PRO MVLIERIBVS. — PRO VIRIS
Au dessus de VEcclesia velus y règne une seconde basilique consacrée à l'archange saint Michel , à laquelle on accédait autrefois de l'intérieur de la grande basilique, par deux escaliers dont les traces et les points d'appui sont
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encore visibles. Cette basilique supérieure est de même style, de même âge, de même fabrique que la région inférieure. Elle est également à trois nefs séparées par six piliers circulaires construits en briques. Le travail tout romain de l'appareil est évident ici, oh nul mastic ni badigeon ne sont venus le voiler. La voûte est à pierres jetées : le temple est éclairé au couchant par une croix en meurtrière; Ton remarque dans l'église de Saint-Michel deux croisées accolées qui eurent'leur raison symbolique et leur sens abstrait. — Telles seraient vraisemblablement les deux églises dont parle l'histoire, VEcclesia velus ou inférieure , et l'église supérieure. La petite basilique dédiée à saint Michel n'a jamais été achevée.
Il a dû s'écouler très peu de temps entre l'érection du pénitentiaire et celle de la grande basilique, car les mêmes motifs architectoniques, le même sentiment, le même faire, le même style, se font remarquer dans l'un et dans l'autre. Dès le X® siècle , on aura voulu ne plus se contenter du premier; mais l'utiliser de manière à ce qu'en élevant un nouveau vaisseau à sa suite , il devînt l'immense vestibule de la basilique nouvelle ; et l'on s'arrangea de telle sorte que la basilique entière, y compris la région primitive et l'atrium qui dut la précéder, présentât l'échelle d'environ quatre-vingt-quatre mètres, assignée par Grégoire de Tours, pour les dimensions de longueur à la basilique latine. — C'est par suite de cette importante addition que VEcclesia velus serait devenue narthex par destination. Mais l'architecte, ou mieux le cœmenlarius chargé des travaux d'agrandissement, déploya peu de goût, car il ne chercha pas même à raccorder son œuvre à la précédente. Le pénitentiaire est beaucoup plus étroit que la basilique : le parallélisme n'existe point entre les piliers du premier et ceux de la seconde; l'ouverture centrale du pronaos
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seule est placée exactement dans Taxe du chevet. — Je peux m'être trompé complètement aussi dans l'explication que j'ai donnée de VEcclesia vêtus , et le pénitentiaire actuel pourrait rigoureusement avoir été élevé dans un but direct; heureusement, qu'il y ait méprise ou vérité dans mon interprétation des faits monumentaires qui, il est vrai, n'accusent aucuue différence d'âge, ma monographie n'en sera pas moins fidèle, comme statistique de l'édifice.
Ce qui m'a singulièrement frappé dans le pénitentiaire de Saint-Philibert, c'est l'inscription qui s'y lit, et d'où il résulte que les pauvres seulement ont leur place réservée sur les bancs qui régnent aux deux flancs del'anti-temple. Cette défense aux riches de s'asseoir là, ou plutôt cet ordre donné aux pauvres de ne pas aller plus loin , ne rappellet-il pas que les catéchumènes de l'Église primitive étaient des prolétaires? Depuis longtemps il n'y a plus de catéchumènes et plus de pronaos dans nos églises; eh bien, la tradition des premiers temps chrétiens s'est maintenue dans les mœurs populaires, et de là vient certainement l'habitude qu'ont encore les prolétaires de nos jours de stationner au bas des églises. — Le pénitentiaire de Saint- Philibert était, par ses dimensions, en rapport avec les besoins de l'abbaye, qui y recevait et y abritait les pèlerins et les étrangers, ses hôtes. — Mais entrons enfin dans la grande basilique.
La basilique deJSaint-Philibert, par suite des additions faites à ses parties supérieures , et du renflement qui lui donna une transsept, présente aujourd'hui, en plan, la figure d'une croix latine, et se compose d'une nef majeure, de deux nefs mineures ou contre-nefs, de deux croisillons, d'un chœur, d'un prolongement des bas-côtés autour de l'enceinte apsidaire, d'un chœur, d'une apside centrale ou tribune , de deux apsides mineures ou secondaires.
