CHAUX
Art. 2. — Prix du mètre cube de moëllon ou de pierre de taille prise à la carrière. ^
N° 1. Moëllon brut, dit pierre mureuse.
Indemnité de carrière. ... 10 c.
Extraction et choix , ‘J, journée de carrier. ...... 1 fr. 10 e.
Total 1 fr. 20 c.
ÎJ® 2. Moëllon ébauché , smillé ou piqué.
Pour un mètre cube de moellon smillé ou piqué, il faut un mètre cube et un dixiè*
TRAVAUX DE MAÇONNERIE. lOS*
me de moellon brut. Le (' mètre, cube de pioëjloii ] i-r] brut coûtant 1 fr. 20 c. '
1“ " ,1 de'cemême moellon
coûtera 1 fiv 32 c.
Ebauchage , */io journée de s - carrier 13 c.
Total. ..... 1 fr. 45 c.
N® 3. Petite pierre de taille.
1™,1 de pierre de taille ébauchée , achetée à la carrière 15 fr. Le mètre cube. . . 16fr. 50c,‘
N® 4. Grande pierre de taille.
l>n, l de pierre de taille ache- , tée à la carrière 20 fr. Le
mètre cube 22 fr.
Art. 3. — Taillage du moellon el de la pierre de taille.
N® 1. Smrllage d’un mètre carré de parement vu de moellon, de journée de tailleur de piiTje à 3 fr 2 fr. 25 c.
N® 2. Piquage d’un mètre carré de parement, ou de moellon.
1 journée de tailleur de pierre .
à 3 fr 3 fr.
N® 3. Taillage d’un mètre carré de parement vu, en pierre bas appareil.
1 journée '/< tailleur de
pierre 3 fr. 75 c.
N® 4. Taillage d’un mètre carré de parement vu,, en pierre haut appareil.
108 ROUTES BT CHEMINS y ICW AUX. HANÜEL.
2 journées de tailleur de
pierre * . . 6 fr.
Des Briques.
Nous ne saurions trop recommander l’emploi des briques dans toutes les localités où la pierre est chère, et où il existe de l’argile propre à être moulée , et susceptible de résister à une assez haute température. La régularité des briques fait qu’elles sont commodes à employer; on peut en outre, en s’y prenant bien , les obtenir à bas prix.
Nous ne parlerons pas de leur fabrication.
Dans toutes les localités qui renferment de la terre à briques, il existe des fours qui en livrent une certaine quantité au commerce. C’est là qu’il convient de les acheter lorsqu’on n’a à exécuter que des travaux peu considérables. 11 faut alors les choisir de la manière suivante :
Elles doivent être dures et bien sonnantes.
Si elles n’ont pas ces deux propriétés , il faut en conclure qu’elles n’ont pas été assez cuites.
Elles ne doivent pas être trop poreuses. Ce défaut prouve toujours qu’elles ouB été moulées en pâte trop liquide. On peut alors en comman* der d’autres , en faisant des prescriptions convenables. Il ne faudrait cependant pas tomber dans un excès contraire , et rebuter des briques dont la surface serait un peu inégale et percée de quelques trous. Ces irrégularités contribuent plutôt qu’elles ne nuisent à la solidité de la maçonnerie , en facilitant l’adhérence des briques et du mortier.
Lorsqu’on veut exécuter des travaux considé-
THàVAL'X DE MAÇONNERIE. 107
jables , il est en général économique de fabri* quer les briques soi<même; mais il faut pour cela avoir un bon maître briquetier. Or , cela ,est assez facile, car il s’en est, depuis plusieurs années, formé dans les départemens du nord un assez grand nombre, qui colportent aujour* d’hui leur industrie dans toutes les parties de la * •France, Voici d’après quelle base on peut traiter avec eux.
Ils cuisent la brique en plein air et au charbon de terre. On leur fournit le combustible et un terrain qui puisse leur servir à la fois d’atelier et de carrière d’argile. Ils exigent aussi que cet emplacement renferme une fontaine ou ufi puits'duquel ils tirent l’eau nécessaire à la fabrication. Ils se chargent alors de livrer le mille de briques à 10 francs à peu près. Ces briques ont 25 centimètres de long, 12 ’/, de large et 6 '/4 de hauteur; mais on ne peut traiter aux conditions que nous venons d’indiquer, que lorsqu’on veut exécuter dans la campagne un nombre considérable de briques; par exemple,
3 ou 400 mille. Ce chiffre paraît énorme ; il n’équivaut cependant qu’à 800 mètres cubes, et on peut dire que, mortier compris, il doit donner un peu moins de 1 000 mètres cubes de maçonnerie.
