ASSÈCHEMENT COMPLET DE LEUR SURFACE
Il est rare qu’on ait à exécuter de grands travaux de maçonnerie sur un chemin vicinal. Le cas peut néanmoins se présenter. 11 convient * alors d’en faire rédiger le projet par un. ingénieur ou un architecte habitué à traiter ces sortes de questions, et de les faire exécuter par un entrepreneur ad hoc. Autant il est convenable qu’un maire s’occupe lui -même de la construction 'et de l’entretien du chemin proprement dit, autant il serait nuisible qu’il projetât un pont de quelque importance , et qu’il
en dirigeât l’exécution. Il faut cependant, lorsque le projet a clé arrêté par des hommes de l’art , qu’il soit en état de le lire et de le comprendre. La raison en est que, l’ingénieur ou l’architecte étant le plus souvent étrangers à la localité, ne connaissent ni ses besoins ni ses ressources aussi bien que le maire , en sorte qu’il est utile que celui-ci donne son avis sur la forme générale des ouvrages aussi bien que sur le prix des journées et des matériaux. Le but des considérations qui suivent est de mettre la langue des devis et des sous-délails à la portée de l’intelligence la plus ordinaire et de donner les règles les plus usuelles de l’art de bâtir; mais nous répétons que notre but n’est pas d’apprendre l’art des constructious à ceux qui n’y ont pas été préparés par des études spéciales. Nous décrirons seulement à *la fin du chapitre quelques travaux assez simples pour pouvoir être confiés à des maçons ordinaires de village. Ce sont les seuls qu’il soit fréquemment nécessaire d’exécuter pour assécher les chemins vicinaux ; ce sont aussi les seuls dont les maires et les commissaires voyers puissent raisonnablement se charger sous leur propre responsa-, bililé.
§ 1er. — Dtf la nalare et du choix des matériaux i.
Les matériaux qu’on emploie dans la maçonnerie se divisent en deux classes distinctes, les pierres et les mortiers. Leur choix est une chose ’ fort importante. Nous allons donner une solation abrégée des questions qui s’y rapportent ; pour les développemens, nous renverrons aux
ouvrages spéciaux qui ont été récemment publié»^ sur cette matière.
Des Pierres.
On les divise en pierres naturelles et en pierres artificielles ou briques.
Les qualités qu’on recherche dans les pierres naturelles employées à bâiir , sont la solidité et la faculté de résister à la gelée.
Une pierre qui n’est pas solide ne doit jamais être employée dans des massifs soumis à une charge considérable. On peut s’en servir dans les autres cas. Il est des pierres qui sont solides lorsqu’elles ont été exposées à l’air, et faciles à désagréger lorsqu’elles ont ététenues long-temps à l’humidité. Telles sont certaines espèces de grès. On doit les bannir des fondations.
Toute pierre qui éclate à la gelée ne peut pas servir dans les constructions en maçonnerie ; mais il faut remarquer que les pierres de la plupart de nos carrières n’ont ce défaut que lorsqu’elles ont été tirées aux approches ou pen* dant la durée de l’hiver. Si on les extrait au printemps ou en été, de telle sorte qu’elles puis* sent jeter leur eau de carrière avant les premiers froids, elles résistent très- bien. Presque tous les calcaires sont dans ce cas. La plupart des grès peuvent , au contraire , être tirés en hiver. Du reste, lorsqu’une carrière est ouverte depuis long-temps, il est rare que les maçons de la localité ne sachent pas comment les pierres qu’elle fournit se comportent à la gelée. On n’est exposé à se tromper que lorsqu’on est obligé d’où- .vrir. de nouvelles carrières pour les besoins de
TRAVAUX DE BIAÇONNERIE.
^avaux extraordinaires. En ce cas, il est diffi* cüe de répondre du succès, lorsqu’on ir’a pas le . temps de faire des essais un peu en (^rand.
Quelques théoriciens ont indiqué des procédés à l’aide desquels on peut juger des qualités d’une pierre par des essais faits au laboratoire sur de petits échantillons; nous ne les indiquerons pas parce que leur sûreté est très -douteuse.
Les pierres à bâtir se divisent, .u é"ard à leur forme et à leur dimension, en moëilous et en. pierres de taille.
Celte division est artificielle; il est par conséquent difficile d’en bien indiquer les limites. On peut cepciid int dire que les dimensions du moellon ne doivent pas dépasser 30 ou 35 centimètres dans tous les sens; que s’il n’est pas tout à-fait brut, il doit au moins avoir des formes tellement simples qu’on puisse le tailler en nese servant que de la règle et de l'équerr^. C’est pour celte raison qu’il doit être généralement placé dans la maçonnerie, du manière à n’avoir qu’une face vue, et que cette face doit être rectangulaire. La pierre de taille, au contraire , peut être placée sans inconvéniens dans toutes les positions possibles. Scs formes peuvent être compliquées. On ne la taille, comme nous le dirons plus tard, qu’après l’avoir dessinée, et il faut que l’ouvrier s’aide, dans celte opération, de patrons en bois, Xiommés pannraux , qui lui servent de modèles.
