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DES HUILES

On se sert, pour peindre, de deux espèces différentes : l’huile de lin ou l’huile d’œillette, olivette ou de pavot, plus blanche que l’huile de lin, que bien des artistes remplacent par l’huile grasse, qui est préférable pour les couleurs qui se sèchent difficilement, telles que les laques, les bruns, les noirs; mais, aujourd’hui, on préfère le siccatif de Harlem, qui est clair et ne communique aucune nuance aux couleurs.

Le moyen d’avoir une huile siccative inoffensive (c’est-à-dire qui ne jaunisse pas et n’altère pas les couleurs), c’est de faire concentrer celle de noix en la faisant bouillir une heure au bain-marie.

Les huiles essentielles sont : r l’essence de térébenthine, produit de la distillation de la térébenthine liquide, provenant de certains arbres résineux.

2° L’huile d’aspic, extraite d’une grande lavande, commune en Languedoc. Réaumur s’en est servi pour dissoudre le copal.

3“ L’huile de romarin ;

4“ L’iiuile essentielle de lavande.

Les couleurs liquéfiées par les huiles volatiles sèchent plus promptement que les couleurs liquéfiées par les huiles fixes.

Une des qualités qu’on doit rechercher dans les huiles, c’est la blancheur ou transparence. Les huiles grasses sont habituellement foncées ; elles font craqueler la peinture si on en abuse.

En général, toutes les huiles sont susceptibles de devenir

siccatives, en étant chauffées avec la litharge ou oxyde de plomb.

Examinons donc et passons en revue les huiles, les essences et leurs effets.

L’huile de noix, obtenue par une seconde expression des noix est un peu jaune , son odeur est très-légère , sa saveur est douce quand elle est préparée à froid, mais préparée à chaud, comme on le fait pour l’éclairage ou l’usage de la peinture, elle a une saveur plus ou moins âcre.

Elle est bonne pour la peinture et est plus blanche que l’huile de lin mais moins siccative; on l’adopte pour les couleurs claires.

L’huile d’œillette est très-bonne pour la peinture : on l’extrait par expression des graines de pavot papaver somniferum. On la rend siccative en la faisant bouillir sur la litharge.

La litharge ou chaux de plomb obtenue après la coupellation, si le feu est très-vif, donne le massicot qui sert à peindre en jaune; le minium qui sert à peindre en rouge les ferrures exposées à l’air.

Les chaux de bismuth, de mercure et d’argent provenant de ces substances par dissolution dans les acides, doivent être, autant que possible, bannies des usages de la peinture, en un mot, toutes celles qui ne résistent pas à la vapeur du foie de soufre mis en effervescence avec un acide, et ne peuvent fournir que des couleurs instables ou infidèles.

En effet, mêlez du foie de soufre avec du vinaigre on voit aussitôt si les substances colorantes, ci-dessus exposées à la vapeur qu’exhale ce mélange, noirciront avec le temps.

Le foie de soufre se fait en prenant une once de fleur de soufre et une once d’alcali fixe, qu’on met dans un matras avec cinq à six onces d’eau et qu’on chauffe sur un bain de sable pendant trois ou quatre heures en agitant un peu. On peut le faire sans eau dans une capsule de terre. Il suffit de bien mêler sur le feu l’alcali et la fleur de soufre.

Toutes les huiles peuvent être privées de leur couleur sans perdre les principes qui les caractérise comme corps gras. La simple exposition au soleil contribue déjà à les décolorer.

L’eau dissout l’huile de térébenthine en petite quantité et se charge de son odeur.

L’alcool la dissout beaucoup mieux; cette dissolution mêlée à l’eau devient laiteuse.

L’huile de térébenthine, à son tour, peut dissoudre l’alcool, ce qu’on observe en agitant sept parties d’alcool avec une partie d’huile. On obtient ainsi deux couches, dont l’une, inférieure, est de l’huile avec un peu d’alcool, et l’autre de l’alcool avec un peu de d’huile; l’eau n’enlève pas à la première combinaison l’alcool qu’elle contient.

La vapeur de térébenthine est délétère : un volume d’air saturé de sa vapeur tue un moineau (Vauquelin).

L’huile de térébenthine exposée à l’air ou mieux encore au gaz oxygène, jaunit, perd son odeur, s’épaissit et devient résineuse ; elle forme l’essence grasse employée à la peinture sur porcelaine.

Le principe mucilagineux que certaines substances contiennent en suspension les rend plus altérables.

Le goudron de pin s’obtient en faisant chauffer dans des fours, les vieux pins coupés et abattus ne pouvant plus produire d’essence de térébenthine.

La térébenthine est un mélange d’essence avec la résine qu’on appelle colophane. On l’extrait par une opération dite le gemmage, consistant en incisions pratiquées dans l’arbre à diverses hauteurs vers le commencement du printemps. On distille ensuite le liquide retiré des trous pratiqués au pied de l’arbre. Un arbre de trente ans peut produire l’essence pendant trente ou quarante années, au bout desquelles on l’abat pour en extraire le goudron.