Des Mortiers.
Il est impossible de résumer en quelquespages tout ce qui a été dit sur la composition des mor , tiers et sur leurs qualités. Nous n’en croyons pas moins devoir présenter quelques aperçus généraux sur cette matière.
•lOS ROUTES ET CHEMINS VICINAUX. MANUEL. '
* L’art de composer les mortiers se réduisait'^ il y a quelques années, à 'un petit nombre de règles pratiques mal raisonnées, et qui ne doa-
* liaient le plus souvent que de mauvais résultats. M; Vicat est le premier qui ait réuni en corps
^ de doctrine les faits épars observés par les an* ciens constructeurs , et qui ait donné des méthodes certaines d’opérer. Son livre intitulé : Résumé ries convaissances positives actuelles sur
* les mortiers et les cimens calcaires, est encore le meilleur guide que les ingénieurs puissent sui-
■vre. Les notions qu on va lire en sont extraites. Nous avons choisi dans tout l’ouvrage ce qui est assez simple pour passer immédiatement dans la pratique. Nous avons omis les considérations spécialement scientifiques.
On divise les mortiers en deux classes , suivant qu’ils ont la propriété de se délayer dans l’eau ou de s’y durcir. Les premiers, qui sont ceux dont on fait le plus généralement usage ^ portent le nom de mortiers proprement dits ; les autres sont assez souvent nommés cimens par 'les constructeurs.
Les mortiers et les cimens sont des pâtes qui résultent du mélangé de la chaux avec l’une des substances suivantes :
, 1°. Les sables proprement dits i
2o. Les arènes ;
I 3®. Les psammites; t 4°. Les argiles ;
6o. Les produits volcaniques ou pseudo-volcaniques.
6®. Les produits artificiels résultant de la calcination des argiles, des arènes, des psammites,
elles crasses et scones des forges, verreries, etc^ Nous allons d’abord parler de la chaux.
* La confusion qui existe dans les ouvrages des anciens architectes sur les mortiers, vient de c» qu’ils ont considéré la chttiix à bâtir comme une matière qui a à peu près les mêmes propriétés dans toutes les localités. Mais M. Vicala prouvé que cette idée est entièrement fausse. Les chaux à bâtir renferment , outre de la chaux pure, diverses suL'stanccs, telles que de l'argile , de l’oxide de fer, etc., qui iiifluent considérablement sur leurs propriétés. Aussi un chimiste pourrait il, en analysant une pierre à chaux, dire à l’avance, d’une manière assez certaine, l’espèce de mortier qu’elle donnerait. Mais les .constructeurs peuvent se dispenser do recourk* à ces méthodes de laboratoire dont l’application e.st toujours assez délicate, et leur substituer des expériences directes. Pour faire ces expériences avec succès, il sullit de bien comprendre les notions que nous allons exposer.
Leschauxpeuvent se diviser en cinq catégories distinguées par les dénominations suivantes :
1“. Les chaux grasses; 2® les chaux maigres; 3® les chaux moyennement hydrauliques; 4° les chaux hydrauliques; 5° les chaux éminemment hydrauliques.
On nomme chaux grasses celles dont le volume peut être doublé et au-.lelà par l’extinction. C’est ce qu’on exprime en disant qu’elles foisonnent beaucoup. Lorsqu’ (îti les plonge dans l’eau> elles s’y délayent; elles peuvent même s’y dis- .soudre si l’eau est en quantité suffisante.
Les chaux maigres ne foisonnent pas comme
110 ROUTES ET CHEMINS ViaNAÜX. — MANUEL.
les chaux grasses , mais elles se délayent comme elles dans l’eau.
Les trois dernières catégories foisonnent aussi très-peu, mais elles diffèrent des chaux maigres en ce qu’elles ne se délayent pas comme elles. Les chaux moyennement hydrauliques font prise dans l’eau au bout de quinze ou TÎugt jours, et ont, après un an , «acquis une consistance comparable à celle du savon sec. Les chaux hydrauliques font prise après six ou huit jours d’immersion, et continuent à durcir pendant six ou huit mois, temps au bout duquel elles ont acquis la consistance de la pierre tendre. Enfin, les chaux éminemment hydrauliques font prise du deuxième au quatrième jour d’immersion ; après un mois elles sont déjà fort dures , et au bout de six mois elles ont acquis une telle dureté, que leur parement peut être poli, qu’elles donnent des éclats par le choc et pré- ^ sentent une cassure écailleuse.
