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LES FORMES DU BESOIN

Les arbres les plus forts et les plus droits sont les modèles des colonnes; comme leurs troncs sont plus gros vers le bas et vont en diminuant vers le haut, l'ordre dorique grec tira parti de cette observation ; comme les arbres, cet ordre qui est le plus primitif, est sans base ni socle ou piédestal. 11 se peut que les premiers charpentiers, qui furent les premiers architectes, s'étant aperçu de l'humidité de certains sols imaginèrent d'y remédier, en établissant sous chaque poutre des plateaux de bois pour leur donner plus d'assiette et les empêcher de pourrir trop vite. Cette pratique se retrouve encore dans quelques anciens édifices dont les colonnes n'ont pas d'autre base qu'un dé de pierre.

De la multiphcation des plateaux sont nés les tores et les moulures des bases. La nécessité de rendre les bases plus larges pour plus de solidité, fit aussi songer à élargir la tête ou chapiteau, en l'évasant pour mieux supporter le poids et la forme de l'architrave qui n'est autre chose que la grande poutre placée horizontalement sur les poutres perpendiculaires et destinée à recevoir la couverture de l'édifice.

Les solives du plancher viennent se placer sur l'architrave, et cet espace détermine la place de ce qu'on nomme frise. Les bouts des solives y sont dans le style ou ordre dorique, figurés par des triglyphes et quelquefois par des consoles. L'intervalle compris entre les triglyphes se nomme métope.

Les solives inclinées du comble composèrent la corniche saillante hors de l'édifice, pour le mettre à couvert de la chute des eaux. Les modillons et les mutules en sont nés. Le toit ou le comble , formé en dos de livre entr'ouvert, renversé et terminé à chaque bout par des formes triangulaires, donna nécessairement la forme des frontons. Par l'inspection du squelette de la cabane, on voit la disposition des principaux membres de l'architecture. Les piliers, soutiens de la maîtresse poutre (architrave), furent d'abord très-

près les uns des autres, dans l'intention de la plus grande solidité. Mais, pour élargir les entre - colonnements, sans nuire à cette condition première de tout édifice, on encastra dans les piliers de support des pièces de bois obliques qui allèrent en manière de bras supporter l'architrave et le renforcer; de là, naquirent les arcades et les portiques, puis on inventa les voûtes dès que la pierre fut substituée au bois. L'application du fer à la construction est une révolution dans l'architecture et une des gloires de notre temps ; elle est appelée à modifier toutes les formes de l'art et à émerveiller le monde par la hardiesse et la légèreté, en même temps que par une grande sohdité jointe à l'incombustibilité. Elle est véritablement l'architecture du progrès et parle très-haut à l'imagination. Les palais de l'industrie, en clTet, tiennent plutôt du rêve que de la réalité par leur surprenante hauteur, l'élégance et la légèreté de leur charpente, et par la grande lutnière qui traverse le cristal dont ils sont couverts. En s'y promenant, l'homme s'y croit en plein air ; il est séduit, parce qu'il n'est qu'à demi-trompé. Aucun monument d'ancien style n'eût pu remplir aussi bien le but des expositions d'industrie universelle.

Ce que l'art a produit de plus étonnant sous le rapport des dimensions de l'énormité des parties et de la solidité de l'ensemble se retrouve dans les monuments de l'ancienne Egypte. Chez les Romains, sous la république, les guerres qu'ils eurent à soutenir .avec les voisins furent défavorables aux beaux-arts, et l'architecture n'était pratiquée que par des esclaves et des affranchis. Ce ne fut que vers la fin de la république, lorsque vainqueurs de l'Asie et de la Grèce, ils en rapportèrent les richesses avec le goût du luxe et de la magnificence, ils conservèrent l'ordre toscan, qui, sans doute, avait régné en Itahe, et ils associèrent cet ordre aux trois ordres de colonnes qui leur fut apporté de la Grèce ; ils y ajoutèrent Lj composite. Ces ordres représCiitent les différences que le goût de chaque nation a pu apporter dans les bâtiments publics et privés. L\)rdre corinthien est le type de la parfaite élégance.

L'art de bâtir, chez les Cliinois, provient d'un type de construo tion léger et facile à transporter qui reproduit encore ses formes originelles qui sont celle de la tente, conservant la forme convexe produite par les peaux et les étofles pliantes étendues sur les cordes et les bambous ; dans les pointes recourbées qui frangent les toits , nous voyons les crochets qui retenaient les peaux (déployées; nous voyons que les piliers de bois sont sans bases ni chapiteaux, comme des vrais poteaux.

L'architecture des Indous, même quand elle adopte des formes moins lourdes, représente encore la caverne creusée dans le roc oii les matériaux amoncelés en pyramides à la surface du sol, après en avoir été extraits. Chez les Égyptiens, l'immense largeur des bases, la pente en talus des flancs, les piliers des supports courts et épais, tout rappelle, en un mot, dans leurs catacombes et leurs monuments les chaînes de rochers percés çà et là dans la masse pyramidale de la montagne.

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