L’essence exposée à l’air s’engraisse en épaississant et se résinifie.

Elle est un poison pour les insectes et les naturalistes l’emploient pour tuer ces animaux sans les endommager.

HUILE D’OEILLET POUR RETOUCHER, AUSSI DLAACHE QUE DE L’EAU, SICCATIVE ET UA PEU VISQUEUSE

Ayez plusieurs bouteilles de verre blanc. Afin de voir le progrès de l’opération, versez-y de l’huile d’œillet aussi fraîchement faite que possible, n’ayant pas plus de quatre mois; versez dessus deux parties d’eau filtrée, et agitez de temps en temps le mélange comme pour rincer; ôtez le bouchon et remplacez-le par un bout de carton, percez à trous d’épingle, exposez vos bouteilles à l’air, à la grande lumière du soleil, s’il se peut. Tous les deux ou trois heures, agitez de nouveau le mélange, et laissez reposer; faites cela pendant environ huit jours : l’huile surnage bientôt, mais l’eau la lave et l’épure et en sépare toute la mucosité, ce qui la rend siccative. La substance muqueuse, au bout de quelques heures, vient se placer entre l’eau et l’huile en mousse glaireuse et blanchâtre qu’on enlève 'au moins une fois par jour avec un crochet de bois blanc.

Transvasez votre huile dans d’autres bouteilles avec de nouvelle eau filtrée, que vous changez tous les deux ou trois jours pendant un mois. Si vous avez la patience de renouveler l’opération pendant deux ou trois mois, plus vous laverez et plus votre huile se purifiera, en devenant en même temps siccative. Les mucosités ne venant plus à se former, il sera temps de mettre vos flacons à l’ombre pour laisser le mélange reposer, toujours protégé par les couvercles de carton percés pour faciliter l’évaporation, à l’abri de la poussière. L’opération terminée, jetez l’eau et bouchez, pour vous en servir au besoin. Cette huile, indiquée par Bouvier, est des plus utiles à l’emploi.

C’est la seule huile siccative pure dans laquelle il n’entre aucune drogue malfaisante et étrangère à l’huile.

Rien de plus important que de connaître le parfait état de

pureté des huiles et des verras pour constituer la beauté et la durée de la peinture.

Les liuiles sont des composés végétaux ou animaux insolubles ou très-peu solubles dans l’eau; des corps gras qui sont liquides à une température de 15 à 10 degrés, et à plus forte raison au-dessous.

Les huiles fixes se divisent en huiles grasses et en huiles siccatives. Celles-ci exposées à l'air en couches minces, s’y durcissent et prennent l’aspect d’un vernis, surtout si elles ont été bouillies sur sept ou huit fois leur poids de litharge; celles-là placées dans les mêmes circonstances n’éprouvent pas de changement ou, si elles en éprouvent un, il se borne à un léger épaississement.

Les huiles grasses fixes les plus remarquables sont celles d’olive, de colza, d’amande douce, de ben, de faîne, ne servant jamais en peinture, à cause de la difficulté avec laquelle elles sèchent.

Les siccatives les plus remarquables sont celles de lin, d’œillette, de noix et de chenevis.

On se sert quelquefois d’huile d’olive mêlée d’un peu d’essence de térébenthine pour décrasser des tableaux très-encrassés par le temps. L’huile d’olive s’unit à la cire et à presque tous les corps gras. Elle blanchit à la lumière.

La blancheur des huiles qu’on emploie à peindre est trèsindispensable, aussi doit-on, et ce serait un grand progrès, se préoccuper de blanchir les huiles siccatives grasses. L’huile d’olive appliquée au doigt sur une partie peinte récemment en enlève l’embu, mais il ne faut pas abuser de ce moyen. Car plus vous variez les mélanges d’huiles et plus il semble que vous y introduisiez d’éléments nouveaux capables d’augmenter les chances de destruction de l’œuvre. Le simple raisonnement indique que si l’on pouvait ne peindre quavec un seul élément incorruptible les actions délétères atmosphériques ou physiques, seraient beaucoup moins à redouter. Tout le problème de la durabilité ou perpétuité des œuvres se réduit donc à la plus grande pureté et homogénéité des matériaux qu’on y emploie.

— SS- II importe également de savoir peindre à l’huile selon la matière sur laquelle on peint, poreuse, plus ou moins absorbante, comme la toile ou le plâtre, les enduits à surface; lisse ou rugeuse, ou fibreuse comme le bois, ou impénétrable comme le verre, la glace, les métaux polis, etc., etc.; ou sur le marbre, l’ardoise, la lave, et de connaître le dosage des couleurs appropriées à chaque genre de subjectile; comment elles se comportent avec les huiles et essences, les résines et les encollages divers, comme dans la détrempe avec la cire, puis recouvertes ou non par les vernis conservateurs.

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