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pratiquées sous les croisillons^ comme à la basilique de Saint-Paul de Lyon, de cinq chapelles rayonnant sous la contre-nef qui enveloppe le pourtour du chœur et de l'apside majeure ^ et de quelques chapelles placées sous la nef collatérale septentrionale. — Fixés sur l'orientation du monument, nous n'y reviendrons point. Aucune déviation du sanctuaire, par rapport à l'axe de la nef principale , ne se fait remarquer dans le vaisseau. Nulles verrières peintes ne décorent, et, je crois, n'ont décoré les diverses baies qui l'éclairent. Le triforium^ cette tribune propre à la basilique Constantin ienne , n'existe ni à la nef majeure, comme à la basilique de Toulon-sur-Arroux ( diocèse d'Autun), ni au revers de la façade, comme à celle de Saint-Paul de Lyon, ni à Vaugusteum ou apside centrale, comme à la basilique patriarchale et primatiale de Saint- Jean-Baptiste de Lyon, et comme on le pratiqua quelquefois dans cette région des temples, sous les deux dernières phases du type romano-byzantin. — Le caractère infini d'austérité, empreint à l'extérieur de cette basilique, se continue et se soutient dans son intérieur, et provoque les pieuses méditations et le recueillement du monumentaliste qui l'étudié. La longueur totale de l'édifice , du fond de la chapelle rayonnante placée dans l'axe de l'apside^ aux limites de l'anti-temple devenu, conformément à notre hypothèse , narthex par destination , est de quatre-vingt mètres ; jsa hauteur sous voûte, de dix-neuf, et sa largeur, d'un mur de bas-côté à l'autre, de douze. — Le revers de la façade n'est accidenté , 1*» que par les points d'appui en saillie des deux escaliers détruits qui conduisaient à l'église supérieure de Saint-Michel et qui étaient de cinquante marches chacun, placés à l'angle, sous les deux nefs collatérales; et 2^ par l'orgue mis après coup, et dont la montre représente la seconde période de la Renaissance.
La nef majeure de la basilique , malgré l'appareil tout rudimentairede sa structure et la stérilité de saprofilation, se développe avec une remarquable unité de style et une heureuse régularité de proportions. Cette grande arche est accusée par dix arcs d'entrecolonnements égaux, à pleincintre (cinq pour chaque flanc) , soutenus par dix piliers cylindriques, à base peu élevée, et dont les chapiteaux ne sont indiqués que par un rudiment de corniche en ressaut, peu saillant, recevant sur leurs côtés les retombées des arcs, et au milieu du bord de leur tailloir, une demicolonne à chapiteau ébauché , qui elle-même sert de point d'appui à l'arc-doubleau qui détermine les cinq travées de la voûte , et est prodigieusement saillant, vu la courbe transversale des arceaux de cette voûte. Cette disposition se retrouve dans deux piliers, à la Majoure de Marseille. 11 est à remarquer que chaque arc d'entrecolonnement qui est sans profilation aucune et d'une simplicité vraiment cyclopéenne , est buté par un entrait de bois d'un assez misérable effet, et qu'il serait peut-être, toutefois, dangereux d'écarter. Les colonnes ou piliers sout de briques appareillées comme au pronaos et dans l'église supérieure de Saint-Michel. C'est une fidèle image de la maçonnerie des premières basiliques constantiniennes et latines. Au dessus des arcs d'entrecolonnements est un espace lisse et nu, vu l'absence de triforium ; et au dessus encore de cet espace, régnent sur chaque flanc de petites croisées dont quelques-unes rendues aveugles. Il est digne d'observation que chaque travée de voûte de la nef majeure est à pleincintre , mais dont l'arc est courbé en sens transversal au lieu de l'être dans le sens longitudinal , condition Ix peu près exceptionnelle, bizarrerie peu commune, qui soulage les murs latéraux, mais surcharge les arcs doubleaux et en justifie la lourde et ferme structure. Les mêmes dispositions
se retrouvent dans les nefs mineures , quant aux bases ; mais leurs travées de voûte sont à quatre lunettes , à nervures plates croisées, et soutenues par des ares-doubleaux peu saillants 5 4els que les motivait cette disposition. Sous les collatéraux, tous les arceaux retombent en flanc sur de demi-piliers hémicirculaires.
