DE LA NATURE DES COULEURS
Les artistes qui emploient les couleurs ont besoin de quelques connaissances scientifiques, sur la nature des matériaux à leur usage, leur composition et les effets physiques et chimiques qui se produisent par diverses causes, et qui, si on les ignore, occasionnent aux peintres de si déplorables mécomptes.
Les fabricants de couleurs fournissent au commerce des produits d’une teinte aussi belle que possible et au prix le moins élevé, mais l’artiste consciencieux ne se contentera pas de ces seules qualités apparentes : il devra savoir qu’il faut, pour qu’une couleur remplisse les meilleures conditions, qu’elle puisse, étendue au pinceau, on couche très-mince, masquer la couleur de l’objet sur lequel on l’applique (c’est la qualité couvrante). Les substances les plus denses et les plus lourdes présentent cette propriété quand elles sont parfaitement broyées.
Les composés de plomb couvrent beaucoup, mais noircissent aisément; le blanc de zinc couvre moins, quoique son usage soit très en faveur, mais il ne change pas.
La fixité ou solidité d’une substance colorante est surtout importante. Nous soumettons ici, d’après les données scientifiques les plus récentes, la liste des couleurs le plus en usage que la peinture emploie, en indiquant leurs degrés de solidité.
Les couleurs qui servent aux divers emplois de l’art sont des substances empruntées aux trois règnes de la nature.
Le règne minéral fournit les trois quarts des couleurs de la peinture à l’huile; ce sont des terres, des métaux, des oxydes
et des combinaisons salines. Celles dn règne végétal manquent de corps, de fixité, et tirent leurs principes colorants des fleurs et des racines précipitées par les alcalis; celles du règne animal Sont la cochenille, la sépia, qui ne s’emploient pas à l’huile.
Il faut, en outre, que les couleurs réunissent la propriété de se mélanger parfaitement aux liquides qui servent à les délayer, de sécher vite, d’être insolubles dans l’eau, et de n’être pas décomposées par la mixtion avec d’autres.
Il y a aujourd’hui une profusion inouie de substances vendues par le commerce sous des noms qui n’indiquent pas leur véritable composition chimique. Aucun contrôle n’est exercé sur les falsifications des couleurs. Les artistes les achètent aveuglément. Ils feront toujours mieux d’acheter en poudre et de broyer eux-mêmes les couleurs dont la nature pourrait être douteuse.