‹ Manuel général de la peinture à l'huileChapitre 48 sur 85 · DERNIERS CONSEILS, VERNIS PROVISOIRES VERNIS A DEMEURE · texte numérisé non relu

DERNIERS CONSEILS, VERNIS PROVISOIRES VERNIS A DEMEURE

La nécessité qui existe, pour beaucoup de peintres, de tirer parti de leurs travaux dès qu’ils sont finis; l’impatience des amateurs de posséder chez eux ce qu’ils ont acquis; les expositions qui attirent à elles, dans un temps limité, tout ce qui peut être en voie d’exécution, tous ces motifs forcent les artistes à passer sur leurs tableaux une matière qui en fasse disparaître les embus, lesquels en détruiraient complètement l’effet. Or, comme on ne saurait, sans de graves inconvénients, vernir une peinture avant que douze ou quinze mois se soient écoulés depuis sa terminaison, on se sert, pour remplacer le vernis, d’un blanc d’œuf bien battu avec une cuillerée d’esprit de vin et une parcelle de sucre candi.

Avant de se servir de ce quasi vernis, pour s’assurer que la peinture est bien sèche, on envoie dessus sa respiration; si on la voit se manifester partout sous la forme d’un brouillard qui dérobe aux yeux, pour quelques instants, l’aspect du tableau, on peut employer le blanc d’œuf; mais, avant, il faut mettre sa peinture sous un robinet et laver à grande eau en se servant d’une éponge desséchée, il faut essuyer le tableau, et enfin le faire sécher, soit au soleil, soit à la flamme d’un feu clair, mais d’un peu loin et présenté de côté et non pas de face; car, si la peinture chauffait, vous abîmeriez votre travail. Toutes choses ainsi préparées, prenez une petite éponge fine et souple que vous aurez d’abord lavée, puis pressée, afin qu’il n’y reste plus d’eau, et, ainsi desséchée, plongez-la dans la mousse, produit de l’œuf battu, et passez-la légèrement et promptement sur toute la superficie de votre tableau, en ayant soin de ne pas revenir plus de deux ou troixfois sur les mêmes places.

Si c’est en été que vous faites cotte opération, ne mettez pas do sucre candi avec votre blanc d’œuf, à cause des insectes qui viendraient s’y attacher.

Je vous recomaianderai surtout de changer le blanc d’œuf tous les quinze ou vingt jours, jusqu’à l’application du vernis, aulrement la transpiration des huiles, en s’y mêlant, formerait une crasse qui, une fois durcie, aurait mille peines à disparaître, malgré tous vos efforts. Vous ôterez le premier blanc d’œuf en lavant à grande eau la peinture, et vous ferez votre nouvelle application de blanc d’œuf, le tout comme il est dit ci-dessus.

Il faut bien se garder de vernir avec du vernis à l’esprit de vin, car on doit toujours penser à la nécessité qui pourrait survenir un jour d’enlever le vieux vernis pour en mettre du frais; or, le vernis à l’esprit de vin ne peut être ôté qu’à l’aide de substances corrosives qui emportent avec elles toutes les finesses et presque tous les glacis.

Un bon vernis à tableaux, qui, du reste, se trouve partout, est presque aussi blanc que de l’eau, et, en cela, on pourrait s’y tromper, car le vernis à l’esprit de vin est aussi fort blanc et fort beau; il faut donc acheter celui dont on veut se servir, dans une maison de confiance.

Avant de vernir votre tableau, préparez-le et lavez-le ainsi que nous vous l’avons indiqué, pour lui faire subir le vernis au blanc d’œuf.

Ensuite, servez-vous d’un pinceau appelé queue de morue, et appliquez votre vernis en le passant sur tous les sens en bandes régulières jusqu’à ce qu’il soit bien étendu.

Il suffit de deux couches de vernis ; la seconde ne doit être mise qu’après que la première est bien séchée. Ce vernis, qui est à l’essence, est le seul, nous l’avons dit, qu’on doive employer.

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