L'antique pavé de la basilique, en majeure partie, a disparu. Je n'ai trouvé aucune tombe d'abbés; quelques pierres tumulaires seulement , des phases sévère , ornée et riche du type ogival, parmi lesquelles peu d'intactes, pas une bien remarquable, gravées en creux; beaucoup de tombes d'infermiers de Céans^ ont fixé mon attention. J'ai observé plus particulièrement toutefois, deux dalles funéraires trapézoîformes , offrant , gravée en creux, une espèce de croix latine dont la grande branche finit en lame d'épée.
La nef collatérale du nord présente, dans l'arc qui la met en rapport avec le croisillon , un surbaissement assez considérable, qui devient l'occasion de l'existence de deux baies jumelles accolées,sans profilation remarquable, dont le sens symbolique mal défini peut être interprété de diverses manières, bien que la plus sage soit d'y voir l'emblème de l'union des deux églises grecque et latine. — Sous ces deux baies se trouve un arc ogival accidentel. Les objets de détail dignes de quelque intérêt, épars dans la contre-nef septentrionale , sont : 1** une inscription et un monument tumulaire de la seconde phase de la Renaissance, un contre-retable d'autel et des colonnes torses du même âge ; 2*» trois chapelles qui , en enlevant son caractère primitif à cette région du vaisseau, représentent, la première qui sert de chapelle des fonts baptismaux, la phase ornée du type ogival; les deux autres, la phase riche, du même type, saillante surtout dans une piscine établie à la dernière
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chapelle du même collatéral. L'on devra noter cette particularité dans la nef mineure méridionale, c'est que Tare qui la met en communication avec la branche contiguë de la transsept , est orné du côté et dans Taxe de ladite nef mineure , d'une archivolte et d'un sofStte boudiné à son intrados. Cette contre-nef diffère essentiellement de sa sœur en ce qu'aucune chapelle ne s'ouvre à ses flancs, si ce n'est toutefois une grande niche à flambeaux et à têtes de choux, d'un travail incroyablement grossier, représentant l'architecture ogivale de la phase riche. Les trois dernières travées de cette nef, du côté du chœur, sont éclairées par trois fenêtres à trois divisions, de la phase sévère de l'école ogivale, mais avec réminiscence du type romano-byzantin , visiblement écrite dans l'arc à pleincintre qui circonscrit les trois subdivisions cintrées en tiers-points fer-de-lance.
Les deux branches de la transsept ou croisillons sont ainsi disposées : celui du nord est à deux travées de voûte, divisées par un arc-doubleau ; une grande croisée de la phase ornée du type ogival l'éclairé. On y remarque une porte de la même période, qui, dans le nord de la France^ correspond d'une manière plus certafne que dans nos contrées, au XIV* siècle, et un curieux chapiteau servant de console. Le flanc oriental de celte région est percé d'un arc qui la met en communication avec le prolongement apsidaire de la contre-nef et d'une apside mineure voûtée en cul-de-four. Le flanc occidental qui fait face à celui-ci est accidenté par deux arcades plates dont l'une, pluspetite que sa voisine, correspond au collatéral, et l'autre regarde l'apside mineure. Le croisillon sud n'offre qu'une seule travée de voûte ; le revers de sa façade dut originairement être percé de trois croisées dont deux seulement existent aujourd'hui. Ce croisillon présente, du reste, les mêmes
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dispositions que celui du nord ^ à cette différence près, que sous l'arcade plate latérale qui fait face à son apside mineure , s'ouvre une fenêtre de la phase sévère du type ogival, que les monumentalistes du nord datent avec raison du XIIP siècle. Le chœur et la tribune sont circonscrits par la continuation des bas-côtés. Cette région, dont l'ouverture sous le croisillon méridional se fait remarquer par un arc prodigieusement surbaissé, est à grandes arcades supportées par des colonnettes dont les chapiteaux présentent les formes et la profilation les plus variées. C'est dans cette région que s'ouvrent les cinq chapelles rayonnantes apsidaires , dont l'une posée dans l'axe de la nef majeure. Elles offrent cette différence avec celles des basiliques de Saint-Hilaire de Semur-en-Brionnais, de Notre- Dame de Beaune et de la basilique détruite de Cluny, qu'elles sont à apsides terminées carrément et à voûte courbée transversalement. L'une d'elles a été rebâtie et sert de sacristie. L'on remarque dans la portion septentrionale de la contre-nef apsidaire, un petit détail d'une charmante protilation, incrusté vers une porte latérale , et révélant la phase riche de l'ère ogivale. C'est aussi sous cette nef mineure^ à droite du spectateur, près de la sacristie actuelle, que se trouve un placard qui formait l'ancien ReposUorîum, et dont la petite croisée, aujourd'hui murée, est encore visible à l'extérieur.
