‹ Manuel général d'archéologie sacrée burgundo-lyonnaiseChapitre 43 sur 44 · ESSAI SUR LA LITURGIE LYONNAISE · texte numérisé non relu

ESSAI SUR LA LITURGIE LYONNAISE

C'est en revenant naguère encore de visiter Rome pour la troisième fois, que je comprends et admire le mieux les splendeurs austères du culte lyonnais et cette grave, cette majestueuse constitution liturgique delà sainte église de Lyon, qui arriva d'Orient avec son premier pontife, sur les ailes de la foi primitive. — Il serait beaucoup plus facile qu'on ne le croit généralement , de prouver que les rites lyonnais spnt infiniment plus anciens que ceux de-Rome, marqués d'un sceau plus puissant encore de tradition primitive, d'authenticité apostolique et d'hiératisnie. La sainte et apostolique église de Lyon, fille de l'Orient, issue directement de cette terre radieuse o^ s'opéra la fusion entre le temple hébreu et la basilique chrétienne, l'église de Lyon, toujours fière de son origine , toujours jalouse de rappeler sa mère , de conserver les reflets de sa première patrie , voulut , avec un religieux respect , perpétuer dans son sein , ce lien qui unit l'ancienne loi à la nouvelle , et dans son cérémonial , dans la plupart de ses costumes ecclésiastiques , maintenir les usages du temple de Salomon , dont le culte servit de base à celui de l'Eglise du Christ.

(l) Ayant fait de Lyon le centre et le point d'inspiration de nos enseignements sur Tart chrétien dont la source est à Rome, nous ne pouvions nous dispenser de dire accidentellement deux mots de la situation du culte dans la seconde Rome , et cette courte étude sur sa liturgie devait former, avec la monographie de Saint-Philibert de Tournus , le complément de cet ouvrage.

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Dans Torigine, la liturgie orientale fut commune à toutes les églises d'Occident : elle fleurit dans la chapelle impériale de Karl-le-Grand 5 dans l'abbaye d'Agaune, dans Tabbaye de St-Marcel-lès-Chalon où se récitaient les Acemètes d'Orient et la psalmodie perpétuelle (LausPerennis). — Rome qui , comme Lyon , la reçut des mains de son premier apôtre , fut moins fidèle à sa tradition : devenue centre et mère de l'Kglise d'Occident d'abord, puis de l'Eglise universelle , elle se constitua d'elle - même , elle innova lentement , progressivement , comme tous les pouvoirs permanents, avec une merveilleuse sagesse, avec l'autorité qu'elle tenait de notre Seigneur Jésus- Christ lui-même ; et la liturgie romaine née timide entre le culte hébreu et le culte païen , sur les ruines de l'un et de l'autre, empruntant à tous les deux, quelques usages , les modifiant toutefois , les frappant au coin de son auguste individualité, se fortifia par le temps et par l'Eglise. — Or , la seule gloire de l'église de Lyon , c'est d'avoir conservé, seule dans les Gaules, ce que ses sœurs cadettes ont éloigné , c'est d'être demeurée inviolablement fidèle à ses rites primitifs, et d'avoir, dès les premiers temps où la liturgie orientale s'ébranlait, posé et appliqué cette doctrine : a Ecclesia Lugdunensis novilatem nescit. » L'église de Lyon si soumise et si unie à Rome pour tout ce qui touche aux dogmes et à la foi de l'Eglise , ne lui demanda qu'une seule faveur , celle de ne point faire fléchir une liturgie qui lui rappelait plus particulièrement l'Orient, berceau du christianisme et son propre berceau. L'église schismatique grecque, l'église de Milan, ont conservé jusqu'ici, plus ou moins altérée, la liturgie orientale: la sainte et apostolique église de Lyon, la représenterait encore vierge , avec sa pompe et sa gravité antiques ^ n'étaient ses trois pontifes qui avant 1789 ( NN. SS. de