Quelques constructeurs pensent qu’on peut juger des qualités de la chaux par sa couleur, son apparence, etc. C’est une erreur grave. On ne peut juger des qualités d’une pierre à chaux que par l’essai. A cet effet, on doit en faire cuire une certaine quantité^ l’éteindre, en met- .tre un échantillon, au fond d’un vase d'eau, après l’avoir fortement lassé, et examiner comment il se comporte.
Nous allons maintenant examiner les propriétés des substances qui entrent avec la chaux dans la composition des mortiers, substances que nous avons énumérées à la page précédente.
I 1KK\KV\ DE MAÇONKEHIE. 111
Oa appelle sables des débris de grès et de ro« cbes granitiques ou calcaires. On les distingue des poussières en ce qu’ils se précipitent sur-lechamp lorsqu’on les projette dans une eau limpide. Tous les sables sont plus ou moins mêlés de, poussières qui les rendent gras et limoneux. Lorsqu’on fait des travaux de maçonnerie soignés f il convient de les en débarrasser par un lavage à grande eau.
Les sables sont les seules substances qui puissent former avec la chaux des mortiers proprement dits, c’est-à-dire des mortiers qui se délayent dans l’eau. Les suivantes donnent plutôt des cimens.
Dans cette catégorie, il faut placer en première ligne l’arêne qui est un sable quartzeux, à grains irréguliers, entremêlé d’argiles de couleur variable dans la proportion d’un quart aux trois quarts du volume total.
Viennent ensuite les psammites, dont nous ne parlerons pas parce qu’on n’en fait pas trèsfréquemment usage y et dont on peut voir la description dans l’ouvrage de M. Yicat, déjà * cité.
Après les psammites se placent naturellement les argiles que les personnes le moins habituées à construire savent très-bien distinguer à la vue ; et enfin les pouzzolanes^ sur lesquelles nous allons entrer dans quelques explications.
La pouzzolane est une matière volcanique, £Ue a été exploitée pour la première fois non loin du Vésuve, et près de la ville de Pouzzole , qui lui a donné son nom. On en a aussi trouvé ea France sur les volcans éteints du Vivarais; et
l‘lS ROfTES ET CHEMINS VICINAUX. S^ANUEL.
dans tous les terrains qui ont été travaillés par le feu. *
■ Les pouzzolanes peuvent êtres considérées comme des argiles plus ou moins pures, ou des arènes qui ont subi une calcination naturelle, de sorte qu’on peut ranger dans cette classe plusieurs produits qui ne sont pas tout-à-fait volcaniques, mais qui résultent d’embrasemens généraux, tels que ceux des houillères et d’autres. i
Ce que nous venons de dire sur la composition des pouzzolanes permet de concevoir comment on peut en fabiiquer d’artificielles. Il suffit pour cela de calciner convenablement les argiles, lesaiènes, et toutes les substances qui s’en rapprochent, puis de les pulvériser. On emploie fréquemment dans les constructions des débris de tuileaux et de poteries réduits en poudre. Il est évident que cette substance, à laquelle les maçons donnent le nom impropre de ciment, est une véritable pouzzolane artificielle. Mais lorsqu’on l’emploie telle qu’on la trouve dans le commerce, on n’en obtient générale- • ment que de mauvais résultats^ parce que les fabricans font, dans des vues d’économie, entrer dans sa composition des d-ébris de poterie plus ou moins purs, et trop inégalement cuits.*" Voici un procédé d’une application facile, à l’aide duquel on peut toujours s’en procurer* d’excellente.
Ou fait choix d’une argile ordinaire ; on la moule en morceaux d’un volume peu considé^, rable , à peu près de la grosseur du poing; on U fait ensuite cuire à la manière de la brique,*
’ TRAVAUX DE MAÇONNERIE. Il5
dans les régions les plus élevées des fours à chaux , de manière à lui donner un degré de cuisson un peu inférieur à celui qu’on exige dans le commerce.
Une condition très-essentielle à remplir, c’est que la cuisson s’opère avec le contact de l’air. Sous ce rapport, les fours à chaux conviennent très-bien à cette opération , parce que leur tirage est tiès-fort. Mais lorsqu’on veut obtenir des résultats parfaits , il ne faut pas se contenter de cette précaution ; il convient , avant de mouler l’argile , de la mêler à des matières pro* près à la rendre poreuse. Tel est le sable; mais il a l’inconvénient de rester mêlé à la pouzzolane et d’en diminuer l’énergie, inconvénient ‘qui n’est cependant pas assez grand pour en faire rejeter l’emploi. M. Vient conseille de lui substituer des substances combustibles très-dt* visées, telles que la sciure de bois, la paille hachée, etc. Ce moyen , qu’il n’avait pas vérifié expérimentalement, ne peut manquer de donner un bon résultat.