La région apsidaire de la basilique se compose du chœur et de la tribune. Une seule travée de voûte constitue le chœur, dont l'ornementation tempérée consiste en deux arcs bouchés à l'étage inférieur, et deux fenêtres à pleincintre ornées dans leur point de juxtà-position par deux colonnettes, et en flanc par une seule à l'étage supérieur. La tribune proprement dite, ou apside semi-circulaire, est voûtée en cul-de-four. Son ornementation se compose,
(^m 359 mÊm au rez-de-chaussée, de cinq grandes arcades à plein-cintre, séparées par des piliers cylindriques, à riches chapiteaux, et de cinq fenêtres à plein-cintre également, dont deux aveugles, à archivoltes, à impostes en moulures^ flanquées de colonnettes, séparées entr'elles par un pilastre cannelé ou à moulures, le tout présentant l'appareil de la plus somptueuse période de Tarchilecture romano-byzantine. Il est à remarquer que les fenêtres apsidaires ont pris ici, comme dans toute la phase progressive de l'art qu'elles représentent, un immense développement; elles sont relativement fort larges, comme les baies apsidaires de St- Apolliuaire de Valence et de plusieurs basiliques romaines. Les sept arcades du rez-de-chaussée, qui ornent le chœur et l'apside, sont dénuées d'archivoltes. Elles étaient autrefois dégagées de toute clôture, et donnaient de l'air et du lointain à cette région de la basilique; mais elles furent murées par les chanoines qui succédèrent aux religieux, après la sécularisation de l'abbaye, et s'inquiétèrent fort peu de ce qu'en penserait un jour le monumentaliste. La séparation du chœur d'avec la tribune est indiquée par un grand pilier qui saillit et fait que l'apside est en retraite sur le chœur. Toute cette région est établie avec des matériaux de choix ^ et l'appareil en est remarquablement régulier; tout le luxe de la phase progressive de l'école romanobyzantine s'y est déployé avec énergie. C'est sous la zone apsidaire qu'est creusée la confession dans laquelle on dut originairement accéder par deux escaliers rayonnants placés vers le maître-autel, et oi3i l'on arrive aujourd'hui par une petite porte pratiquée au dehors , dans le mur de la contre-nef apsidaire. Cette confession , tradition de l'ancien martyrium des basiliques primitives , a la forme la plus hiératique : c'est une petite basilique avec trois chapelles rayonnantes, dont celle du centre forme l'apside
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terminée en hémicycle. Son plan résume^ sur une échelle très restreinte, celui de la grande basilique supérieure. L'on y remarque plusieurs traces de peintures byzantines, un puits fait à l'imitation de ceux qui existaient dans les anciennes confessions et les cryptes de la primitive église; deux colonnes antiques dont la différence de diamètre est sensible , et auxquelles s'ajustent mal les délicieux chapiteaux qu'elles supportent. Toute cette chapelle souterraine est encore la fille de la phase progressive de l'art romanobyzantin, et est construite et profilée avec la plus grande richesse , surtout dans les chapiteaux.
