‹ Manuel général d'archéologie sacrée burgundo-lyonnaiseChapitre 39 sur 44 · AU DIOCÈSE D'AUTUN · texte numérisé non relu

AU DIOCÈSE D'AUTUN

Considérations générales.

La ville de Tournus, qui, par rapport à ses souvenirs, ses mœurs, ses traditions, sa langue populaire déjà cadencée et vibrante, par rapport à son architecture, à sa configuration, à l'aspect et à la disposition de ses monuments, de ses maisons et de ses rues, est vraiment le point de transition et le lien entre la France méridionale et la France du nord , la ville de Toùrnus doit à sa position fluviale d'avoir moins perdu que caille de Glunyà la brusque suppression du chapitre né de l'abbaye qui l'avait nourrie, soutenue, motivée; elle s'est rejetée sur sa douce rivière de Saône, et l'activité de ses habitants lui a remplacé ces moyens de prospérité et de vie qu'elle ne trouvait plus à l'ombre de son illustre et pieux monastère.

(1) Avant la révolution par suite de laquelle furent échangées les circonscriptions diocésaines , Tabbaye de Tournus dépendait du diocèse de Mâcon. Aujourd'hui , la basilique est comprise dans le diocèse d'Autun qui s'étend à tout le département de Saône-et-Loirc , et par conséquent aux anciens diocèses de Chalon-sur-Saône et Mâcon.

mm 3&0 mm

Le passé de l'abbaye de Saint-Philibert est connu de tous ceux qui se sont occupés , je ne dirai pas seulement de l'histoire ecclésiastique de notre glorieuse province , mais de celle de toute la France. — Je me renfermerai dans les limites étroites, mais certaines de la monographie, c'està-dire que je décrirai la basilique telle qu'elle est, doublement déchue de son rang de siège abbatial, de sa haute existence comme collégiale, veuve de toutes ses splendeurs, tombée à l'étal de simple paroisse; car de cet abbé, de ces religieux, de ces chanoines qui les remplacèrent, de toutes ces pompes, de tous ces concerts de prières et de chants, '^ . de ces cloîtres, de ces dépendances basilicales, de ce grand tout monumental du moyen-âge , il ne nous reste qu'un édifice ecclésiastique, que nul encore n'a complètement décrit dans son ensemble et ses détails.

La basilique de Saint-Philibert de Toumus est donc, au point de vue de la monographie, un temple inédit^ et nous avons cru faire chose utile et complémentaire de cet ouvrage, que d'amener ici la description de cet édifice, comme application des préceptes que nous avons posés, comme modèle à suivre par les monumentalistes qui, initiés par notre manuel à l'archéologie sacrée , voudront dresser la monographie d'un monument ecclésiastique du moyen-âge (1).

J'ai dit dans le cours de l'ouvrage dont cette monographie forme le complément, que la basilique abbatiale de

(1 ) Le monographe de toute basilique ou église devra se conformer religieusement au plan que nous avons adopté' pour la description de St-Philibert de Tournus , suivre une marche analytique rationnelle , diviser son œuvre en diverses parties ; considérations générales , extérieur, intérieur , restauration , conclusion. C'est le moyen d'être clair , précis , de faire passer la chose sous les yeux du lecteur : la méthode et la précision sont les conditions inflexibles de toute monographie.

Saint-Philibert semble nous montrer, par le triple symbole de sa triple disposition monumentaire, Téglise souffrante dans sa confession^ l'église militante dans ses nefs, l'église triomphante dans sa basilique supérieure de Saint-Michel. Ce temple vénérable est certainement un des monuments ecclésiastiques nationaux qui rappelle le mieux aux générations présentes les dispositions hiératiques des primitives basiliques, et continue la plus fidèle image de la basilique latine avec son entourage et ses dépendances. Il vient témoigner hautement de la part immense que prit aux faits ecclésiastiques du moyen-âge cette grande province de Bourgogne, qui comptait tant de monastères du premier ordre dans son sein. Quelle portion du territoire français eut plus d'importantes et solennelles basiliques que cette province? — Cluny, Vézelay,Tournus, Perrecy-lès-Forges, Semur-en-Brionnais, Paray-le-Monial, Autun, Issy-1'Évêque, Chalon-sur-Saône, Beaune, etc. — Huit de ces basiliques appartiennent à ce département de Saône-et-Loire , la perle des contrées Burgundo-Lyonnaises , et ces huit basiliquesde premier ordre, quant à l'autorité des souvenirs et à l'importance monumentale , sont toutes réunies et abritées à l'ombre de cette église d'Autun , fille aînée de la Sainte et Apostolique Église de Lyon, de l'Église d'Autun , qui tient, par rapport aux autres églises de la Bourgogne, — comme je l'ai déjà dit ailleurs , — ce rang de mère que tient l'Église de Lyon par rapport à toutes celles du royaume de France. — Belle et sainte Église qui, malheureusement, a rompu avec son passé, et sacrifié son antique liturgie aux innovations de Paris , au lieu de reprendre les liens qui la rattachaient à la liturgie lyonnaise, et qui furent brisés dans le XVIP siècle par les premiers envahissements de l'esprit parisien !