A présent que nous avons décrit les diverses espèces de chaux, et les substances qui entrent avec elles dans la composition des mortiers , nous allons décrire les mortiers euxmêmes. Posons d’abord trois règles générales.
Les mortiers ordinaires composés de chaux 'grasse et de sable ne sont d’un bon emploi que dans les maçonneries 'qui sont constamment sèches, et qui n’ont à résister ni à l’action de l’eau, ni à la pluie, ni aux chaleurs, ni aux ' fortes gelées. Ou ne doit donc les employer que 'dans les massifs des murs ordinaires.
lli ROUTES ET CUEMmS VICINAUX. MANUEL.
2 °. Oa ne peut obtenir des mortiers capables de résister à toutes les intempéries des saisons qu’en combinant des chaux hydrauliques ou éminemment hydrauliques avec du^ sable, des poussières quartzeuses , ou des poussières sili* ceuses.
. 3°. Enfin , si on veut obtenir des mortiers ou ômens capables d’acquérir une grande dureté dans l’eau, il faut employer l’une des combinaisons suivantes :
Des chaux grasses avec des pouzzolanes trèsénergiques ;
Des chaux moyennement hydrauliques ou hydrauliques avec des pouzzolanes médiocres ; on des arènes énergiques ; si on jugeait convenable de se servir de pouzzolanes très*énergl» ques, il faudrait les tempérer par un mélange d’envirod moitié sable;
Enfin, de chaux éminemment hydrauliques avec du sable ordinaire.
11 nous reste à indiquer quelles sont les meilleures proportions à suivre dans le mélange des chaux et des sables ou pouzzolanes , pour former de bons mortiers. Il est difficile de donner à ce sujet des règles générales. Mais voici quelques préceptes auxquels on devra se conformer :
Lorsqu’on emploie des chaux grasses, il vaut . mieux pécher par excès de sable ou de pouzzolane que par excès de chaux.
Le contraire est vrai pour les chaux hydrauliques.
Les proportions suivantes sont le plus généralement employées par les constructeurs hs^
biles. Nous supposons toujours , dans ces indi» cations, la chaux éteinte et les autres ingrédiens du mortier pulvérisés comme ils doivent l’être :
Mortiers de chaux grasse avec sable , arène ou argile : '/i ou '/s de chaux.
Mortiers de chaux grasse avec pouzzolane : ‘/a* ou '/, de chaux.
Mortiers de chaux hydraulique avec sable :
à ’/s de chaux.
Mortiers de chaux hydraulique avec pouzzo^ lane : '/s à '/, de chaux.
Moètiers de chaux hydrauliqae avec arène et argile : '/< à '/s de chaux.
Ces principes posés, nous allons donner quel* ues détails sur la manipulation des uAortiers.
La chaux , telle qu’elle sort des fours , porte le nom de chaux vive. Il faut , avant ,de l’em* ployer dans la confection des mortiers , l’éteindre, c’est-à-dire la combiner avec de l’eau.
Cette opération peut se faire de deux manières différentes. On peut jeter la chaux en morceaux dans un bassin , et ajouter successivement de l’eau à la masse. On la voit alors se boursouffier, décrépiter, et enfin, si on a ajouté une quantité d’eau suffisante, se réduire à une bouillie épaisse. Lorsqu’on procède ainsi , il faut se garder d’ajouter trop d’eau , car la chaux perdrait une partie de ses propriétés, si elle était réduite en boullie trop claire ; il y a là un certain milieu à garder ; mais l’expérience peut seule apprendre à le connaître. ,
L’autre procédé d’extinction consiste à plonger la chaux dans l’eau , à l’y laisser quelques iosians , et à l’entasser ensuite dans un lieu sec»
'116 ROUTES'et chemins vicinaux. MANUEL.
'Elle ne tarde pas alors à s’échauffer, a décrépi* 1er, et au bout d’un temps plus ou moins long^ elle se réduit en poudre. Lorsque la niasse est Complètement refroidie , et qu’il ne s’y manifeste plus aucun phénomène particulier, on peut regarder l’extinction comme achevée.
Les deux procédés peuvent également s’appliyjuér à toutes les chaux; M. Virât a cependant reconnu que le premier devait être préféré pouf les chaux grasses , et le second pour les chaux hydrauliques; mais nous les avons vu employer Fun et l’autre pour toutes sortes de chaux avec le plus grand succès.