Au point d'intersection de la nef, des croisillons et de l'apside , la voûte offre une solution de continuité et s'exhausse pour former une coupole du genre de celle qui existe à la royale basilique de St-Martin d'Ainai , à Lyon. Cette coupole a pour ornement quatre fenêtres, dont une ouverte dans l'arc triomphal qui accuse la fin de la nef et le commencement du sanctuaire , mais un peu bouchée par le premier arc-doubleau de la nef majeure. Ces quatre fenêtres sont à double archivolte dont la supérieure, dans deux baies seulement , est profilée en moulures. Rien de délicieux comme les colonnettes et chapiteaux qui concourent à l'ornementation de .cette région. Aux quatre angles sont quatre naissances de voûte soutenues par quatre colonnettes et un pilier engagé. La coupole est placée sous le clocher dit Saint-Philibert, et est aussi une épreuve de l'architecture chrétienne sous la phase progressive de l'ère romano-byzantine.
Disons, en passant, que la plupart des grands piliers de soutènement du chœur et de la coupole ont été sciés au tiers de leur hauteur par suite des premières invasions du vandalisme et du mauvais goût , dans les temps où l'on n'attachait aucun prix aux monuments historiques. Le
(mm 361 mm chœur dont les limites débordent la transsept, a perdu ses anciennes décorations fixes et meubles ; il est orné d'un autel majeur placé à la romaine ^ de la forme la plus triviale. Rien de plus insignifiant et de plus misérable que les stalles disposées au pourtour de l'apside.
Tout le temple que nous venons de décrire est enduit d'une couche de badigeon jaune qui voile la nudité monumentale des nefs ^ mais nuit à l'aspect et empâte la riche profilation des régions de l'édifice érigées sous des âges de luxe artistique.
Résamé dem Mw&pm ^igem de la Basilique.
Si j'avais eu y dans cette monographie , à décrire un grand monument de l'ère ogivale ^ j'aurais rattaché mes comparaisons à la cathédrale d'Amiens ^ architype du genre y temple d'Ephèse de l'architecture catholique ; mais sur le territoire de la province lyonnaise , en présence d'une reproduction solennelle de la basilique latine^ je devais et je dois tout rapporter à Rome , mère de l'art chrétien : je ne pouvais rien demander à Paris et aux monuments du nord de la France.
Que le pénitentiaire actuel ait été élevé dans un but direct ou qu'il ne soit devenu que secondairement narthex par destination ; qu'il y ait eu , partant de cette dernière hypothèse comme d'un fait, hésitation, désir d'agrandissement dans la vaste construction qui vint s'accoler à la première région, ce qu'il serait embarrassant pour le monumentaliste de décider, les divers âges de la basilique de Saint-Philibert n'en sont ni moins précis, ni moins distincts, ni moins faciles à établir. Le plan primitif de
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l'édifice fut celui de la basilique constantinieune ; il dut bien certainement exclure les croisillons et les chapelles latérales, qui ne furent inventées que sous la seconde période du règne ogival, et les trois apsides correspondant aux trois nefs durent commencer immédiatement à la fin de ces trois nefs , dans l'espace aujourd'hui occupé par la transsept et le chœur. Le plan originel fut-il exécuté , ou y eut-il dans les travaux de construction générale un assez long intervalle pour qu'il ne se conciliât plus avec les progrès de l'architecture basilicale? — C'est ce que je ne saurais déterminer. — Il est probable toutefois que pendant que les travaux de construction du monument se continuaient, l'architecture marcha, et que les siècles déposèrent successivement sur la basilique leurs idées propres, leur influence relative et les modifications qu'ils firent subir à l'architecture ecclésiastique. Le pronaos, l'église supérieure de Saint-Michel, les trois nefs de la basilique sont à peu près contemporaines et d'un faire exactement identique : ce sont les régions primordiales de l'édifice ; elles représentent exclusivement la phase rétrograde du type romano-byzantin , comprise entre le VIII* siècle et le XI*. Cet ensemble constitue donc la première époque de la basilique. La seconde époque consiste dans le renflement que l'on fit subir au plan primitif qui fut alors altéré, et dans l'élargissement du vaisseau, pour la production des croisillons. Cette importante modification fut l'image du premier renflement qu'éprouva la basilique latine à la fin de la phase rétrograde et au commencement de la phase progressive de l'école romano-byzantine. Le second âge du temple est donc représenté par la transsept. Le chœur, la tribune, la confession , la coupole , les chapelles rayonnantes, la contre-nef apsidaire, représentent la phase progressive de la même école, et forment la troisième