Maintenant que les ravages révolutionnaires ont réduit la basilique abbatiale de Cluny à un reste gigantesque, la basilique de Tournus devient la plus importante du diocèse d'Autun^ non pas au point de vue esthétique ^ mais à celui des grandes traditions de l'Église et des formes hiératiques et sacerdotales du temple chrétien. Elle est» sur la terre bui^unde, la représentation de ces édifices ecclésiastiques, issus directement des premières basiliques latines» cpii continuèrent les basiliques constantiniennes.

Gomme autour de la plupart des basiliques patriarchaFes ou majeures de la ville éternelle» comme à l'ombre de notre vieille basilique lyonnaise de Saint-Martin-d'Ainai , de la basilique de Saint-Jacques d'Issy-l'Évêque (diocèse d'Autun), la solitude» le silence et le recueillement régnent vers l'antique et illustre temple dont nous allons dresser la monographie; l'herbe croît dans cette religieuse et mélancolique enceinte de vieilles maisons et de ruines que forment autour de l'arche abbatiale les restes du vieux palais de l'abbé» de l'appareil militaire des fortifications féodales» des cloîtres et des dépendances du monastère» immense et pittoresque ensemble dont la basilique était l'ame et le cœur. C'est dans cette atmosphère* de passé et de paix» sur la partie la plus culminante de la ville, au milieu d'une enceinte fortifiée qu'annoncent encore plusieurs tours» des restes de créneaux» une tour octogone assez bien conservée , que surgit le monument que nous avons à décrire.

mm 3A3 mm

Kxtérleur.

Les régions extérieures de la basilique abbatiale de Saint- Philibert, de Tournus, manquent d'harmonie, de régularité, d'unité ; mais elles offrent au plus haut degré possible cet aspect pittoresque, austère et grave qui inspire la vénération, et évoque autour d'un temple toutes les saintes, toutes les antiques traditions, tout un glorieux martyrologe, tout un peuple de docteurs de l'Église. — Nous allons tâcher de porter l'analyse dans cet ensemble confus de faits monumentaires, et d'en décomposer pour ainsi dire les diverses parties , pour en faciliter l'intelligence.

Les deux tours circulaires placées en regard de la façade et qui flanquaient l'ancienne porte militaire de l'abbaye , semblent indiquer les limites naturelles de l'Atrium , dont l'emplacement forme aujourd'hui le parvis du temple. Trois dates architectoniques se manifestent dans l'ordonnance générale de la façade élevée en regard du couchant La région inférieure n'est ni significative ni profilée ; elle est percée d'une porte encadrée et abritée par un porche du dernier siècle, mauvaise imitation libre de la coquille de Philibert Delorme, à la basilique patriarchale de Saint- Nizier, de Lyon. Cette porte remplaça, sous l'influence du mauvais goût, la porte primitive, qui était abritée par un péristyle ou portique détruit, composé de neuf colonnes, et elle est, dans la façade de Saint-Philibert, l'unique manifestation du XVIII* siècle. Cette façade se composa d'abord de deux clochers inégaux en dimension , celui du sud étant plus large que celui du nord. C'est précisément cette région dont la construction est abrupte et grossière.