11 existe encore un troisième procédé d’extinc* tion, connu sous le nom ài exlinclion spontanécy et qui consiste à abandonner la chaux à ellemême, jusqu’à ce qu’elle soit complètement ré^ duite eu poudre. En ce cas, elle s’eteint parce qu’elle absorbe l’humidité de l’jir , et au bout de quelques jours elle est dans le niême état que si elle avait été plongée dans l’eau; mais ce procédé tort long est rarement employé.
Quelque soit, du reste, celui auquel on a recours, il faut avoir soin de ne jamais se servir de la chaux que lorsqu’elle est complètement éteinte. Ou reconnaît qu’elle est dans cet état, lorsque l’eau qu’on y jette ne fait que la délayer sans l’échauffer, ni déterminer de nouveaux décrépitemens. Si on faisait du mortier avec de la chaux imparfaitement éteinte, elle pourrait se boursoulfler après avoir été mise en œuvre dans les maçonneries, et la solidité des constructions serait compromise.
* Nous avons déjà dit que lorsqu’on éteint ht
chaux en la laissant dans un bassin rempli d’es^u, on doit pour bien faire ii’em] /loyer que la quantité d’eau nécessaire pour la réduire en pâle de consistance argileuse. Si on emploie Tune des. deux autres méthodes, elle se réduit seulement en poudre. Dans tous ces cas , elle ne peut être transformée en mortier qu’à l’aide d’une addition d’eau ; mais il faut encore observer que J’eau doit être seulement en quantité suffisante pour que le mortier forme pâle , et puisse être facilement manipulé. Il importe de remarquer qu’un mortier est d’autant plus facile à faire qu’il est plus clair. Les ouvriers sont par conséquent très - disposés à le faire trop aqueux, et il convient de leur interdire cette pratiipie qui nuit beaucoup à la qualité des ouvrages exécutés.
Un mortier ne doit être considéré comme terminé, que lorsque la chaux est tellement mêlée au sable et à la pouzzolane , qu’il y a homogénéité parfaite dans la pâte. Nous ne décrirons pas ici les instruinens dont on se sert ordinairement pour arriver à un mélangé parfait , parce qu’ils sont connus de tous les maçons.
Sur les grands ateliers , on renonce quelquefois à faire le mortier à bras d’hommes , et on les remplace par une meule verticale qu’un cheval fait tourner. Ce moyen peut donner de tiès-bons résultats, lorsqu’il est employé avec discernement ; mais il n’y a pas li^u à le décrire ici.
De la Maçonnerie.
Après avoir parlé des pierres et des mortiers, il nous reste à dire comment il faut les employer pour faire de bonne maçonnerie.
C’est une opinion généralement répandue que les maçonneries en gros matériaux sont plus solides que les maçonneries en petits ma« tériaux ; mais elle n’est pas fondée. La qualité de la maçonnerie ne dépend pas de la grosseur des ' pierres avec lesquelles elle est construite, mais de la qualité des mortiers et de la manière dont ils ont été mis en œuvre. Voici, à ce sujet, quel* ques préceptes auxquels il est bon de se conformer.
Ou devra faire entrer dans la maçonnerie la
plus grande quantité de mortier possible, et garnir tous les joints de manière à éviter les vides. Les pierres sont en général absorbantes ; si la quantité de mortier interposé entre elles est trop faible , il est bientôt desséché , et par suite il perd la propriété de se durcir. C’est pour cette raison que quelques constructeurs conseillent dans certains cas de mouiller les pierres avant de les placer, et nous pourrions citer quelques ateliers où on suit aujourd’hui cette méthode. Mais.on ne doit l’employer que sur des travaux importans, et lorsqu’on veut atteindre un grand degré de perfection.
Lorsque des murs exposés aux intempéries des saisons ont été construits avec des mortiers v de chaux grasse et de sable, on doit toujours les recouvrir d’un enduit, destiné à les préserver des inclémences du tefhps. Nous avons indiqué ci-dessus la composition d’un ciment très-propre à cet usage. Si on s’en sert, l’enduit pourra durer très-long -temps; si, au contraire, on emploie du mortier ordinaire , il se dégradera promptement, et si on tient à la conserva*
lion de l’édiBce , il faudra porter remède aiix dégradations aussitôt qu’elles deviendront visibles.
Si ,1e mur était construit en matériaux réguliers, tels què du moellon ébauché, smillé ou piqué, il faudrait , au lieu de le recouvrir d’un enduit , se borner à le rejoinloyer. Cette opération consiste à arracher avec un crochet le mortier ordinaire qui est entre les joints des pierres, jusqu’à la profondeur de quelques centimètres, à mouiller les joints, à les remplir de ciment de bonne qualité, qu’on serre avec un fer emmanché spécialement destiné à cet Usage. La surface des pierres reste ainsi à nu , et on . peut voir leur disposition, ce qui est d’un trèsbon effet pour la maçonnerie régulière.