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époque de la basilique , époque si nettement accusée à l'extérieur par les deux clochers en flèche et la région apsidaire. Dans les dépendances du temple se trouve^ à la porte qui mettait celui-ci en communication avec le cloître^ une manifestation de la phase transitionnelle du type romano-byzantin^ qui^dans nos contrées, s'exerça presque exclusivement sur le XIIP siècle. — En appliquant maintenant à de simples édicules ou objets de détail compris dans le monument , le relevé généalogique que nous offrons y nous verrons que la basilique abbatiale de Saint- Philibert porte l'empreinte de presque toutes les périodes de l'architecture chrétienne. Moins la phase orientale ou primaire qui s'exerça sur les V", VI', VIP et VIII" siècles, toutes les variétés de l'austère manifestation romanobyzantine, comme nous venons de l'établir, se produisent dans l'édifice. — La phase sévère du type ogival est empreinte dans quelques croisées près du croisillon méridional ; sa phase ornée dans la chapelle des Fonts, une porte, une fenêtre du croisillon septentrional; sa phase riche dans deux chapelles du bas côté septentrional ; sa phase transitionnelle dans une chapelle en niche, sous le collatéral méridional. La phase libre de la Renaissance se manifeste dans la montre d'orgue et quelques objets de détail; enfin, il n'est pas jusqu'à ce misérable XVIIP siècle qui n'influa sur l'architecture chrétienne que pour la dégrader, qui n'ait laissé dans la porte de la façade une trace de son passage.
En somme, la basilique de St-Philibert, pour la majeure partie, doit être considérée comme une des plus antiques réalisations nationales de l'iarchitecture romano-byzantine, et peut devenir un centre à peu près complet des études multiples et parallèles du monumentaliste, bien que la phase transitionnelle de l'école byzantine , n'y paraissant
qu'accessoirement 5 son iconographie soit par conséquent nulle. Nul doute que cette grande manifestation basilicale ne corresponde au temps où la basilique latine avait encore conservé l'entourage de toutes ses primitives dépendances. Ainsi , non seulement elle dut avoir son atrium y mais encore son baptistère séparé du temple et compris dans l'enceinte de l'atrium. Quant à ses clochers primitifs^ elle les porta, en naissant, sur ses épaules; car à l'époque oCi elle fut produite, le clocher était déjà devenu adhérent au temple, et l'Italie seule, plus fidèle que la France aux traditions de la basilique primitive, continuait en Toscane, àRavenne (l),à isoler le campanile du temple.
donelnslon. «
La basilique abbatiale de Saint-Philibert, de Tournus, aînée de celles de Gluny, Vézelay, Perrecy-lès-Forges, etc. , et de toutes celles du nouveau diocèse d'Autun, a perdu la plupart des décorations fixes et meubles qui concouraient à l'embellir, et tempéraient l'austérité tout égyptienne de son aspect et de sa structure. Elle est la seule du diocèse éduen , et peut-être l'unique basilique nationale qui renferme quatre églises dans une seule ; elle est , à coup sûr, l'un des monuments ecclésiastiques les plus vénérables, les plus hiératiques dans ses dispositions, les
(1) A Rome, le clocher adhéra au temple de bonne heure , et la tradition, sous ce rapport, se maintint moins fidèlement qu*à Ravenne et dans la Toscane qui la continua, même sous le règne ogival. Le seul clocher sépare de la basilique que je connaisse à Rome, est celui délia chiesa de* qnattro Coronati,
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plus fortement empreints du sceau de Tauthenticité apostolique et basilicale^ les plus pittoresques dans son ordonnance^ que possède la province ecclésiastique de Lyon, où Tarchitecture romano-bizantine coule à pleins bords. Les portions les plus jeunes de cette grande réalisation monumentale sont plus vieilles que ne Tétait la basilique de Gluny aux sept clochers, faite à peu près de toutes pièces sous la phase transitionnelle du type romano-byzantin. Issue directement de la basilique latine, elle dut servir de modèle à celle de Cluny, que toute notre province pleure encore à chaudes larmes, et qui était le premier temple du monde comme type d'architecture religieuse , et le second comme dimension. — Pour bien comprendre cette grande et solennelle manifestation basilicale de Tournus, il faut, par la pensée, la remettre en rapport avec les mœurs, les costumes, les pieuses populations, la liturgie des temps passés , lui rendre ses religieux et ses fidèles, les voyageurs et les pèlerins du moyen-âge abrités sous son immense vestibule, son entourage et ses dépendances, sa ceinture de tours et de créneaux, et la replacer au centre de cet ensemble harmonique de constructions ecclésiastiques et militaires qui se groupaient merveilleusement à son ombre, et que dominaient ses flèches.