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Rochebonnc, de Tencin, de MoDtazet), eurent la faiblesse de céder aux envahissements des idées de Paris déjà fatales à la province , de faire violence à celte glorieuse église, malgré la résistance énergique de ces comtes de Lyon, qui formaient comme un concile permanent et un sénat ecclésiastique d'une inimitable sagesse , autour de l'archevêque. — Et maintenant , cette liturgie , ce n'est point dans les livres qu'elle se trouve: plus ancienne que les livres, plus authentique que les chartes , elle est toute orale , elle s'est perpétuée par la tradition , elle a constamment passé des exemples et de la bouche du vieux prêtre , au cœur du jeune lévite ; et si aujourd'hui encore , après les orages révolutionnaires qui ont dispersé les membres de l'église de Lyon, brisé ses plus vénérables sanctuaires, elles n'est pas éteinte, c'est qu'au rétablissement du culte , il s'est trouvé encore quelques vieux comtes de Lyon, qui ont pu dire au nouveau chapitre de la basilique primatiale : « Tels étaient les usages liturgiques de l'ancien chapitre. C'est ainsi que Ton célébrait dans les premières basiliques grecques et latines. »

J'entends souvent formuler le vœu de voir une liturgie uniforme planer sur toute l'Eglise. Ce vœu je le comprends et le partage; mais expliquons-nous. — Si une église avait jusqu'ici vécu sans liturgie fixe et qu'elle éprouvât le besoin d'en choisir une, je lui dirais : « Conformez-vous à celle de Rome. » — Paris n'a pas le droit de vous en imposer une ; le rit parisien , d'ailleurs, est jugé œuvre d'aridité et de sécheresse. — Je désirerais donc que toutes les églises de France adoptassent la liturgie romaine appropriée à leur martyrologe individuel; mais j'excepte l'église de Lyon, dont les usages sont antérieurs à ceux de Rome, et qui n'ayant rien reçu des innovations, n'a aucune

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innovation à dépouiller. Si Rome lui ordonnait de se soumettre au rite romain^ l'église de Lyon obéirait à Rome; mais elle ne doit fléchir que devant Rome , et encore ne fléchirait-elle pas sans dire pourquoi elle tenait à conserver intact le sacré dépôt qui lui fut confié par son premier apôtre. Ainsi , l'immutabilité , voilà la loi liturgique de l'église de Lyon. Elle seule peut dire aux fidèles : « C'est à peu près ainsi que les catholiques célébraient, il y a douze siècles^ dans les basiliques^ sur le tombeau des martyrs. » — Ce sont là ses titres de noblesse.... Quelle église pourrait justifier de pareils ?

Pour mon propre compte , je préfère la liturgie lyonnaise, même altérée comme les révolutions l'ont faite, je ne dirai pas au rite parisien , à cette liturgie épicurienne qui n'est qu'une stérile convention privée d'autorité et de passé, mais à la liturgie romaine. — Et voici pourquoi. — Il faut bien que la liturgie de Lyon exerce sur le prêtre qui la représente une influence que la liturgie romaine n'exerce pas ; il faut bien que plus directement, plus puissamment que toute autre, elle lui rappelle l'ascétisme, les mœurs austères de l'église primitive, qu'elle le plonge dans un mysticisme plus profond, qu'elle courbe son front plus avant dans le silence des catacombes, qu'elle lui rende le devoir plus saint, qu'elle lui prescrive une contenance plus grave, qu'elle exalte davantage à ses yeux la majesté du ministère qu'il remplit, qu'elle le replace plus immédiatement au milieu des voix recueillies, de la foi ardente, des observances hiératiques, des cérémonies pleiaes de dignité, de conviction, de zèle, des basiliques; qu'elle tienne le prêtre dans une atmosphère toute .particulière de souvenii*s et d'espérances, qu'elle repousse plus loin de lui tout retentissement mondain; car le prêtre du diocèse do Lyon est un prêtre à part, qui ne vit point.

