AVANT-PROPOS
Avant de donner au public ^ ce livre, pour lequel je sollicite toute son indulgence , je n'ai pas cru que deux voyages sérieux faits à Rome, me fussent sufiBsants, et je me suis rendu de nouveau dans la Ville Eternelle, pour y étudier encore à son origine même, Tart chrétien dont nous ne trouvons les expressions dans nos contrées, qu'à Tétat d'imitations faites postérieurement à la production des types primordiaux. Je ne pouvais point me borner à analyser froidement les manifestations de l'art chrétien dans notre pays, sans les rattacher au principe fécondant qui les a fait naître : je ne pouvais point, de la grande chaîne de cet art, ne saisir que la portion apparente sur notre sol, sans recourir à ses premiers anneaux. En archéologie sacrée comme dans toutes les sciences de comparaison et d'observation, tout se lie, tout se touche, et l'origine explique presque toujours la destination, le développement et les progrès. Beaucoup de notions jusqu'ici incomplètement formulées, sur les catacombes, les basiliques, les
•: VI 1crucifix, etc., ne pouvaient qu'avec Rome, et sous l'influence de cette double inspiration de foi et d'art qu'elle exalte, acquérir ce degré de certitude, de clarté et d'étendue auquel je devais les amener.
Le choix que j'ai fait de la ville et de la province ecclésiastique de Lyon, pour centre de mes études d'archéologie sacrée, se justifie par la situation monumentale, liturgique, religieuse, de la Rome des Gaules et des diocèses sur lesquels s'étend sa salutaire et vivifiante influence. Lyon est, en France, la ville de l'art et de la ferveur catholiques, du culte et de la charité, par excellence : en approchant d'elle, en touchant aux limites territoriales de son inflexible et glorieuse nationalité, l'on sent que l'on entre dans une atmosphère de piété et de foi, de manifestations chrétiennes, qui n'est plus du reste de la France, et le sentiment religieux exprimé par l'art , par le . chant et les cloches des églises, par le cérémonial hiératique, par les signes extérieurs, par les mœurs populaires, vous environne et vous exalte. — Vous éprouvez, en mettant le pied sur le sol du diocèse de Lyon, une émotion à peu près pareille à celle qui s'empare de vous, quand, venant du nord de l'Italie, vous pénétrez dans la campagne de Rome. Tous les déplorables exemples, tous les iniques eflbrts de la propagande impie de Paris, semblent échouer à ces bornes, où commence plus particulièrement sinon l'influence, du moins la puissance morale de l'Eglise de Lyon. Cette Eglise est, en France, la seule qui ait conservé, presque intacte, cette autorité
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que dix -huit siècles de lumières^ d'apostolat ^ de majesté et de gloire, ont imprimée sur son auguste front. — Aussi Lyon oi!i Taspersion des tombes, dans l'octave de la Fête des morts, se fait avec une pompe si austère et si antique, Lyon où le respect et le culte pour les trépassés sont si touchants, Lyon oi!i toutes les fêtes chrétiennes sont des fêtes si nationales, si populaires, si instinctives ; aussi Lyon est-elle généralement ' considérée comme la seconde Ville Eternelle et comme le grand régulateur du mouvement catholique en France. Pour mes goûts, ma foi, mes études, mes habitudes de méditations et de repos, Rome et Lyon sont les deux théâtres où je devais naturellement me mouvoir, et mon obscure vie de monuinentaliste de province, se passe à merveille de Paris où la science existe certainement, mais mêlée à je ne sais quel milieu de corruptions, de charlatanisme et de roueries qui l'empoisonne. — J'avais, dans la Statistique générale des Basiliques