On distingue quatre classes principales de moellons.
1». moëllon brut, dit pierre mureuse. Oa l’emploie dans les massifs. Ou s’en sert aussi
îiÇ ROUTES ET CHEMINS VICINAUX. MANUEL."
pour construire les paremenSf c’est-à-dire là partie vue de la grosse maçonnerie.
2". Le moellon ébauché , dit aussi moillon 'êplncé. On nomme ainsi du moellon qui a été ébauché au marteau comme du pavé, et qui ayant par conséquent une face et des joints deani-réguliers, est plus propre que le précédent à faire la partie vue des gros ouvrages de maçonnerie. On ne l’emploie pas dans les ouvrages de luxe.
3*. Le moè'lîon smillé. Sa face vue est tout-à« {ait plane , mais les quatre arêtes apparentes ne sont ni exactement très-vives ni perpendiculaires entre elles. Ce moellon ne peut être taillé qu’à la pointe du marteau.
4o. Le moëllon piqué. Il ne difière du précédent qu’en ce que ses arêtes sont vives et exactement perpendiculaires deux à deux, de telle sorte que la face vue est un rectangle parfait. Quelquefois les arêtes du moellon piqué sont faites au ciseau. On dit alors qu’il est piqué et relevé d! équerre entre quatre ciselures. Mais lorsque cette opération n’est pas faite avec le plus ^and soin, elle donne des résultats dont l’effet est mauvais à l’œil.
Il est difficile de trouver, dans une localité éloignée des grandes villes , des ouvriers capailes de bien smiller ou piquer du moellon.
Comme d’ailleurs cette main-d’œuvre est fort chère , il convient d’y renoncer pour tous les travaux exécutés sur les chemins vicinaux,
• Quelquefois, pour des ouvrages de luxe, on üe se contente pas de piquer le moellon , on taille sa surface au ciseau et on le polit. Mais il
TRAVACX DE MACOr^NERIÉ. 99
est inutile de décrire ici ces deux procédés.
Passons maintenant aux pierres de taille.
Elles peuvent recevoir des formes très‘Compli> quées. Les constructeurs modernes ont poussé cet art à un haut degré de perfection ; mais ils en ont fait une science qui ne peut être exposée que dans un ouvrage spécial. On peut consulter à ce sujet :
lo. La Collection des Epures à l’usage de l’Ecole-Polytechnique. Mais comme elles ne sont pas accompagnées d’un texte explicatif, elles ne peuvent être comprises qu’avec l’aide d’un pro» fesseur par ceux qui ne connaissent pas les principaüx élémens de la science.
2®. Le Traité de la coupe des pierres de Dou* liole.
3®. L’ouvrage inachevé queM. l’ingénieur en chef Vallée publie en ce moment par livraisons.
Dans l’art du tailleur de pierres on donne le nom d’appareil à l’ensemble des dessins qu’il faut faire pour exécuter une portion déterminée d’une construction en pierres de taille. De là vient que sur les ateliers on divise celles-ci en pierres de haut appareil et de bas appareil. Mais ces dénominations ne sont pas employées par-' tout dans le même sens. Tantôt elles servent à indiquer la dimension des pierres , tantôt lâ plus ou moins grande complication de leur forme , quelquefois enfin l’une et l’autre chose. Userait, suivant nous, plus convenable d’éta» blir quatre divisions au lieu de deux. On diviserait d’abord la pierre en grande et petite, en* n’ayant égard qu’à son volume. Chacune de ce» classes se subdiviserait en deux autres, dan»
lesquelles on n’aurait égard qu’à la plus ou moins grande difficulté du taillage.
. On aurait ainsi :
1». La grande taille de haut appareil;
2®. La grande taille de bas appareil ;
3®. La petite taille de haut appareil; ^
4®. La petite taille de bas appareil.
I^e prix du taillage varie encore suivant le, plus ou moins de fini qu’on veut donner ajux faces de la pierre.
Tantôt on se borne à la piquer. Pour comprendre cette dénoininalion, il faut savoir que les tailleurs de pierre dressent les faces d’une pierre en en faisant sauter des éclats avec un marteau^ pointu. Celte opération porte le nom de piquage. 11 n’en est aucune qui soit plus simple et plus économique. ,
D’autres fois, après que la pierre a été dres-, sée , comme^ nous venons de le dire , on fait disparaître les traces qu’a laissées la pointe sur sa surface en la frappant avec un marteau à dents. Cette opération a pour but de substituer un piqué fin et régulier à celui qui existait préalablement. Les pierres calcaires la supportent, très-bien, et comme elle n’est pas dispendieuse, on la leur fait ordinairement subir. Pour les grès , on s’en dispense presque toujours.
• On peut encore ciseler la pierre de taille ou même la polir, mais on ne le fuit que pour des ouvrages de luxe. Nous ferons cependant obser-- Ter qu’on déroge toujours à cette règle pour Les arêtes, car celles-ci devant être dressées avec le. plus grand soin , il est absolument nécessaire de les tailler au ciseau. C’est ce qu’on exprime
en disant que toute pierre de taille doit avoir ses faces dressées entre quatre ciselures.