surtout qui ne célèbre point comme le prêtre des autres diocèses, qui comprend à merveille que le temple chrétien est le lieu le plus spirituel de la terre, que le ministre des saints autels ne peut y apporter rien de vulgaire , que sa pose, sa marche, son geste, sa voix, ses regards , doivent concourir à édifier le fidèle et à le jeter dans un milieu auguste d'harmonies chrétiennes et de vénérations ; car le prêtre lyonnais est le seul qui soit comme un symbole vivant de la religion, laquelle est corps par l'Eglise et ame par la foi , et qui sache mettre à l'unisson sa tenue à l'autel et son dogme. — Et cette influence de la liturgie sur le prêtre, elle passe du prêtre au bas-chœur, à ces laïques qui, sous le nom, je ne dirai pas de chantres (l'église de Lyon a toujours repoussé le chantre laïque) ,maisde5wme5, de bedeaux , etc. , se vouent au service matériel du sanctuaire. Quelque habitude du lieu saint qu'aient ces laïques employés au service matériel du temple, ils ne se familiarisent point avec lui et ne s'y mettent point à leur aise, si l'on veut bien me permettre de le dire. Ainsi, tout est en harmonie dans l'église de Lyon , et depuis le plus infime de ses serviteurs laïques gagés , jusqu'à son pontife , tout eu elle est une grave, sainte et respectueuse manifestation ; tout annonce dans tous les visages, dans toutes les poses, dans toutes les génuflexions, la foi la plus ardente, les convictions les plus profondes. L'influence liturgique de Lyon ne s'est pas arrêtée là : elle a réagi du sanctuaire à la nef et du clergé aux fidèles ; elle concourt à entretenir dans la population lyonnaise cette foi recueillie, cette piété calme , cette tenue composée et ce respect pour l'église et le culte qui la distinguent de toute autre population.

Pourtant il y a partout , surtout à Rome , des prêtres animés d'une foi aussi vive, aussi pure qu'à Lyon et dans

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son diocèse; mais ils ne sont pas maîtrisés d'une manière aussi puissante par la liturgie ; ils n'ont pas ce lien , cet amour , cette fierté même , ce sentiment de la majesté de leur église,de leurs usages,deleursrites,quidevientdoctrine et produit les résultats exceptionnels que nous admirons. Je vois ailleurs qu'ici d'excellents prêtres, mais ils courent de leur siège à l'autel , ils jettent quelquefois sur la foule un regard distrait , ils ne sont point recueillis et suppliants comme les nôtres. — Il faut bien que la liturgie lyonnaise inculque aux nôtres , un esprit particulier et développe énergiquement chez eux une manière d'être , de penser , d'agir, qui n'est point connue hors des limites diocésaines qui la circonscrivent dans les seuls départements du Rhône, de la Loire et de l'Ain. Il faut bien qu'il y ait incompatibilité entre les autres liturgies et celte discipline sévère , cette tenue, cette réserve qu'entraîne celle de la sainte et apostolique église de Lyon. — Hors des lieux où elle exerce son empire, l'on est souvent obligé de fermer les yeux pour ne point voir le sacrificateur, mais de ne penser qu'au sacrifice toujotirs saint , quelles que soient les mains qui l'offrent : il y a des prêtres exemplaires qui apportent au sanctuaire le meilleur vouloir, l'ame la plus pure, la science ecclésiastique la plus solide, et pourtant ils marchent au pied de l'autel comme sur la place publique, parce qu'on ne les a pas accoutumés, sous l'influence liturgique, à mettre dans le culte extérieur une austérité pareille à la ferveur de leur foi ; parce qu'on ne leur a pas inspiré dans les manécanteries, dans les petits et les grands séminaires diocésains, ce respect pour le culte; parce qu'on ne leur a pas dit assez haut et assez souvent : — il faut que la forme qui est visible soit en harmonie avec le fond qui est un mystère , et que vos évolutions aient un caractère exceptionnel de convenance et de dignité. — Ah ! pourquoi les limites de

la liturgie lyonnaise ne circonscrivent-elles pas toute la province ecclésiastique de Lyon, qui comprend les six diocèses de Lyon , d'Autun , de Grenoble , Saint-Claude , Langres et Dijon ?

