‹ Manuel général de l'ornement décoratifChapitre 10 sur 25 · ÉNONCÉ DE PROBLÈME · texte numérisé non relu

ÉNONCÉ DE PROBLÈME

Un riche amateur possède une vaste salle de bal dans son hôtel : r'çeiie salle est une rotonde ornée de 12 pilastres blanc et or, séparés par des intervalles en glace, devant lesquels il veut placer des vases sur des consoles dorées ; on demande quelle serait ia forme, la couleur et la composition décorative des vases le mieux adaptés à l'objet.

Réponse : il faut, l°pour l'harmonie générale, que le vase rappelle le style de l'architecture (que je suppose grecque) dojit il doit.

comme le reste de l'ameublement, être un complément utile, en ajoutant un charme de plus à l'ensemble.

2" Que sa place, son volume et sa hauteur ne nuisent pas au\ proportions de l'architecture. (Trop haut il détruirait le grandiose des pilastres.)

3** Si l'entrepilastre est étroit, on évitera que la panse soit sphérique, on cherchera plutôt une forme ovoïde pointue par en bas. La largeur du pied à sa base ne doit jamais égaler le diamètre de la panse à sa partie la plus large ; elle ne peut pas avoir moins du tiers de ce diamètre pour satisfaire l'œil au point de vue de la solidité : le collet sera, dans le haut, égal si l'on veut,en diamètre, à celui de la base, ou plus grand par le bord de son évasement. Mais, si l'on s'arrêtait à une ouverture plus étroite que la base du pied et à un collet bas nécessitant couvercle à bouton, comme le vase pl. m, de la géométrie n° C, à gauche, cette forme exige pour l'élégance d'un salon, la légèreté des anses afin de ne pas ressembler à un flacon.

4° La condition d'intervalles de miroir devant lesquels les vases seraient placés, veut qu'ils soient décorés plutôt qu'unis. Nous choisirions de préférence une couleur de fond bleu foncé, comme les belles teintes qu'on fait à Sèvres, dit bleu au grand feu. Sur le devant du vase un cartel de figures en couleur, sujet gracieux et gai avec des enfants à ia Rubens, des fruits et des fleurs encadrés d'or avec brunis à l'effet, et par derrière, des attributs d'arts ou de musique silhouettés en or : genre de ceux de la planche de ce livre, n»^ 4, 5, 6 et 8.

5° La nuance du fond pourrait être turquoise, mais ferait moins bien ressortir les sujets à figures. T^es fonds bleu foncé, s'ils étaient trop foncés, paraîtraient encore plus sombres à la lumière, car, pour la décoration d'un salon de bal, il est indispensable de calculer l'effet des objets vus à la lumière des lustres.

e*' Pour fixer le choix de l'amateur ou de l'artiste chargé de résoudre le précédent problème, il sera utile de tracer sur une feuille de carton et de grandeur naturelle, une maquette représentant la silhouette découpée du modèle poché avec ses couleurs, et d'en présenter sur place le croquis avant de l'exécuter en réalité.

Si l'on désirait plusieurs vases différents de formes, nous ferions observer qu'un tel choix détruirait l'unité décorative et serait de mauvais goût.

On en varierait seulement les sujets de figures et les attributs placés derrière.

On peut admettre que des vases puissent être décorés d'une infinité de manières pourvu qu'elles s'harmonisent avec la décoration dont elles représentent, pour ainsi dire, un membre, l'unité étant une règle ou condition essentielle du beau. Un vase peut être trèssimple de forme et d'une seule couleur par la matière : biscuit, marbre ou bronze-, la sculpture le comporte. Mais ce genre de vase, par la dureté de la matière, considéré sous le rapport de la convenance, est applicable seulement à l'extérieur, ou tout au plus dans une bibliothèque ou dans un vestibule qui exigent une décoration généralement uniforme en boiserie ou imitations de marbres. Un vase ornementé par des reliefs appliqués ne comporte pas la multiphcité des couleurs ; tout au plus deux couleurs, une pour le fond, l'autre pour les rehefs, encore faut-il qu'elles contrastent peu ; le système couleur sur couleur, l'une étant un peu plus claire que l'autre, produit de bons effets ; on y peut introduire des parties de dorure avec sobriété et discernement.

On voit à Sèvres des modèles de vases dont les cartels destinés à des sujets peints ont du relief. On a soin toujours de dorer ces entourages qui forment cadre au sujet, et par la saiUie qu'ils possèdent, les figures pour lesquelles ils sont faits acquièrent Fisolement voulu.