Voici quelques considérations sur le gisement des pierres dans les carrières, leur choix et leur emploi.
Les pierres dont on se sert ordinairement dans les constructions n’existent pas dans la nature en masses irrégulières, mais en bancs ou couches plus ou moins épaisses et d’une inclinaison variable. Cette disposition est exprimée en géologie par le mot Austral ijication. L’ensemble des couches superposées constitue ce qu’on nomme une Jormation.
Les constructeurs appellent lit de carrière la surface de séparation de deux couches superposées. Il est reconnu qu’une pierre placée dans un massif de maçonnerie ne résiste jamais mieux que lorsqu’elle est posée sur son lit, c’est-à-dire de manière que celui-ci soit horizontal dans les murs verticaux, et dans tous les autres cas perpendiculaire à la direction de la grande pres- ‘sion. Certaines pierres sont stratifiées avec tant de régularité, que l’homme le moins exercé reconnaît leur lit. Tels sont la plupart des calcaires ; mais souvent un banc offre des fissurea nombreuses et diversement inclinées. On peut alors les confondre avec le lit lui-mème , et il faut beaucoup d’attention pour ne pas s’y tromper. Dans ce cas , il est bon d’aller les marquer à la carrière même.
Il n’est que deux circonstances dans lesquelles on puisse se dispenser de poser les pierres sur leur lit. C’est d’abord dans les petites constructions irrégulières en pierre mureuse , et ensuite.
i02 ROUTES ET CBEMIKS YICINAUj^i HANDEL.
Jorsque le Ut étant mal marqué, les pierres soAt beaucoup plus solides qu’il n’est nécessaire pour i’usage auquel on les destine. Ainsi , par exemple , lorsqu’on se déci4e à employer du marbre comme pierre à bâtir, malgré les difllcultés de taillage résultant de sa dureté, on ne peut juger qu’approxiraativement de la direction du Ut par ■celle des masses générales du système dont il fait partie. En revanche, la plupart des marbres étant très -soUdes peuvent être placés sans inconvénient dans toutes les positions possibles.
Les considérations suivantes peuvent aussi Ifuider dans le choix du moellon et de la taille.
Toute pierre très-dure est propre à faire du moellon brut ou épincé ; mais le smillage en e&t si cher, qu’il faut quelquefois y renoncer.
Les pierres en bancs trop minces ne sont ja* mais d’un bon emploi.
Celles qui sont en bancs très-tourmentés sont bonnes pour faire de la pierre mureuse , mais il faut beaucoup de mortier pour les cimenter. Leur emploi peut par conséquent n’êire pas économique. Elles sont en général difficiles à ébaucher, et encore plus à smiller et à piquer. Tels sont tous les calcaires qui abondent en coquilles fossiles.
La pierre de taille doit avoir les mêmes qualités que le moellon. Mais il faut être beaucoup plus sévère sur le choix qu’on en fait : ainsi on doit exiger que le lit de carrière soit très-distinct , lorsqu’elle n’a pas une solidité excessives On doit les rejeter, toutes les fois qu’elles sont mal sonnantes, et qu’on soupçonne qu’elles coi^
9BAV&VX PS V4ÇOS1NERIS, lOS
tiennent des flaches, c’est-à-dire des solution» de continuité.
Î 1 nous reste à expliquer d’après quelles bases on doit traiter avec les entrepreneurs pour la fourniture de la pierre, et la manière de faira les évaluations auxquelles les traités peuvenil donner lieu.
On doit toujours convenir d’un prix séparé pour la fourniture de la pierre et le taillage. 4
La fourniture s’évalue au mètre cube , et le Caillage au mètre carré de parement vu. On ne compte jamais à l’entrepreneur le prix de l’exé* cution des joints , parée qu’ils ne sont qu’ébaq» chés.
Le prix de la pierre fournie varie avec la difv £culté de l’extraction , et celle du transport de^ puis la carrière jusqu’aux ateliers. Ces deux élé» mens se comptent ordinairement à part, OqL peut cependant les réunir lorsque la carrière est choisie invariablement à l’avance.
Voici les prix bruts (1) que l’un de nous «t récemment adoptés sur des travaux qu’il était chargé de faire exécuter,
(1) On appelle prix bruts , des prix dans lesquels il n’est tenu compte ni des frais de surveillance, ni du bénéfice que. doit faire l'entrepreneur. Dans les travaux de maçonnerie^ on doit les augmenter d'un vingtième de leur valeur pour frais de surveillance , et a cette somme ajouter un dixième pour le bénéfice de l'entrepreneur. “Voj'ez ce qui est relatif k la rédaction des som-détails, au chap. 7, a* partie.
BOUTES ET CHEMINS TiaNAUX. MANUEL.
Art. 1er.
Transport à la voilure et un mètre cube de matériaux.