Sans doute le cérémonial lyonnais est admirable par lui-même ; mais il forme le prêtre de telle façon , il lui donne une si haute idée de son ministère à l'autel^ qu*une fois frappé de son sceau, l'ecclésiastique lyonnais qui accidentellement serait forcé de célébrer dans un autre rite que le sien, se ferait encore remarquer par la dignité de sa pose , et tirerait des liturgies étrangères à celle de Lyon un immense parti pour la majesté des cérémonies.

J'ai vu à Rome des chapitres de cardinaux, toutes les pompes, toutes les splendeurs réunies dans le sanctuaire ; j'ai vu à Paris le clergé assis sur des sièges d'or, au milieu du luxe de notre siècle; en France, dans nos cathédrales, des évêques sur leur trône avec des valets en livrée à leurs pieds. — A Lyon, un cardinal-archevêque, primat des Gaules , se contente d'un siège modeste et paraît sans le cortège mondain des livrées. — A Lyon, dans la basilique patriarchale et primatiale de Saint-Jean-Baptiste, nul luxe, nul éclat, nulle ostentation : toutes les pompes de l'église de Lyon consistent dans l'harmonie de ses rites, dans la majesté calme et la simplicité auguste de ces cérémonies qu'admira saint Bernard, que voulut copier pour son ordre, le fondateur des Chartreux; que les papes, les évêques, les orateurs de la chaire, les gloires de l'Eglise qui passèrent à Lyon, trouvèrent si touchantes, si imposantes, si dépouillées de toute enveloppe terrestre, si pleines de doux parfums , qu'ils ne purent emprunter à la langue aucune expression correspondant à l'éloge qu'ils en voulaient faire.

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Ainsi la liturgie lyonnaise 5 sublime comme expression du culte envers Dieu , a le privilège d'agir plus énergiquement que toute autre sur le prêtre; et si, comme forme extérieure, je ne connais rien qui approche des beautés intimes et de la verve sainte et inspirée de ses rites, je ne connais pas non plus de régulateur plus efficace pour les mœurs du clergé. Il y a partout, je le répète, des prêtres convaincus, exemplaires, zélés comme ceux du diocèse de Lyon ; mais nulle part ils ne célèbrent comme à Lyon, nulle part ils n'apportent dans le sanctuaire une figure aussi calme, un air de conviction aussi profonde, aussi sincère, un maintien aussi édifiant; nulle part ils n'expriment une vocation aussi marquée: — voilà pourquoi le clergé lyonnais est si fortement attaché à son éducation ecclésiastique et à sa liturgie.

Quelle merveilleuse et auguste unité elle offre, cette liturgie de Lyon, dans son cérémonial^ dans ses chants, dans les rhythmes de ses cloches ! Toute la musique de la chapelle Sixtine, toutes les magnificences de la messe papale, ne me touchent pas comme une simple messe solennelle du dimanche, avec assistapce pontificale dans ce jour, et cette atmosphère mystique de la basilique de St-Jean- Baptiste, messe réduite pourtant à sa plus simple expression, avec le personnel restreint d'un célébrant, du diacre et du sous-diacre. C'est qu'à Rome il y a trop de choses pour les yeux et pour les oreilles, tandis qu'à Lyon tout est pour le cœur; c'est qu'à Rome, la distraction des mœurs italiennes se peint quelquefois sur les visages de tout ce cortège ecclésiastique, tandis qu'à Lyon je ne vois, je n'entends rien que de grave et de solennel. En quelle église de la chrétienté le prêtre fait-il la croix après l'élévation? En quelle église dit-il le Dominus devant l'autel

