‹ Manuel général de la peinture à l'huileChapitre 34 sur 85 · GLACIS (1) DEMI-PATES ET FIIVESSES · texte numérisé non relu

GLACIS (1) DEMI-PATES ET FIIVESSES

Quand on aura copié l’académie en question avec la palette simplifiée que nous indiquons ci-dessus, on pourra, en prenant un modèle, qui sera autant que possible dans le même caractère de forme que le modèle dessiné à l’estompe, essayer d’ajouter, par des glacis, la finesse de ton qui manque. On examinera d’abord si le ton local tire plus sur l’ocre ou le jaune pâle ou foncé que sur le rose. Si la carnation est brune, il faudra peut-être un glacis à plat général, appliqué trèsmince, d’ocre et de rouge qui montera le ton local. Si, au contraire, le teint de la peau est le plus blanc, on fera dominer le blanc et le rouge et on ajoutera à propos et en son lieu et place quelque peu d’outremer ou de cobalt; dans les gris de demiteintes, on aura soin en dernier de rehausser par des touches franchement empâtées et sans addition d’huile, les parties de lumières larges et plates sur les grandes surfaces, et vives et nettes sur les saillies anguleuses.

A mesure qu’on a acquis plus d’aisance à manier le })inceau, il sera avantageux de copier quelques tableaux. Les sujets les plus simples seront les meilleurs. On s’accoutumera également à peindre d’après nature, en copiant les objets inanimés les plus faciles de forme, qu’on éclairera à différents jours. On peindra aussi des objets usuels â surfaces mutes, tels que des pots de grès, des boîtes de bois; puis, à côté ou sur un autre

(1) Glacis veut dire couleur appliquée et superposée à sec par-dessus une autre, et la laissant voir en transparent.

bout de papier à peindre, on copiera des pots luisants de de faïence ou de porcelaine, on essayera à rendre la transparence du verre blanc ou du verre coloré, on tâchera d’imiter l’aspect d’une bouteille, d’un verre à boire contenant du vin, d’une timbale en argent, pour apprendre à rendre l’éclat métallique. On s’exercera à en retracer de petits groupes disposés pittoresquement, ce qui formera le goût à trouver les oppositions de couleur et l’arrangement des lignes les plus agréables à l’œil. On composera ainsi de petits tableaux études, sortes d’attributs décoratifs qui seront d’un grand enseignement sous tous les rapports ; on trouvera moyen d’y ajouter le charme du voisinage de quelque draperie richement décorée qui puisse, jetant de beaux reflets sur les objets qui sont susceptibles d’en recevoir, fournir un nouveau sujet d’observation et d’études. On aura beaucoup de plaisir à reproduire ainsi sur la toile des sujets inanimés ou qu’on nomme de nature morte, auxquels l’arrangement, le coloris et l’exécution soignée donneront toujours un certain mérite ou intérêt artistique.

Il sera précieux, avant de s’exercer à composer soi-même de pareils sujets, de copier en ce genre quelque bon modèle, et de donner un coup d’œil attentif aux belles peintures d’attributs, de gibier et de nature morte, qu’on admire dans plusieurs musées, par Desportes, (fui y excellait, ainsi, que par d’autres bons faiseurs, tels que Desgoffe.

Le réalisme est le genre auquel on doit viser en commençant à peindre, et je définirai le réalisme parla perfection des idées communes. On verra plus tard qu’il est nécessaire de ne pas se borner à copier tout ce qu’on voit indifféremment et sans choix ; il faut voir souvent les galeries des maîtres anciens, y faire fréquemment des visites en observateur attentif et studieux, et ne pas négliger d’étudier aussi les maîtres contemporains dans tous les genres.

En observant simultanément la nature et les maîtres, on pénétrera chaque jour plus avant dans la connaissance delà beauté, qu’on trouvera toujours dans la vérité. Mais ne perdez jamais de vue que le pinceau doit faire appel à l’âme plutôt qu’à nos sens, cultivez en même temps votre esprit, dévelop-

pez votre imagination. Si vous voulez grandir aussi par le talent, apprenez à voir, c’est-à-dire à vous asseoir à propos devant un beau site, de beaux objets et au bon endroit; étudiez et dessinez sans cesse d’après l’antique, vous y trouverez les secrets moyens d’idéaliser la forme ; peignez des fleurs et des fruits, groupez-les harmonieusement, ce sera la meilleure leçon que vous puissiez prendre pour le coloris.

Apprenez, en un mot, à faire de la forme et de la couleur le vêtement le plus éclatant d’un sentiment et d’une idée. Que vous cultiviez la peinture de genre ou d’histoire, choisissez toujours vos sujets, et souvenez-vous que ceux qui mériteront le plus souvent l’attention et l’approbation du public seront particulièrement ceux qui éveilleront en nous les sentiments les plus élevés ; que l’admiration excitée en nous parla beauté de l’œuvre d’art est faite surtout pour rendre meilleur celui qui la contemple. C’est le but principal de l’art, on l’oublie trop souvent I

La belle peinture a toute son éloquence sur la toile ; elle oblige l’indifférent à s’arrêter, à force de tromper les yeux, devant des objets quelquefois très-communs et sans valeur; elle s’élève au drame le plus émouvant, et en faisant naître en nous tous les sentiments, elle triomphe des cœurs les plus durs, et les pensées les plus nobles et les plus nécessaires de la charité sont engendrées par la contemplation des chefsd'œuvre.

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