Toutes les constructions destinées à rester dans l’eau doivent être faites avec des cimens
hydrauliques. Mais il n’en faut pas moins les rejointoyer lorsqu’elles sont terminées, dans le, but de garnir si bien les intervalles des pierres , qu’il ne reste pas la moindre fissure par laquelle l’eau puisse s’introduire. Il faut remarquer aussi , comme nous l’avons déjà fait observer précédemment, que cette opération consiste nomseulement à garnir les joints de ciment, mais encore à comprimer fortement celui -ci > de manière à le faire parfaitement adhérer avec les pierres , et à lui donner une surface polie très-difficile à attaquer.
Tfous terminerons cette discussion en indr* quant la composition et l’usage des béions.
On donne ce nom à un mélange intime dé ciment et de menus cailloux , dans la ^ropoi^*
tion de deux parties de cailloux pour une de ciment. Ou l'emploie en couches de quelques centimètres d’é|)aisseiir, pour recouvrir les aires qu’on veut rendre imperméables à l’eau ; telle est la surface intérieure des voûtes de pont, le fond de quelques pari ics des caveaux, etc. La manière d’employer le béton est fort simple : après l’a* voir étendu sur l’aire qui est destinée à le rece- * voir, on le frappe avec une batte, et on le laisse séebér.
Telles sont les nolions qu’il est indispensable de posséder pour diriger avec quelque succès des travaux un peu étendus.
' Nous allons maintenant quitter ce sujet, pour décrire les ouvrages qu’on exécute le plus ordinairement sur les routes et les cliemius vicinaux.
Ces ouvrages sont des murs pour soutenir les terres, des cassis pour faire écouler les eaux, et des pontSj des ponceaux et aqueducs pour traverser les fleuves, les rivières, les ruisseaux et les ravins.
. Les trois dernières espèces de constructions que nous venons de nommer sont de la même nature et ne différent entre elles que par leur importance. Nous allons d’abord les décrire.
Les ponts sont, de tous les travaux qu’un ingénieur peut avoir à projeter ou à exécuter, ceux qui réunissent les plus grandes difficultés. Jbes maires ou les commissaires voyers ne doivent les faire exécuter eux-mêmes que dans les cas que nous énumérerons plus bas. Dans tontes les autres circonstances ils doivent eu faire char*
]ger des constructeurs spéciaux. Il est cependant bon qu’ils aient sur ce sujet les connaissances nécessaires pour pouvoir lire un devis et le comprendre. Voici quelques déûniiions et quelques principes X qu’il est nécessaire de posséder pour que ce but soit rempli.
Un pont est une voûte qui recouvre un cours d’eau, et qui est destinée à supporter une route.
Cette est cylindrique; tantôt elle commence à partir des fondations, tantôt elle est supportée par des murs verticaux nommés piedsdroits t qui servent à l’exhausser.
L’ensemble d’une voûte et de deux piedsdroits est ce qu’on nomme une arche. Un pont peut en avoir une on plusieurs. Dans le premier cas, il ne renferme qu’une voûte et deux pieds- .droits ; dans le second , il a plusieurs voûtes et plusieurs pieds-droits.
Les pieds-droits qui sont construits le long des bords de la rivière prennent le hoin spécial de culées. Ceux qui sont au milieu du cours d’eau s’appellent piles.
1 Un pont a toujours deux culées. Quant au nombre de ses piles, il est égal à celui des voûtes, moins un ; s’il y a cinq voûtes , il y a quatre "piles.
La surface de séparation d’une voûte et des pieds-droits qui la supportent, s’appelle la naissance. Le point le plus élevé de la voûte porte le nom de sommet , et la pierre qui y est placée .celui de clef.
Les constructeurs ont fait diverses expériences pour savoir quelle épaisseur uue voûte doit avoir À la clef. Les mathématiciens ont soumis cette *
même question au calcul, mais la difficulté qu^où, éprouve à en saisir tous les élémens , fait qu*ils ont commis des erreurs graves. Ce qu’on a de mieux à faire aujourd’hui est de suivre des règles empiriques fondées sur l’observation des faits. Gauthey a donné les suivantes que noqs regardons comme excellentes :
Pour des ponts de moins de 2“ d’ouverture, on donnera à la clef une épaisseur fixe de 0™,33.