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et le vobiscum devant le peuple (1) ? Où trouve-t-on la bénédiction muette, la messe finissant rigoureusement à Vite mwa 65^5 répître lue par le sous-diacre assis, V Or émus se terminant ainsi : per eumdem Chrislum Dominum nosirum, qui tecum vivil et régnât deus , in unilate spirilûs SANCTi , pour rappeler l'antique haine pour le schisme des Arieus; la communion sous les deux espèces (dont Tune non consacrée, il est vrai — celle du vin), administrée au pied de la table du sacrifice, du sacrificatorium ou maîtreautel, au clergé mineur, aux lévites non tonsurés? Où chante-t-il-les Oremus, le Pater, ïeLibera nos quœsumusf'2) , avec ses antiques intonations? Où cette préface de la messe , qui rappelle , dit-on , la mélopée grecque , retentit-elle si sublime, si majestueuse, si inspirée qu'à

Lyon? — De même que pour juger le confortable et

le bon goût des habitudes domestiques d'une famille , ce ne sont point les jours de réception où elle attend et fête ses hôtes qu'il faut prendre pour base; de même aussi ce n'est point par les pompes de la messe pontificale , mais c'est par l'expression liturgique du petit dimanche qu'il faut juger les graves cérémonies de l'église de Lyon.

La liturgie de Lyon ne peut vraiment être comprise que par ceux qui sont témoins de ses larges et harmonieuses

( 1) Dans les basiliques de Rome où l'on a conservé l'autel disposé de manière à ce que le célébrant regarde le peuple, comme dans la primitive église, cette habitude ne peut avoir lieu. Lyon a admis probablement fort tard l'autel tourné en sen sinverse, mais sa liturgie a dû prescrire au prêtre cet usage que l'on ne trouve qu'avec elle , qui est comme une protestation contre le changement apporté dans la disposition du sacrificatorium nécessité par le changement d'orientation des façades.

(2) Dans les diocèses où la liturgie de Lyon n'est pas suivie, le Libéra ne se dit à haute voix que le vendredi-saint.

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cérémonies. Comme tous les prêtres qu'elle fait mouvoir sur l'aire du sanctuaire, sont inspirés et convaincus! Comme la modestie apostolique, la pieuse exaltation de la foi, sont empreintes sur ces têtes vénérables par l'âge, ou radieuses de jeunesse et d'espérance ! Comme tout ce qui joue un rôle , remplit une fonction servile à côté d'eux , semble pénétré du sentiment de respect envers le lieu , du devoir, de la convenance! Comme tout fonctionne ici avec calme, décence, dignité et bon goût! — Ah! l'église de Lyon seule sait ainsi choisir ses serviteurs laïques, depuis celui qui recueille sans bruit, dans lé chœur, le prix des sièges, jusqu'au suisse qui, à l'élévation (1) , s'agenouille et se découvre! Comme tous ces oflSciers du baschœur, ailleurs toujours disposés à se familiariser avec l'autel, sont façonnés par la liturgie à l'humilité sincère, à la modestie, au respect , aux génuflexions et à la prière ! Et ces myriades d'enfants de chœur qui forment un peuple d'anges autour de l'agneau sans tache ! comme ils s'humilient profondément! Comme leur marche, leurs évolutions, leurs génuflexions, leur chant, leurs pose, leurs fonctions sont merveilleusement comprises et réglées! Comme leurs têtes sont sereines et candides ! Comme elles sont calmes et modestes, et presque idéales comme celles que Pierre Pérugin rêva pour ses anges adorateurs ! Comme leur regard est modeste ! Comme leurs mains sont suppliantes et leurs voix harmonieuses! — Oh! c'est ici surtout qu'il y a image vivante de la primitive basilique ; ici que prêtres et fidèles sont à l'unisson, que le recueillement et l'émotion pieuse passent des uns aux autres et

(1) Hors du diocèse de Lyon, le suisse est considère comme une sorte de militaire qui peut rester impunément couvert devant Dieu , à réicvation, et n'est pas même astreint à mettre genou en terre pendant cet instant, le plus sublime de la messe.

agissent réciproquement. Quelle église admel les fidèles dans son sanctuaire comme celle de Lyon , les laisse affluer jusque sur les marches du sacrificatorium ^ et se confondre avec le saint cortège du célébrant , des prêtres et des lévites?

