; mais l’une peut servir tout en étant bouleversée , tandis qne l’autre doit être immédiatement refaite.

Pour poser du pavé d’échantillon sur sable , on commence par étendre sur le sol, après qu’il

a été convenablement préparé, une forme de 15 centimètres d’épaisseur, qu’on dame avec soin. On procède ensuite à la pose proprement dite. L’ouvrier se sert à cet effet d’un outil particulier (Pl. II — 2). La partie AB, faite en forme de pioche, sert à arranger le sable. La partie AC , faite en forme de marteau , sert à faire disparaître les petites inégalités qui peuvent se trouver dans chaque pavé, et à le frapper après qu’il a été mis en place pour bien l’assurer. Les joints de tous les pavés doivent être soigneusement garnis de sable. On doit veiller à ce qu’ils ne se touchent pas , car en ce cas le moindre porte-à-faux suffirait pour les faire éclater Enfin, avant de livrer la chaussée ainsi construite à la circulation, on doit la couvrir d’une légère couche de sahle , et frapper fortement à la hie chacun des blocs qui la composent. L’instrument dont nous venons de prononcer le nom est très -connu. Nous l’avons cependant dessiné (fig. 3), et nous avons coté toutes ses dimensions. Son poids doit être d’environ 60 kil.

Lorsqu’on pose sur mortier, on ne doit étendre celui-ci qu’au moment de poser le pavé, pour qu’il ne perde pas, par la dessication, une partie de ses qualités. Le poseur étend le mortier et garnit ses joints à l’aide de la truelle. Il se sert du marteau pour arranger chaque bloc et le mettre en place. Jamais on ne doit frapper à la hie une chaussée ainsi construite, car cette opération ne serait propre qu’à faire souffler le mortier s’il était liquide, et à le briser s’il était sec. On doit même éviter d’y passer jusqu’à ce que la maçonnerie ait fait corps. . ,,,

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Nous avons représenté une chaussée en pavé d’échantillon dans la fig. 8 ( Pl. II).

Après ce genre de chaussée viennent les chaussées en blccage , qui sont formées de pavés de toutes les formes eide toutes les dimension^, dont on a seulement soin d’ébaucher la tête.

Elles sont toujours très-dures et ne tardent pas à devenir inégales. On les pose sur sable en prenant les memes précautions que pour celles d’échantillon.

Les cailloux roulés ne sont propres au pavage que lorsqu’ils ont au moins lô centimètres . en queue. Tout le inonde sait que l’un des bouts de ces cailloux est toujours plus pointu que l’autre. C’est ordinairement celui-là qu’on fait porter sur la forme. Nous avons vu quelquefois pratiquer le contraire dans le but de leur donner plus de stabilité; mais on obtient ainsi des chaussées très-fatigantes.

Les cailloux roulés se posent comme des pavés d’échantillon; on doit seulement, au lieu de les poser simplement sur la forme , les y enfoncer d’environ 5 ceiiiimètres. A cet effet, on en donne 20 à la forme. Voyez fig. 9 (Pi.. II).

On appelle dalles des blocs de pierre qui ont une surface très-grande par rapport à leur épaisseur. Lorsqu’on s’en sert comme pavés , elles doivent être d’une matière très -dure, surtout si on a l’intention de les abandonner à la circulation des voitures. f.es pierres les plus propres à cet usage sont le porphyre, le granit , le marbre et la lave. Gomme ou ne les trouve pas partout, et que d’ailleurs elles sont difficiles à ex-

traire et à tailler# le prix d’un dallage est généralement fort élevé.

Les dalles doivent toujours être posées sur maçonnerie. Lors donc qu’elles ne sont pas interdites aux voitures , il faut veiller à ce que leurs joints soient ajustés avec une grande perfection; ^ans cela elles auraient à subir des chocs qui ne manqueraient pas de les briser.

La cinquième espèce de chaussée pavée dont nous devons parler, est tout-à-fait inusitée aujourd’hui; mais elle était en usage chez les Romains. Elle était composée de blocs à têtes polygonales irrégulières. Les joints se touchaient , mais on évitait les porte-à-faux en les taillant avec la plus grande précision. Voici comment on exécutait, suivant toute apparence, ces sortes d’ouvrages qui devaient être fort dispendieux.

On apportait les blocs sur les ateliers de pavage , à peu près tels qu’ils sortaient des mains du carrier. Là, l’ouvrier commençait par en tailler deux d’une manière absolument arbitraire. Seulement ils devaient avoir une face de joints exactement semblable. Tels sont les pavés M et N dans lafig. 10 (Pl. II). On les plaçait l’un contre l’autre en les joignant par la face qui était égale sur tous les sens ; mais , à part cela , leur position était quelconque. Il se formait alors autour des points DetE deux angles CEF, ADI. L’ouvrier taillait deux pavés qui pussent s’y emboîter exactement. Voulait-il , par exemple, remplir le premier? il mesurait la face AD, la face DI et l’angle ADI. Palladio pense qu’on relevait cet angle en prenant son empreinte à l’aide d’une feuille de plomb. Quand cela était

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fait , on taillait avec tous les soins possibles le pavé P, et on le mettait en place. Il est clair que les seules faces de ce pavé qui fussent déterminées, étaient AD et DI, 'et que les autres ne l’étaient ni de nombre ni de disposition.

Des aires (I ) pavées en briques.

On les divise en deux classes , suivant qu’elles sont pavées en briques posées à plat, ou en briques posés de champ.