La rondeur des surfaces étant, comme nous l'avons fait observer, une raison de déformation pour les lignes , exige toute la circonspection de l'artiste, qui ne peut disposer dans sa décoration que de la quantité superficielle plus ou moins restreinte que l'œil doit embrasser à la fois.

Veut-on disposer une figure aérienne sur le fond uni blanc oxjl coloré d'un vase? L'essentiel est qu'on la distingue parfaitement, et que la quantité d'atmosphère ou de fond qui l'entoure ne l'écrase pas et ne soit pas non plus insuffisante. Si le vase est une boule, une figure de ce genre est inadmissible ; la forme cylindrique sera préférable à toutes les autres.

La forme en fuseau ovoïde allong'é- sera aussi acceptable. On aura l'attention de ne pas trop écarter les membres de la figure, les bras ou les jambes, en évitant les poses télégrapuJ^^es, toujours,, ridicules et disgracieuses.

La décoration la plus généralement commode est celle à fleurs, réalistes ou imaginaires sur fond blanc ou couleur , sur porcelaine avec ou sans dorure. Celle des attributs l'est aussi.

La couleur des fonds relativement au décor du vase et à la décoration de l'appartement est une des difficultés de l'art.

Les fonds blancs conviennent le plus généralement pour des fleurs et pour la décoration des services de table, pour des semés, etc. ; et avec de la dorure de fdets.

Les fonds blancs sur de grands vases, pour sujets à figures, sont favorables à ces dernières, pourvu qu'elles soient d'une coloration très'dovce. Les vases de ce genre exigent des tentures d'appartements de couleurs claires et tendres.

Les fonds autour de cartels à sujets ne feront jamais bien, jaunes, ni oranges, ni rouges ; mais, bleus foncés ou bleus clairs, lilastendre, verts, bruns, jamais noirs. Des fonds rose-tendre font bien autour de cartels de paysages ou natures-mortes , où le bleuâtre domine. Les fonds pourpre, demi-grand feu, sont aussi favorables.

Les vases, genre Etrusque, en biscuit mat coloré, se rapprochant des terres cuites antiques, donnent un aspect de vérité aux imitations antiques de ce genre. On peut en décorer une bibliothèque ou un cabinet d'étude à cause de la sévérité de leur style.

L'artiste est souvent appelé à s'astreindre à l'imitation des divers styles d'ornementations. Il les étudiera donc tous.

Il doit , pour atteindre ce but , se pénétrer de l'esprit des bons modèles , dans les bons ouvrages ; voir les monuments de chaque genre, en un mot, s'entourer avant de commencer sa composition, des matériaux les mieux choisis dans les gravures anciennes ou modernes, sans exclure le précieux auxiliaire de la photographie (1).

Le domaine de l'art décoratif industriel s'étend à l'infini, et il faut au décorateur un goût et un tact exquis pour puiser dans ce monde immense de matériaux, juste ce qu'il lui faut pour composer une œuvre agréable; s'il n'est doué du feu sacré de l'imagination poétique et des connaissances approfondies qu'exige son art, tous ses efforts seront vains.

Le bois, la pierre, les métaux, la porcelaine, le verre, le tissu des étoffes d'ameublement ou pour costume, sont les éléments qui constituent la richesse humaine, et sur lesquels le goût exerce une

(1) Le Journal l'Art pour Tous.

L'Histoire du Meuble. (Violet-le-Duc.) L'Histoire de l'Art pour tes Monuments. (Villemain.) Les Manuscrits Orientaux à la Bibliothèque. Recueil d'ornements et d'arabesques. ^HQ^ï^CEkM,) Idem. (Watteau.) Eto., etc.

influence bonne ou mauvaise. L'artiste industriel sait donner au bois par son œuvre la valeur de la pierre précieuse, et métamorphoser par les créations de son génie les objets les plus communs en merveilles admirables.

Les styles d'architecture sont infiniment variés, comme les mœurs de tous les peuples du globe. Les artistes et les savants ont établi par l'observation des classifications nombreuses.

Les différents styles connus sont : le style Égyptien, l'Assyrien, le Persan, le style Grec, le Pompéien, le Romain, le Bizantin, l'Arabe ou gothique, le Turc , le Moresque (caractérisé dans l'Allambra). •L'Indien, l'Hindou , le Chinois, le Celtique, le style moyen âge, renaissance, et le style de notre temps qui est encore très-indéterminé, mais qui est surtout subordonné aux caprices les plus variés de l'industrie et de la bourgeoisie peu éclairée.