qui forma Tœuvre originelle de la basilique. Les deux clochers primitifs ^ bâtis sans aucun choix de matériaux, sans plan régulier, sans pensée d'art, étaient à pignons et à toiture à deux égoûts : les pignons constituaient les faces latérales de ces édifices, et n'étaient accidentés que par trois baies à plein-cintre et trois ouvertures aveugles ou simulées , cintrées par trois petits arcs. Les faces principales ou d'orientation des mêmes clochers, couverts à tuiles plates, étaient percées, à leur partie supérieure, de deux petites baies en forme de gueule de four, au-dessous desquelles se voyaient deux fausses croisées accolées, cintrées en trèfle , comme celles des flancs. Les bases de ces clochers se confondaient avec les régions inférieures de la façade. La partie centrale des zones supérieures de la même façade se compose : 1° d'une première région oii l'on remarque une série de trilobés en relief, disposés triangulairement, une ouverture en meurtrière et une autre percée en croix, mais avec moins de précision que celle de. la façade à la basilique de Saint-Alexandre de Lucques; 2"" d'une seconde. région accusée par un rang irrégulier de corbeaux, une naissance de toiture ou avant-toit et une seconde toiture, laissant entr'elles un espace vide qui, au XVP siècle , était occupé par un mâchicoulis percé de meurtrières. Le toit supérieur, vêtu comme le toit inférieur de tuiles plates , paraîtrait le produit d'une surélévation faite sans goût, si l'on ne savait que cette bizarre disposition résulte de la destruction de l'appareil militaire que nous venons d'indiquer. Cet ouvrage , qui s'interpose entre les deux clochers et se termine par une ligne horizontale, masque le pignon de la basilique, qui offre une pente d'environ vingt et un degrés. — Rien de plus rudimentaire et de plus pauvre que ces deux zones, dont l'une correspond à la basilique supérieure consacrée à l'archange saint

(mm Ub mi®

Michel. Telle fut toutefois , et telle est encore la pensée primitive de la façade, moins la porte que le XVIIP siècle y adapta. Absence totale de motifs artistiques , grossièreté des matériaux, rudesse delà structure, appareils de simples pierres mureuses et de briques, tout concourt à produire ici un misérable aspect, à réaliser un ensemble qui se prête mal à l'analyse, et qui annonce d'une manière certaine la phase rétrograde du type romano-byzantin du IX* auX* siècle. Et Ton n'est pas médiocrement étonné de rencontrer cette pauvreté de construction dans un pays si célèbre par la richesse de ses carrières et la belle qualité des matériaux qu'elles fournissent. — Telle fut donc la primitive façade de Saint-Philibert, deux tours inégales en dimensions, ne manquant ni de solidité ni de hauteur, privées de tout caractère symbolique et de toute profîlation. Ces tours, toutefois, étaient inachevées, même au point de vue du temps qui les érigea, et l'architecte constructeur primitif av£^it eu le dessein de les élever davantage, comme l'indique celle du sud. C'est sur la tour du nord que la phase progressive de l'école romano-byzantine vint greffer le beau clocher qui surgit au flanc gauche de la basilique, et qui n'occupe pas entièrement sa base. Qu'aura-t-on fait pour l'établir sur les lourdes et concrètes substructions d'un âge précédent? — On s'est borné à raser les deux pignons, et l'on a construit avec des matériaux choisis, un soin remarquable, une pierre vraiment monumentale , ce campanile carré oti se manifeste toute la richesse des jours de rénovation et d'élan artistique qui l'édifièrent. Trois étages le composent : une arcature très basse et deux rangs superposés de baies à plein-cintre à archivoltes , à pilastres chevronnés en zigzag, à colonnettes du travail le plus splendide et le plus châtie. Trois rangs de corbeaux en console, également fort riches, déterminent les trois étages.

^m 3A6 mm

L'amortissement se forme d'une flèche quadrilatère , trapue, couverte à tuiles plates, d'un stérile effet. L'on observe aux quatre angles, de ces figures grotesques qui, sous le nom de mascarons, jouèrent un si grand rôle sous la phase ornée du type ogival.

Les flancs de la basilique forment deux parties distinctes : celle qui enveloppe le pénitentiaire et l'église supérieure de St-Michel, qui règne au-dessus de lui, et celle qui limite le grand vaisseau du temple proprement dit L'ensemble de la première , dont la largeur est sensiblement moindre que celle de la seconde, présente une austérité de lignes , une simplicité de profilation qui ne sont partagées qu'incomplètement par les murs entre lesquels s'inscrit la grande arche de la basilique, vu les additions et soudures dont ils furent l'objet. Elle n'est latéralement accidentée que: 1° par des écaillures ou trilobés réunis par cinq, sous lesquels s'ouvre une petite croisée à plein-cintre, et séparés par des plates-bandes ; 2* par des corbeaux grossiers; 3° par deux frises superposées, faites de briques. Ces flancs offrent beaucoup d'analogie avec certaines régions du vieux Saint- Vincent de Mâcon , et révèlent le même âge qu'elles. Tout ici rappelle l'extérieur des basiliques élevées à Ravenne au VP siècle, et ces temps d'épreuves où le christianisme n'osait pas encore attirer sur ses monuments les regards jaloux de ses ennemis , et réservait ses majestés et ses pompes pour le sanctuaire et les fidèles à genoux devant lui. — Les autres zones extérieures de Saint-Philibert ne présentent de signes de remarque que les dispositions que nous allons signaler, nous bornant à une simple esquisse, parce que les variétés d'âges et additions que nous accuserions à l'extérieur, se retrouveront indiquées dans la description intérieure du vaisseau. Tout le flanc méridional de l'édifice, moins