Pour des ponts de 2™ à 16™, on donnera cette même épaisseur de 0™,33 , augmentée du 48«de l’ouverture.
De 16™ à 32™ , on adoptera le 24« de l’ouverture, et enfin au-dessus de 32™, le 24® des [32 premiers mètres , et le duires.te.
Quant à l’épaisseur des culées et des piles, elle est trop variable pour que nous puissions la soumettre à une règle fixe , car elle change nonseulement avec l’ouverture' de la voûte, mais encore avec sa forme. Ceux qui'seront curieux de connaître cette matière pourront lire les nombreux exemples cités par Gauthey , dans son '{Traité de la constraclion des ponts.
Une des choses les plus difficiles à fait», lorsqu’on veut faire construire un pont d’una grande importance, est la nature des fondatkms. Mais nous ne pouvons rien prescrire à ce sujet, parce qu’il nous faudrait entrer dans des détails qui ne peuvent pas trouver place ici. Nous dirons seulement que lorsqu’on a à jeter un trèspetit pont sur un ravin de peu d’importance, comme on en trouve beaucoup dans les pays cte montagnes , on doit commencer par se débor-
TRAVAUX DE MAÇOrmERIE. 123 ♦ '
rasser des eaux, en creusant au ravin un lit voisin du sien , ou par tout autre procédé , et creuser des fondations de 60 centimètres de profctadeur environ. Si, à cette profondeur, on atteint un sol ferme , il faut y établir les fonda* dons des culées comme celles d’un mur orcünaire. Si le sol est trop mouvant , il faut creuser nn peu plus pour voir si on n’atteindra pas le terrain solide. Dans le cas où on ne peut pas le rencontrer, on établit sur le sol mou un grillage «n bois formé de pièces de longueur nommées lougrines , reliées par des pièces transversales nommées traversins , solidement assemblées avec elles. On remplit l’intervalle des pièces de bois avec des moëllons qu’on serre au marteau, de manière à ce qu’ils constituent un véritable pavé, dont tous lës élémens soient solidaires, et sur lequel on établit la fondation.
Mais lorsqu’on a à exécuter des fondations en lit de rivière , et sur un mauvais fond, le travail peut offrir de très-grandes difficultés, et îl ne peut être exécuté que par des hommes spéciaux.
On a fréquemment l’occasion de construire sur les chemins vicinaux de petits aqueducs de O“,60 à 2® d’ouverture. Nous avons cru devoir pour cela en faire deux projets qui ont été destinés dans la Planche II.
Les fig. 18, 19, 20, 21, 22 et 23 représehteirt deux projets d’aqueduc de 0*“,80 d’ouverture. Cette forme ne peut guère être appliquée avec avantage à des ouvrages de plus grande din^n- «ion, et même dans hes localités où on trouve difficilement des pierres d’un grt» échanûlldn , il
convient de ne pas s’eu servir pour les aqueducs qui ont plus de 0%6ü d’ouveriure. Lacuiistruction eu est du reste fort simple. Sur les fonda» tions A B C D ( ilg. 20 ) on élève deux piedsdroits, auxquels on donne plus ou moins de hauteur, suivant le débouché dont on a besoin. Ils ont 80 centimètres sur la figure.
; Sur leur couronnement , on pose des dalles qui forment une plate-bande.
Les pieds-droits doivent avoir 0™,35 d’épaisseur. Les dalles doivent les recouvrir d’au moins 0 “, 15 . Pour un aqueduc de 0m,80 d’ouveriure, leur longueur sera donc d’à peu près Comme de pareilles pierres sont rares dans Iieaucoup de localités, il est souvent préférable de supprimer ce dallage et de lui substituer une voûte en moellons.
Une voûte peut avoir différentes formes. La plus simple de toutes , et la plus anciennement usitée, porte le nom de /7/e/n c/n/r^. Elle consiste en un cylindre ayant pour base une demi cireonférence de cercle. C’est une voûte de cette espece que nous avons représentée (Pl. II — 24 et 23). lYiennent ensuite les voûtes en arc de cercle qui diffèrent des précédentes en ce qu’elles ont pour directrice un arc de cercle plus petit qu’une demi-circonférence. Et enfin les voûtes en anse de panier , dans lesquelles on substitue à la demi-circonférence ou à l’arc une courbe nommée anse de panier par les géomètres et généralement connue sous la dénomination d’uea/e.