Aujourd'hui, l'architecture et les arts modernes manquent d'individualité ; il semble pourtant que jamais les artistes n'ont possédé autant de richesses comme sujets d'études et de comparaison; mais c'est sans doute cette surabondance de matériaux qui rend les esprits paresseux. On étudie trop les imitations de la nature , c'est-à-dire ses copies ; l'école réaliste serait plus près de faire faire d'efficaces progrès à l'art, si, brisant les entraves de la mode, elle s'enchaînait davantage au culte du beau dans la nature avec choix ; l'école réaliste est celle du servilisme trop souvent !

L'architecture puise les objets qu'elle admet à embeUir les formes produites par le besoin ou les constructions, à trois sources distinctes, savoir : l'instinct de la variété, l'analogie et l'allégorie.

Examinons la nature du goût pour le décor, dans l'enfant, chez lequel aucune autre cause de moralité ne se développe, que le besoin irréfléchi d'imiter. Vous le verrez dans ses jeux découper, puis colorier les plus informes produits de sa fantaisie.

A quelque degré de raisonnement qu'on ait voulu faire arriver dans la partie de la décoration, l'architecture grecque, celle qui parmi toutes celles connues peut le mieux se systématiser, on est forcé d'y reconnaître nombre de formes et de détails qui n'ont d'autre base que celle ci-dessus précitée; c'est dire que l'architecture ou ses édifices se considèrent comme un meuble utile, un vase , un ustensile qui ne reçoit le plus grand nombre de ses ornements que pour le plaisir des yeux , abstraction faite de l'analogie que ses ornements pourraient avoir avec l'emploi de l'ustensile.

La décoration architecturale consiste dans l'application aux

formes du besoin des objets destinés à embellir ces formes, cette application peut se faire sans choix ou avec un discernement qu'on nomme le bon goût.

Le besoin de la variété est la cause première de la décoration-

L'ordre et l'arrangement des formes décoratives ont pour effet de rendre plus intelligibles et mieux saisissables les impressions produites par l'art.

Les impressions que fait naître en nous l'architecture dépendent des qualités qu'elle développe, savoir : celles de grandeur, de force, d'ordre, d'harmonie, de richesse, de variété et de plaisir.

En n'acceptant que peu d'ornements , elle produit en nous l'étonnement qui résulte de la grandeur ou de la force, parce que la division des parties qui résulte de l'emploi des ornements alïaiblit l'idée morale de la force, comme souvent ils affectent aussi sa solidité, dont l'apparence devient nécessaire au caractère de force qu'on veut laisser paraître.

Admet-elle quelques ornements dans son ensemble, elle choisira ceux qui offriront le moins de détails ou ceux qui paraîtront le plus dépendant de sa construction même.

Pour produire l'admiration résultant de l'impression de la richesse ou de simples impressions de plaisir, elle choisit les ornements ou les plus abondants en travail ou les plus légers dans les détails.

On remarquera que la multiplicité des objets qui frappent la vue produit la distraction dans Vesprit, et qu'au contraire, Vuniié de motif concentre la pensée et en opère le recueillement.

Le talent du décorateur saura faire qu'un édifice vous paraîtra propre à un emploi grave ou léger, sérieux ou gai ; il produira en vous à l'aspect de cet édifice ou l'étonnement ou l'admiration, ou le plaisir ou la tristesse, ou le recueillement ou la distraction ; suscitera en vous des idées élevées ou riantes, mélancohques ou sombres, voluptueuses ou sévères.

Les détails décoratifs font tellement partie du plaisir qui résulte de l'accord parfait dans un tout architectural, que le meilleur ouvrage, quant aux principes de l'ordre et de l'harmonie, par la mauvaise entente de l'ornementation , manquera sou but , qui est de plaire à l'entendement.

L'architecture grecque, si universellement répandue en Europe, se distingue de toutes les autres par un système imitatif et décoratif très-visiblement écrit dans le modèle positif qu'elle s'est donné, et qui n'est autre que la maison ou cabane de bois.

L'art imagina la transposition qu'il fit des constructions en charpente aux constructions en pierre et en marbre.

Les ornements qu'il y appliqua étant originaires des formes même de la construction, il est peu de ces détails d'embellissement dont le goût ne puisse rendre compte au raisonnement. Ainsi, les bases, les colonnes, les chapiteaux, les parties de l'entablement, les plafonds, les frontons portent avec eux leur extrait de naissance.

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