PEINTURE D’HISTOIRE NATURELLE
La peinture d’histoire naturelle comprend au point de vue scientifique, les coquillages, les minéraux, les végétaux, les papillons, les insectes, les poissons et les oiseaux.
Cette peinture exigerait la représentation la plus photographiquement fidèle qu’on puisse imaginer tant sons le rapport de la forme que sous celui de la perfection de l’imitation fac simile de la couleur qui en ferait pour ainsi dire le miroir de la nature. Plus elle est exacte et parfaite et plus elle se rend utile à la science. Les empaillés se détruisent par les vers, la peinture se conserve davantage et le génie du peintre transmet les expressions et les attitudes des êtres vivants qui lui servent de modèles.
Un artiste peut être appelé à suivre une expédition scientifique et à y rendre des services très-signalés. Cette branche d’applications de l’art exige des connaissances spéciales, une patience et une conscience impitoyable dans la recherche des
moyens d’imitation des plus minimes détails. La photographie offre pour ce genre de travaux des ressources inappréciables comme modelé et comme forme, mais le rôle du peintre qui veut donner à ses ouvrages les qualités d’exactitude, que je nommerai morphographique, en rapport avec l’exactitude parfaite des formes, une vérité que je pourrais nommer chromographique en rapport avec l’exactitude des couleurs, abeaucoup à chercher et à trouver ; car l’art pittoresque et l’art scientifique jouent deux rôles bien distincts, et non moins importants l’un que l’autre.
Les naturalistes divisent les couleurs en couleurs mates, brillantes, changeantes et métalliques. Les couleurs mates ne changent pas de nuances sous quelque aspect qu’on les considère. Dans les oiseaux, les barbes de plumes ainsi colorées ont les tiges garnies de chaque côté dans toute leur étendue de barbules très-déliées et très-fines. Les couleurs brillantes, sans changer de nuances, ont néanmoins un éclat pareil à celui des corps polis comme les plumes rouges des pics, et les plumes qui jouissent de cette propriété n’offrent en général de barbules qu’à leur base ; le surplus des barbes présentant une surface lisse et en général cylindriques, quoiqu’en dessous elles soient creusées longitudinalement, circonstances d’où l’on peut conclure que l’éclat des plumes brillantes est dû au poli et à la fermeté des tiges de leurs barbes et qu’il est d’autant plus vif que les barbules sont plus courtes. Les couleurs changeantes sont l’attribut des plumes qui, outre leur brillant dû à leur poli, changent de nuances selon l’angle décrit par le rayon lumineux qui les frappe, effet provenant, d’après la théorie de Newton, de ce que les barbules sont seulement un peu plus denses que l’air environnant et que les rayons passant de ce milieu dans les lames situées à la surface dos corps éprouvent peu de divergence.
Pour peindre les sujets dî histoire naturelle, il est bon de placer le modèle sur un fond blanc, sur un fond gris ou sur un fond noir, sur ardoise, avec enduit préalable (encollage) très-convenable aux collections d’histoire naturelle qui aide mieux (|U0 tout autre à faire ressortir les couleurs eu leur laissant toute
leur fraîcheur et pureté. On n’a nullement à se préoccuper du juttoresque et des effets qu’on rechercherait pour un tableau. L’essentiel est de rendre avec une exactitude et une vérité scrupuleuse la couleur d’ensemble et même jusqu’aux plus futiles détails. On fera sa palette sur un verre double le plus blanc possible, sous lequel on aura collé une feuille de papier blanc avec un peu de colle d’amidon. Il est de première nécessité que les impressions de la toile ou des panneaux sur lesquels on peint soient inoff'ensifs pour les couleurs employées. Nous pensons que peut-être on se servirait avantageusement pour cela de plaques de porcelaine blanche, l’émail trouverait la difficulté en supprimant toute impression à l’huile. Mais cela aurait en voyage l’inconvénient de la fragilité et du poids. Nous conseillons d’essayer des feuillets de toile fine qu’on collerait à la colle forte sur des panneaux minces en bois dont on fait les boîtes à cigares ou sur des feuilles de carton qu’on imprimerait ensuite avec un encollage fait avec de l’amidon ou de la colle de poisson et du caolin impalpable pulvérisé et broyé; cette impression à deux ou trois couches mises séchées et poncées finement chaque fois serait excellente. Cette préparation ne saurait avoir aucune action délétère pour les couleurs. Pour des études peintes sur ces panneaux on employera les couleurs en tube sans y ajouter presque pas d’huile et en les empâtant modérément. L’huile d’aspic s’y ajoute avantageusement pour allonger la couleur si elle était très-compacte. On évitera de peindre avec des brosses à gros poils, il faut autant que possible peindre à la grosse brosse seulement pour coucher l’ébauche et lisser à la queue de morue plate et à sec pour polir les touches et obtenir ainsi le plus moelleux fini. Si l’on doit glacer certaines parties on aura soin de ne pas incliner le panneau et de le poser au contraire très-horizontalement sur une table, cette situation permettra à la couleur transparente et liquide du glacis de se déposer uniformément sans faire des points et gouttes, ni bavures ou lèvres. Il faut que les dessous soient bien secs pour glacer un morceau et ne pas remettre verticalement le travail avant que le glacis ne soit parfaitement sec et recouvrir le tout pour le jn’éserver de la poussière.