La construction des voûtes est très-facile à comprendre. Après avoir élevé ses pieds-droits, on place an cintre dans l’intervalle qu’ils reu-
• TRAVAUk DE MAÇONNERIE. 125
ferment. C’est ainsi qu’on appeMe l’échafaudage en charpente destiné à soutenir la voûte lorsqu’elle est en cours de construction; les autres sont nécessaires, parce que tant que la voûte est inachevée , les pierres ne pourraient se soutenir ni par suite de la pression qu’elles exercent mutuellement les unes contre les autres, ni par la cohésion des mortiers qui sontencore liquides.
Nous'avons représenté un cintre (Pl. II — 25). Il se compose : 1® de plusieurs fermes semblables à aboi, etc. ; 2<> de planches nommées couchis posées sur leur surface.
Les fermes se composent : de deux pieds-droits abcd, e/gh, et d’une partie courbe a qui est un cercle concentrique à la directrice de la voûte.
Lorsqu’on veut commencer la maçonnerie , on met en place une ferme vers l’une des tètes « une seconde derrière la première et parallèlement à «lie. On pose ensuite les couchis qui doivent servira retenir les moellons. Les fermes doivent être assez rapprochées pour que les couchis ne plient pas sous la charge qu’ils ont à supporter , et par conséquent leur distancé doit être d’autant moindre que les couchis sont plus minces.
Sur la figure nous avons donné 0“',40 d’épaisseur, aux pieds droits, et 0“>,35 à la voûte.
Lors(jue celle-ci est achevée , ou la recouvre d’une couche de béton de quelques centimètres d’épaisseur , destinée à empêcher l'infiliratioa des eaux. Après quoi on peut exécuter les remblais nécessaires à l’établissement de la route qui aboutit au ponceau*
i26 ROUTES ET CHEHUNS TICINAUX. — MANUEL. ‘
11 nous reste à parler des dispositions qu’on emploie pour empêcher les terres qui forment ces remblais d’arriver jusqu’à l’ouverture du ponceau et de l’obstruer. H faut placer en première ligne les murs en aile qui sont très>usité» dans les ponts importans, mais que nous ne décrirons pas ici.
Viennent ensuite les murs rampans et les murs de tête, qui sont plus simples et qui d’ailleurs atteignent très-bien le but.
' ' Nous avons représenté des murs rampans (Pl. II — • 21 et 26). Ce sont, à proprement parler , des culées prolongées , et terminées par une rampe parallèle au talus que les terres des remblais tendent à prendre.
Pour dessiner le profil d’un pareil mur, on prend sur les culées un point à la hauteur de la voûte ou du dallage , et par ce point ou mène une droite parallèle à la ligne de plus grande pente du talus. Il n’y a plus ensuite qu’à diviser la hauteurMu mur en plusieurs parties égales pour figurer les assises.
Toutes les pièces d’assises ayant la même figure, il suffira de^décrire l’une d’elles : celle, par exemple, qui, sur la planche II , fig. 26, est désignée par les lettres a cd, e f. Elle se compose d’un lit horizontal supérieur a b , d’on lit inférieur crf, d’une face en rampe «’/*, quiest séparée des lits par les crossettes r/, retournées d’équerre sur la rampe.
La deuxième disposition usitée pour empêcher l’éboulement des terres, consiste à construire des murs dont le plan se confond avec celui dee têtes. Elle est dessinée pL II, fig. 18. Il est clair
’TltAVA.UX DE MAÇONNERIE. 127
que les terres tendent à s’ébouler le long des murs ainsi établis , et que si on donne une largeur égale à la base que prennent les terres éboulées , celles-ci n’arriveront jamais à l’ouverture de l’aqueduc.
Il nous reste à parler de deux ouvrages en maçonnerie usités sur les routes. Ce sont d’abord les cassis , et. ensuite les murs de soutènement.
On appelle cassis des fossés pavés destinés à arrêter les eaux qui tendent à sillonner la chaussée> et qu’on établit à cet effet transversalement sur l’axe dp la route.
Les cassis doivent être dirigés à peu près suivant la ligne de plus grande pente du chemin. Il ne faut pas trop les multiplier , parce qu’ils donnent lieu à des cahots très-violeus , et qu’ils peuvent ainsi occasioner des accidens graves. On doit, toutes les fois que cela est possible) leur substituer des aqueducs.
Les murs de soutènement se construisent comme les murs ordinaires. On leur donne généralement une épaisseur égale au tiers de la hauteur des terres soutenues. Il est cependant évidentqu’elle ne devrait pas être la même dans, tous les terrains.
Les murs de soutènement peuvent être construits en pierres sèches ou en maçonnerie ordinaire. Dans ce dernier cas, il convient de laisser subsister, de distance à autre , de petits canaux pour l’écoulement des eaux d’infiltration.