C'est surtout de la basilique patriarchale et primatiale 'de Saint-Jean-Baptiste de Lyon que Ton peut dire qu'elle est la seconde de la catholicité , le second Saint-Jean de Latran. C'est sans doute une grande et solennelle chose que la semaine sainte à Rome, mais c'est une chose peutêtre encore plus touchante et plus antique que la semaine sainte à Lyon. Rome sait combien l'église de Lyon est attachée à l'unité romaine; en matière de foi et de dogme, ce que Rome aime, veut, propage, Lyon l'aime, le veut, le propage ; mais qu'il soit permis à son illustre église de conserver dans ses chants et ses cérémonies la loi qui lui fut apportée d'Orient, qu'elle reçut des mains de s#n fondateur, comme Ravenne reçut directement de Constantinople l'architecture byzantine ; et à nous simple fidèle , simple prêtre laïque de ce beau diocèse où la sève de la foi est si riche, de préférer toujours la litui*gie lyonnaise, qui a pour conséquence d'entretenir dans le clergé la dignité des mœurs, dans les fidèles l'ardeur de la piété, même h la liturgie romaine.

\h ! que Rome à qui je rapporte tout, comme après elle je rapporte tout à Lyon , que Rome ne s'offense point de cette préférence ! — Ce n'est pas pour le rite parisien que j'invoque une sympathie, rite misérable qui a poussé la frivolité jusqu'à mettre dans les prières de l'église l'empreinte des idées d'égoïsme dont Paris est le centre, en remplaçant par exemple, dans Vin manus tuas Domine^ le Redemisti nos par le Redemisli me.

Malheureusement, une foule de vieilles et saintes traditions s'ébranlent, et le gotlt des innovations fait des progrès. L'on résiste mal à l'invasion toujours croissante des idées de Paris si funestes au culte, et Tun des résultats les plus déplorables de cette tendance, c'est l'introduction des orchestres et des messes en musique dans nos basiliques. Ces orchestres troublent et mettent mal à l'aise la véritable piété, et puis la musique n'est pas toujours exploitée dans les limites du sentiment religieux. — Des airs profanes empruntés aux théâtres ont retenti naguère dans quelques églises de Lyon, avec le concours de ces musiciens laïques dont il faudrait mieux diriger le zèle. — Que l'on y prenne garde !.... du jour où l'Eglise entrera dans le domaine des plaisirs publics, elle perdra une partie de son autorité et de sa puissance comme principe.

Mais Son Ëminence Monseigneur le cardinal de Bonald travaille sans relâche à faire rentrer la liturgie lyonnaise dans son ancien lit, et nous pouvons tout espérer de ses efforts. — Ah oui ! que la sainte église de Lyon redouble de zèle pour rendre sa sainte, sa grave, son intime liturgie à sa pureté primitive, et bannir de son sein les éléments hétérogènes, les semences parisiennes qui s'y sont introduits! — Bien évidemment elle est celle qui a conservé son caractère hiératique le plus intact. L'absence du saint Sacrement sur la table du sacrifice, dans sa basilique prrmatiale, n'est-elle pas un usage primitif? Et la chapelle de la Croix où il repose ne rappelle-t-elle pas les cryptes, les catacombes et les confessions qui en furent la commémoration? Et nous, pouvions-nous terminer ce livre sur l'art religieux lyonnais sans rendre hommage aux splendeurs de culte et de liturgie au service desquels il s'est mis et se met encore?

FIN OE l'appendice.

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