Les couleurs métalliques ou dont l’éclat est semblable aux reflets des métaux existent chez les oiseaux dont les plumes sont garnies de barbules très-dures, également larges dans toute leur longueur et paraissant tronquées à leur extrémité, lesquelles, vues au microscope, présentent une file de points lumineux d’autant plus brillants que les rayons de lumière sont plus perpendiculaires. C’est surtout le rubis topase, nom d’oiseau, qui peut être pris pour exemple de ces sortes de plumes. Si on détache une de celles dont sa gorge est couverte, on remarque que la première moitié de la tige non colorée est garnie de barbules semblables à des poils très-déliés et que l’autre a des barbules beaucoup plus larges d’une matière trèsdense, d’une surface polie et qu’elle pèse autant que trois plumes de couleur mate d’un volume égal. La principale cause de son grand éclat consiste en ce que la partie colorée de chaque barbe est profondément creusée en gouttière et présente à la lumière une surface concave. Dès que le rayon lumineux tombe horizontalement sur la barbe qui en présente la coupe il ne peut y avoir réflexion et la gorge de l’oiseau reste obscure, si le rayon suit la diagonale, la partie éclairée de la gorge brille; lorsqu’enfm la lumière tombe perpendiculairement, les rayons se brisent en tous sens et des feux éblouissants jaillissent comme des étincelles ; voilà pourquoi à chaque mouvement de l’oiseau sa gorge passe de l’obscurité au plus vif éclat. Malgré que les variations dans la contexture des plumes paraissent avoir plus d’influence sur les couleurs des oiseaux que celles de la température des climats qu’ils habitent, on remarque en général que le plumage est plus riche et offre plus de nuances et de reflets dans les pays chauds : que les couleurs sont moins prononcées chez les jeunes que chez les adultes, que souvent elles n’acquièrent toute leur force qu’après un certain nombre de mues ; que chez quelques-uns elles éprouvent des variations selon les saisons, (ju’olles se ternissent chez les oiseaux élevés en cage et (|uc la dépouille mortelle de ceux-ci ne saurait donner c|u’une idée imparfaite do l’émail du plumage lors([uo dans toute la fraîcheur do son éclat féériijuc et mobile il est animé du souffle divin de la vie. Dans le langage scientilique le
couleurs, diversement distribuées sur le corps, s’expriment par des termes particuliers. On les appelle des lignes, lineœ, quand elles sont étendues longitudinalement et ont partout une longueur égale mais peu considérable; deszones, /asezee, lorsqu’elles sont transversales et occupent un espace moyennement large; des bandelettes, strigœ, quand ces zones sont petites et capilliformes; des taches, maeuke, lorsque, différentes dit fond, et sans affecter de figures caractérisées, elles sont répandues sur diverses parties du corps; des gouttes, guttæ, lorsqu’elles ont la forme d’une larme; ocelles ou yeux, occdli, quand elles sont arrondies et d’une autre couleur à leur centre; des points, puncta, lorsque ce ne sont que de petites taches rondes.
Les couleurs changeantes de la nacre proviennent de causes analogues à celles qu’on observe sur les plumes d’oiseaux. En effet, la nacre est la partie interne d’un grand nombre de coquilles univalves ou bivalves qui, par la disposition des molécules calcaires composantes, réfléchit la couleur blanche de la lumière avec un éclat particulier en la décomposant ou non ; c’est la matière qui constitue les perles; on y admire les juxtapositions les plus agréables de vert, de rose, de lilas, de bleuâtre et d’orange pâle qui réjouissent la vue par leur incomparable pureté, comme si elles étaient empruntées à l’arc-en-ciel ou au prisme, elles sont changeantes et varient selon le point de vue du spectateur. On peut vraiment dire qu’elles ont par ellesmêmes une véritable magie qui nous captive et nous tient en extase irrésistiblement. Quoi de plus admirable aussi pour l’artiste que le spectacle du paon et de sa queue fièrement et glorieusement étalée au soleil à coté de son gracieux et agile compagnon, le faisan doré ou le faisan argenté, n’ont-ils pas en eux mômes les plus somptueuses parures, et que dirons-nous de l éblouissante blancheur, du cygne jointe à la grâce et à l’élégance des formes chez ces princes du pays de la beauté. C’est à en devenir fou d’admiration. N’oublions pas messieurs les papillons qui, joints aux fleurs des prairies et à toutes les fleurs (kl globe entier, font le désespoir et des peintres et des poêles du monde civilisé ou non.
Après l’achèvement de toute espèce de tableau. Attendre que la peinture soit entièrement sèche (six mois ou un an).