Grâce à la douceur de notre climat qui protège nos édifices et leur donne quelquefois, comme au clocher de l'insigne basilique collégiale et majeure de Notre-Dame de Beaune , une teinte safranique pareille à celle des monuments de l'extrême midi ; grâce aussi à la concrète et ferme complexion monumentaire de ce temple , les outrages du temps lui ont été moins funestes que ceux des révolutions des hommes, et sa solidité est parfaite tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Si l'ère riche de l'école ogrvale ne vint qu'avec parcimonie grefl'er sur les vieilles
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substructions byzantines du temple^ ses souples et délicieuses profilations^ le type austère du monument n'en demeura que plus absolu. — Toutefois, cette grave et sainte basilique a des ruines à relever et des blessures à guérir. Ses dégradations toujours croissantes, je dirai presque son état complet d'abandon, ont enfin fixé l'attention du gouvernement, et l'on a compris ce que l'on devait de protection, de moyens de conservation et de secours à ces grands souvenirs, à cette grande représentation de l'ère basilicale. Les réparations d'urgence que le monument sollicite sont décidées et vont être entreprises. — Depuis longtemps l'on invoquait des allocations en faveur de la basilique de Tournus : celles accordées récemment sont loin encore d'être suffisantes pour réparer tous les dommages soufferts ; mais nous ne nous lasserons pas de demander pour elle , qui intéresse si vivement l'histoire ecclésiastique et l'archéologie sacrée de notre province. C'est sans doute une triste condition pour nos monuments chrétiens , de ne plus devoir leur conservation et leur entretien à la religion, à la puissance du sentiment religieux, mais à leur seule entrée dans le domaine de l'archéologie qui n'est qu'une science, tandis que la religion est la grande pensée civilisatrice et sociale du monde moderne. Eh bien ! que cette science qui a eu son foyer d'impulsion et de mouvement, son point de départ en province, et non pas dans l'immense serre-chaude de Paris, que cette science nouvelle de l'archéologie sacrée couvre de ses ailes l'arche vénérable et sainte! — ^Puisse cette monographie être considérée comme un plaidoyer permanent en faveur du temple , et concourir à attirer sur lui une part des largesses de l'Etat ! Du reste, la restauration partielle de la grave basilique a été confiée aux mains les plus habiles et les plus savantes, et j'ai félicité publiquement la ville de Tournus et le
diocèse d'Aiitun de cette bonne fortune par une lettre imprimée dans le Journal de Saône-et-Loire. M. QuesteU architecte , épris des sévères beautés de l'architecture romano-byzantine, et intimement pénétré du génie de cette école ; M. Questel , célèbre surtout ou digne de l'être par l'admirable réalisation pratique romano-byzantine qu'il vient de terminer à Nîmes dans l'église de Saint-Paul, bâtie de toutes pièces, est chargé de dresser les projets et de diriger les travaux : c'est dire assez qu'ils seront conduits avec art , que toute soudure s'y raccordera exactement avec la substruction, que chaque chose y sera mise à sa place.
Puisse, je ne dirai pas seulement toute la ville et le canton de Tournus^ tout le nouveau diocèse d'Autun, mais toute la province lyonnaise, s'intéresser chaudement à cette restauration, s'associer à ces travaux avec tout le zèle que déploie la vieille nationalité germanique pour l'achèvement de l'église métropolitaine de Cologne ! — Je ne clorai pas cet humble travail sans remercier le docte et bienveillant pasteur de St-Philibert de Tournus, M. l'abbé Chaumont, du concours éclairé qu'il a bien voulu prêter à mes recherches.