mm 3A7 mm

l'apside^ est engagé dans les restes d'un cloître du même temps que la partie la plus ancienne de la basilique, c'està-dire de la phase rétrograde de Técole romano-byzantine, et où l'on remarque toutefois une porte où la phase transitionnelle de ce type est entrée en corps , non en * esprit. Quant au flanc septentrional , il est entièrement à découvert et dégagé de toute adhérence étrangère.

Les croisillons et la région apsidaire, qui sont les parties les plus nouvelles du monument, ofi'rent de grandes différences de structure , comparativement aux éléments plus anciens, et ils ont été l'objet de réparations et augmentations qui y ont laissé l'empreinte de diverses manifestations architectoniques. Nous ne parlerons ici que de ce qui ne devra plus être compris dans la description de l'arche intérieure. Ainsi, le croisillon du nord, où un pressentiment ogival accidentel se laisse apercevoir, a été percé d'une belle fenêtre, et orné d'une porte de la phase ornée du type ogival, et les chapelles qui l'avoisinent ont été élevées sous l'influence du même règne archi tectonique; ainsi encore^ le croisillon méridional qui dut être percé, dans l'origine , de trois baies à plein-cintre, n'en présente plus que deux.

Le clocher qui s'élève au point d'intersection de la nef majeure, des croisillons et du chœur, au dessus de la coupole dont il est comme l'exhaussement, nommé le Clocher Sainl-Philibert, est comme celui du flanc gauche de la façade , construit avec un luxe de matériaux qui contraste avec la pauvreté de structure des régions primitives de la fabrique. Ce clocher de l'est ou de Saint-Philibert est quadrilatère^ et s'amortit comme celui de la façade en flèche carrée , d'un motif lourd , conduite sans aucune entente des proportions, c'est-à-dire faite ainsi, à l'image de sa sœur, pour une situation provisoire qui dure encore. La

(^im us mm

profilation de cet édicule, qui représente la phase progressive du type romano-byzantin , se compose de rangs de trilobés reposant sur des consoles, et de plusieurs étages à série de trois fenêtres archivoltées , séparées par des pilastres cannelés. On remarque dans cette construction, une grecque ou frise à rosaces toutes diflférentes les unes des autres, des corbeaux à jour et à consoles, et des moulures de la plus grande richesse. Diverses assises de pierre de grès produisent dans cet appareil une sorte de marqueterie qui rappelle les monuments religieux de l'Auvergne et ceux de Gènes, Sienne, etc. Peu de clochers quadrangulaires (l'amortissement en flèche exclus) marient à un plus haut point que celui-ci la fermeté de la ligne à la grâce et à la suavité du profil : c'est un ensemble éminemment harmonique et somptueux, et une dés plus heureuses épreuves de l'art chrétien aux XP et XII* siècles. L'apside bâtie de belle pierre de taille de moyen appareil, contrebutée par de petits contreforts adhérents et engagés, construite comme les deux clochers sous la phase progressive du type romano-byzantin , présente à l'extérieur cette marqueterie que nous venons de signaler au clocher Saint-Philibert, et qui résulte de la différence de ton des diverses pierres , et plusieurs incrustations de briques , du genre de celles de la royale basilique de Saint- Martin d'Ainai, à Lyon. Ses bases sont engagées dans la contrenef qui enveloppe cette région, et oi3i s'ouvrent les chapelles rayonnantes qui se rangent à son pourtour , au nombre de cinq. Le chœur proprement dit, situé 'entre l'hémicycle apsidaireet la transsept, est orné sur chaque flanc de deux grandes arcades cintrées, percées d'une croisée. Entre l'hémicycle de la tribune et la région du chœur qui continue le parallélisme de la nef majeure, est un pignon plus élevé que la toiture , correspondant à l'arc

@8I^ 3A9 mm tiiomphal apsidaire, comme à St-Jacques d'Issy-l'Évêque. L'apside est ornée de corbeaux en trilobés, accolés par séries de trois , séparés par les petits contreforts engagés dont nous avons parlé. Sur tout cet appareil Ton observe des frises composées de deux rangs superposés de losanges de briques. Les cinq chapelles rayonnantes, contrebutées par des contreforts adhérents, massifs, fermées par des apsides carrées, à pignon surélevé, offrent quelques moulures et voilent en rasgeure partie les régions extérieures du prolongement des collatéraux du temple dont elles forment les pittoresques dépendances. — Tout l'édifice, moins les deux clochers en flèche^ le clocher méridional primitif et la double toiture de la façade, est couvert à tuiles courbes. Les divers âges de la basilique de Tournus sont distinctement écrits dans son ordonnance extérieure, comme dans ses dispositions intérieures;, nous les résumerons à la fin de cette monographie. — Franchissons , quant à présent, le seuil de la basilique.

