COMPOSITION. — INVENTION DANS LES VASES
La forme du vase est une abstraction inspirée par la nature; c'est une ou plusieurs qualités de la beauté, concentrées dans un objet usuel par l'artiste.
La qualité de forme peut s'exprimer de mille manières. Le vase imite sans copier ; il est l'ensemble de plusieurs formes tirées d'objets qui nous ont charmé, et qui, presque involontairement, se répètent sous nos doigts comme des échos seraient répétés par nos oreilles.
Les animaux qui peuplent les airs et la terre, les oiseaux, les quadrupèdes, les bipèdes, les végétaux et les minéraux fournissent à l'inventeur d'intarissables sources d'inspiration, le monde entier est son domaine.
Voulons-nous une coupe légère ?
Elle doit pouvoir poser sur son pied sans se renverser ; il convient qu'elle soit gracieuse; jetons les regards sur les êtres aériens, les oiseaux, dont les formes sont les plus légères ; étudions la beauté simple de leurs contours, les inclinaisons de leurs lignes qui tranquillisent l'œil sur les ('onditions de l'équihbre. Si la coupe ou le vase est orné d'anse, d'un bec, d'un goulot ou d'un col, l'étude des oiseaux à long cou nous mènera toujours aux plus élégantes
inventions. Si nous voulons faire tenir la masse ou le corps du vase sur un pied léger, nous tirerons de bonnes règles de proportions de récartement des pieds qui supportent le corps des oiseaux doués de certaines qualités analogues, c'est-à-dire ayant un corps volumineux sur des piedsminces et écartés dans une certaine mesure.
L'instinct de la convenance de l'objet à sa destination doit avant tout guider l'artiste à la recherche du beau; il faut toujours subordonner le caprice à la raison.
S'agit-il de composer un vase destiné à renfermer un volume plus abondant de matière? Il est essentiel que les conditions de solidité sur sa base et que son ensemble répondent en tout point à la convenance de sa destination, et que le bon sens préside avant tout à notre création.
La rareté des vases qui nfe laissent rien à désirer à l'œil et qui satisfont également la pensée prouve l'extrême difficulté que présente ce genre de composition artistique. La beauté des ordres d'architecture qui ont traversé les siècles jusqu'à nous et le petit nombre de ces types admirés traditionnellement , prouvent aussi combien les formes, qui sont des imitations abstraites sans être des copies réalistes de la nature, offrent de difficultés dans leurs combinaisons. L'architecte et l'ornemaniste imitent sans cesse et ne copient jamais qu'idéalement ; aussi la perfection est-elle trèsrare dans l'une et dans l'autre de ces productions d'art.
MOYENS DE CORRIGER ET MODIFIER l'aSPECT d'UN VASE DÉFECTUEUX.
Le décorateur n'étant pas toujours l'inventeur ou créateur defsformes et surfaces qu'on le charge d'embellir, doit trouver les moyens de dissimuler les défauts ou les mauvaises qualités par des artifices de formes ou de couleurs basées sur l'observation.
Exemple : on lui apporte un vase, d'une forme très-haute et étroite, d'un aspect très-effilé, c'est-à-dire, dont la hauteur n'en finit pas. Couvrez la partie supérieure d'un fond coloré sombre qui empêche l'ail de se porter vers le haut, et laisse briller le bas.
Le moyen de remédier à cette exagération sera de multiplier, en les variant, les divisions ornementales, par des zones inégales ou des ornements en relief qui dérouteront l'œil par l'horizontalité.
Sî le vase, au lieu d'être effilé, péchait par la lourdeur, on devrait, au contraire, établir des divisions étroites sur les parties les plus larges. On cherchera le parallélisme vertical. Exemple : des cannelures..