Pour bien comprendre cette division , il faut observer qu’une brique a un certain nombre d’angles, et qu’à chacun d’eux aboutissent trois arêtes généralement inégales. Lorsqu’elle est mise en place dans une chaussée pavée, l’une des trois arêtes est toujours verticale, et les deux autres sont horizontales. Si l’arête qui est •verticale est la plus courte des trois, on dit que la brique est posée à plat. Si c’est une des deux autres arêtes, on dit qu’elle est posée de charpp. Le plus généralement l’arête qui est verticale n’est pas la plus longue des trois ; c’est la moyenne.

Lesfigures4, S, 6, 7 (Pl.II), représentent trois briques rectangulaires. La première est posée à plat, les deux autres le sont de champ; mais' la disposition indiquée fîg. 6 est plus usitée que celle indiquée fig. 7.

(i) Nous nous servons ici pour I.i première fois du raot (zûe, et nous le subslituons au mot chaussée. Celte dénomination, qui est éqiiivalcnlc à celle de surface , nous parait plus propre, par sa généralitc, à exprimer notre pensée que celle de chaussée. On pave , en effet , en briques' pins de- * troUoirs, de balles, 'de hangars, etc., que de chaussées proprement dites.

Une aire construite en briques posées à plat doit toujours être établie sur mortier, et ses joints doivent être soigneusement garnis. Comme ce mode de pavage est peu solide, on ne l’emploie que dans l’intérieur des apparteinens,dans les cours et sur les trottoirs peu fréquentés. On en connaît d’une infinité d’espèces ; on peut les diviser en régulières et irrégulières.

Parmi les premières, les seules qui soient usitées sont :

1®. Le pavage en briques carrées (fig. Ï1 et 12).

2°. Le pavage ^en briques à six côtés (fig; 13). C’est le carrelage le plus ordinaire de nos appartemens.

Les pavages irréguliers sont diversifiés à l’infini. Les plus usités sont :

lo. Celui en briques rectangulaires, ayant un des côtés double de l’autre. Le plus grand doit avoir de 20>à 24 centimètres, et l’autre de 10 à 12. Il peut être exécuté de deux manières différentes, représentées fig. 14 et 15.

2o. Celui en briques à huit côtés entremêlées de briques carrées. Cette disposition est représentée fig. 16.

Les briques posées de champ donnent des chaussées beaucoup plus solides que celles, que nous venons de décrire. Elles ne résisteraient cependant pas à un roulage très • considérable , mais on peut y faire passer sans inconvénient des hommes et des chevaux , et même y rouler des brouettes. Les briques les plus propres, suivant nods , à ce genre de construction , doivent avoir 20 centimètres de long, 10 de

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large et 5 d’épaisseur. Ou peut les poser à volonté sur sable ou sur maçonnerie. Dans le premier cas , on commence par étendre sur le sol une forme de sable , puis on pose des briques à la main les unes à côtés des auires. La fBeiireure ^ disposition qu’on puisse leur donner, est celle que nous avons dessinée (Pl. II — 17). Pour que les joints se garnissent, il faut, aussitôt que la chaussée est terminée, recouvrir sa surface d’une couche de sable fin. Les pluies , les chocs et mille autres circonstances ne tardent pas à le faire pénétrer entre les briques, de manière à garnir tous leurs intervalles. Lorsque la posd se fait par maçonnerie , on étend avec la truelle à peu près 12 centimètres de mortier sur le sol, et on établit chaque brique sur celte couche, après l’avoir préalablement trempée dans un bain de mortier très-clair. Après qu’une brique est en place , on l’assure en la frappaift avec le dos de la truelle.

Emploi de diverses sortes de pavés.

Les rues de la plupart des grandes villes de France et presque toutes les routes qui ne sont pas empierrées sont pavées en blocs d’échantillon. Quelques - unes de ces dernières ont été cependant pavées en blocage pour des raisons d’économie ; mais elles sont très-dures et trèscahotantes.

Les villes bâties sur les bords du Rhône, plusieurs routes établies le long de ce fleuve et de beaucoup d’autres , sont pavées en cailloux roulés. Lorsque ces chaussées sont bien exécutées et entretenues avec soin , elles sont bien rou-

lantes , mais très •fatigantes pour les piétons.'

Les trottoirs de Paris sont pavés en dalles; ceux de Rouen le sont en petits blocs d’un grès lrès;dui^ posé sur maçonnerie. Une partie de ceux de Marseille le sont en cailloux roulés. 'Dans quelques villes de la Hollande, ils le sont en briques posées de champ , et rarement en triques posées à plat.

Quelques rues de Gênes et de Milan et plusieurs parties de routes en Ecosse sont pavées d’une manière fort remarquable. Le milieu" de la voie est une chaussée ordinaire. Mais les côtés, c’est-à-dire la partie sur laquelle doivent porter les roues des voitures , sont pavés en dalles. On obtient ainsi des voies très-douces et parfaitement roulantes. Nous avons vu des voyageurs dignes de foi qui avaient eu occasion de les comparer à nos meillêurs chemins de fer, et qui leur donnaient la préférence. Il est du reste clair que, dans les rues très-fréquentées, la nécessité où sont les voitures de se détourner souvent pour laisser passer celles qui viennent à leur rencontre , détruit une partie du bon effet de la construction que nous venons d’indiquer, à moins qu’on ne pratique plusieurs voies.

On ne peut jamais daller le milieu d’une chaussée, parce que les chevaux n’y auraient pas pied. A Gênes , cette partie est pavée en briques ; à Milan , elle l’est en blocs d’échantillon. On a découvert à Herculanum des voies ainsi construites , mais nous ne savons pas comment le milieu était établi.

Le port de Marseille est pavé en briques posées de champ. La circulation y est interdite aux

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