‹ Manuel général de la peinture à l'huileChapitre 49 sur 85 · CAUSES DÉLÉTÈRES · texte numérisé non relu

CAUSES DÉLÉTÈRES

La fumée des cierges, l’humidité des églises, pour les tableaux de sainteté ; le soleil ou encore l’humidité, pour les tableaux des amateurs ou des galeries publiques ; la fumée du tabac, celle du charbon de terre, les vapeurs sulfureuses, les exhalaisons des latrines, toutes les odeurs pénétrantes sont nuisibles à la peinture, surtout aux tableaux frais. L’humidité, elle seule, leur cause des ravages affreux en révivifiant les couleurs métalliques ; le soleil les gerce, les fendille partout ; enfin le temps qui ne ménage rien, les attaque aussi sourdement, mais sûrement. Il est donc indispensable, lorsqu’on est possesseur ou conservateur de tableaux, de ne pas être totalement étranger à l’art de la restauration, ne fût-ce que pour être à même de choisir, en connaissance de cause, un homme vraiment habile auquel on puisse confier ce travail délicat.

DU DÉVERNISSAGE A SEC

Lorsqu’un tableau est devenu roux, sombre, enfumé, on peut en enlever facilement le vernis, si c’est un vernis à l’essence ; dans le cas contraire, on ne saurait le dévernir sans faire courir à la peinture les risques les plus sérieux.

Dans le premier cas, et lorsqu’on est vis-à-vis d’un vernis à l’essence, il y a deux procédés différents pour dévernir : l’un consiste à réduire le vernis en poussière en l’usant avec les doigts; l’autre à laver la peinture avec de bonne eau-de-vie : ce dernier moyen, le plus prompt et le plus facile, est aussi le plus usité.

Lorsqu’on veut dévernir à sec, on met le tableau à plat sur une table, puis, sur un coin, on pose de la colophane en poudre et l’on frotte d’abord une des parties les moins importantes, en arrivant peu à peu et de proche en proche jusqu’à ce que tout soit fini; alors, avec un plumeau, on chasse la poussière, mais non pas avant, parce que celle que fait le vernis en s’usant, mélangée avec de la poudre de colophane, loin de nuire à l’opération, l’accélère. On doit donc simplement la pousser d’une place sur une autre ; cette opération est longue et demande de la patience et aussi le plus grand soin ; sans cela on pourrait enlever avec le vernis les glacis qui recouvrent certaines parties des chairs. Les ombres aussi doivent être fort ménagées, sous peine de perdre leur transparence.

Somme toute, la couleur ne doit être altérée nulle part, puisqu’on l’altérant vous feriez perdre au tableau son harmonie.

Page 1