ET PROGRÈS DÉSIRABLES A FAIRE POUR L’AVENIR
Aujourd’hui la science nous tient au courant chaque jour de l’état sanitaire des villes, de l’état de l’atmosphère en tout temps et en toute saison.
Les chimistes et les teinturiers savent que la lumière ronge ou dissipe certaines couleurs produites par des substances tinctoriales. On sait pourquoi une étoffe est bon ou mauvais teint. Mais on rendrait un immense service aux arts, en développant la science de chimie vers la branche d’industrie qui concerne les couleurs., car beaucoup de peintres l’ignorent entièrement, et c’est pour ainsi dire par une sorte de routine traditionnelle qu’ils acquièrent l’art de conduire un tableau à bonne fin. Les plus prudents, et à juste raison, cherchent à obtenir du premier coup la vérité, l’éclat et l’harmonie de la couleur, en peignant en pleine pâte sans revenir sur leur travail ; mais cette méthode ne peut pas toujours être générale. Dans l’imitation (par la peinture) des fleurs, il est impossible, comme chacun le sait, d’obtenir l’éclat lumineux de certaines nuances et couleurs ; il y a des rouges, des bleus et des jaunes, des violets et des pourpres dont la splendeur dépasse l’éclat des matières colorantes connues les plus employées ; l’artiste habile se regarde comme très-heureux d’approcher tant soit peu, par des subterfuges de demi-pâtes, de glacis et de superpositions opérées judicieusement, comme aussi par des contrastes d’ombres parfois exagérés ; c’est particulièrement aux peintres de ce genre, ainsi qu’à ceux (lui reciierchent l’imitation portée jus(ju’à l’illusion réaliste du Irompc-l’œil, dans le [)lumago des oiseaux, dans la rc|)résenlation do ccr-
taines étoffes brillantes ou veloutées, que de continuels essais sont indispensables à faire dans l’intérêt de leurs œuvres. On ne doit pas se dissimuler que certains mélanges changent pour ainsi dire du jour au lendemain, ou au bout de peu de Jours; il s’agit donc de s’assurer, par expérience, de la connaissance du temps qu’il faut pour que ces changements soient effectués; de quoi ils dépendent (c’est surtout de la qualité et de la quantité des huiles employées), c’est quelque fois de l’impression sur laquelle on peint, cela peut être aussi bien de l’action atmosphérique ou de celle de la lumière. Il ne faut jamais retoucher que sur un dessous, dont la couleur ait bien séchée et dont le mélange des couleurs qui le composent ait subi tous les changements supposables. Les horlogers sont parvenus à construire des chronomètres surprenants d’exactitude, mais nul n’a encore trouvé le chromometre ou instrument propre à constater la mesure et les proportions relatives des couleurs entre elles. Les dénominations du langage usuel sont pour les couleurs très-suffisantes aux littérateurs ou aux poètes qui sont heureux de parler de l’incarnat et des lèvres de corail de leurs belles, aux dents de perles, à la bouche de rose, au cou d’albâtre et aux cheveux d’ébène ou d’or, selon le besoin ; mais laissons cela dans te coffre du bon vieux temps, et parlons de ce qui intéresse davantage dans l’étude du vrai, seul durable.
Comment établir un diapason pour les couleurs? une nomenclature de types invariables ? Celles du spectre solaire sont idéalement pures mais matériellement inimitables. Il y a dans les plumes de certains oiseaux : le colibri, les oiseauxmouche, le paon, le faisan doré, la gorge de certains pigeons, les écailles des poissons, la nacre de perle et dans les reflets de certains métaux, ainsi que dans l’éclat changeant des pierres précieuses, des qualités particulières qui les rendent variables. On les nommes couleurs irisées.