Intérlear.

Le plan primitif de Saint-Philibert, de Tournus, fut celui de la basilique constantinienne , et les éléments originels de ce temple respirent , à l'intérieur du vaisseau , toute l'austérité des temps ascétiques et bibliques qui l'édifièrent. Il y a dans la construction de cette maison du Seigneur, je ne sais quelle vigueur , quelle énergie et quelle solidité toutes égyptiennes qui contrastent singulièrement avec les soudures qui furent faites à la basilique en des âges plus rapprochés du nôtre. La première manifestation basilicalc

(^im 350 m^

commença bien évidemntcot ici, dans l'anti-temple ou pénitentiaire, dont la rude et ferme structure étonne tout d'abord le monumentaliste. — Ici s'élève une grave question dans laquelle est intervenu M. Tabbé Devoucoux (Annuaire du département de Saône-et-Loire, de 18â3) avec l'autorité de son nom, mais sans que la confiance qu'il inspire ait pu faire accepter sans examen, toutefois, l'erreur possible et probable dans laquelle , je suis tenté de le croire, il serait tombé involontairement , à propos des deux basiliques dont l'histoire fait mention. VEcclesia vêtus ne peut être celle de Saint- Valérien , voisine de Saint-Philibert, contemporaine de la grande basilique, offrant la même profilation , les mêmes motifs, le même type architectonique que cette dernière. L'élément de la première basilique , de VEcclesia velus ^ aura dû être cette région même, qui , par suite des immenses constructions faites auprès d'elle , ne devint plus qu'un pénitentiaire ou le narthex par destination de la grande basilique. En effet, le pénitentiaire actuel eut jadis son pronaos dans un portique ou péristyle de neuf colonnes , comme je l'ai dit plus haut Qui empêche donc de croire que ce pénitentiaire fut réellement la basilique primitive? S'il eût été élevé comme narthex, dans un but direct, pourquoi l'aurait-on surmonté d'une seconde église? L'érection de cette portion du temple remonte bien évidemment au temps od la basilique latine jetait encore à Rome les dernières lueurs de son éclat, et oh l'art romano-byzantin d'occident perdait dans la barbarie du IX' siècle et dans l'épuisement des forces qu'il avait reçues d'Orient, toute la majesté de ses inspirations. Cette région importante, dont l'aire s'est singulièrement enfoncée, n'a point du tout la forme d'un narthex ; l'on aperçoit même à l'extrémité de sa nef majeure , une esquisse d'arc triomphal. Le pénitentiaire est à trois nefs

<§mm âôi mm

séparées par six arcs d'cntrecoIonDemeDts (trois pour chaque flanc ) , et Ton y accède par trois portes. Les six piliers de soutènement sont cylindriques , faits de briques coupées en quarts de cercle , superposées et disposées à la manière romaine : au lieu de chapiteaux^ ils ont un simple rebord saillant qui annonce assez ou l'impuissance ou l'absence absolue des idées artistiques. Tout cet appareil est d'une austère et remarquable fermeté. Les voûtes présentent cette singulière condition, qu'elles sont disposées en sens inverse de celles des nefs de la grande basilique. Ainsi , la voûte de la nef majeure du pénitentiaire est h quatre lunettes et à quatre nervures croisées , mais non profilées; tandis que celles des nefs mineures de la même région sont à zones cintrées transversalement , séparées par de pt*odigieux arcs doubleaux. Plusieurs portes latérales bouchées donnaient jadis entrée dans cet anti-temple, éclairé au collatéral septentrional par trois croisées étroites, ébrasées, et à la contrenef du sud par trois autres croisées pareilles , mais devenues aveugles par suite des constructions faites sur le flanc méridional. Les voûtes des trois nefs du pénitentiaire sont égales en hauteur. L'on remarque dans cet anti-temple une piscine de l'école sévère du type ogival et plusieurs pierres tumulaires circulaires, rappelant des fondations et obits, et qui ressem- Went presque à ces dalles funèbres du cimetière de Saint- Laurent-hors-les-Murs, à Rome, sur lesquelles on lit ces inscriptions :

Page 1